Forum roleplay (étrange/science-fiction)
 

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 Mr and Mrs Robinson

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MessageSujet: Mr and Mrs Robinson   Lun 27 Fév - 18:38

Ceyda Pehlivan serait satisfait une fois de plus, elle aurait bien préparé la mission de protection. Immigré turc, cet homme avait monté en quelques années une compagnie de sécurité haut de gamme qui s’était spécialisée dans la protection en tout genre des stars de tous les milieux.  Mona avait été engagé directement par le grand patron après l’intercession de son tuteur administratif en reconnaissance d’un service que la rousse n’avait pas cherché à percer bien ce soit le genre de chose dans lequel elle excellait. Elle avait tourné les talons sans mot dire ni poser une seule question lorsqu’il lui avait mis le dossier entre les. L’acteur Darri Ingolfsson avait dépêché son manager après des menaces reçues à son domicile islandais. Il s’agissait de faire le point sur cette histoire et d’envisager le meilleur système de protection, technologique ou humain ou les eux couplés si nécessaire. Les dossiers étaient toujours des plus à jours et il s’agissait de faire rayonner les recherches afin de ne négliger aucune piste. Ceyda Pehlivan connaissait les limites de ses fonctions et se montrait très respectueux des institutions islandaises et passait donc la main aux autorités si c’était nécessaire. Comme à son habitude, elle n’avait pas fait attention à son charmant collègue qui n’arrivait pas admettre la présence de la jeune femme au sein de l’entreprise et se trouvait dans le couloir qui menait au débarras dans lequel elle s’était installée. Elle ne prenait pas cela comme une mise au placard comme ce serait le cas pour beaucoup. Elle se trouvait très bien dans cet endroit confiné où le bruit ne l’atteignait pas. Une bonne connexion internet et son Mc book-pro lui suffisaient pour se mettre au travail.

Elle ne rechignait jamais à finir le travail chez elle et c’est d’ailleurs là qu’elle est en train de mettre la dernière touche à son rapport. Cela avait été assez facile. A croire que plus on répète au gens qu’elles sont des personnes exposées et moins elles prennent de précaution avec leur communication externe. La lueur de l’écran mourut sur l’heure dans l’angle, 3h33 et le sourire satisfait de la jeune femme qui s’étira avant de se lever tout en refermant son précieux outil de travail. Autour d’elle sa chambre était quasiment vide. ? Le lit deux personnes, sa table de travail et la chaise assortie tous de facture d’une grande enseigne Suédoise. Sa table de chevet était, depuis qu’elle avait aménagé, le carton du micro-onde. Elle n’était pas une assidue de la cuisine et l’appareil était après son ordinateur, le plus utilisé. Elle traîna ses pieds nus jusqu’à la fenêtre à hauteur de poitrine et regarda les lumières de Reykjavík en contrebas de son huitième étage, noyées dans les flocons qui dansaient depuis le début de l’après-midi au-dessus de la capitale. Elle était vêtue d’un vieux short en maille découpé dans un jogging de même matière et au-dessus pendait plus qu’il ne l’habillait un gros pull d’origine indéfinissable qui avait eu le mérite de ne pas feutrer. L’avantage lorsqu’on est islandaise c’est que sa demeure est chauffée à la géothermie et que les températures estivales des intérieurs permettent de se promener en tenue décontractée. Mais il était temps de prendre quelques heures de repos même si, habituée aux étés des hautes latitudes, elle supportait très bien les courtes nuits.
Elle se retourna et trébucha, les pieds collés au sol pour se retrouver à quatre pattes de l’eau jusque mi-cuisse et aux coudes. Machinalement elle se remit à genoux et regarda derrière comme si son appartement allait apparaître là où elle l’avait laissé. Elle dut bien se rendre à l’évidence elle n’était plus chez elle. Elle resta hébétée durant de longues secondes, le regard fixe et les bras le long du corps. Elle avait sûrement été prise de vertige et d’une petite hallucination qui allait disparaître bien vite. Pas étonnant en se couchant aussi tard ! Mais cette hallucination était tenace et très bien construite et complète, tous ses sens étaient concernés et ce n’était pas pour la rassurer. Elle ferma les yeux jusqu’à les crisper cela allait forcément remettre ses sensations neuronale en route. Mais rien n’y fit. Toutes les sensations étaient encore bien présentes et la première était celle de son pull pesant sur ses épaules. Gorgé d’eau, il lui rappela qu’elle était bel et bien tombée mais où ? Elle se releva d’un bon et courut se mettre au sec en levant haut les genoux et secouant les mains pour les sécher plus vite. Quelqu’un passant ici l’aurait prise pour un pantin désarticulé. Un galet salvateur mit fin à cette réaction disproportionnée. Elle s’assit sur la plage et se massa le gros orteil endolori. Tout était trop réel, elle ne pouvait plus espérer se trouver sous l’influence de la fatigue ou même du sommeil. Son esprit analytique devait refaire surface pour lui permettre de faire le point. Elle se relava cahin caha et tordant son pull pour l’essorer du mieux qu’elle pouvait, elle observa pour la première fois l’endroit qui l’entourait.

Elle se tenait face à un fjord dans lequel se jetait un petit cours d’eau. Elle ne devait pas être bien loin de chez elle, mais un détail lui ôta bien vite cette idée de la tête.

*La neige ! Pas de neige ! C’est pas l’hiver !*

Et en matière de fjord, les rives étaient trop douce couvertes d’une plage étroite de sable gris. Sans être digne d’un bain, l’eau n’était pas l’eau glacée de l’Atlantique nord. Elle porta deux doigts à sa bouche.

*Effectivement c’est salé.*


Elle cracha devant elle. Au loin, le fjord s’ouvrait sur ce qu’elle pouvait imaginer être une mer ou un océan. A l’arrière du rivage, le sol était couvert d’une lande arbustive rhododendron aurait dit la citadine qui avait trop peu quitté la capitale islandaise pour en être bien certaine. Le relief était plutôt doux hormis un sommet conique à sa droite et une crête qui barrait l’horizon à gauche. Dans l’immédiat il y avait des questions auxquelles elle était incapable de répondre. Une fois ce constat fait elle n’allait pas moisir ici elle avait un rapport à remettre et devait dont rentrer chez elle. Si elle commençait par trouver où elle se trouvait, elle aurait déjà une idée du moyen à mettre en œuvre pour rentrer.

*Île ou continent ? Une seule façon d’y répondre essayer de trouver une hauteur pour y voir un peu plus loin dans toutes les directions*


Elle avisa que le cône était plus près que la crête et se mit en devoir de le rallier.

*Bon sang !*

Progresser pieds nus se révéla vite un cauchemar. Les arbustes lui griffaient les chevilles et elle devait prendre garde à ne pas poser les pieds sur des objets pointus. Elle se rendit compte que marcher sur les rochers s’avérait plus confortable et s’appliqua à se frayer un chemin qui lui ménage de bons tronçons rocheux. Cela ne l’empêchait pas de prendre mille précautions, les yeux plus rivés sur le sol que su ce qui l’entourait sauf lors de poses bien méritées, durant lesquelles elle cherchait dans le paysage de quoi se remonter le moral mais en vain.

Le mouvement lui remettait ses fonctions cognitives en marche, mais parfois elle aurait préféré rester dans une douce ignorance car après s’être réjouie de la douceur du climat, elle ne trouva plus matière à le faire.

"Il fait doux donc on est plus en hiver ! Non… Pas l’hémisphère sud !... En plus mon portable est resté là-bas ! Et puis c’est sauvage ici ! Personne à la ronde. !
*En plus je ne sais même pas quelle heure il est !"


Il ne lui fallut pas moins d’une heure pour arriver au sommet tant convoité. La vue qui s’offrit alors à elle ne lui laissa pas de doute.

"Putain ! Une île dans l’hémisphère Sud ! Une putain d’île microscopique sans zone habitée !
Je peux faire une croix sur le rendu de mon rapport !"


L’extrémité » de l’ile la plus éloignée n’avait même pas le temps de se perdre dans les brumes atmosphériques, preuve s’il en était qu’elle était à quoi ? 15km à tout casser ? Par contre aucune autre terre à l’horizon. Cela faisait maintenant pas mal de certitude pour la jeune femme qui ne supportait pas ne pas avoir la maîtrise des événements et ne pas savoir à quoi s’en tenir.

«Je sais à peu près ou je suis, mais quand ?
Un bâton ! Donnez-moi un bâton ! »


Elle trouva son bonheur en lisère d’un bouquet de genets.

« Tu vas me donner au moins la course du soleil. »

Elle se mit en demeure de coincer frénétiquement ce gnomon improvisé entre quelques cailloux et repéra la longueur de l’ombre avec un petit gravier. Assise derrière son gnomon, les genoux repliés contre sa poitrine et enlacé par ses bras, elle se balançait lentement d’avant en arrière, en ânonnant de quoi se donner du courage avec d’une petite voix perdue.

« All these accidents
That happen
Follow the dot
Coincidence
Makes sense
Only with you
You don't have to speak
I feel

Emotional landscapes
They puzzle me
Then the riddle gets solved
And you push me up to this

State of emergency
How beautiful to be
State of emergency
Is where I want to be
… »
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Sam 18 Mar - 18:08

« Mais je vais bien, Léo. C'est seulement une petite baisse de régime. Un peu de surmenage, d'après mon médecin. Ça arrive, ne t'inquiète donc pas comme ça...
Ouais, ouais. Me prends pas trop pour un con, hein. Écoute, tu sais cette semaine où t'étais soi-disant malade, tous les sms que j't'ai envoyés, j'ai dû les payer hors-forfait ! Alors t'as p'tet quelque chose à dire pour m'expliquer ça ? Qu'est-ce que tu fabriques, bordel ? »

La voix de son frère gronde comme le feulement d'un chat en colère contre son oreille. Nathan pose son attaché-case sur son bureau, sous l'escalier de son appartement, et son ventre se noue douloureusement. Au fond de lui, il a seulement envie de raccrocher au nez de Lionel, d'éteindre son téléphone et d'aller se terrer au fond de son lit... Mais il ne peut pas faire une chose pareille. Il passe une main dans la jungle crépue de ses cheveux et se laisse tomber dans son fauteuil en murmurant d'une voix blanche :

« Rien... Je ne sais pas, moi, il faut te plaindre à ton opérateur...
Mon opérateur... ! Sans blague ? Tu te fiches de moi !
Ne crie pas comme ça, Lionel, s'il te plaît... Il est tard et j'ai eu une longue journée...
Eh ben moi aussi, j'ai eu une longue journée, tu vois ? J'suis trop fatigué pour entendre encore ce genre de conneries !
Ce n'est pas la peine de t'énerver... Écoute. »
Il ferme les yeux et prend une profonde inspiration. « Je comprends que ce soit frustrant, mais je n'ai pas d'explication à t'apporter. Je... Moi j'ai aucune idée de ce qui s'est passé avec ton forfait...
Bien sûr que c'est frustrant ! J'ai l'impression que tu me mens, Nathan, et j'ai pas la moindre idée de la raison pour laquelle tu f'rais ça ! Tu veux pas me dire ce que t'es en train de manigancer ? »

Ce n'est pourtant pas son genre de se mettre à paniquer comme ça, ni de mentir, ni de n'avoir rien à dire pour se défendre.
Machinalement, pour occuper ses doigts, il hisse sur ses genoux sa jolie guitare folk noire, qu'il avait laissée appuyée contre son bureau la veille, et la serre contre lui comme si son contact pouvait lui rendre un peu de son assurance. Puis il allume l'écran de son ordinateur et tapote son mot de passe comme pour s'ouvrir une porte et échapper à cette discussion. La page du blog d'Atéa, qu'il examinait ce matin, réapparaît devant ses yeux avec ses articles. Léo se racle la gorge pour le rappeler à l'ordre.

« Je... je ne vois pas du tout de quoi tu parles. Tu fais de la parano, mon vieux...
Quoi ?? »
Au son de sa voix, il sait qu'il vient de le mettre hors de ses gonds. Il blêmit. « Hola, eh, tu vas mettre ça sur le compte de... C'est de toi que je parle ! Moi j'me soigne ! C'est toi qui m'colle des ulcères !
Oh, Léo... Pardon. Je suis désolé, je n'aurais pas dû dire ça... »
Il secoue la tête et se colle son front dans sa main, exaspéré par lui-même. « Mais... je t'assure, il n'y a aucune raison de te mettre dans des états pareils... Et je ne veux pas que tu te fasses autant de mauvais sang pour moi...
Alors dis-moi c'que t'es en train de manigancer ! Qu'est-ce que tu veux que ça me foute, à moi, si t'es en train de défendre un connard expatrié à l'étranger ou je sais pas quoi ? J'suis la dernière personne au monde à te reprocher tes choix alors qu'est-ce qui t'prend de me les cacher maintenant ? Merde alors ! D'abord, quand j'passe chez toi, t'es jamais là, et puis tes colocataires me disent qu'il arrive que tu disparaisses inexplicablement, genre comme ça au beau milieu de la nuit, et maintenant, cette connerie de téléphone ! Alors quoi, Nathan, quoi ?? Ça te ressemble pas ! »

Un élan incompréhensible saisit tout le bras de Nathan. Son poing cogne avec brutalité sur le bois de son bureau. Et soudain, il lance un cri à travers le salon.

« Mais je ne sais pas ce que tu veux que je te dise ! Je ne vais pas très bien, voilà ! Je sais que ça n'arrive pas souvent, mais il faut vous mettre ça dans la tête, j'ai aussi mes limites ! Je ne peux pas gérer... tous... tous ces trucs de dingue en même temps et encore moins t'expliquer des choses que je n'arrive pas à m'expliquer moi-même !
Mais tu t'entends... ? Qu'est-ce que tu racontes ?
Si je ne fais aucun sens, c'est ta faute ! Tu fais tout pour m'énerver et je... je déteste tellement m'énerver ! »

Lionel se tait finalement.
Il n'entend que l'irrégularité de son souffle dans le récepteur du portable et un frisson de stress remonte le long de son échine. Il tremble de tout son corps.
Les conversations gaillardes de ses deux colocataires, dans la cuisine, baissent de quelques octaves et il n'entend plus que quelques bribes de voix étouffées. Il pique un fard, spécialement honteux de s'être emporté, et s'acharne sur sa souris en cliquant sur un des articles d'Atéa, sans réfléchir. Son frère semble éprouver quelques remords aussi de l'autre côté de la ligne, quoi que ce ne soit flagrant ni dans son silence, ni dans sa voix. Il le connaît assez.

« J'voulais pas te mettre en colère.
Oh, arrête, je le connais très bien ton petit jeu...
Ben. J'veux juste que tu sois honnête avec moi... C'est pas tant en demander, quand même... si ?
Tu ne peux pas savoir. »
Nathan soupire. La chaleur insupportable qui s'est répandue sur ses joues commence à se dissiper. « Et je n'ai pas envie d'en discuter ce soir. Je passerai chez toi dans la semaine pour te rassurer, si tu veux. Tu verras que je ne suis pas non plus à l'article de la mort.
N'essaie même pas de dédramatiser. J'ai le droit d'être inquiet pour toi. Quel jour ?
Oh, je ne sais pas, peu importe, je passerai...
Non. Pas question que tu te défiles.
Mais j'ai du travail en retard, moi...
Quel jour ?
Hmf, disons... vendredi soir... »
Il plisse les yeux sur les photos de petites îles désertes dont son amie décrit la faune et la flore sur son blog. Il cille doucement, le cœur serré des réticences qu'il est obligé de faire à son frère. « Oui. Quand j'aurais fini de boucler mes dossiers par contre, parce que je... »

Son téléphone fait un drôle de bruit. Il fronce des sourcils et balbutie un « allô ? » qui semble sonner dans le vide.
Et puis soudain, il dégringole de son siège et s'effondre par terre à grands fracas. Il atterrit les fesses dans une mousse spongieuse et humide, la cervelle emberlificotée de chuintements et d'éclairs.

Avant qu'il ne comprenne quoi que ce soit à ce qui lui arrive, un tapage énorme s'élève tout autour de lui et aussitôt il se fait bousculer de toute part par une bande de volatiles hurlants qui brouillent son regard en fouettant l'air de leurs ailes rigides et immenses. Il pousse un glapissement terrifié et plonge se rouler en boule au milieu de ce chaos emplumé, protégeant sa tête entre ses bras alors que les oiseaux dans leur fuite le rossent comme une véritable foule humaine. Ça lui grimpe sur le dos, ça attaque et déchire son manteau à coups de bec, et il croit entendre le cri strident de sa guitare, qui est projetée plus loin dans de grosses touffes d'herbes. Il risque un regard catastrophé dans sa direction mais se prend au passage une patte dans la figure qui lui fend sèchement la lèvre, et il se replie derrière ses bras dans un grand sursaut.
Et, peu à peu, l'agitation s'affaiblit et le vacarme s'en va planer au-dessus de sa tête, encore menaçant mais plus lointain, finalement... Nathan, cependant, est encore trop choqué pour faire le moindre geste. Son téléphone émet une volée de tonalités plaintives, aussi affolé par le déplacement que son cœur lui-même qui cogne vivement contre ses côtes. Il ressent un élancement brutal à la poitrine et il serre très fort son appareil contre lui pour s'efforcer de se calmer.

C'est fini, maintenant.

C'est fini.

Sa tête lui tourne et un malaise infâme vient s'écraser contre son front avec la force d'une migraine. Il en avait assez. Vraiment, ça devenait plus qu'il ne saurait le supporter. Et qui sait combien de temps ça durerait encore ?
Il serre bien fort ses dents, décidé à ne verser aucune larme, cette fois, malgré les tremblements qui font tressauter sa mâchoire, et il tente de se redresser en s'asseyant sur ses genoux, dans une très, très profonde inspiration. C'est presque trop pour ses poumons. Une quinte de toux lui défonce brusquement la gorge. Sa vue est particulièrement troublée et il se mord la langue dans une tentative rudimentaire de recomposer son sang-froid. Ses yeux se font à la lumière éblouissante de l'endroit.

Autour de lui, le paysage lui rappelle les images désolantes qu'il s'était formées lorsqu'il était enfant et qu'il lisait Macbeth et Le chien des Baskerville, caché jusque tard la nuit sous une cabane de couvertures dans la bibliothèque de ses parents. Mais nulle sorcière, nul cerbère cracheur de feu à l'horizon, malgré la grosse frayeur que lui a causée la colonie d'albatros en décollant de leurs nids dans un boucan de tous les diables. La lumière est pâle et le soleil perce seulement quelques trous ça et là dans la chape cotonneuse du ciel pour faire tomber ses rayons sur une lande de bruyère jaune, de tussack et de rhododendrons.

Un silence complet, absolu, règne sur cette rase campagne, seulement hanté par ce qui semble être le sifflement de la mer, non loin, qui jette ses vagues sur le roc. Intrigué, les nerfs peu à peu apaisés tandis qu'il s'imprègne du calme des lieux, Nathan plisse ses yeux derrière ses lunettes rondes. Cela ressemblait en effet aux photos qu'Atéa avait publiées sur son blog. Les îles Campbell, hm ? A priori, il ne devait pas se tromper : il y avait une certaine constance dans ses déplacements, d'après ce qu'il avait pu en déduire. Cela ne s'était encore jamais produit sans événement déclencheur pour donner une direction au phénomène, que ce soit par le biais de photos, d'articles ou de reportages à la télévision. Est-ce qu'il devrait se résoudre à passer sa vie les yeux fermés pour éviter de se faire catapulter à l'autre bout du monde... ??
Il jette un regard à son portable.

Pas de réseau, naturellement. Ç’aurait été trop beau, pour une fois qu'il connaissait quelqu'un des environs qui aurait pu lui filer un coup de main sans le prendre pour un dingo... Il faudrait probablement investir dans un téléphone satellite en rentrant à Philadelphie...
Pensivement, il s'occupe de nettoyer ses verres dans un petit chiffon qu'il garde toujours avec soin dans la poche intérieure de son manteau et il aspire en même temps les gouttes de sang de cette plaie à vif qui lui taille la lèvre, avec l'espoir un peu puéril que sa salive emporterait la douleur.
Bientôt, un éclair de lucidité lui traverse l'esprit et il s'inquiète brusquement du sort de sa guitare. Glissant de nouveau ses lunettes sur son nez, il la retrouve du regard, échouée dans les branches d'un genêt aux fleurs jaune vif. Il grimace avec beaucoup d'appréhension en rampant à quatre pattes à sa rencontre et s'en empare au moment où un gros albatros revient se poser non loin pour le surveiller de son œil noir. Nathan le fixe en retour et opte pour un repli stratégique.

C'était sûrement leur endroit de ponte, à lui et à ses copains, il ne valait mieux pas traîner dans le coin sans quoi ils finiraient par revenir à la charge. Alors il se remet tant bien que mal sur ses jambes, range son portable avec son chiffon dans son manteau et déguerpit sans demander son reste. Sa guitare sous le bras, il s'en va crapahuter dans des rochers moussus où ses chaussures de ville dérapent malhabilement. Une fois qu'il a pris un peu de distance, il vérifie que sa caisse n'a pas pris de bosse et que son manche est encore intact. Par chance, ses constats sont rassurants et poussant un léger soupir, il trouve une place sur une grosse pierre plate pour s'asseoir un instant. Il prend le temps de raccorder son instrument, méthodiquement, et profite en même temps de cette petite trêve que lui accorde l'univers pour remettre de l'ordre dans ses pensées. Il fronce des sourcils en faisant vibrer ses cordes, qui communiquent leur frémissement au bois, dans le creux de ses mains.
Il lève le nez vers le ciel gris pommelé qui recouvre tout d'une douce tristesse, et y cherche la course du soleil. Il devinait l'heure assez bien, de toute façon, avec le décalage horaire dont il avait l'habitude quand il discutait avec Atéa. Le fond de l'air était frais, presque froid, ça n'avait rien à voir avec l'hiver nord-américain, mais il faudrait trouver rapidement un endroit où s'abriter pour le soir qui bientôt tomberait. Dans son article, Atéa avait parlé de quelques préfabriqués, d'une station scientifique abandonnée quelque part ; s'il pouvait trouver refuge là-bas, ce serait toujours plus facile de réfléchir à un moyen de rentrer à la maison.

Oui. C'était un début de plan, ça, Nathan... Léo serait fier de toi. Allez.

Sa guitare sonne assez bien à son oreille, désormais, et il avise un petit sommet où il pourrait certainement grimper pour repérer les préfabriqués qui l'intéressaient. Il n'y a pas vraiment de temps à perdre, alors il coince de nouveau sa précieuse guitare sous son bras et, la poitrine gonflée de détermination, il commence à cheminer vers ce petit relief à la silhouette providentielle.
Naturellement, les chaussures en cuir, ce n'était pas le plus indiqué pour les randonnées et il ne manque pas de trébucher dans des mottes de terre humide et les cailloux, mais ça ne vient pour le moment pas au bout de sa résolution. Son escalade est ponctuée de faux pas, il trébuche quelques fois et son trench si élégant est rapidement maculé de terre – sans parler de l'état de ses mocassins, seigneur... – mais ses efforts se révèlent payants après seulement quelques petites dizaines de minutes de marche.

En contrebas de sa colonie d'albatros qui, à en juger par les taches blanches qui fleurissent dans le tussack, avait retrouvé ses nids, il observe une falaise dont les pieds dentelés cernent une plage étonnante où se prélassent une bande de lions de mer. Ce spectacle l'absorbe entièrement pendant une bonne minute, avant qu'autre chose n'attire son attention.
Sur une plate-forme rocheuse, au-dessus de la plage et dans une excavation de la falaise, il distingue la forme sombre et discrète de quelques bâtiments solitaires qui lui seraient bientôt passés inaperçus s'il avait poursuivi son chemin sans offrir son regard au panorama. Cependant, ce ne serait pas non plus du luxe d'observer de plus haut par quels moyens il saurait descendre jusque là-bas.

Aussi, il se remet en marche avec encore un peu plus de confiance pour soutenir ses pas, aussi gauches soient-ils. Tout cela le mène finalement au sommet du mont, le cœur pulsant fébrilement dans sa poitrine et les pieds très douloureux sur leurs semelles de cuir. Il dépose précautionneusement sa guitare par terre et étire ses reins en arrière, dans un grommellement de sportif du dimanche. Au bout du compte, peut-être que les exercices du matin et le vélo, ça ne suffirait pas à le préparer aux randonnées montagnardes... Et puis, maintenant qu'il y songeait, il était comme il l'avait dit à son frère bien fatigué de sa journée.
Curieux décalage horaire...
Il avait l'impression d'être un vieux papy rongé d'arthrite. Ou en tout cas, le surmenage lui filait de sacrées crampes aux mollets. Dire que s'il n'avait pas ouvert ce satané blog, il serait à cette heure-là dans son lit...

Il grogne un peu, comme un petit ours des cavernes, avant d'entendre quelques bruits d'affairement qui l'alertent immédiatement et dressent ses cheveux sur sa nuque.  Il se tourne vers l'origine du bruit, saisissant sa guitare par la même occasion, au cas où il faudrait fuir un nouveau représentant de la faune locale à qui jusqu'ici il n'avait pas fait très bonne impression... Mais ce sont des murmures humains qui descendent d'un peu plus haut, au-dessus du renfoncement rocheux dans lequel Nathan avait réussi à se hisser.
Alors finalement, il n'était pas seul ici. Il avait entendu dire que ça arrivait d'être bombardé au milieu de nulle part par l'effet Davis, sans avoir à rencontrer personne. Dieu merci, ça n'avait encore jamais été son cas. C'était comme si chacun de ses déplacements l'aimantait à quelqu'un à qui, tôt ou tard, il finissait par arriver des malheurs du même genre ou qui en avait déjà vécu. Cela semblait fonctionner comme une étrange contagion, dont il avait été victime quand Yoko s'était pointée dans son bureau avec ses tours de magie inexplicables. Qui serait-ce, cette fois ?

Ces quelques réflexions faites, il porte sa guitare au-dessus de sa tête, sur un rocher où elle trouve une place, puis il s'emploie à y grimper à la force de ses bras. Quelle journée...
Il est désormais tout au sommet du mont, les muscles endoloris, les cheveux embroussaillés et la mine un peu pâlotte. Il y a une jeune femme, à quelques pas, qui n'a pas remarqué sa présence et qui s'est recroquevillée et tassée sur elle-même face à l'immensité océanique qui cerne leur horizon. Sa guitare serrée contre lui, Nathan déglutit péniblement en prenant conscience tout à coup de ce que ça signifiait vraiment de se trouver sur une des îles Campbell. C'est un peu comme se prendre une gifle.

Le vent est nettement plus frais ici, il draine avec lui une odeur d'iode et lui fouette désagréablement le visage. Alors qu'il déplie le col de son manteau pour y enfouir son museau, tout en se demandant de quelle façon il pourrait interpeller cette fille sans lui faire la frousse de sa vie, elle commence à fredonner une chanson du bout des lèvres. Surpris, Nathan fixe la chevelure flamboyante qui se balance d'avant en arrière sans qu'il puisse deviner ce qu'elle est train de fabriquer. Elle était visiblement perturbée. Et sa tenue n'était pas non plus très appropriée aux randonnées sauvages. Il valait mieux ne pas la brusquer.
Après un bon moment de réflexion silencieuse, Nathan avise sa guitare par terre et se penche prudemment pour la ramasser, puis l'installer avec soin entre ses bras. Encore un peu perplexe de son idée, il se décide finalement à lancer ses doigts sur ses cordes pour faire vibrer doucement quelques riffs avec le sifflement du vent et la voix tremblante de la chanteuse. Il se concentre sur le jeu de ses doigts ankylosés sur ses frettes, où il tente approximativement de reproduire l'idée qu'il se fait d'un arrangement de cette chanson. Il était loin de la connaître parfaitement mais les accords plaisent assez à son oreille, alors il relève la tête vers la rouquine avec un sourire satisfait. Elle finit par se taire et ses grands yeux verts viennent s'écarquiller sur Nathan. Il s'éclaircit la voix.

« Hey. »

Il sourit. Maladroitement.
D'accord, c'était peut-être un peu bizarre comme approche. Avec tout ça, il commençait à perdre la notion de ce qui était normal. Mais, à la limite, s'il ne passait que pour un farfelu inoffensif, ça lui convenait aussi – du moment qu'elle ne s'effrayait pas... Les gens qui prennent peur font souvent n'importe quoi...
Il sourit. Avec plus d'assurance. Il donne à sa voix les inflexions les plus calmes et les plus délicates possibles, tout en faisant sonner encore quelques notes entre eux comme le charme apaisant d'un lointain conte de son enfance.

« Björk, hm ? » Il glisse un regard complice à la jeune femme, et opte pour un anglais très précautionneux, détachant ses phrases avec soin. « C'est pas sa plus connue mais... elle est sympa. Très éthérée. J'aime beaucoup aussi. »

Ses dernières notes s'envolent entre ses doigts et il soupire longuement en observant les alentours d'un regard vague. Puis il revient à frêle personne en pull mouillé et en short et une moue soucieuse se dessine sur son visage. Il esquisse quelques pas de loup dans sa direction, un peu en biais, cependant, comme on s'approche d'un animal effarouché, et il va poser sa guitare contre un rhododendron assez haut pour la soutenir. Puis, avec un certain soulagement, il se laisse tomber sur un petit rocher tout moussu à deux bons mètres de la jeune femme, pour ne pas la brusquer. Il s'étire méthodiquement.

« Hmf... » Gros soupir. « Ça fait une sacrée trotte pour monter jusque là. Vous voulez mon manteau ? Vous avez l'air frigorifié. »

Il entreprend d'ors et déjà de déboutonner son trench. A force, ça devenait machinal. C'était peut-être la quatrième fille qu'il rhabillait dans des circonstances à peu près similaires, alors à ce stade, il n'était plus à ça près. Il se relève bravement sur ses cannes pour s'approcher de quelques pas encore et remet son manteau à la rouquine en insistant du regard. Mère Nathan. S'il avait pu il l'aurait emmitouflée dans un plaid et l'aurait mis au lit avec une bouillotte.


Dernière édition par Nathan Weathers le Jeu 23 Mar - 0:58, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Lun 20 Mar - 22:58

Encore un petit caillou… Le vent s’engouffrait vrombissait dans ses oreilles et balayait ses cheveux qui fouettait les joues de la jeune femme. Le dessin qu’ils dessinaient laissait présager que la matinée n’était pas encore écoulée car l’ombre continuait de décroitre. En revanche si les bourrasques tentaient faire sécher le pull trempé, c’était bien en pure perte et ne compensait pas le froid qui saisissait petit à petit la rouquine dont les lèvres commençaient à prendre une jolie teinte violacée. Ce n’était pas ses balancements qui parviendraient à la réchauffer !... Seuls les rayons de soleil apportaient quelques degrés relatifs à son corps. Entre deux cailloux elle garde le regard sur le ligne d’horizon. Elle se sent plus apathique qu’elle ne l’a jamais été. Sans doute prend-elle enfin conscience de ce qui est entrain de lui arriver. Les premières heures passées à se débattre contre l’eau, les inconforts du sol et à parer à une espèce besoin de réponses matérielles ont retardé l’acceptation impossible de la vérité. D’une manière ou d’une autre, elle avait été transportée à ce qui pouvait être les antipodes de son cocon. A en juger par la soudaineté de l’événement elle aurait pu l’appeler téléportation si son esprit ne considérait la chose impossible.

Un frisson la secoua et elle finit de ramener les genoux contre sa poitrine maintenus par ses bras croisés.

Elle pensa une nouvelle fois à son rapport qui trainait sur sa table et qui ne serait pas rendue. Le genre de truc qui pouvait provoquer le mécontentement de ses collègues et de son patron aussi compréhensif soit-il et par ricochet atterrir sur le bureau de son tuteur qui aussi indulgent soit-il sortait contraint de faire un rapport si sa disparition perdurait et comme elle n’avait aucune idée de comment inverser ce transfert impromptu… Elle imaginait déjà les convocations les restrictions de sa liberté qu’elle avait eu tant de mal à conquérir. Elle imaginait même sa sœur refaire surface pour l’enfoncer encore un peu si c’était possible. A ces pensées son balancement s’accentua encore. Elle sera les dents pour ne pas envoyer un coup de pied dans la courbe de gravillon qui lui indiquerait peut être à quelle latitude elle pouvait bien se trouver à peu de chose près. En même temps, la température qui aurait dû être estivale lui donnait déjà un premier indice. Elle ne se trouvait pas près des tropiques, loin s’en fallait. Quelques oiseaux de mer passèrent dans son champ de vision. Pas si différents de ceux qui peuplaient l’Islande. Décidément, elle commençait à broyer du noir. Il fallait qu’elle se ressaisisse ! Mais seule sa mélopée qui tourne en boucle entre ses lèvres semble encore relier à son cerveau à on corps.

Soudain elle bondit sur ses pieds comme propulsée par un ressort invisible et se met en garde les deux poings au niveau du visage juste en dessous de sa ligne de vision, en appui sur la pointe de ses pieds douloureux et les genoux légèrement fléchis. Une voix est venue la tirer de sa torpeur. Aussi étrange que cela puisse paraître, elle n’est pas seule. Elle s’en veut déjà de ne pas avoir été plus vigilante. Mais dans le domaine de l’étrange elle ne sait si c’est la présence humaine ou son apparence qui est la plus déconcertante et avise encore sa méfiance. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce type se croit surement à Wallstreet ou un endroit comme ça ! Ses fringues sont visiblement de bonne coupe, même si elles ont l’air d’avoir souffert tout comme ses chaussures dont elle ignore la marque mais dont le luxe transparait malgré les écorchures récentes qui en ont râpé le vernis du cuir. Un putain de bourgeois ! En plus un de ceux qui se prennent pour un artiste et qui ne se sépare jamais de leur gratte ! Et quel sourire niais ! Alors qu’il finit d’émerger sur son sommet, elle finit d’effectuer un mouvement tournant afin de le garder dans son champ de vision et à distance. Elle oublie la douleur de ses pieds et finit de le détailler en le laissant débiter son baratin de psychologue qui aurait trouvé son diplôme dans un bocal de rollmops et essaierait d’empêcher une suicidaire de se jeter du treizième étage. Evidemment qu’il aimait beaucoup ! C’était Björk après tout. Ca ne valait pas un bon Bathory, mais à chantonner ce n’était pas ce qui venait en premier en tête. Elle ne décrocha pas un mot, fronçant au contraire les sourcils sur des soupçons croissants.
Même pas en rêve il s’approche le gonze ! Elle recule d ‘un pas mais le laisse poser son instrument. Elle pourrait lui décocher un coup de pied circulaire qu’il n’y verrait que du feu, mais il n’a pas encore dépassé les limites de l’agressivité et elle veut bien envisager de lui laisser le bénéfice du doute.

En tout cas, il n’a pas l’air tellement stressé, en tout cas moins qu’elle. Incrédule elle le regarde s’assoir sur son rocher et de décide à baisser sa garde mais continue de la fixer de son regard sombre. I faudrait tout de même qu’il arrête avec sa conversation de salon ! Comme si elle n’avait pas expérimenté elle-même s’ascension du sommet ! Il ferait mieux de lui dire ce qu’il fait là mis comme un seigneur de la finance dans un endroit qui ne devait pas regorger de traders !
En plus il a l’air sérieux !
Elle le regarde se défaire de son manteau et le lui tendre. C’est peut être un piège, mais le mec a l’air plutôt sincère. Elle hésite mais une bourrasque vient traverser les mailles trempées de son pauvre pull et lui arrache un nouveau frisson. Elle considère le trench qui pend au bout du bras du black. Tiens ! C’est la première fois depuis qu’elle l’a aperçu qu’elle réalise que le trader est noir !...

Brusquement elle projette sa main au bout de son bras maigre pour saisir le manteau avant de faire un pas en avant et de l’enfiler en toute hâte en continuant de surveiller son bienfaiteur.
La voilà comme dans un sac boutonné du haut en bas qui lui pend presque jusqu’aux chevilles avec des emmanchures au milieu des bras et un col relevé jusqu’aux oreilles d’où n’émerge que des mèches rousses emmêlées et un regard farouche bien que reconnaissant. Elle fait un léger signe de tête pour manifester un remerciement.

Elle voudrait bien en savoir plus sur ce mec qui débarque sur une île sans prévenir, mais comme souvent entamer la conversation lui donne un sentiment de faiblesse et elle se contente de s’accroupir à cinq mètre de son visiteur sous le trench qui lui couvre maintenant aussi les pieds. Elle le surveille kil n’ay pas véritablement d’autre mot sans pour autant croiser son regard, jetant de temps en temps vers son gnomon de fortune un caillou qu’elle a cueilli prestement du bout des doigts à peine sortis des grandes manches, devant elle. Petit à petit le manteau retient sa propre chaleur malgré le pull encore mouillé.
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Mer 29 Mar - 22:49

Quand il rentrerait à Philadelphie, un rendez-vous chez son stoppeur lui inspirerait sûrement l'envie subite de se tailler les veines. Est-ce que ce pantalon était seulement rattrapable... ? Il allait devoir dépenser une fortune pour quelques taches et quelques trous, parce que naturellement, il n'avait pas la garde-robe du sénateur de Californie ou d'un banquier de chez Rothschild. Quant à s'acheter un nouveau complet, il n'y pensait pas, ça lui coûterait les yeux de la tête.
Un jour, il devrait probablement s'intéresser aux affaires fiscales, ne serait-ce que pour éviter à son cabinet de mettre la clé sous la porte, avec toutes ces bêtises qui le jetaient sans cesse aux quatre coins de la planète. Ce n'était pas du tout son domaine de prédilection – à vrai dire, ça lui donnait des boutons rien que d'y penser – mais ça rapportait énormément...
Pff... Oui, bon. Ça ne se faisait pas comme ça et il aurait encore moins de temps pour les clients qui lui importaient vraiment.

Il finit d'examiner son pantalon de costume trois-pièces, d'un indigo qui avait toujours fait très bon effet au tribunal. Désormais il avait nettement perdu de sa superbe... Il soupire longuement et une bourrasque d'air froid vient lui pincer la nuque. Il grimace. Le climat polaire, sans manteau, on le sent bien passer.

Et en attendant, la petite rousse n'a pas l'air disposé à lui faire l'honneur d'une réponse. Elle qui s'était contenté de le fusiller d'un regard noir depuis son arrivée s'est tassée dans son coin sans prononcer le moindre mot. Elle a dans l’œil un éclat hostile qui lui est fort familier. C'était celui qu'il trouve sur le visage des clients qu'il déniche en garde-à-vue, à la façon d'une vieille qui ramasse des chats errants dans la rue, et qu'il faut convaincre qu'il ne leur propose pas ses services gratuits dans un élan de pitié ou de charité. Cela requérait un apprivoisement laborieux et beaucoup d'opiniâtreté.
Pour être sans cesse en contact avec les classes les plus opposées de la société, Nathan connaissait l'orgueil de ces gens-là, et il n'était pas moins immense que celui de ses plus riches clients. Gagner leur confiance n'avait rien d'une sinécure.

D'autant que la plupart d'entre eux avaient grandi comme lui à Camden ou dans d'autres ghettos où les narcotrafiquants roulaient en BMW et les médecins en voiture d'occasion. Ce qui les séparait essentiellement, ses multirécidivistes et lui, c'était qu'ils étaient restés là-bas, tandis que lui en était parti. Ils n'étaient pas habitués à croiser des gens en costard et se laissaient d'autant plus facilement piéger par le pouvoir de l'uniforme. Leurs yeux, comme ceux de cette fille, très assassins, se fixaient sur le sien avec inquisition et le rangeaient sans préambule du côté des institutions, du système ou de la classe dominante. Ils ne se laissaient pas aider.

Bien sûr, de là à affirmer que cette fille faisait partie de ces enfants de misère dont la vie consistait à foutre des crochets du droit et des coups dans l'entrejambe, à fumer de l'herbe puis à pisser le sang à six heures du matin au commissariat, il y avait un pas. Ça, c'était plutôt le portrait de Lionel, à la réflexion. Et encore, dire qu'il était un enfant de misère correspondrait mal à la réalité – il n'avait d'ailleurs rien contre les costards, sauf si d'aventure on le forçait à s'en habiller.
Bon. Tout ça pour dire que ça lui faisait quand même un sacré regard, à cette fille.

Seulement il fallait un peu plus que deux yeux luisants de préjugés pour entamer la vaillance de Nathan. Il n'a que faire de savoir l'animosité particulière qu'elle portait envers les gens comme lui. De toute façon, le silence de la demoiselle en dit assez long sur son choc. Parce que, définitivement, ça ne fait aucun doute aux yeux de Nathan, elle est arrivée là par les mêmes moyens que lui.
Pour l'instant, elle peut lui faire tous les gros yeux qu'elle veut, elle lui donne surtout l'impression d'un chaton grognon qu'on aurait abandonné dans un carton sous la pluie. Et les chatons grognons abandonnés sous la pluie, ça tombait bien, c'était son job.
Il prend une profonde inspiration, en considérant qu'il lui avait laissé assez de temps pour s'accommoder de sa présence et que la nuit, elle, n'attendrait pas qu'ils trouvent un endroit où se terrer.

« Je ne sais pas si vous avez déjà vécu un truc pareil avant aujourd'hui... A votre attitude, je dirais que non. Seulement... Il est un peu plus de dix-sept heures, là, vous savez. »

Il ne peut pas le vérifier sur son portable, qui est resté dans son manteau, mais il devait être à peu près minuit chez lui, et il était assez coutumier des dix-sept heures de décalage horaire qui le séparaient d'Atéa. Le calcul était plus aisé à effectuer que n'importe quelle espèce d'opération avec un bout de bois tordu et des gravillons. Seulement, calcul ou pas, la révélation devait toujours être difficile à encaisser quand on vivait le phénomène les toutes premières fois.
Un léger soupir s'extirpe de sa poitrine. Il passe une main dans sa nuque et poursuit de sa voix la plus posée :

« Et je ne sais pas non plus combien de temps on va rester sur cette île, si on a la chance d'en repartir comme on y est apparus... Mais, j'ai repéré des préfabriqués en montant de ce côté. »

Le front plissé de tracas, il déploie quelques efforts pour se remettre sur ses cannes, puis s'approche au bord de leur promontoire pour dessiner du bout du doigt un trajet possible vers l'emplacement des abris dont il parle, et qu'on ne devine malheureusement pas depuis cette position. Il n'est certainement pas un expert de la randonnée en milieu sauvage, sans parler de son sens de l'orientation dont l'efficacité lui a toujours paru plus que précaire. Mais il faudrait compter sur ses maigres moyens pour faire route jusqu'à bon port.
Nathan passe prudemment sa langue sur la plaie qui lui marque la lèvre et qui continue de jeter quelques petites étincelles de douleur aiguë, tout en continuant d'observer les alentours avec sérieux. Bien. Ça ne semblait pas non plus la mer à boire.  
Il frissonne un bon coup et se retourne vers la jeune femme qui évite toujours, malheureusement, de croiser son regard. Il n'y a qu'une touffe de cheveux roux qui s'échappe du col de son manteau, où la moitié de son visage a disparu. Un sourire très doux glisse cependant sur ses lèvres, au cas où elle aurait l'idée de relever son museau tandis qu'il lui adresse de nouveau quelques mots :

« Il vaudrait mieux y trouver refuge avant qu'il ne fasse nuit, parce qu'un manteau pour deux dans un froid pareil, ça risque d'être juste... Et je n'ai pas emporté de tente avec moi. »

La petite plaisanterie qui lui échappe – minuscule, s'il en est – flotte vaguement entre eux, sans déclencher beaucoup plus de réactions chez la jeune femme que Nathan commence à considérer avec inquiétude. La téléportation l'avait peut-être sévèrement perturbée. Ou bien...
Oh, Seigneur, si c'était encore une fille qui ne comprenait que la moitié de ce qu'il racontait, ils n'étaient pas sorti des ronces. Après une petite hésitation, il esquisse quelques pas en sa direction, en essayant d'articuler le plus clairement possible.

« Vous... vous comprenez ce que je dis, au moins... ? Vous parlez anglais... ? Enfin, quoi, vous ne pouvez pas rester là toute seule... »

Il gamberge un instant, très soucieux, avant de poser son regard sur les jambes et les pieds meurtris de la petite renfrognée qui pendent tristement du trench où elle s'est emmitouflée.

« Attendez. »

Aussitôt, il se rassoit sur son rocher pour enlever ses chaussures crottées et se défaire de ses chaussettes. C'était un peu comme cette fois au Walmart, où il avait filé ses Converse à Eddie, sauf qu'en l'occurrence, une pointure trop grande ne servirait pas à grand-chose à cette jeune femme, à part peut-être à la précipiter dans des ornières et à lui casser le nez – et ce n'était pas tellement l'objectif de l'opération...
Enfilant ses chaussures aussi sec et nouant hardiment ses lacets, il met ses chaussettes de côté puis, aussitôt, se relève pour les tendre à la rouquine d'un geste qui n'admet pas de contestation. C'était ses chaussettes de la chance, les grises, qui figurent en rouge les D enchâssés de Daredevil, mais qui sont assez sobres pour passer inaperçues quand il doit plaider au tribunal, tout en lui offrant une espèce de réconfort secret. Quant à cette fille, elle pourrait en penser ce qu'elle voulait, elle n'était ni juge ni procureur.

« Voilà. Mettez ça. Pour moins blesser vos pieds. C'est le mieux que je puisse faire. Maintenant, venez, il faut descendre. Allez. »

Sur ces mots, insistant d'un autre regard très catégorique, il s'en va ramasser sa guitare, la cale solidement sous son bras et revient sur ses pas avec énergie. Ce serait probablement plus qu'inconfortable de faire tout ce chemin pieds nus dans des chaussures de ville, mais il devrait s'en accommoder, tout comme la fille serait bien forcée de le suivre, de toute manière, quelles que soient ses réticences à communiquer.
Il l'espérait, du moins, parce qu'il n'avait aucun moyen de la tirer de force en bas et de la mettre à l'abri. Après tout, elle devrait se faire elle-même la réflexion qu'il était probablement le seul autre être humain du périmètre et qu'il s'en allait avec autant de réponses qu'il avait pu en sous-entendre. Si ce n'était pas suffisant pour qu'elle lui emboîte le pas, il n'y aurait pas grand-chose de plus à faire.
D'un bond leste, il se laisse tomber dans l'excavation rocheuse par où il était venu, se rétablit sur ses pieds et se redresse, relevant la tête pour froncer les sourcils sur la jeune femme qu'il trouve toujours là-bas, engoncée dans son manteau. Poussant un peu sur sa voix, il l'interpelle d'un ton farouche.

« Hop, hop, hop ! C'est par ici ! Alors ! Vous avez du courage, oui ou non ? »
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Sam 1 Avr - 19:03

Le personnage qui s’agitait devant elle semblait complètement surréaliste. Au milieu de nulle part, il avait l’allure d’un petit trader ou un petit avocat, elle n’aurait su le dire. Seul le qualificatif de petit semblait lui aller. Il était certes assez élégant mais même pour elle, il était évident qu’il n’avait pas eu les moyens de se payer le tailleur qui l’aurait rendu classieux. D’ailleurs, il suffisait de le regarder faire le tour du propriétaire pour imaginer que même ce complet lui tenait à cœur malgré son peu valeur marchande. Il avait l’air de ne pas être étonné de se trouver ici et pourtant rien dans le paysage ne laissait penser qu’on pouvait y survivre dans une telle tenue. Le treillis aurait mieux fait l’affaire et la guitare… La guitare semblait être une sorte de planche de salut jetée à la mer à laquelle il se raccrochait. Si c’était le cas elle jouait parfaitement son rôle car il ne semblait pas déboussolé comme elle pouvait l’être. Cela avait le mérite d’être assez rassurant. Cela voulait probablement dire qu’il était possible de survivre ici. Enfin, si l’on prenait quelques précautions et l’une d’elle semblait consister à se mettre à l’abri assez vite.

Dix-sept heures ? Déjà Elle lança un regard à son gnomon de fortune. Son ombre était largement passé à l’opposé de ce qui pouvait être au jugé la méridienne du lieu. Bon sang mais que lui arrivait-il ? Que s’était-il passé depuis qu’elle avait posé son dernier petit caillou. Dans les contes ceux-ci étaient supposés reconduire le héros chez lui ! Cela faisait beau temps qu’elle croyait plus aux héros et qu’elle avait également laissé de côté les rêves de princesses et de princes charmant. Le seul héros qu’elle ait jamais connu était mort dans un accident de circulation comme n’importe quelle bestiole à laquelle on n’accorde pas plus d’importance que le moustique qui s’écrase sur un pare-brise. Celeborn était mort et avait laissé Galadriel dépérir sous les assauts du Roi Sorcier tandis qu’Arwen avait accepté elle ne savait quel anneau de pouvoir maléfique qui l’avait faite basculer dans l’ombre. Depuis, au mieux elle avait traversé un monde indifférent laissant la violence s’exercer sans vergogne jusqu’à se dire qu’elle était normale et encore ne vivait-elle qu’en Islande où la criminalité n’est pas la caractéristique principale.
Quoi qu’il en soit la féérie l’avait quitté depuis des lustres à moins que ce ne fût elle qui l’ait abandonnée en même temps que les gardiens de ses portes s’étaient évanouis sous l’effet des mauvais sorts de la réalité.

Elle regarda incrédule le parfait BCBG qui semblait vouloir quitter les lieux au plus vite comme s’il était responsable de l’accélération de la course du soleil dans le ciel. Que s’était-il passé pendant tout ce temps ? La question revenait sans arrêt dans son esprit qui avait perdu la belle cohérence qui faisait rapidement figure de trait prégnant de sa personnalité auprès de ceux qui l’approchaient. Cohérence, lorsqu’ils ne pensaient pas rigidité suivant des règles pourtant incompréhensibles parfois qui finissaient de la rendre bizarre si ce n’était folle pour ceux qui avaient eu à mesurer son imprévisibilité à leurs dépens. Contre toute attente, elle n’avait que très rarement fini dans un poste de police si l’on exceptait les fugues de l’internat. Sans doute parce que les seuls à qui elle s’en prenait avaient bien plus à se reprocher qu’elle-même. C’était ce qui faisait dire à son tuteur qu’elle n’était un danger que pour ceux qui le méritaient. Cet argument avait du mal à trouver son chemin jusqu’au raisonnement des juges et Jon Einarson restait avec Mimi le seul qui ne regardait pas la jeune femme avec la sensation qu’elle pouvait lui sauter à la gorge à tout moment.

Toujours était-il que la rouquine se sentait de moins en moins dans son assiette. Une transposition dans un espace inconnu, une fuite de morceaux de temps, elle aurait aimé se dire qu’elle rêvait, mais les choses étaient trop réelles pour qu’elle accepte cette hypothèse. Qu’elle le veuille ou non ce mec semblait être le seul point fixe auquel elle puisse raccrocher un semblant de raison dans tout ce qui était en train de lui arriver alors ‘il pouvait ne pas ‘évanouir aussi vite qu’il était apparu cela lui permettrait peut-être de reprendre le fil de sa vie sans trop de bobos. Elle devait admettre que ce serait de toute façon bien difficile à moins que… Décidément ! La seule échappatoire qu’elle voyait à cette situation rocambolesque était qu’elle était en train de rêver. Mais rêve-t-on qu’on est en train de le faire ? Il paraît que oui. En tout cas c’est ce que disaient des lectures qu’elle avait eues il y a quelque temps. On disait que cela donnait la possibilité au rêveur de diriger son rêve, mais en l’occurrence, elle ne dirigeait rien du tout sinon elle se retrouverait, là, tout de suite dans son appartement et se hâterait de finir son rapport. Toutes ces incertitudes commençaient à miner le moral de la jeune femme qui n’avait pourtant pas l’habitude de se laisser abattre. Elle n’avait qu’un point d’ancrage, elle devait donc s’en servir jusqu’à ce que les choses finissent pas se décanter.

Et puis elle eut comme une révélation. Ce type faisait partie du sorte de comité d’accueil chargé de prendre en charge les personnes qui... Qui quoi ? Elle n’en avait toujours aucune idée puisque la simple évocation d’une possible téléportation, car c’était le seul phénomène qu’elle pouvait rattacher à ce qu’elle vivait, révoltait son esprit cartésien. En tout cas ce mec devait avoir une place dans l’explication de ce qui lui arrivait. Ca n’expliquait pas tout mais deux trois choses tout de même : son aisance à supporter l’endroit où ils se trouvaient, la guitare complètement déplacée ici, et pourquoi pas son accoutrement propice à être à peu près présentable. Si c’était le cas elle avait deux solutions, soit le noyer de questions et obtenir de lui qu’il la renvoie d’où elle venait et lui donne en prime les explications qu’elle méritait afin de pouvoir classer ce souvenir dans les événements normaux de la vie, soit encore garder ce soupçon pour elle et se tenir sur ses garde en essayant de profiter de la situation à la moindre occasion. Elle n’eut pas longtemps à réfléchir. Manifester qu’elle avait tout compris pouvait la mettre en danger alors que jouer l’ignorance pouvait lui préserver un petit avantage en autre celui de la surprise si elle devait agir de façon définitive. A mesure qu’elle explorait cette nouvelle piste, de nouvelles comme autant d’embranchements s’ouvraient devant elle. Les moyens déployés étaient disproportionnés pour une simple traite des blanches ou quelque chose d’approchant. Des expériences clandestines seraient plus plausibles. Bon sang ! La voilà qui portait du crédit aux théories conspirationnistes. Il faut dire que sans y accorder vraiment crédit, sa navigation dans le black net pouvait avoir semé en elle un début de paranoïa. Début de paranoïa ! Elle en tenait une bonne dose déjà mais pas dans les mêmes domaines mais plutôt relative à sa propre sécurité et l’anonymat qu’elle tenait à préserver…

Il était donc possible de vivre cette situation plusieurs fois dans sa vie ? Elle ne savait pas si elle devait en être rassurée ou paniquée. Rassurée car cela n’impliquait pas une fin déjà écrite une fois qu’on avait rencontré le petit steward en costume. Mais revivre cela ! Cela promettait ! Mais elle n’en était pas à envisager une seconde expérience alors qu’elle n’avait pas trouvé le moyen de survivre à la première. Comme prise d’un tic, sa bouche se déforma fugacement et son nez se plissa une fraction de seconde.

C’est ça ! Il avait repéré des abris dans ce truc du cul du monde ! Un truc qu’elle n’avait pas vu ? Et bien soit cela ne l’engageait à rien de le suivre on verrait bien mais elle n’était pas encore entrée dans les préfas susnommés. Elle n’allait pas non plus s’allonger sur je ne sais quelle table de vivisection sans opposer de résistance !

Elle le regarde se déployer avec peine et son bel agencement se fissure. S’il est impliqué dans tout ça, pourquoi a-t-il l’air aussi mal en point ? Sa blessure à la lèvre ! Ses courbatures… Des éléments de comédie et de tromperie ? Elle a du mal à y croire. Sa tête tremble de gauche à droite autant à cause de cette sensation de ne pas pouvoir avoir de prise sur les choses qu’à cause du froid. Son regard s’agrandit et une lueur d’incompréhension vient se mêler à la flamme farouche qui l’illuminait sans partage jusque-là. Sa nuque semble être prise d’une oscillation frénétique des quelques degrés qui agitent son visage de droite et de gauche de manière saccadée et d’autant plus incontrôlable qu’elle est inconsciente.

Le pauvre ! Il n’a pas pris assez de renseignements sur elle, sinon il saurait que l’humour n’est pas son fort. Ces efforts pour détendre l’atmosphère risquent fort ainsi de rester vains. Et finalement, il a l’air aussi désemparé qu’elle ; Il regrette peut être d’avoir jeté son dévolu sur elle lorsqu’il a appuyé sur le bouton qui l’a projetée ici. Elle se rend petit à petit compte du mouvement incontrôlé de sa tête ce qui n’a pour effet que de le rendre plus rigide encore ! La téléportation est impossible qu’est-ce qu’elle croit ?!!! Il n’y a pas de bouton nulle part ! Elle veut juste savoir ce qu’elle fait là et qu’on la rende à sa vie ! Elle se traine en arrière sure le fesse lorsque le petit trader tente de s’approcher d’elle. Ses poings agrippent la poussière du sol mais elle garde un silence têtu.

Un instant perplexe, elle regarde le petit avocat, elle ne sait toujours pas, ôter puis lui tendre ses chaussettes. Vivement elle les lui arrache des mains et les enfile fiévreusement sans le quitter des yeux ce qui lui permet de prendre son petit orteil dans la lisière de chacune d’elles. C’est à peine si elle distingue Daredevil. Daredevil ! Trop facile ! Elle est fan de the Black Widow. Elle au moins mérite d’être admirée !

Elle se rend à l’évidence le temps est de plus en plus froid et sur ce point au moins le petit steward à raison, se mettre à l’abri est la meilleure chose à faire dans l’immédiat. Par contre elle ne sait toujours pas si elle lui fait confiance même si la chaleur des chaussettes est un point pour lui.
Elle finit par se redresser en laissant chanter le beau merle. Il ne pense tout de même pas qu’il la motive avec ses essais de psychologie plus ou moins inversée ? Elle n’a pas besoin qu’on la dénigre ou qu’on mette en doute ses capacités pour prendre ses décisions. Là où du moins il a réussi c’est de commencer à la mettre en rogne et lui permettre d’évacuer les sensations négatives qui la paralysaient. Tandis qu’il s’évertue à reprendre le chemin qu’il a isolé, elle fourre une pierre dans le poche du manteau. Ça peut toujours servir… Seulement alors elle consent à se mettre en route. Les chaussettes ne sont pas bien épaisses et ne changent pas grand-chose à ses douleurs aux pieds, mais c’est mieux que rien. Avec mille précautions elle emboite le pas au petit merle. Au moins s’il la fait passer par les gros rochers, elle ne se lacèrera pas plus la plante des pieds… Arrivée presque à sa hauteur elle plante un regard oblique dans les yeux noirs comme pour dire : « Allez montrez-nous ce fameux abri ! »
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Ven 21 Avr - 3:20

Les yeux de Nathan étincellent d'une discrète malice et brillent comme des micas noirs, alors que l'inconnue qui ne dit toujours mot lui emboîte le pas comme un petit caneton grincheux. Il ne sait pas très bien ce qui dans son attitude l'avait décidée à lever ses petites fesses de téléportée pour les mener en lieu sûr, mais il ne peut pas s'empêcher de le vivre comme une petite victoire personnelle et ça suffit à raviver encore un peu de hardiesse dans son cœur. La maussaderie des gens avait toujours dû trimer, peiner, suer sang et eau pour l'atteindre, lui, dans sa carapace d'indécrottable optimiste et si cette particularité avait le don d'agacer certains cyniques, ça soulevait un peu le malheur des autres.
Il était Monsieur Doliprane. Il souriait comme un petit rayon de soleil. La vie avait toujours l'air plus facile pour lui, comme le spectacle d'un athlète en pleine course ou la vue d'un danseur qui enchaîne gracieusement ses figures donnent l'impression d'un naturel et d'une aisance innée.

La vérité, c'est qu'il n'aurait sans doute pas été capable de laisser cette pauvre fille toute seule là haut en proie aux bourrasques et aux crises de nerfs, si elle avait préféré s'y planter comme un piquet pour la nuit. Il aurait fini dévoré par le scrupule avant même d'être descendu de leur perchoir, et cela, il en avait mieux conscience que personne – l'essentiel était qu'en ce qui la concernait, elle n'en sache rien.
Alors il accueille la jeune femme en tirant ses lèvres d'un petit trait espiègle, mais bienveillant, malgré la fureur qui couve dans les yeux verts qu'elle braque sur lui, et il prend de nouveau la tête de l'équipée pour ouvrir la voie la plus sûre possible.

« C'est super. Vous allez voir, bientôt on pourra se reposer. »

Ses chaussures de ville glissent inconfortablement sur les ressauts de roc où il prévoit néanmoins qu'elle ne se fera pas trop mal aux pieds en s'y engageant derrière lui. Il devait rester vigilant ou bien ce serait lui qui finirait par tomber la tête la première dans le ravin. L'air très concentré, il la surveille cependant de quelques coups d’œil prudents, au cas où elle perdrait l'équilibre...
Il y avait aussi que malgré son apparence de bon-samaritain et sa conduite de parfait gentleman, il ne lui échappait pas que sa nouvelle compagne de mésaventure le toisait toujours d'un air terriblement hostile. Ses lèvres sont pincées sur ses dents muettes et ses regards semblent lancer plus de couteaux qu'il n'en faut pour tomber raide mort. Nathan était bien au courant de ce que les gens étaient amenés à faire quand ils se sentaient acculés dans leurs derniers retranchements – ils devenaient des bêtes fauves et il pouvait se passer n'importe quoi. Il n'était pas non plus un naïf. Des cas comme ça, il en voyait défiler tous les jours.

La mystérieuse égarée, sous ses cheveux rouge vif, est manifestement sous le choc, faute de quoi elle aurait sans doute tenté d'aligner quelques mots, même sans recourir à l'anglais. Il le comprenait parfaitement. La première fois qu'il avait lui-même été déplacé, il avait manqué de tomber dans les pommes sur le parquet d'un appartement du XVIe arrondissement parisien et s'était finalement laissé emporter par une crise de panique comme il n'en avait pas vécue depuis une bonne décennie. Mais là où la terreur ne faisait de lui qu'un petit tas de frissons et de hoquets inoffensif, elle découvrait à d'autres d'inédites ressources d'agressivité. Cela ne signifiait pas qu'ils étaient moins fragiles ou vulnérables pour autant, mais indéniablement, comme eux, cette fille aux lèvres scellées représentait un danger tangible pour son intégrité. Il avait gardé ses distances, jusqu'ici. Maintenant, il ne devait pas la perdre de vue.
Et surtout il fallait parvenir à la rassurer, ne serait-ce qu'un peu, sans par mégarde allumer de mèche au milieu de la poudrière.

C'est à un double numéro d'équilibriste auquel Nathan veut se prêter, à présent. Son cœur bat de très sourdes et profondes pulsations. Il comptait énormément sur son sang-froid, comme toujours. Ce n'était pas le moment de commencer à s'affoler. Aspirant quelques gouttes de sang qui perlent de sa coupure, à la lèvre, il jette un autre coup d’œil à la petite tête rousse, en arrière, et il s'éclaircit la voix de nouveau.

« Je m'appelle Nathan. Je viens de Philadelphie, aux États-Unis. Ce n'est pas vraiment évident de vous expliquer ce qui se passe à vrai dire... Je ne sais même pas si vous me comprenez tout court, en plus, enfin bon. Hmf... » Il lâche un petit soupir, tant d'effort que d'embarras, mais retourne un autre sourire compatissant, quoique fatigué, à la jeune femme. « C'est normal, le choc, tout ça, je l'ai vécu aussi. »

Peu importe, au fond, que ses paroles aient du sens pour elle ou non, il lui semble qu'il est préférable de lui offrir au moins sa voix comme une ancre dans cette réalité insensée qu'il partageait tous les deux et qui faisait le gros dos à toute tentative d'explication rationnelle. Seulement, ce n'est pas nécessairement chose aisée de bavarder civilement tout en dévalant un sentier sauvage, sous les assauts d'une bise maritime qui vient vous fouetter de tous les côtés. Sa voix déraille ça et là et il doit la forcer de temps à autre pour qu'elle ne se fasse pas emporter dans les courants d'air. Pourtant, en s'écoutant, il considère que ça pourrait être bien pire.
Il devait remercier le bon Dieu, encore une fois, de l'avoir doté d'un coffre agréable et d'une efficace paire de poumons.

Grimpant vaille que vaille sur une grosse pierre, ses pieds trouvent le chemin d'une sorte de petit escalier naturel dans le roc, qu'il emprunte avec soulagement en s'appuyant ça et là à ce qu'il est possible de saisir. Il s'arrête un instant, profitant d'attendre l'inconnue pour reprendre son souffle, et observe sa démarche dans un douloureux élan d'empathie. Les chaussettes, ce n'était vraiment pas l'idéal, définitivement... Bien sûr, si elle acceptait, il pourrait lui offrir ses soins une fois qu'ils auraient atteint l'abri, mais il espérait ne pas retrouver ses pieds en pièces quand le moment viendrait...

Il lui laisse le temps de le rejoindre en patientant silencieusement dans les coups de vent, toujours soucieux de ne pas trop empiéter sur son espace sonore et réfléchissant en même temps à la manière d'agencer la suite de son difficile monologue. Il fait s'écouler quelques minutes en frissonnant dans son costume en tweed. Holland and Sherry se distinguaient parmi les meilleurs drapiers pour le lainage des habits d'hiver, à la condition, semblait-il, de ne pas vivre à proximité des cercles polaires. Il sent qu'il sera bientôt frigorifié.
Pourtant ce n'était encore rien à côté du sort de la rouquine. Ses jambes pâles et flageolantes émergent de son manteau, qui ne peut malheureusement pas faire beaucoup mieux que la couvrir jusqu'aux genoux. Il lui donnerait ses chaussures quand elle pourrait marcher à plat, dans la bruyère, sans risquer de faire une chute. Elle faisait trop peine à voir.

Il doit toutefois se remettre en route. S'il s'apitoyait trop, ils n'arriveraient jamais à la station scientifique avant la nuit...

« En tout cas, si je ne me trompe pas, nous sommes actuellement en Nouvelle Zélande. Vous pourriez le vérifier sur mon portable, si vous voulez, j'ai une application de GPS hors-ligne. Il est dans la poche intérieure de mon manteau. »

L'air de rien, il lui lance un petit regard en coin, tout en s'accrochant aux branches desséchées d'un arbuste pour ne pas glisser sur ses semelles en cuir, et il guette secrètement le moment où elle se trahirait. Si d'aventure elle était capable de le comprendre, il y avait fort à parier qu'elle ne résisterait pas longtemps à la nécessité de vérifier l'information. Non pas qu'il cherche à la berner, ou à la duper, mais ce long mutisme commençait à jeter quelques ombres de méfiance sur son assurance devant l’Éternel. Il veut n'en rien laisser voir, pourtant, et si la fatigue et l'émotion le rendaient bien pâlichon, il ne relâche pas ses efforts.

« Ça m'est déjà arrivé plusieurs fois. » lâche-t-il, un peu à contrecœur.

C'était la partie la plus délicate à aborder. Il se pince sèchement les lèvres. De toute façon, il n'y avait pas vraiment de bon moment pour annoncer ce genre de nouvelles, ni de bonne personne à qui le faire.
Il tergiverse, néanmoins, de crainte que la révélation ne la cloue sur place ou ne la fasse détaler comme un lapin, mais au bout de quelques longues minutes, il finit par lâcher le morceau, lassé de tourner autour du pot :

« Oui. C'est arrivé à moi et à un certain nombre de personnes dans le monde. C'est pff. Sur Internet, on appelle ça l'effet Davis mais on ne sait pas bien d'où ça vient ni comment ça fonctionne... Il arrive seulement que... Eh bien, qu'on subisse des déplacements instantanés d'un point A à un point B sur Terre. Parfois, le phénomène s'inverse et par chance on revient automatiquement chez nous. »

Il ferme une seconde les yeux, pris d'un léger vertige, et s'appuie sur un pan rocheux pour soutenir son pas chancelant, au moment où il le pose sur une petite esplanade formée par l'érosion. Quand il rouvre ses paupières, il commence à scruter les alentours avec attention. Il redécouvre la plage aux lions de mer, en contrebas de la falaise, et son regard sombre en suit le relief avec d'autant plus d'inquiétude. D'ici, il n'apercevait pas l'excavation où se cachaient sournoisement les préfabriqués qu'il recherchait. Ce n'était peut-être pas encore le bon point de vue...
Il accueille une nouvelle fois la jeune femme à ses côtés, avec un sourire un peu plus mince, seulement, en songeant tristement que si elle avait une intelligence de l'anglais, il était probable qu'elle le prenne maintenant pour un fêlé du bocal. Il secoue la tête.

« Je suis désolé d'être si abrupt, je n'ai pas encore réussi à trouver les mots qu'il faudrait pour parler de ça... De toute façon, j'ai bien l'impression que tout le monde est dépassé par la situation. C'est tellement... dingue... et... énorme. Je me dis encore souvent que je vais finir par me réveiller en sursaut dans mon lit et me rendre compte que tout ce roman de science-fiction n'était qu'un très, très long mauvais rêve... Le plus long mauvais rêve de tous les temps. »

Un autre soupir s'échappe de sa poitrine pesante. Il a le front plissé, le regard un peu vague. Il reconnaît difficilement le chemin qu'il emprunte, en se remettant en marche. La nervosité commence à faire son œuvre, méticuleusement, elle tend ses muscles fatigués, raidit sa nuque et accélère son pouls, dont il sent les battements très distincts dans le creux de sa mâchoire. Toujours pas de préfabriqués. Il ne les avait pas rêvés, pourtant.

« Olala... J'ai vraiment un sens de l'orientation lamentable... »

Il se désole un peu à voix basse, et se frotte le nez contre le dos de sa main. Ça n'était pas fait pour lui les randonnées en pleine nature, il n'avait jamais, jamais eu le compas dans l’œil. D'abord, c'était l'une des principales raisons pour lesquelles il avait systématiquement raté l'examen du permis de conduire. Il était un nul. Un gros zéro. En ce domaine, en tout cas. Et puis voilà que tout à coup c'était de sa responsabilité d'amener une inconnue plus ou moins menaçante en lieu sûr ? Ah !
Ses yeux croisent furtivement ceux de la jeune femme qui s'est arrêtée à sa hauteur et il lui tend une mine d'excuse désespérément sincère.

« Mais, je vous jure, je sais bien qu'ils sont par là, ces préfabriqués, je les ai vus perchés au-dessus de la plage tout à l'heure... »

Il s'agrippe à sa guitare.
Ce n'était pas le moment. Pas le moment de commencer à s'affoler.

Il retourne vivement à ses observations, plissant des yeux avec force derrière les verres sales de ses lunettes. Les rayons blêmes du soleil qui amorce son déclin s'accrochent à ses cils. Son cœur valdingue contre sa poitrine comme une auto-tamponneuse. Il serre les dents et, dans une immense inspiration, tente de l'attraper au lasso de sa volonté et de bien le tenir en laisse. Il avale sa salive et tend un doigt vers le profil accidenté de la plage.

« C'est... c'est pas grave... Vous savez quoi, en suivant la ligne de la falaise, c'est certain, on va finir par tomber dessus... Il faut continuer... On va continuer. »
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Sam 22 Avr - 14:41

Elle se demandait bien pourquoi elle avait décidé de suivre ce type. En fait elle avait un peu de mal à faire le tri dans ces idées tant la réalité des choses avait du mal à se frayer un passage jusqu’à l’évidence et l’acceptation. Si les choses étaient bien réelles et qu’elle suivait un mec armé d’une guitare sur une île déserte, il y avait un truc qui clochait et être deux contre ce quelque chose pouvait toujours représenter un avantage d’autant que Jimi, elle allait l’appeler comme ça puisqu’il ne s’était pas présenté, ne semblait pas bien dangereux même si elle n’allait pas lui faire une confiance aveugle tout de suite. Si les événements n’étaient pas ceux qu’ils semblaient être et qu’elle était en train de rêver ou quelque chose comme ça, ce qu’elle pouvait faire n’avait pas trop d’importance.

Elle restait cependant fascinée par la bonne humeur apparente de Jimi, à croire que les choses ne semblaient pas avoir de prise sur lui. Elle au contraire pestait dès qu’elle n’avait pas de prise sur ses actions et ce qu’elle décidait. Que quelque chose de supérieur lui impose cette situation était intolérable pour la rouquine et rêver lui paraissait la meilleure option, lui évitant une déconvenue de plus au moment où elle se réveillerait. Ce qu’elle avait déjà envisagé était que le guitariste soit de mèche avec les événements auquel cas il n’avait pas vraiment à faire d’effort pour se montrer optimiste. Un bref froncement de narine agita son nez en pensant une nouvelle fois qu’elle se jetait dans la gueule du loup. Elle regarda le sommet du rocher d’où elle était descendue pour le rejoindre en se demandant si c’était la meilleure décision qu’elle ait prise depuis qu’elle était sur cette île.

De plus en plus elle sentait qu’elle allait détester ce type. « C’est super ! » Ben tiens ! On voyait bien que ce n’était pas lui qui marchait à pied de chaussette transi de froid parce qu’il était trempé jusqu’aux os ! Elle était consciente de l’injustice qu’elle proférait intérieurement. Après tout rien ne l’avait obligé à lui prêter la moitié de ses fringues.  En plus il choisit les dalles de roche sur lesquelles elle pourra économiser ses pieds. Elle ne peut que lui en savoir gré surtout qu’il n’est pas, lui sur un terrain propice au vagabondage en souliers de ville. De son côté elle cherche la meilleure façon de poser chacun de ses pas afin de ne pas aggraver les blessures qu’elle n’a pas pu éviter lors de son ascension. De temps en temps elle croise son regard qui la surveille. Un regard bien veillant mais dont elle se contre fiche dans le meilleur des cas mais surtout qui pèse sur ses épaules et dans son esprit. Elle a horreur d’être l’objet d’une attention ostensible ! La bonne nouvelle c’est le repos promis parce que là elle se sent vidée. Elle cogite trop en rond, elle a froid et elle en a marre de marcher n’importe où. Elle veut juste rentrer chez elle, au chaud devant son écran si elle en a le courage mais plus sûrement dans son lit dans lequel elle se réveillera en s’apercevant qu’elle a juste cauchemardé, que ses pieds vont très bien que son boss a reçu son rapport, qu’elle va pouvoir se présenter à son tuteur… Putain ! Son tuteur ! Si elle ne rentre pas dans les délais, elle va se retrouver encore une fois devant cette salope de juge qui la prend pour une débile profond dangereuse qui plus est. Jon Einarson est plutôt cool avec elle mais il ne pourra pas couvrir une disparition prolongée. Elle n’a même pas le droit de quitter l’Islande ! Qu’est-ce qu’elle fiche sur ce caillou ?!!! Heureusement elle est plutôt d’un naturel mesuré réagissant avec circonspection aux nouvelles situations qui se présentent à elle. Elle n’aime pas se donner en spectacle le mutisme est le plus souvent sa meilleur défense jusqu’au moment où elle sent qu’elle ne peut éviter la confrontation physique. Elle ne la recherche pas mais ne la fuit pas. A la guerre comme à la guerre. Les gens ont parfois besoin de savoir qu’on ne les craint pas et elle a appris à ne plus craindre grand monde ou en tout cas à donner le change et à surmonter la menace que les autres peuvent faire peser sur elle. Devenir pour eux une menace est sa stratégie de base. Cela peut varier d’un individu à l’autre, parfois elle est obligée de se montrer un peu tordue mais ce qualificatif n’est pas d’elle. Pousser les pions pour prendre le dessus oblige parfois à des détours…

Redescendre le versant les mettait un peu à l’abri du vent et du froid et elle parvenait à mettre un peu d’ordre dans ses pensées. Elle devait pour prendre le plus de précautions possible faire comme si les choses étaient réelles et donc que le guitariste existait vraiment et éviter de lui laisser le dessus. Elle devait déterminer son niveau de dangerosité. Les poings dans les poches du trop grand manteau, elle caressait la pierre du bout des doigts. Elle avait déjà une arme à ajouter à sa hargne et à la boxe Thaï, c’était déjà un bon point de départ. Elle ne tarderait pas à savoir qui les baraquements dont il avait parlé étaient une réalité ou une chimère destinée à la tromper. Dans le dernier cas ce serait un très mauvais point pour lui. Elle ne souhaite qu’une chose c’est qu’il ait dit la vérité et qu’ils puissent se mettre au chaud si tant est qu’il y a de quoi se chauffer dans ces fameuses cabanes.

Ah ! D’accord ! Nathan ! Jimi lui allait bien mieux mais bon c’est le cadet des soucis auxquels elle va devoir faire face alors va pour Nathan. Il est gentil en tout cas dans ses paroles et même dans a physionomie mais merde, elle a l’air si perdue que ça ?!!! Faut qu’il arrête de lui parler comme à une môme ! Elle a passé la moitié de sa vie à essayer de montrer qu’elle était une adulte responsable ! Il ne va pas lui faire le coup du juge des enfants ! C’est sûr c’est un cauchemar qui se nourrit de toutes ses peurs ! Il faut qu’elle relise ce bouquin sur l’interprétation des rêves ! Enfin, quand elle sera réveillée. Elle serre les mâchoires mais hoche la tête pour signifier qu’elle comprend son accent de la côte Est. Apparemment cette transposition de lieu peut arriver à n’importe qui et pas qu’une fois. Elle ne sait pas si elle doit être rassurée ou déjà s’attendre au prochain cauchemar. Nathan apparemment était sur la bonne voie pour accepter et s’habituer à ce truc. On n’en mourrait pas donc on pouvait s’en sortir donc. Elle se sentit un peu plus détendue même si les obligations auxquelles elle risquait ne pas pouvoir honorer lui trottait encore dans la tête.

Et puis elle se raidit. Quoi ? Elle était en train de tomber dans le piège de la bienveillance qu’il lui tendait ! Il lui faudrait plus que cela pour la faire tomber dans son filet. Elle serra les doigts sur la pierre. Et puis le verbiage du guitariste commençait à la saouler. Elle se devait de l’écouter ne serait-ce que pour essayer de démêler le vrai du faux, de faire le point sur sa situation, mais le vent qui lui soufflait dans les oreilles vrombissait obstinément et elle devait aussi se concentrer sur sa progression sur ce terrain inapproprié à des pieds aussi légèrement chaussés, à moins que ce ne fût le contraire. Bref elle n’attendait qu’une chose, c’est qu’il se taise.

Elle sautilla sur un pied après que l’autre se soit posé sur un petit caillou qu’elle n’avait pas vu en donnant à ses lèvres un rictus féroce de rage contre les éléments qui s’acharnaient contre elle. Décidément elle détestait cet endroit ! Elle était une citadine bordel ! Pourquoi l’avait-on projetée ici ? Elle faisait partie de la minorité des Islandais qui n’appréciait pas plus que cela le contact avec la nature pourtant omniprésente dans son pays surtout pour une population aussi réduite. Une ballade en moto ok, le trekking, très peu pour elle ! En équilibre sur un pied, elle passa sa main sous la plante endolorie. C’est bien ce qu’elle pensait : les chaussettes ne résisteraient plus très longtemps mais elle n’y pouvait pas grand-chose alors vaille que vaille elle reprit la descente derrière le bavard qui s’était érigé en guide de leur petite expédition. Elle espérait simplement qu’il les mènerait quelque part de plus accueillant. Elle ne savait plus quelle partie de son corps était la plus frigorifiée. Sonn nez menaçait de se briser et de tomber à terre ses jambes bleuissaient et que dire de des orteils qu’elle ne sentait plus ou bien trop. Chaque choc les lui rappelait à son bon souvenir comme si elle se cognait dans les pieds de son lit à chaque faux qui se faisait de plus en plus nombreux à mesure qu’elle marchait sur l’extérieur des pieds pour en soulager la plante. Elle s’évertue cependant à faire bonne figure. Ne jamais laisser penser à l’autre qu’on est en état de faiblesse, même s’il le sait pertinemment alors elle serre les dents pour contenir la rage qui le gagne, conjurer la douleur et ne pas proférer de sons trop éloquents.

Elle finit par le rejoindre en bas de la petite pente, la première petite pente car en jetant un œil en contrebas, elle se dit que jamais ils ne parviendront au pied de ce monticule qui avait été une vraie galère à escalader mais devenait un calvaire à descendre. Elle devait tout de même rendre justice à Jimi Nathan il pouvait avoir des paroles utiles de temps en temps. La nouvelle Zélande ? La porte à côté de l’Islande quoi ! Et encore même pas sur l’ile principale ! Un téléphone ?!! Mais il ne pouvait pas le dire avant ? Fébrilement elle cherche l’appareil dans la poche intérieure. LA poche intérieure ! Tu parles ! Il y en a au moins une centaine ! La voici enfin avec le fil de tous ses espoirs. Elle va pouvoir joindre des gens, des gens qu’elle connait et surtout leur débiter une excuse, elle ne sait pas bien laquelle pour justifier sa disparition. Allo ? Pas de souci je suis en Nouvelle Zélande mais c’est peut être juste une blague. Elle sort le smartphone de sa bienheureuse veille et recherche les indicateurs de notifications. Le dossier ? Oui oui, je le dépose sur votre bureau à mon retour… Elle a juste envie d’exploser ce truc contre les rochers. Pas une barre de signal ! C’était trop beau ! Elle jette un regard de rancœur au guitariste mais consulte tout de même l’appli GPS pour reprendre son calme et éventuellement avoir une certitude. Ile Campbell ! Elle remet en veille le smartphone en levant les yeux vers le ciel. Même pas la place de mettre la moitié de Reykjavik ! A des centaines de kilomètres de la plus proche zone habitée. En fait non, je crois que je vais avoir un contre temps si vous pouviez patienter un siècle ou deux… Le smartphone redescend doucement au fond de sa poche. Elle garde les yeux dans le vide qui la sépare de son petit monde.

Heureusement, même s’il ne le fait pas exprès, il finit par lui donner des informations utiles même si c’est peu crédible. Elle essaie de faire le tri. Plusieurs fois, plusieurs personnes. Elle aimerait bien que ça la console mais non. En tout cas on n’en meurt pas visiblement et on n’en devient pas muet. Elle a juste l’impression de tomber dans une pauvre série b qui défie tout ce que l’on connait sur les lois de la physique et qui n’arrive pas à convaincre les acteurs de ce qu’ils sont en train de jouer. Si ce truc, effet Davis ou pas voulait juste la ramener chez elle, elle s’empresserait de l’oublier tellement c’est du délire. Sauf qu’une fois qu’on a vécu un truc pareil, comment faire pour l’oublier ? Facile puisqu’elle va se réveiller ! Elle se demande juste ce qu’elle a pu visiter comme site ou lire comme bouquin pour que cela vienne envahir son rêve. Et puis, elle doit l’admettre, ce cauchemar devient de plus en plus logique et s’enchaine un peu trop bien depuis un peu trop longtemps. Mais toute information est bonne à prendre et elle se laisse happer par le discours pour une fois constructif de l’américain du coup elle se rapproche de lui et arrive à sa hauteur au moment de le voir chanceler. Elle ne sait pas trop si c’est la fatigue ou quelque chose de plus sérieux. Cela ne dure que quelques instants mais assez longtemps pour inquiéter la rouquine qui risque de perdre son guide d’un moment à l’autre. Elle s’entend prononcer :

« Are you alright ? »

A croire que dans les situations critiques, les humains sont programmés pour s’inquiéter les unes des autres… Ce n’était pas bien audible, mais elle l’avait dit.

Et puis comme s’il voulait la rassurer sur son état mental il lui décrit à peu de chose près ce qu’elle ressent depuis le début de cette expérience qu’elle ne sait pas comment qualifier. Du coup, l descend un peu à sa hauteur révélant les mêmes faiblesses qu’elle. Quelque chose alors la rassérène malgré le vent le froid et ses pieds qui partent sans doute en loque. Cela fait un petit moment qu’elle ne cherche plus à savoir ce qu’il advient d’eux et de toute façon, chaque pas est une occasion de se rendre compte qu’ils sont toujours au bout de ses jambe marbrées de violet.

Elle profite de cette halte pour s’assoir et faire faire aux chaussettes un demi-tour autour de ses pieds, histoire de présenter une face sans trou à la partie en contact avec le sol. Comment ça un sens de l’orientation lamentable ?! Il ne lui faut qu’une étincelle pour comprendre ce que cela signifie. Ils sont perdus. Sur le principe elle le sait déjà depuis qu’elle s’est retrouvée dans l’eau glacée de la plage, mais il lui avait fait miroiter un abri qu’il avait soit disant repéré, mais apparemment il n’avait pas compté sur ce nouveau paramètre. Elle sent un nouveau coup de fouet qui lui intime l’ordre d’évacuer toutes les questions de réalité pour plus tard et de se préoccuper de leur survie. Le gars plein d’expérience de la chose qu’ils étaient en train de vivre ne semblait pas au mieux ni en pleine possession de ses moyens. C’était donc sans doute à elle de reprendre les choses en main. Elle s’était trop longtemps laissé conduire et elle en éprouvait soudain autant de honte que de colère contre elle.

Elle croise les bras sur la poitrine l’air plus résolu. Ok ! Les préfabriqués ! Admettons qu’ils existent puisque de toute façon c’est notre seul espoir avant la tombée de la nuit. Elle regarde le soleil et tente de le situer dans sa course. Il leur reste du temps mais pas tant que ça. Elle dirait deux heures, trois maxi. Elle l’écoute essayant de se justifier et de trouver une issue de secours à son fiasco. Visiblement il s’emmêle dans ses souvenirs et ses repères au point qu’il serait foutu de la faire paniquer à considérer son manque d’orientation. L’idée de suivre la falaise n’est pas mauvaise en soi, sauf qui si elle a bien évalué le sens de son discours de guide paumé, il serait capable de leur faire faire le tour de l’île dans le mauvais sens et avec le temps qu’il leur restait et l’état de ses pieds, elle n’y tenait vraiment pas. Elle fit le point sur les moyens de rallier leur hypothétique abri de la façon la plus sûre. Ils avaient les souvenirs du guitariste, les siens et... Et le GPS. Sa voix sortit claire et assurée, preuve d’une nouvelle vigueur d’esprit si ce n’était pas physique.

« Avant de se lancer dans une direction aléatoire, on va d’abord faire le point. »

Son ton comme souvent ne supportait pas la contradiction. Ce n’était pas de l’autoritarisme, elle détestait l’autorité. C’était juste que son panel de façons de s’adresser aux autres n’était pas très étendu et que dans une situation où il fallait prendre des mesures claires c’était à peu près le seul qu’elle avait à sa disposition.

« On a une appli GPS et ce dont tu te souviens. »

Elle saisit le smartphone et retourna sur l’appli. Pas une second elle ne s’était dit qu’il pouvait avoir envie de reprendre possession de l’appareil. Elle retrouva facilement leur position. Et se mit en devoir d’orienter la carte en se référant au relief qu’il venait de quitter de la mer et de la position du soleil. Elle passa en vue aérienne avant le tendre l’écran sous les yeux du guitariste.

« On va essayer de zoomer sur la côte dans les environs… »

Ses doigts s’agitèrent sur l’écran tactile pour faire varier le taux d’agrandissement et faire circuler la côte sous ses yeux avant de relever un visage triomphant. Et de lui brandir devant le visage une image ou l’on devinait une série de rectangles blancs visiblement d’origine humaine.

« De l’autre côté du fjord. Si on prend par là… »

Son doigt se tendit vers le paysage pour indiquer un chemin à travers les rochers et la végétation.

« … ça nous éviterait tout le pourtour de la côte… »

Elle souffrait d’avance de se dire qu’il y avait encore toute cette distance à parcourir, sans doute encore deux bons kilomètres avec une descente le long de la falaise pour rejoindre les cabanons qui semblaient sur l’image satellite être posés à fleur de l’eau mais ce n’était pas très net…
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Jeu 27 Avr - 2:56

Il avait été inquiétant, tout de même, de constater que sa silencieuse inconnue comprenait au moins une bonne partie de son discours mais qu'elle préférait prendre le parti de ne pas y répondre. D'un autre côté, elle ne s'en était pas caché, dans son empressement à trouver son téléphone au fond de la poche de son manteau et ainsi consulter la base de données du GPS.
Alors quand sa voix finit par percer la frontière de ses lèvres, bien gardée jusqu'ici par les sévères miradors de ses mâchoires, c'est comme si elle venait repêcher Nathan d'une trop longue plongée en apnée. L'air explose dans sa poitrine et il se retourne vers elle, les yeux pleins d'une gratitude inexprimable.
Elle parlait anglais – avec un accent difficile à identifier, certes, mais c'était un anglais pleinement compréhensible. Il se prend avec surprise à louer le Ciel de cet heureux dénouement, tandis que la rouquine, elle, pallie à sa détresse passagère en manipulant son propre téléphone et en lui lançant quelques invectives d'un timbre ferme et sûr.

« Le... le fjord... ? »

Déconcerté, il balaie quant à lui la lande d'un regard pensif et ne s'arrête que sur le ruban gris d'une rivière qui se fond presque avec la monotonie jaunâtre du paysage et qui va en roulant imperceptiblement jusqu'à la mer, enchevêtrée entre les bosses des valons. C'est loin de correspondre à l'image qu'il se fait d'une ancienne vallée glaciaire – sans être géologue, bien sûr – à moins que la montagne ne se soit fait la malle depuis le temps ou qu'elle ne se soit tassée avec l'âge comme une vieille grand-mère.
Alors de deux choses l'une : ou bien cette jeune femme savait de quoi elle parlait et dans ce cas il faudrait qu'il glisse un œil dans un atlas en rentrant chez lui, ou bien ce n'était de sa part qu'une erreur de langage fort instructive.

Cependant, Nathan laisse ses conclusions là pour le moment et se concentre plutôt sur le chemin qu'on lui indique d'un geste résolu, en plissant des yeux derrière les verres de ses lunettes, une main postée en visière sur son front. Ce qu'elle lui dit le laisse dans une inconfortable incertitude. « De l'autre côté du fjord ? » Elle n'avait quand même pas en tête de le franchir à la nage, ce cours d'eau... ?

« Vous voulez dire, murmure-t-il, du bout des lèvres, qu'il faudrait qu'on traverse la riv...  Oh ! »

L'exclamation, comme le glapissement enroué d'un renard, lui échappe à l'instant où ses yeux se posent sur un amincissement net du lit tortueux de la rivière, au loin, jalonné par quelques rochers qui en rendraient le passage possible. Son visage s'illumine d'un très large sourire, tandis qu'il se retourne vers la petite louve aux yeux verts. Elle montre à peine le bout de son museau méfiant, encore à moitié engoncé dans le col de son manteau, mais Nathan, lui, se sent presque transcendé de soulagement. Il glousse un peu, à fleur de nerfs, et s'apprête à lancer joyeusement son poing à la rencontre de celui de sa partenaire, ou de son épaule, comme il le faisait avec son frère dans ses moments d'enthousiasme ou quand celui-ci lui tirait semblable épine du pied.
Mais cette fille n'était pas Lionel et il réalise tardivement qu'il ne pouvait même rien prévoir de sa réaction, alors il rattrape et avorte son mouvement avec maladresse en l'achevant quelque part dans le vide.

« Heyy... bien joué ! »

Et puis, il s'éclaircit la gorge, drôlement embarrassé. Elle le trouverait sans doute idiot de s'enflammer devant des peccadilles telle que celle de savoir utiliser un GPS. Son moment de panique passé, il aurait même fini par se souvenir lui-même de cette application. Il en avait parlé quasiment à l'instant, après tout...
Il sent une espèce de chaleur importune lui monter aux oreilles.

« Bon ! lance-t-il, comme si un éclat de voix pouvait lui rendre sa contenance perdue. Bah on va pas y passer le réveillon ! Alors finissons de descendre ce satané tas de cailloux... Et quand on sera en bas, je vous prêterai mes chaussures pour économiser votre voûte plantaire, d'accord ? »

Il cale sa guitare sous son bras et se redresse fièrement, en essayant de coller quelques rayons de lumière sur son teint cireux. Son cœur s'était considérablement allégé, ces deux dernières minutes. Son corps tout entier lui pèse tout à coup un bon quintal de moins à ce qui lui semble, et il lui paraît même se soustraire par moments aux lois de la pesanteur, quand un petit élan d'espoir revient le traverser en flèche, çà et là. Il respire plus aisément.
Il était temps de n'en faire qu'une bouchée, de ce ridicule mont de pacotille.

« Je passe devant pour vous ouvrir la voie, alors si vous voulez bien, vous serez au gouvernail... criez bien fort si je me trompe de chemin ! »

Il offre à la jeune femme une nouvelle petite moue complice et lui laisse entre les mains son portable comme gage de sa confiance – ce qui lui avait déjà valu, d'ailleurs, et bien des fois, de se le faire voler, mais il récidivait toujours. Sans une remarque de plus, un fredonnement au bord des lèvres, il s'élance avec énergie dans la descente prudente de leur promontoire.
Il était fatigué, cela faisait treize à quatorze heures qu'il était debout, sa journée au tribunal lui avait donné moins de motifs de satisfaction que de désarroi, il avait les jambes en compote et les nerfs en pelote. Mais ! Il n'était pas question de céder au cafard pour l'instant... Il faudrait au moins attendre d'avoir un toit où dormir. C'était un des souvenirs qu'il gardait précieusement de ces jours de grisaille où il errait dans la rue et des nuits où il se résignait à dormir sous les arrêts de bus avec sa guitare, ses montagnes de livres et son énorme sac de voyage. Cela n'avait duré qu'un an, un peu moins, à vrai dire, mais c'était assez pour en tirer des leçons. Les lamentations, il fallait toujours se les garder pour le bout du chemin, sans quoi on s'arrêtait au bord du trottoir et on n'avançait plus.

Il marchait.

David Bowie s'était invité dans sa tête. Un saxophone jouait à cache-cache avec son chant lancinant et ses rêveries crépusculaires papillonnaient sur les yeux de Nathan, en jetant quelques voiles satinés sur le morne paysage qu'il surplombait. Ça lui donnait un peu l'impression de déambuler dans un parc. Que la vie était ordinaire et paisible. Les notes fleurissent doucement dans sa gorge et s'écoulent comme un songe feutré sur ses pas, comme une cape miraculeuse qu'il lançait sur ses épaules et qui le mettait à l'abri de tout.
Et puis il avançait, il s'élançait d'une pierre à l'autre et prenait toujours garde à ouvrir le chemin le plus dégagé possible pour les pieds blessés de sa camarade téléportée.

Ça devrait aller, ça irait bien. Ça n'allait pas si mal.
Que ce soit cette ritournelle que son cerveau trouvait bon de se répéter sur les airs de Ziggy Stardust était d'une curieuse ironie, mais il s'accrochait fort à ces certitudes, parce qu'il n'avait pas grand-chose d'autre à ce moment précis. Il aurait aimé avoir Atéa à ses côtés – du moins, quelqu'un qui partagerait les mêmes déboires, qui l'aiderait et qu'il aiderait à surmonter ces événements absurdes en chantonnant en chœur quelques fantaisies. Mais moralement, pour l'instant, il devrait composer avec lui-même.
Pour le reste, son petit timonier pâlichon, quelques pas derrière lui, lui donnait de temps à autre une volée d'indications sur la direction à suivre, et il était déjà très agréable de pouvoir compter sur cette aide.
Il la trouvait hardie, cette jeune femme. A sa place, il n'était pas sûr que le choc l'aurait rendu d'une quelconque utilité. Il avait le sentiment plaisant, finalement, de former avec elle une équipe et que même sans se comprendre tout à fait, ils sauraient se reposer l'un sur l'autre pendant ce bout de chemin ardu qu'ils feraient ensemble.

Au bout de très longues minutes de marche, il finit par dévaler trois derniers rochers d'un pas plus désordonné, et sa course se finit dans la bruyère qui l'amortit presque comme dans le moelleux d'un matelas. Ses jambes flageolent. La tension de ses épaules est douloureuse. Il essuie un peu de sueur qui perle de son front dans le creux de sa main.

« Ouf... »

Sans plus de cérémonie, il se laisse tomber les fesses dans le tussack desséché et pousse le plus long soupir qu'il est humainement possible de tirer de deux poumons. Puis, il tire sur ses jambes fatiguées, ramène son premier talon vers lui et entreprend de se déchausser avec toutes les précautions du monde. Il découvre un pied déjà tout rebondi d'ampoules. Bien peu inspiré par ce spectacle, il crispe ses lèvres et grimace de douleur, légèrement, en agitant ses orteils. Ça ne leur ferait sans doute pas de mal de changer d'air...
La seconde chaussure lui offre moins de résistance et c'est avec beaucoup de soulagement que Nathan les aligne devant lui, avant d'arracher du sol une grosse touffe d'herbes semblable à de la paille. Il la fourre méticuleusement tout au fond de ses Derbies noires, afin que la rouquine puisse y caler ses petits pieds et marcher dedans sans trop perdre l'équilibre.

« Au fait... souffle-t-il en levant un regard intrigué vers elle, les mains encore bien occupées. Je peux vous demander votre nom ? » Sa voix n'est plus si ferme, tandis qu'il lutte, en catimini, contre le désordre bruyant de son pouls qui tambourine à sa jugulaire. Mais il s'efforce en tout cas de sourire, avec toute la bonne volonté du monde. « Vous venez de Scandinavie... ?  Ou, enfin, d'un pays du Nord, comme ça ? »

Ce n'était que maintenant qu'il choisissait de revenir à sa devinette d'un peu plus tôt. Mais cette histoire de « fjord » le rendait curieux, si elle ne lui avait pas même mis la puce à l'oreille. Il ne s'imaginait pas beaucoup de vallées glaciaires que dans la petite ribambelle de pays du nord qu'il connaissait. Et toutefois, à la réflexion, il n'était peut-être pas non plus absurde qu'il en existe en Nouvelle Zélande. Ils ne se trouvaient après tout pas très loin du cercle polaire.
Il achève son travail avec application, ne lançant à la jeune femme que quelques coups d’œil concentrés pendant ce temps. Et puis il se redresse sur ses genoux et lui tend ses Derbies d'un air pleinement satisfait.

« Tenez, voilà. Enfilez-les. » Il se laisse retomber lourdement dans l'herbe, profitant encore autant qu'il le peut de ce moment de répit. « Avec un peu de chance, on trouvera un nécessaire à pharmacie, là-bas. On pourra soigner vos pieds. Je vous conseille de caler peut-être encore votre talon avec de l'herbe. Il faudra faire attention à ne pas trébucher... »
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Mar 2 Mai - 20:43

La perspective d’arriver effectivement à un endroit potentiellement chauffé ou chauffable avait redonne une partie de son énergie et de son allant à la jeune femme. Cela ne signifiait pas qu’elle allait se lancer dans de grandes conversations, ce n’était pas le genre de la maison, mais au moins ferait-elle moins figure de boulet à traîner au pied de l’avocat qui n’avait pas mérité pour le moment d’aller faire un tour au bagne même si leur situation pouvait faire penser aux îles carcérales de sinistre mémoire même pour des jeunes du XXIème siècle. De toute façon, elle était bien trop occupée à oublier ses plantes de pieds et à chercher un chemin vers leur destination. Avoir une direction, un objectif était ce qui lui manquait pour sortir de la léthargie. Il lui semblait que son sang recommençait à circuler librement dans ses veines. Elle jeta un regard noir à Nathan à la remarque sur le fjord. Comment désignait-on une avancée profonde de la mer à l’intérieur des terres en américain ? Elle avait à faire à un puriste. Quelque part cela plaisait assez. Elle aimait bien qu’on appelle un chat un chat. En plus elle aurait bien dit que c’était tout de même un fjord même si les versants étaient moins abrupts qu’en Scandinavie, Islande comprise. Mais bon, elle voulait bien admettre qu’elle avait tort et puis ce n’était pas le sujet. Il s’agissait juste de parler de la même chose et la réaction du guitariste indiquait que c’était bien le cas.

D’ailleurs elle est assez surprise de constater l’attention qu’il porte à ce qu’elle lui raconte. Le genre de crédit qui indiquerait qu’il ne connaît pas vraiment le coin et qu’il ne fait pas partie de la machination qui l’a conduite à erreur sur les pentes d’un gros rocher posé au milieu de ce qui semble bien être l’océan Antarctique. Putain ! Chaque fois qu’elle y pense elle a l’impression de ressentir le vertige des distances parcourues en l’espace de rien ou alors c’est qu’elle a perdu connaissance un bon bout de temps. Elle ne sait pas quelle alternative lui convient le mieux ou plutôt le moins bien.

Elle passa donc sur l’incident du fjord pour se concentrer sur l’essentiel. La rivière… Oui la rivière. C’était bien le genre d’obstacle qu’il fallait en effet traverser. Elle n’était pas une fille habituée à la bourlinguer dans la nature, mais ce type ne semblait pas plus accoutumé qu’elle à la chose. Elle tordit sa bouche sur le côté en hochant la tête pour signifier qu’en effet la traverser semblait indispensable même si on pouvait toujours trouver un guet ou quelque chose qui aide à une traversée moins réfrigérante. Cela ne devait pas avoir rassuré son compagnon d’exploration à en juger par le gémissement pitoyable qu’il laissa échapper, avant qu’il ne réagisse comme si son équipe préférée de foot-balll venait de réaliser un touchdown. Et c’est elle qu’on qualifiait de bizarre ! Rien qu’à cause de changements d’humeur et de physionomie, il y aurait de quoi écrire un livre sur ce mec ! Et puis s’il pouvait garder ses distances. On commence par un tcheck puis à la vitesse où il va il va vouloir lui faire un câlin. Elle lève les yeux au ciel.

C’est un des rares points communs qu’elle a avec Arwen. Elle levait toujours les yeux au ciel, lorsqu’elle lui posait des questions auxquelles elle ne voulait pas répondre ou dont la réponse devait lui sembler évidente. Elle se souvient qu’elle détestait ce moment où les yeux deviennent presqu’entièrement blancs. Elle se rembrunit. Elle n’aime pas ressembler à sa sœur, avoir ses manières. Même après toutes ces années sans nouvelle d’elle, elle sait qu’elle est toujours en vie quelque part et qu’elle fait sûrement le mal autour d’elle. C’est horrible cette sensation d’infantilisation chaque fois qu’elle pense à elle ! Elle ne sait pas quand elle sera libérée de son image. Elle en serre de nouveau les mâchoires

Ouais bien joué ! Ouais. Lorsqu’elle voit tout le chemin qu’elle va devoir encore parcourir en se lacérant les pieds elle se demande si elle arrivera au bout. La promesse d’hériter des grolles du guitariste n’est pas trop une consolation. De toute façon il sera sans doute trop tard pour ses pieds. Machinalement elle soulève le pied droit. Une sensation de chair collée au rocher ralentit son geste. En fait c’est à la chaussette que son pied est collé. Elle espère que ce n’est que de la transpiration, mais vu comme ça pique en dessous… Elle renonce à observer tout ça de plus près. Ca n’avancerait à rien hormis lui faire plus peur… Elle remet le téléphone en veille et il rejoint le fond de la poche du manteau. Elle aurait pu l’éteindre tout à fait pour vraiment économiser la batterie, mais on e savait jamais et le code PIN. Au moins il est allumé et elle peut y avoir accès même si Nathan tombe du haut d’une falaise.

Elle esquisse un rictus qui se voudrait un sourire de remerciement dans la direction de l’avocat. Il est en effet temps de reprendre leur progression en direction de leur salut. Elle serre les dents et se prépare à souffrir encore au moins un kilomètre. Faudrait qu’il arrête avec son bavardage incessant ! La perspective des milliers de pas qu’elle doit encore parcourir avant d’espérer pouvoir s’occuper de ses pieds lui plombe soudain le moral et une immense fatigue semble devoir la submerger alors il faut qu’il se taise. Ok ! Il est gentil mais là ! Elle prend une bonne respiration et puis elle commence sa descente. Oui, oui, elle lui dira s’il se trompe, mais elle a un peu tendance à regarder juste devant elle pour éviter de nouvelles blessures à ses pieds alors s’il pouvait se repérer avec le paysage… C’est pourtant pas compliqué ! Descendre la pente en direction du guet sur la rivière. Elle hoche la tête en signe d’acquiescement

Heureusement qu’il a un manteau et des chaussettes ! Elle a un problème avec les larmes. Elle ne sait pas pleurer ou elle a oublié comment on faisait mais elle hurlerait bien contre tous les petites cailloux et même les brindilles qui se mettent sur son passage, se faufilent entre les milles des chaussettes, enfin ce qu’il en reste. Et vous avez remarqué ? C’est toujours dans le même sens qu’ils vont toujours de l’extérieur vers l’intérieur et jamais le contraire ! Mais une fierté stupide l’en empêche et elle avance vaille que vaille. De temps à autre, elle prend le temps de s’asseoir pour retirer les petits morceaux de végétation qui s’incrustent et qu’elle peut attraper. Puis elle lançait un regard vers le bas avant de maudire en pensée le chanteur et sa guitare muette. David Bowie ! Il avait des goûts de chiotte ! Elle reprenait sa progression vaille que vaille en silence. Son teint pâle d’ordinaire rosé avait viré au gris et ses yeux se cernaient petit à petit à mesure que la fatigue nerveuse prenait le dessus.
Quitte à l’assourdir il ne pourrait pas chanter un bon system of Down ? Ou encore mieux se taire ? Se taire et regarder le chemin ! Mais putain ! C’est vrai qu’il était capable de les perdre ou de leur faire faire trois kilomètres de plus !

« La piste de gauche ! De gauche ! »

Elle sentait à chaque fois ses lèvres trembler et sa voix chevroter symptôme de sa faiblesse du moment mais aussi de sa mauvaise humeur. Elle détestait cette impression de naufrage. L’ironie était qu’ils étaient réellement naufragés, naufragés du temps et peut être bien de l’espace. Cette dernière pensée vint ajouter à son vertige et elle ressortit rapidement le téléphone qui faillit lui échapper et s’écraser sur le rocher pour vérifier la date et l’heure. Si elle considérait qu’il y avait un certain décalage horaire entre les USA et ici, cette île de merde, les choses avaient l’air à peu près normal de ce point de vue.

Elle regardait son dos et ses cheveux crépus. Elle avait envie de l’étriper comme tout ce qui pourrait passer à sa portée mais en même temps elle était soulagée d’avoir quelqu’un contre qui reporter sa fatigue et ses douleurs. S’il avait su toute la rage qu’il cristallisait sur lui, il se serait sûrement sauvé à toute jambe. En même temps c’était bien cette rage qui lui permettait d’oublier un peu ses pieds et de continuer à avancer.

Le bas du monticule est enfin atteint et elle se laisse tomber sans égard pour le manteau. Le teinturier de l’américain ferait peut être fortune mais c’était le cadet de ses soucis. Elle le regarda se déchausser avant d’entreprendre d’ôter les chaussettes réduite à l’état de loque. A certains endroits, la trame s’est insérée dans les coupures ou colle aux parties écorchées. Elle serre les dents. Elle aimerait penser qu’ils pourraient faire l’échange mais étant donné l’état de ses malheureux vestiges de tissu elle doute que le guitariste puisse en faire quelque chose d’utile. Et puis… Mais à quoi pense-t-il ? Mettre du foin dans les chaussures ! Pour que ça remplisse ses plaies ?! Ce type est dingue ! Il est même encore préoccupé par les conventions mondaines ! Elle soupire mais consent à lui répondre.

« Mona. Je vis en Islande. C’est un peu au Nord oui. »

Elle prend les derbies et tend en échange les anciennes chaussettes. Peut-être en aura-t-il tout de même l’utilité. Elle regarde les souliers, un peu indécise. S’enfiler des brins d’herbe sous la peau ne lui dit rien qui vaille mais en même temps ses plantes de pieds risquent bien de finir collées à l’intérieur des chaussures. Entre la peste et le choléra, elle ne sait quel mal choisir et puis elle se décide. Au moins si ses plaies sont végétalisées, pourra-t-elle tout de mêmes les sortir des groles et les soigner, enfin elle l’espère. Par contre une fois collées sur le cuir des chaussures… Elle laisse l’avocat tout à son repos improvisé et teste la répartition des herbes au fond des chaussures. Pas trop mal… Elle desserre le plus largement possible les lacets en regrettant déjà ses fidèles rangers. Avec l’espace que cela lui laisse elle enfile son pied sans pour autant détruire le bel agencement végétal sensé lui servir de semelle et de protection. Pas besoin de resserrer les nœuds pour deviner que le guitariste fait au moins deux pointure de plus qu’elle. Il va en falloir du foin pour combler cette différence ! Maintenant que ses plantes de pieds sont bien ruinées de brin de végétation, autant aller jusqu’au bout et elle se met en devoir de finir d’enrober son pied tout entier de tussak. L’avantage collatéral c’est qu’elle sent soudain moins le froid.

« Tu devrais en mettre dans les chaussettes. »


Elle n’a pas jeté un regard à son compagnon d’infortune et ne se demande même pas s‘il va suivre son conseil. Après tout c’est son problème. Prudemment elle se remet debout. Le foin gratte ses pieds mais c’est supportable. Elle esquisse quelque pas pour tester ses nouveaux mocassins et elle est surprise de constater que même si ce n’est pas le Pérou, ça devrait faire l’affaire, un petit moment en tout cas. Cette nouvelle sensation lui redonna le courage qu’il fallait pour rependre leur progression.

« Je passe devant. »

Cela faisait longtemps que sa voix ne lui avait pas paru aussi ferme. Certes la mâchoire tremblait un de froid mais on y entendait une nouvelle détermination. Elle plissa les yeux pour essayer de dégager du paysage le chemin le plus praticable jusqu’au guet. Il fallait éviter le plus possible la végétation buissonnante pour privilégier si possible les passages de roche plate s’il y en avait encore, ou de tussak qui s’il protégeait leur pieds dans leurs chausses pouvait faire office de tapis providentiel sur leur chemin. Elle essayait d’anticiper pour le bien être de l’Américain qui avait, elle devait le concéder pris grand soin d’elle depuis le début. Son examen du paysage terminé, elle prit le départ. Elle ne se préoccupait pas de savoir su l’autre la suivait mais c’était pour elle une évidence. N’était-ce pas lui qui avait insisté pour qu’ils se mettent en route au plus vite ?

Se repérant aux plages de couleur da la végétation elle optait pour les zones jaunâtres et verts de gris en essayant d’éviter les zones plus sombres couvertes de rhododendrons et autres bruyères. Elle avait appris à ses dépend en gravissant la colline que les grande feuille vert vif étaient assez coupantes et qu’il valait mieux les éviter même si elle n’en connaissait pas le nom. Après cinq minutes de marche elle s’arrêta pour constater la position du bon Samaritain qui lui avait laissé ses souliers dans lesquels elle trébuchait tous les dis mètres mais avaient le mérite de la protéger de blessures plus importantes. Ses plantes de pied ne laissaient pas encore oublier mais encore une fois elle pouvait comparer à des charentaises, comparées au calvaire qu’elle avait enduré durant la descente.

Il la suivait d’assez près et ne s’en sortait pas trop mal. Assez en tout cas pour faire s’envoler le peu de culpabilité qu’elle pouvait avoir de l’avoir délesté de ses Derbies. Elle reprit donc son avancée avant d’atteindre la rivière. Cette eau courante lui donna encore plus soif qu’elle n’avait déjà. Cependant elle se contint se demandant si elle pouvait être potable. En outre, elle devait être glacée et le froid à l’extérieur était amplement suffisant. Inutile d’en faire entrer dans son organisme. L’eau circulait entre les rochers qui devaient former un chemin au sec pour rejoindre l’autre rive. Le tout était de sauter de l’un à l’autre et vu l’état de leur pied et la nature de ses chaussures aux semelles bien lisses. Ce n’était pas gagné. Elle se tourna vers le chanteur qui n’avait pas repris sa mélopée depuis leur halte.

« Pieds nus, ce sera plus sûr non ? »

Sans attendre sa réponse elle s’assit sur le premier caillou et tenta d’ôter la première chaussure et grimaça. Son pied sortit de la chaussure, enrobé de brins d’herbe. Délicatement, en serrant les dents, elle entreprit d’enlever les fragments de végétation. En fin de compte ce n’était pas si terrible mais certains restaient comme incrustés surtout sous les pieds. Elle prit son pied entre ses mains pour présenter sa plante à son visage. Les étirements de la boxe thaï et la jeunesse lui rendaient la chose aisée. Les coupures et les égratignures se disputaient la surface de sa peau trop tendre pour le genre d’aventure à laquelle elle était confrontée. Elle prit une moue contrariée avant d’ôter le second mocassin et résolut de prendre le taureau par les cornes. Les eux mains en contrefort pour éviter de glisser dans le rivière elle s’étira vers le bas du rocher pour tremper les pieds dans le cours d’eau et permettre à la rivière de finir de la débarrasser des restes de tussak. La température glaciale la saisit et elle les retira immédiatement. Elle attendit quelques secondes d’avoir digérer cette déconvenue avant de retenter l’expérience et de maintenir ses pieds dans la tenaille polaire, au moins le temps de les débarrasser des saletés. Puis elle se mit en devoir de les masser aussi énergiquement que la douleur le lui permettait. Elle avait oublié pendant tout ce temps son partenaire d’aventure et le chercha du regard pour lancer le signal de la traversée. En pleine possession de ses moyens ce serait une formalité, mais dans son état, elle imaginait bien que chaque appel nécessaire pour sauter de roc en roc serait une épreuve.
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Dim 21 Mai - 16:23

« Eh bien. De rien, votre Altesse. »

C'est un élan d'indignation qui lui vient du fond du cœur. Il contemple lourdement Mona, de longs instants, les yeux grands ouverts. Mais non, définitivement, aucun remerciement ne passe la frontière toujours plus close de ses lèvres. Elle considérait peut-être que ces chaussures lui étaient dues, comme le fait qu'un inconnu doive se déshabiller au milieu de la pampa pour couvrir ses petites fesses. Ce n'était pas le cas.
Nathan n'avait pas relevé jusqu'ici la bouderie continuelle de la demoiselle qui même après une heure de marche commune ne lui faisait pas l'honneur de prononcer plus de trois phrases au ton aride. Mais sa banale ingratitude commençait à le heurter pour de bon. Et il avait beau être très aimable, il n'était pas dit qu'on lui marcherait si facilement sur les pieds.

Redressant fièrement la tête, il récupère néanmoins ses chaussettes Daredevil, dans un très sale état, et s'emploie à appliquer le conseil qu'elle avait eu l'incroyable prévenance de lui lâcher, avant de retourner dans son coin. Il secoue la tête, stupéfié par tant de puérilité, et enfile ses chaussettes en tentant d'y enfoncer en même temps assez d'herbe sèche pour s'en faire une semelle relativement acceptable.
Et puis la voilà qui s'en va. Il reste un peu penaud, toujours assis à sa place, sans très bien comprendre l'initiative. S'il avait pris les devants tout à l'heure, c'était pour éviter qu'elle ne tombe dans les rochers alors qu'elle avait déjà l'air bien mal en point. Maintenant qu'ils avaient retrouvé un terrain plat, partir en éclaireur semblait bien inutile, ils pouvaient tout aussi bien marcher ensemble. Cela ne semble pas du goût de la jeune femme, toutefois, et Nathan doit se presser de finir son ouvrage pour s'élancer sur ses talons.

Et leurs pérégrinations reprennent. Le froid se fait plus vif, à mesure que le soleil finit sa course, dans le ciel.

Les traits de Nathan commencent à accuser franchement la fatigue qui peu à peu engloutissait la concentration dont il savait faire preuve d'ordinaire. Le silence lui pèse, l'angoisse grimace douloureusement dans son ventre. Mona cavale toujours bien en avant. Elle avait peut-être besoin de se convaincre qu'elle pouvait encore établir seule un contrôle entier sur la situation. Il y avait des gens comme ça, pour qui l'indépendance était un orgueil, et qui dédaignaient les mains tendues comme si les saisir revenait à dévoiler une faiblesse ou une défaite humiliantes à la face du monde. Il était inutile d'espérer dresser ces mustangs-là, Nathan en avait fait assez l'expérience. Le mieux qu'il pensait faire était encore de rester disponible, mais en retrait, fidèle à un poste où ses protégés étaient assurés de pouvoir le trouver et depuis lequel il pouvait surveiller leurs frasques, en cas de malheur. S'ils se gamelaient, il était là pour eux et il escomptait qu'ils finiraient par en apprendre quelque chose. C'était un exercice de patience. D'infinie patience.

Nathan ferme un instant ses lourdes paupières sur son regard et passe une main sous ses lunettes pour se frotter les yeux. Dans un petit soupir, il les rouvre sur Mona qui galope toujours en tête et il force docilement ses jambes pour continuer à la suivre. Après tout, il était contrebassiste. Il était capable de mettre son ego de côté pour accompagner et embellir plutôt que de vouloir mener à tout prix. Seulement, il ne savait pas trop ce qu'elle attendait de lui en s'improvisant tout à coup chef de leur petite expédition – ou même si elle attendait quoi que ce soit de sa part. Elle avait peut-être simplement choisi de faire cavalier seul : c'était encore le plus probable, étant donné qu'elle ne lui avait pas adressé un mot ni le moindre coup d’œil depuis leur halte.
Il secoue la tête, piqué d'agacement, et pince ses lèvres dans un rictus froissé en fixant la silhouette frêle de la rouquine au milieu de la lande. Il s'était fait des illusions tout à l'heure. Cela lui arrivait quelques fois. Trop d'enthousiasme.
Ils ne faisaient pas équipe, elle et lui. Elle l'ignorait superbement et il guettait toujours ses caracoles comme une maman surveille soucieusement qu'il n'arrive pas de mal à son arrogant rejeton. Ils ne faisaient pas équipe. Mais n'était-ce pas pourtant ce qu'ils avaient de mieux à faire dans des circonstances pareilles ? Ils étaient à égalité devant cette adversité absurde de la vie, mais ils avaient la chance d'être deux pour la surmonter. S'ils n'en tiraient pas parti, s'ils ne marchaient même pas côte à côte pour faire front, à quoi bon diriger leurs pas dans la même direction ?
Nathan lâche un soupir offusqué dans l'air de plus en plus frais que le soir souffle sur la plaine. Et dire que si elle pouvait vadrouiller dans le froid maintenant, c'était parce qu'il lui avait mis son manteau sur le dos et ses chaussures aux pieds !

Sérieusement renfrogné, il serre précieusement sa guitare contre son flanc et essaie tant bien que mal de réprimer sa mauvaise humeur. Mona finirait bien par réaliser qu'un tandem ne consiste pas en l'association boiteuse d'un leader et d'un boulet. Elle finirait par fatiguer. Patience...
Ou peut-être qu'il s'en fatiguerait le premier. Il n'était pas franchement emballé à l'idée de lui remonter les bretelles, mais il faudrait peut-être s'y coller avant qu'il ne leur arrive de vrais ennuis.

Une autre heure s'est écoulée, froide et exsangue. Le guet de la rivière est en vue et l'eau produit un son de clochettes en bondissant entre quelques rochers moussus qui affleurent ça et là. Cette vision lui met un léger baume au cœur.

Un gémissement de soulagement coincé dans la gorge, Nathan s'écroule par terre et s'effondre en arrière sur l'appui de ses bras. Sa guitare rebondit dans le tussack en crachant en guise de protestations quelques stridulations désordonnées. Il jette à l'instrument un long regard, éteint et accablant de reproches. Il y tenait vraiment beaucoup, à cette folk, c'était certain. Léo la lui avait achetée peu de temps après être parti de la maison, avec un de ses tous premiers salaires d'officier dans l'armée de l'air. Après ça, il l'avait traînée dans la rue quand il avait à son tour claqué la porte du foyer familial, et elle l'avait aidé à traverser des moments particulièrement déplaisants. Mais ce soir-là, sur l'île Campbell, aux confins de l'océan Pacifique, elle commençait à devenir un vrai fardeau.

« Hm... ? » On lui adressait la parole. Surpris, soupçonnant d'abord un effet de la fatigue, il réalise que c'est Mona qui a décidé de lui poser une question toute rhétorique. Étonnant. Il acquiesce, l'air un peu éberlué, et passe une main sur son front où court une transpiration glaciale. « Euh, oui, sûrement. »

Sans un commentaire de plus, attentif à reprendre son souffle, il finit par délaisser sa guitare à ses côtés, un peu à la façon dont la petite rousse décidait de le traiter lui-même, apparemment trop occupée à se curer les orteils pour échanger un regard de plus. Ça n'avait pas d'importance.
Il est exténué. Ses pieds lui semblent n'être plus que deux protubérances de douleur dont la chair à vif palpite à toute vitesse sous une bonne couche d'ampoules. Mais ça ne faisait rien, ça non plus, pour le moment. Nathan ramène ses jambes vers lui, laborieusement, et s'accoude sur ses genoux pour passer ses mains sur son visage, puis dans sa crinière épaisse que le vent s'est chargé d'emberlificoter avec art. Il y en aurait, du boulot, en rentrant à la maison... Sa tête bascule lentement dans l'étreinte de ses bras. L'épuisement forme deux ou trois crampes, des boules de muscles crispés, sous la peau mince de ses mollets et il doit faire l'effort de ne pas chercher à fléchir les jambes pour éviter que la douleur ne surgisse pour de bon.
La fatigue est en train de l'aspirer dans une de ces torpeurs accablantes dont elle a le secret. Avec un profond soupir, Nathan finit par fermer les yeux dans la pénombre qu'offre la protection de ses bras où il a blotti son visage. Ses pensées tanguent et dansent en rond dans son crâne étourdi. Le clapotis brillant que Mona fait pianoter dans l'eau de la rivière le berce agréablement – au moins quelques instants...

Quand la jeune femme finit par tourner la tête vers lui, Nathan s'est profondément assoupi. C'était un de ses atouts notoires. Il était capable de s'endormir à peu près n'importe où et de travailler quelques soient les circonstances. Le surmenage offre peu de récompenses, mais celle-ci est particulièrement douce.

La voix agacée de sa comparse vibre cependant dans l'air pour l'interpeller et un sursaut le tire de sa somnolence. Il en sort pâteusement, soulève ses lunettes pour s'essuyer les yeux et finit par relever la tête et affronter le regard débordant de jugements de Madame Rayon de Soleil. Il hausse sèchement des épaules et renifle en remarquant la moue crispée qui s'est figée sur son visage. Elle s'impatientait.
D'un geste engourdi, il se hâte d'ôter ses chaussettes pleines de foin, qu'il secoue avec une irritation grandissante. Lorsqu'il se relève pour lui faire face, il roule des yeux, la poitrine lourde de récriminations.

« Bon, allez, arrêtez de tirer cette tête, à la fin, lâche-t-il, d'un ton plus coupant que d'ordinaire. Je vais tenter le coup, vous me suivez, et si je me casse une jambe, eh bien, sentez vous libre de considérer et choisir l'option la meilleure pour vous... »

Retenant un soupir en travers sa gorge, il penche élégamment la tête sur le côté et dessine sur son visage le sourire forcé le plus pincé du monde.

Chaque fois qu'on s'efforçait de faire le bien autour de soi, on prenait la décision de faire du monde un endroit un peu plus hospitalier, un peu plus lumineux. Avoir bon cœur n'était pas donné à la naissance à qui que ce soit. C'était un choix qu'il fallait refaire, encore, encore, et encore. Parfois, c'était aisé et plaisant, d'autres fois, c'était un acte de résistance qui réclamait des efforts herculéens. Et aujourd'hui, c'est compliqué pour Nathan. Des chemins plus faciles se présentaient en ce moment à ces yeux, et il était tenté d'y trouver une satisfaction dont la bienfaisance le frustrait de temps à autre. Il n'était pas habitué à laisser ses nerfs parler à sa place mais sur le moment, cela avait eu quelque chose de très jubilatoire. Une éphémère sensation de feu et de légèreté. Et puis soudain, le poids de cette situation, dont Mona n'est pas plus fautive que lui, lui retombe amèrement sur les épaules et il en sort plus alourdi que plus tôt et le visage assombri d'un dépit plus marqué.
Il ne faut pas se berner en pensant que les gens de bien n'ont jamais d'idées noires, ne dérapent jamais sur un mauvais pas ou n'agissent jamais égoïstement. Être une bonne personne réclame de faire chaque fois un effort conscient. Encore, encore, et encore.

Et encore une fois, Nathan qui se pince l'arrête du nez avec fébrilité prend sur lui tout ce qu'il peut et enterre ces chicanes au fond d'un trou dans sa poitrine, où il espère qu'elles dépériront sans qu'il n'y prenne garde. Il adresse un regard de regret sincère à la jeune femme.

« Désolé. Je... fatigue... Ce n'est pas... votre faute, je suppose. » Il secoue la tête avec désarroi et tente de reprendre une voix plus calme. Il n'était pas question de la blesser dans ces circonstances... Ses yeux noirs se fichent cependant avec sévérité dans les siens, pour appuyer sur le sérieux qu'il va mettre dans chacun des mots qui vont suivre. « Seulement, il faut qu'on fasse équipe pour de vrai, vous et moi. Je comprends bien qu'en ces circonstances vous avez déjà assez à vous occuper de vous... et je veux bien user de toutes les précautions du monde pour que les choses n'empirent pas trop après le choc que vous venez de vivre... Mais je suis là, aussi, dans le même pétrin, et si vous vous isolez, vous verrez que ça ira aussi mal pour vous que pour moi, c'est certain. »

Il hausse des sourcils d'un air particulièrement évocateur. Il avait prononcé ces paroles avec beaucoup de courtoisie mais le sous-entendu était clair. Il lui laissait ses chances. Mais elle devrait faire bien attention à ne pas les brûler trop vite...

« En attendant... Si vous voulez bien, je vais ouvrir la marche. Il serait imprudent de vous laisser courir devant cette fois-ci. » Ses yeux se baissent avec beaucoup de tracas sur les pieds tuméfiés de la jeune femme. « Suivez moi de près. On va la passer, cette rivière. »

Il tente de lui sourire avec un peu plus de conviction, puis prend la plus profonde inspiration qu'il peut en se tournant vers le guet à traverser. C'était le moment ou jamais de vérifier que son rituel d'exercices matinaux portait ses fruits... Allez.
Serrant les dents avec détermination, ses chaussettes dans la main, il cale sa guitare sous son bras et calcule rapidement les distances. Puis il prend son élan sur la berge et se jette en avant. Sa première réception est nette, presque impeccable, et un petit sourire incrédule fleurit sur ses lèvres, tandis qu'il reprend facilement son équilibre sur la surface humide et lisse de la pierre. Il se tourne précipitamment vers Mona pour lui communiquer fébrilement un peu de sa victoire. Alors, tremblant légèrement de nervosité et de froid dans un courant d'air qui hérisse quelques vaguelettes sur le cours d'eau, il s'apprête à sauter de nouveau. Il se reçoit sur un second rocher, puis sur un troisième, le cœur bringuebalé comme un minuscule esquif sur une mer démontée.
Il est vigilant à la course de la jeune femme, derrière lui, de crainte que ses pieds blessés ne lui causent un plongeon impromptu dans la rivière glaciale. Il s'aventure même à la soutenir et à lui offrir sa main quand elle semble trébucher sur une pierre où de temps à autre ils se rejoignent. Il ne s'inquiétait pas que son contact lui déplaise. D'autres priorités retenaient son attention.

Et puis au bout de la sixième ou de la septième fois, la pierre sous son pied s'enfonce brusquement dans un gouffre d'eau qui l'engloutit à moitié. Le piège avale la cheville de Nathan et il trébuche. Ses yeux ont à peine le temps de s'écarquiller, une vague de terreur s'empare de sa poitrine. La chute est violente et il l'accueille dans un cri de surprise, lançant ses bras en avant dans un réflexe incompréhensible. Sa guitare fait un vol plané au-dessus des quelques pas qui lui restaient à accomplir, et aussitôt, dans un tapage monstrueux, son crâne se fracasse contre une pierre alors qu'il se casse la figure dans l'eau.
Le froid mordant de la rivière a sur lui l'effet d'un choc électrique. Ça le retient alors qu'il est sur le point de perdre conscience et il se redresse en toute panique, ruisselant, l'arcade droite parfaitement défoncée et en sang. Des explosions migraineuses lui remplissent la cervelle sur le coup et il recrache un peu d'eau en se précipitant vers la rive. Il s'y hisse, tremblant comme une feuille, et y échoue dans une plainte d'animal blessé, la gorge cisaillée d'une quinte de toux qui semble vouloir lui arracher les poumons. Il n'entend plus rien, à part un bourdonnement continu qui lui rosse les oreilles, et il se crispe de douleur dans l'herbe sèche de la lande. Il s'enserre entre ses bras, absolument frigorifié, à demi-aveuglé par le sang qui s'écoule abondamment dans son œil, puis s'empresse brusquement de faire un geste vers ce qu'il devine de la silhouette de Mona.

« La... la pierre, là... faut pas... hmf... ohh nom de Dieu... »

Un tremblement énorme le secoue de la tête aux pieds et, plongeant son front dans le creux de sa main, il se recroqueville de son mieux pour conserver instinctivement le peu de chaleur corporelle qui lui reste et lutter contre l'humidité et le froid qui perçaient ses vêtements et le glaçaient jusqu'aux os. Sa respiration enfle, dans sa poitrine. Sa tête se déchire en éclats rutilants et des larmes brûlantes lui montent aux yeux.
Voilà, c'était bon, il n'en pouvait plus, non, il en avait ma claque. Une envie terrible de hurler contre la Terre entière le saisit aux tripes et il se mord la langue, puis plante ses dents dans sa main pour essayer de se réduire au silence.
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Jeu 25 Mai - 14:03

Si elle avait pris les devants, rien ne pouvait lui conférer de mauvaises intentions au contraire. Le guitariste avait montré que question orientation et compétences de guide, il y avait bien mieux sur cette bonne vieille Terre et que sur cette île cela ne laissait pas beaucoup d’alternative en la matière. En outre, elle avait suffisamment piétonné pieds nus sur ce tas de cailloux pour savoir que choisir une piste ou une autre pouvait faire toute la différence pour la sauvegarde des pieds de son compagnon d’infortune. Bref, elle faisait de son mieux même si cela ne se voyait pas. Et puis considérer qu’elle galopait en avant de leur étrange duo ne pouvait se concevoir que relativement à l’allure de Nathan qui devait ménager encore bien plus ses plantes de pieds depuis qu’il avait cédé ses chaussure à sa compagnes. En effet, la rouquine n’était pas très fière non plus et faisait tout ce qu’elle pouvait pour faire patienter ses pieds et ses douleurs jusqu’à ce qu’ils atteignent leur destination qui par moment ne semblait pas vouloir se rapprocher, malgré leurs efforts. Bref si elle avait cinq mètres ‘avance c’était bien le bout du monde, endroit où ils se trouvaient déjà.

Par contre, elle avait bien pris en compte la remarque de son compagnon d’infortune. Le jour ne durerait pas éternellement et ils devaient se presser. Déjà le soleil était à moins de quarante-cinq degrés au-dessus de l’horizon, sonnant ainsi le glas des heures les plus chaudes et le vent qui soufflait sur les jambes de l’Islandaise lui rappelait cette réalité presque à chaque pas , forçant ses muscles horripilateurs à se manifester bien vainement si l’on considérait son système pileux bien incapable de lui fournir une quelconque protection contre le froid qui allait bientôt s’installer sur l’île.

En conséquence elle appréhendait par la suite de devoir chercher leur chemin dans l’obscurité s’ils n’avaient pas rallié leur destination avant la nuit. C’était un coup à se fracasser au fond d’un ravin, ou en bas d’une falaise côtière. Elle n’avait donc p de se poser la question de savoir quelle image était en train de forger le guitariste sur sa petite personne. Essayer de concilier la douleur et la vitesse était bien assez. Les mondanités pouvaient bien attendre des heures meilleures !

De son côté, la rouquine finissait par admettre que son bienfaiteur était bien du bon côté du complot qui l’avait parachutée sur ce caillou. Même s’il jouait la comédie, elle avait du mal à s’imaginer qu’il s’impose de morfler autant juste pour donner le change. Les ampoules qu’il s’était déjà fait et ce qui attendait ses pieds à marcher seulement protégé par le reliquat de ses pauvres chaussettes plaidaient en sa faveur. Peut-être n’aurait-elle pas besoin de sa pierre qu’elle laissa cependant au fond de la poche au risque qu’elle ne se déforme sous son poids. En tout cas ce gars n’était pas très armé pour la survie. S’il commençait à se démunir au profit de la première venue au risque de mourir de froid, il hypothéquait ses chances de faire de vieux os que ce soit sur ce tas de cailloux ou ailleurs. Elle pensait les afro-américains plus pragmatiques voire plus cynique lorsque leur peau était en jeu, oppression et discrimination obligeraient. Comme quoi, les clichés n’attendaient qu’une chose c’était d’être pris en défaut. Il pouvait aussi exister des noirs qu’une vie aisée avait fait grandir dans un monde de Bisounours. Ou alors ce mec était un saint, le genre de personne qu’elle avait définitivement exclu de rencontrer un jour. Ou alors il était complètement demeuré. A le regarder ou l’écouter, elle n’aurait pas opté pour cette hypothèse, hormis son attachement disproportionné à sa guitare. Il semblait y être démesurément attaché alors qu’en la circonstance, elle ne pourrait que très peu leur être utile excepté pour faire du feu et récupérer les cordes pour un usage qu’elle n’envisageait pas encore, encore fallait-il avoir de quoi allumer le dit feu… Pour le moment elle l’encombrait bien plus qu’elle ne lui facilitait la vie. Elle devrait peut-être lui en faire la remarque, mais après tout, tant qu’il ne lui demandait pas de la porter, il faisait bien ce qu’il voulait.

Les rares coups d’œil qu’elle jette derrière elle lui suffisent à s’assurer qu’il suit bien le mouvement. A chaque fois son malheureux compagnon d’expédition avait le regard  baissé  ce qu’elle pouvait comprendre,  mais pas le temps de s’inquiéter de sa fatigue, elle-même n’est pas très reluisante et puis ce n’est pas en se préoccupant de ça que leurs affaires vont s’arranger. Revenir sur les circonstances de son arrivée ici lui procure un petit dérivatif. C’est en se retournant qu’elle est arrivée ici aussi tente-t-elle une ou deux fois la manœuvre qui à paraître exécuter une danse moins que gracieuse et plus qu’inopportune dans leur situation. C’est stupide, mais au moins elle sait que ce qui lui arrive est indépendant de sa volonté.

Elle regarde fixement dirigé vers l’autre rive et finit de repasser les derniers évènements qui l’ont conduite au bord de la petite rivière Elle a passé un tiers du temps à atteindre le point culminant de l’île un autre tiers à perdre pied et le derniers tiers à redescendre et à s’arracher les pieds en direction d’un abri que seul son compagnon semble avoir déjà vu. Et tout ça parce qu’elle est passé en une fraction de seconde d’un hémisphère à un autre par la volonté d’elle ne savait trop quoi ou qui ! L’absurdité de la situation la frappe de plein fouet et la possibilité d’être en plein cauchemar dont elle va se réveiller la saisit à nouveau. En fait, il suffirait qu’elle plonge dans le courant glacé pour se réveiller. C’était bien le genre de stimulus qui met fin à un rêve. Cependant la pensée d’être en train de rêver qu’elle rêve la ramène à la réalité. Il allait falloir se lancer en espérant ne pas se rater justement. En dessous d’elle, ses pieds encore frigorifiés par le temps passé dans le courant glacé se rappellent petit à petit à son bon souvenir dans un mélange d’élancement lancinant, de brulures et de fourmillements. Elle ne sent pas trop ce qu’elle se prépare à tenter, ses pantes de pieds vont certainement rester collées au rocher, ses muscles la trahir, son équilibre se dérober et…
Elle se retourne machinalement vers le guitariste comme pour chercher une bénédiction qu’elle n’attend d’ordinaire de personne.

Putain ! C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il fiche ?!! Il ne peut pas s’être endormi. Sa position laisse planer un doute, mais son immobilité semble bien plaider pour cette hypothèse.

« Oh ! Mec ! »

Pas de réponse. C’est pas vrai ! Ce n’est pas le moment de flancher au moment où elle se sent elle aussi au fond du trou ! Elle descend du rocher qui était censé lui servir de piste d’envol vers l’autre rive. Ses pieds protestent plus que jamais. Elle serre les dents et jette un regard à sa position initiale persuadée d’y trouver une semelle sanguinolente qui lui indiquerait… Elle ne préfère pas creuser la question et même si une empreinte légèrement rosée persiste sur le roc, elle a gardé ses deux pieds entiers.
Elle fait quelques pas précautionneux avant de réitérer son appel plus sec et plus injonctif.

« Mec ! Putain ! C’est pas le moment de dormir ! On a une rivière à passer ! Allez Debout !
Tu fais chier ! »

Il ne manquera pas de noter une nouvelle fois l’ingratitude de la jeune femme à son égard, mais l’urgente nécessité de passer le cours d’eau renvoie au second plan  les bienfaits qu’il a eu à son égard. Elle n’allait pas l’abandonner au milieu de nulle part ! Et puis elle devait l’admettre même s’il ne valait pas grand-chose comme guide, le savoir là tout près à partager son infortune lui donnait un peu de baume au cœur. Vous savez, ce sentiment propre à l’être humain face à une nature qui l’écrase. Bien sûr être deux dans la circonstance, ne changeait pas fondamentalement les choses, mais pour le moral c’était tout de même appréciable.

Et bien ! Ce n’était pas dommage ! Elle regarde Nathan sortir de sa torpeur. Visiblement, cela lui a fait du bien, c’est déjà ça. Monsieur le bon Samaritain jetait soudain le masque. Il avait lui aussi son caractère bien qu’elle ne comprenne pas les raisons de sa soudaine rancœur. Elle préférait le voir ainsi. Au moins elle était certaine qu’en plus de ses bons sentiments, il pouvait aussi prendre les choses en main. Elle le regarde se préparer et la dépasser en direction de la rive. Ok ! Il voulait prendre le devant ? Qu’à cela ne tienne. Elle ne pouvait empêcher un soudain intérêt pour ce dont il allait se montrer capable. Se casser une jambe ? Fort possible. Elle ne se voyait pas non plus mieux réussir que lui. La meilleure option pour elle dans ce cas ? Elle haussa les épaules. Elle avait beau ne pas être une experte en inférence et en ironie, elle comprenait fort bien ce qu’il voulait dire. Il exagérait un petit peu tout de même. Elle l’avait bien réveillé alors qu’il piquait son petit roupillon, et tout ça au lieu de l’abandonner à son sort ! Mais bon, elle n’avait pas de temps à perdre à polémiquer avec ce type qui allait tout de même tenter la traversée.

Elle le regarde se diriger vers la rive. Non pas. C’est devant elle qu’il se plante et qu’il semble regretter sa saute d’humeur. Elle en est presque déçue. Et voilà le sermon ! C’est pas vrai, il va pas faire son éducateur ! Ce couplet, Jon Einarson le lui a déjà servi des dizaines de fois.

« Tu sais Mona, tu ne peux pas continuer comme ça à penser que tout le monde sur cette Terre est contre toi. Regarde, moi par exemple, je n’ai rien contre toi. Je suis même là pour t’aider. Mais si tu veux que les gens t’aident il faut que tu y mettes du tien ! Qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire à la future audience ? Si on ne fait pas équipe, on ne va pas pouvoir convaincre le juge de consentir à t’émanciper une bonne fois pour toute ! Tu joues contre toi ! »

Même si elle avait plutôt confiance dans le bonhomme, ce genre de scène n’avait pour autre effet de la plonger dans un mutisme têtu. Elle savait également que c’était dans les moments où elle avait tiré sur le corde plus que d’ordinaire qu’il se laissait aller à ce genre de discours moralisateur et bien-pensant qui pour être honnête ne lui ressemblait pas. Nathan était-il ce genre de personnage ? Elle devait l’avouer elle pouvait tomber plus mal mais en la circonstance, elle garda la masque et le silence sans laisser une chance à son compagnon de perdition de mesurer l’effet qu’il venait d’avoir sur elle.

En économisant ses plantes de pieds et ses nerfs car les souffrances répétées mettait à mal sa résistance, elle lui emboîta le pas et se ressaisit des chaussures qui l’attendaient toujours à la même place. Il fallait qu’il arrête aussi de lui parler comme à une gamine ! Elle noua les lacets des deux chaussures entre eux pour les suspendre à son coup, pendant tristement sur sa poitrine. Elle avait une certaine estime pour Jon Einarson, mais ne pouvait se prendre pour lui qui voulait ! Elle sentait que ça allait la gaver sévère. Mais pour le moment, elle se contraint à faire un effort et se positionne juste derrière lui et les voilà partis ! Les dés sont jetés. Ils ne pourront pas faire marche arrière sous peine de choir dans le cours d’eau ou de se faire surprendre par le nuit. Elle met ce qui reste de sa concentration à suivre de près l’éclaireur comme il le lui a enjoint.
Pas mal ! Ce mec est plus adroit qu’il n’y parait, faisant fi de ses pieds douloureux elle le rejoint sur la première pierre et fait une petite moue en cul de poule signifiant pas mal mon gars mais on n’est pas encore sorti d’affaire… Mais il semble que le mauvais esprit de la rouquine ne doive être pris en défaut. C’est fou mais tout a l’air de se passer pour le mieux et les grimaces de douleurs qu’elle réprime à chaque saut ne sont rien comparées à ce qui l’attendrait si elle ratait une réception. Elle bat parfois l’air des bras pour se rétablir mais elle est toujours là. Nathan a toujours son horrible regard bien veillant et attentif et semble satisfait de la progression de sa protégée. D’étape en étape cette dernière semble perdre un peu de sa morgue et considérer que son guide assure vraiment. Elle accepte l’aide qu’il lui propose en silence. Pour ceux qui penseraient qu’elle est complètement obtuse, elle sait profiter des opportunités sans arrière-pensées et le contact physique, étrangement ne la rebute pas. Ce serait encore un chapitre à développer mais la rivière n’attend pas.

Et puis c’est la catastrophe. La pierre des dérobe et projette le guitariste dans l’eau alors que son instrument est la première à rejoindre la rive opposée. Le cri a l’effet d’un électrochoc sur le jeune Islandaise qui ne prend pas le temps de réfléchir à la douleur, aux pierres glissantes, à la longueur des sauts. C’est son instinct qui commande. Miraculeusement, sans perdre le naufragé des yeux,  elle se retrouve sur la rive tant convoitée. Et court, oui, court jusqu’à Nathan et l’agrippe dans le dos pour finir de l’aider à sortir de son bain involontaire. Elle a déjà testé la température de l’eau et devine dans quel état il doit être et dans quel état il sera s’il reste mouillé dans le vent polaire. La suite est une suite d’action irréfléchie héritées peut être du cinéma, peut-être de ses lectures. La pierre ? Oui bien sûr la pierre…

« On s’en fout ! Déshabille-toi ! »

Mais le jeune homme encore sous le choc ne semble pas l’entendre recroquevillé sur lui-même il mobilise ce qui lui reste de force pour lutter contre la douleur et sans doute la crise de nerfs. Elle écarte les bras et le visage qui l’empêchent de déboutonner la chemise, déboucle la ceinture ouvre tout ce qui maintient le pantalon et tire sur le bas des jambes pour le faire glisser. Le boxer subit le même sort sans que la fille manifeste de fausse pudeur ni ne fasse de remarque. Ses gestes sont fébriles mais l’urgence leur donne une efficacité inattendue. Elle attrape le manteau et le jette sur le dos du malheureux.

« Enfile ça ! »

En même temps qu’il tente d’enfiler les manches elle passe derrière lui, attrape un pli du dos de la pelisse dans chaque main et s’applique à en frictionner le corps frigorifié. Cela fait elle refait face au naufragé pour se rendre compte enfin du sang qui coule de l’arcade sourcilière.

« Eh merde ! »

Il faut trouver de quoi panser la blessure… Elle n’a pas trente-six solutions sous la main. Elle avise la chemise au sol, s’en saisit et en arrache la manche gauche, sans souci des protestations éventuelles du blessé. Elle est trempée et suffira à éponger le plus gros dans un premier temps, puis elle la noue tant bien que mal derrière la tête sur l’arcade blessée. Cela oblige l’œil à rester fermé mais de toute façon, pour le moment il ne lui servirait pas à grand-chose. Avec le bas de la chemise, elle finit d’essuyer le sang sur le visage tuméfié.

« Ca va ? »

Le flash d’adrénaline retombe et elle sent la fatigue de la journée reprendre le dessus. Soumise maintenant au vent dans son pull encore un peu humide, elle grelotte et il ne faudra pas longtemps pour que des lèvres bleuissent. Ses pieds qu’elle avait réussi à oublier et quelle préfère ne pas regarder  lui font l’effet d’avoir été scarifiés avant d’avoir été plongés dans l’acide puis passés au micro-onde.

« Faut pas rester ici, sinon tu vas choper une vacherie. »

Elle sait qu’elle est dans le même cas, mais elle comprend qu’après son plongeon dans la rivière elle doit mobiliser le blessé.

« Allez debout et continue à te frictionner. »

Sa voix tremble de froid. Elle se relève également ramasse les vêtements trempés et la guitare. Ses membres se raidissent de plus en plus. Il faut vraiment qu’ils bougent.

« Faut pas traîner. »

Chargée comme un sherpa, elle prend la tête. Elle essaie de donner de la voix malgré le froid.

« Si tu t’es pas gouré on en a encore pour un kilomètre par là. Putain ! Je t’ai dit de te frictionner ! »
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MessageSujet: Re: Mr and Mrs Robinson   Jeu 15 Juin - 3:11

C’est une sale journée. Une affreuse, affreuse journée, et il aurait presque souhaité que cette pierre sur laquelle il s’était fracassé la tête l’ait assommé pour de bon. Au moins, en général, les blessures au crâne saignaient abondamment, mais jamais bien longtemps. Ce n’était jamais que de petits vaisseaux capillaires. Dans quelques minutes, la plaie coagulerait et il n’y aurait plus besoin de la compresser.
Seulement, ce rappel furtif de ses anciennes études et surtout de l’éducation de ses deux parents médecins lui est d’un bien maigre réconfort, tandis qu’il tâtonne avec peine autour de sa balafre. Ses doigts sont tremblants et glacés, son œil ne voit plus rien sous la cascade de sang qui roule dans son orbite. Et surtout, il crève de froid. Ses dents claquent bruyamment, entre deux sursauts, et sa tête est toute entière déchirée de douleur. Le mal déferle dans sa nuque, comme une armée d’épines de fer qui fusent cruellement et se fichent en mitrailles le long de ses nerfs, et ses nerfs hurlent le cri que Nathan s’efforce lui de garder prisonnier de sa poitrine.

Et naturellement, rien ne va en s’arrangeant. Les premiers cris que pousse Mona lui percent le crâne au marteau-piqueur. Il se recroqueville davantage, comme un hérisson qui se protège d’une agression, et presse plus encore sa main contre son visage sanguinolent en laissant un petit râle affolé soulever vivement ses côtes. Il ne sait pas déterminer, dans son état de confusion hystérique, si ses éclats de voix sont amicaux ou non – alarmés, excédés, terrorisés ou juste furieux. Pour l’instant, de toute façon, l’idée d’apprivoiser cette petite louve solitaire a été reléguée au plus bas de ses priorités par sa bonne vieille cervelle qui avait, comme d’habitude, attendu d’être au bord de l’éruption pour le faire. Il avait l’impression de jouer le rôle de la pauvre fille fragile et empotée, sauvée par le héros ténébreux et buriné d’un film d’action écrit avec les pieds. Et il ne se souvenait pourtant pas d’avoir signé pour ce genre de navet.

Il soupire avec beaucoup d’efforts pour tenter de garder la tête hors de l’eau, et c’est ce moment précis que Mona choisit pour le tacler et que sans prévenir elle lui écarte les bras pour lui déboutonner la veste et la chemise. Choqué, mais les muscles toujours noués par le froid, il ne commence à lutter que lorsqu’elle en vient à dénouer (maladroitement) sa cravate. Seulement, ses gestes sont trop faibles et ses protestations trop étouffées pour arrêter la jeune femme dans son humiliant déshabillage. Ses mains s’accrochent avec panique à celles de Mona pour tenter de les repousser et, bien sûr, il a vaguement conscience à travers les bourdonnements assourdissants de la douleur, de l’énervement et de l’angoisse qui lui sort désormais en vrombissant par tous les pores, il a vaguement conscience qu’il n’est pas très loin de tomber en hypothermie, mais il est parfaitement convaincu là tout de suite, de n’avoir ni envie, ni besoin de sentir les doigts de cette fille se balader sur sa peau nue ou attraper fermement sa ceinture pour descendre son pantalon. Une ruade catastrophée lui secoue toute l’échine et il tente de se reculer dans l’herbe sèche de la berge pour échapper à l’assaut de Mona – sans succès.

Nathan n’a jamais été quelqu’un de pudique. En fait, il vivait en général la nudité avec une certaine insouciance, quand ça ne heurtait évidemment pas la sensibilité de son prochain. Mais dans ces circonstances, c’est tout simplement intenable.
Quelque chose de monstrueux est en train de germer dans son ventre et de remplir ses tripes d’une nausée infâme. Il a envie de hurler mais sa voix ne sort pas. Il n’a que le pouvoir de se ratatiner sur lui-même et de subir l’intrusion quand elle le débarrasse d’autorité de son caleçon. Son manteau lui tombe rapidement dessus et il s’en empare avec une immense fébrilité pour s’en couvrir très gauchement, le regard écarquillé de frénésie. Cette fois-ci, Mona choisit de combiner ses efforts aux siens mais malgré ses frictions prévenantes dans son dos, ça ne fait pas descendre le répugnant malaise qui s’est imprégné dans tous les membres engourdis de froid de Nathan.

L’adrénaline monte en pics désordonnés et c’est comme une émeute qui grouille dans ses veines et vocifère ses clameurs dans le creux de son cou. Son pouls bat à une vitesse alarmante. Et il a froid, il a froid, il a si froid. Il ne sait pas trop s’il pleure parmi le sang qui dévale la courbe de ses joues, mais ça n’a rien d’impossible. Il est en train de péter un câble. Un sérieux, sérieux câble. Et là tout à coup, un nouveau juron de Mona vient le percuter en pleine face.

Elle déchire sa chemise. Elle déchire sa chemise et il est impossible pour lui de comprendre son geste et encore moins de lui expliquer que sa plaie ne va pas tarder à coaguler, si elle est correctement compressée. Le ton de la rouquine s’adoucit de nouveau, alors qu’elle lui bande sommairement la tête, Nathan est comme chambardé dans des montagnes russes. Son regard à moitié mangé par sa manche de chemise devenue chiffon est fixé avec une incompréhension et une angoisse grandissantes sur la figure de Mona. Elle se relève.

Il est contraint de se relever lui aussi et ses jambes sont en papier mâché, il chancelle. Il n’a pas encore repris son souffle, il n’a pas encore retrouvé la moitié de ses esprits, en fait toute la manœuvre lui en a fait perdre plus qu’il n’en avait perdu en trébuchant dans le guet de la rivière. Il est extrêmement pâle, son souffle est laborieux. Dans un absurde et terrible élan de rage, il rejoint Mona alors qu’elle lui mugit de nouvelles invectives en se retournant vers lui, la lèvre tordue et le regard torve. Il ne sait pas ce qui lui prend. Il explose brutalement de fureur. Il la pousse à deux mains de toutes ses forces pour la déséquilibrer et peut-être aussi un peu pour qu’elle se pète elle aussi la gueule par terre. Sa gorge se déchire, et il hurle, de toute la force de ses poumons.

« Mais… mais tu vas bien finir par te la BOUCLER, bordel ?? »

Ça y est, c’est fini. Il n’a plus aucune maîtrise sur ce corps soulevé de délire, et pourtant il lui semble bien que c’est le sien. Il ne contrôle plus rien, il lui semble n’être plus qu’un dégoûtant morceau de viande congelé jusqu’à l’os, qui palpite avec horreur et qui hurle, qui hurle encore et encore.

« C’est pas moi qui me suis ramassé dans le ruisseau, aux dernières nouvelles ? Alors pourquoi c’est toi qui brailles ?? »

Ses yeux noirs si doux d’ordinaire étincellent d’une flamme dégénérée.

« Et c’est toi… Ouais, j’crois bien que c’est toi qui battais la campagne avec mon GPS depuis une heure, alors j’espère que tu ne t’es pas plantée, parce qu’à ce moment là, il ne faudra t’en prendre qu’à toi-même ! La mauvaise foi, ça va bien deux minutes ! » Il tremble de la tête aux pieds en se redressant, le regard agrandi par une violence insoutenable. « Non mais c’est EXTRAORDINAIRE ! »

Le cri, cette fois, est plus puissant que sa voix ne peut le supporter et elle déraille odieusement dans les airs. Oh, il haïssait si fort se mettre en colère. Un sanglot lui secoue les épaules, sa bouche se fend d’un rictus atroce, et il ne peut pas s’arrêter de crier.

« Si j’étais pas venu te chercher, pour rappel, tu serais toujours à jouer avec des brindilles en haut d’ce gros tas de cailloux ! Et moi je serais peut-être pas à poil au milieu de la pampa à m’égosiller sur une fausse rousse avec la gueule de travers ! Si dire merci ça t’arrache trop la bouche, j’te prie de faire au moins l’effort de la fermer bien comme il faut et si ça t’plaît pas… t’as qu’à tailler la route ET BON VENT ! »

Sans prévenir, à son tour, il s’approche de Mona d’un pas vif et lui arrache ses vêtements ainsi que sa guitare des bras. Dans un dernier regard incendiaire, mené par le feu puissant de l’adrénaline, il détourne les talons et s’enfuit en titubant bizarrement dans la lande.

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Mr and Mrs Robinson

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