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 Pickup Truck [Willie]

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MessageSujet: Pickup Truck [Willie]   Mer 21 Juin - 10:22

Dans une vague violente, Noah se retourna dans son sommeil, tournant une nouvelle fois sa tête sur l’oreiller. Malgré la douceur du petit matin et la fraîcheur de sa chambre, elle était en nage sous sa couverture, et sentait, par le prisme d’un songe éveillé, le tissu de son tee-shirt coller à sa peau, comme ses cheveux jaunes qui collaient à sa nuque, et à son dos. Cela faisait quelques jours que ses nuits étaient troubles, vaporeuses, et ressemblaient plus à un mauvais bad qu’à un repos mérité. Depuis le... L’incident. Le jour où tout s’était arrêté. Les médias l’avait appelé le redémarrage, bien qu’il s’agisse plus d’un arrêt, d’un stop mondial. Et puis, il y avait eut Nathan. De là, tout ce en quoi elle avait toujours cru, les lois physiques, la mécanique du monde, tout avait explosé, volé en éclat. Tout pouvait arriver. Strictement tout. Bien qu’elle ait accueillis la nouvelle avec enthousiasme, les nuits s’en étaient retrouvées dégradées. Dans son ventre : une fournaise brûlante d’une curiosité dévorante, et dans son esprit, une nappe fragile laissé à la merci des nouveaux éléments. Le tout créé une masse contradictoire étrange qu’elle ne savait réellement maîtriser.
Mais l’albino devait faire avec : aller au travail, sourire, servir, se taire, et garder pour elle toutes ces nouvelles... Expériences. Seul restaient ses convictions, son chien et ses actes – ce qui en somme n’était pas trop mal.

Dans un râle étrange, elle se retourna une nouvelle fois. De nouveau, elle n’avait pu trouver le sommeil qu’à quatre heure du matin, exténuée, après avoir refait cent fois son appartement pendant qu’elle nageait dans ses pensées. L’ombre d’une heure, elle avait songé provoqué sa fatigue avec de l’alcool, ou un joint, mais dans les deux cas, elle n’était pas encore suffisamment au bord du trou pour le faire seule. Aussi se laissa-t-elle faire par la patience et trouva son bonheur, au bout du compte. Dans tout ça, c’était Glasgow le plus heureux : elle l’avait promené quatre fois cette nuit là, cinq la dernière. Peut-être parviendrait-elle à réduire encore le nombre la nuit prochaine.
Brusquement, sa poitrine se souleva dans un soupir douloureux. Ses sourcils s’étaient froncés. Dans son songe, son lit était si dure qu’il lui attaquait le dos, lui faisait mal. Quelque chose de pointu dépassait du sol sous son omoplate, entrant presque dans sa peau. Dans une semi-conscience, elle se redressa les yeux clos pour tâter le matelas froid, et finit par retomber sur son ventre pour reposer le côté de sa tête sur son oreiller... De métal ? Son crâne... Son crâne bourdonnait violemment. Son ventre se creusa brusquement, elle avait la nausée. Dans un réflexe pour empêcher les spasmes, elle replia ses genoux sous elle pour bloquer son estomac, retenir le liquide au fond de sa gorge. Ses sueurs froides parcouraient tout son dos, de ses épaules à ses reins, coulant en larges vagues de frissons qui hérissèrent sa peau.

Croulée de fatigue, la tête encore ailleurs, elle ouvra les yeux, mais n’eut pas l’impression de le faire. Tout autour d’elle n’était qu’obscurité. Quelque chose n’allait pas. Outre son corps, elle avait la sensation que quelque chose de radicalement hostile était à l’œuvre, que les forces de la nature se retournaient une nouvelle fois contre elle. Qu’encore une fois, ses convictions allaient volé. Plongée dans la pénombre, elle profita du calme pour remonter un peu plus à surface de son esprit, s’éveillant petit à petit dans l’ombre. Une chose était sûr, elle n’était plus dans sa chambre. Son cœur se serra brusquement. Glasgow ! Son chien, où était-il ? Et quelle heure était-il ?
Elle soupira brusquement, tenta de reprendre le contrôle. Il fallait qu’elle comprenne, qu’elle sache. Bien qu’elle soit contrainte de panique et de surprise, et que son esprit soit encore lourd de l’irréelle vapeur du sommeil interrompue, il y avait aussi cette étrange colère qui serrait sa gorge et la nouait.

Tout d’abord : se lever. Dans le noir, elle agita ses mains autour d’elle pour constater qu’il n’y avait à portée de main aucune entrave, aucun confinement.  C’était un bon début. Au moins, elle n’avait pas été attachée. C’est alors que la pensée lui sauta dessus comme un loup affamé : serait-il possible qu’elle ait été... kidnappée ?! Dans un sursaut violent, Noah se mordit la lèvre si fort qu’elle en saigna presque. Si elle attrapait le connard qui l’avait enlevée, elle lui ferait comprendre son erreur...
Relativiser. Pas de conclusions hâtives. Noah faisait de son mieux pour ne pas s’emporter, mais la panique commençait petit à petit à prendre le dessus. Elle haïssait les espaces fermés. Être retenue était une de ses plus grandes peurs.
Avec emportement, elle se mise soudain debout, et constata que le plafond était suffisamment haut pour l’accueillir sur ses deux jambes. Dans un autre réflexe, elle tendit les mains au plafond : il était froid, et recouvert d’une couche douce et synthétique qu’elle n’arrivait pas à identifier. Mais une idée commençait à se former dans un coin de sa tête, qu’elle n’appréciait guère. Rapidement, ses mains glissèrent le long de la paroi pour descendre au coin, quand elle trouva le premier mur. C’est alors qu’elle le sentit : le froid. Il faisait froid. En passant la main sur elle, elle constata qu’au moins on ne l’avait pas déshabillée : elle portait toujours le même tee-shirt trop ample marqué du logo d’Iron Maiden, et son berdmuda à carreau qu’elle avait volé à son meilleur ami. Ces frocs ne réussiraient pas à la protéger du froid très longtemps de toute façon... Il fallait qu’elle parvienne à sortir avant.

Pendant cinq bonnes minutes, elle délimita très lentement les lieux, et ce qu’elle redoutait finissait par l’emporter, s’approchant d’elle comme un cheval au galop qu’elle tentait de chasser. Ce n’est qu’en arrivant à un loquet métallique sur une porte de plastique et de métal qu’elle comprit son calvaire. Elle était à l’arrière d’un camion. Sa gorge se noua brusquement. On l’avait enlevée. Kidnappée. Sa première pensée alla à son chien, puis à son ami, puis à ses parents. Son père...Il était policier. Etait-ce possible qu’on l’ait enlevée par représailles ? Si c’était le cas,  c’était petit. Petit et con. Une rage sourde commença à naître dans sa poitrine, alors que ses petites mains blanches commençaient à marteler violemment la porte avec sa maigre force. Dans la même foulée, elle se mit à crier, du plus fort qu’elle put, à appeler à l’aide. Mais en vain. Où que ce camion fut, il n’y avait visiblement personne pour l’entendre. Pestant dans tous les sens, jurant sur tout et tout le monde, elle retourna dans le noir. Peut-être qu’il y avait quelque chose pour elle qui lui permettrait de s’échapper.

Frénétiquement, ses petites mains raclèrent les murs, et finirent par tomber sur des accroches qui ressemblaient à des tiroirs qu’elle tira sans se gêner. A sa grande surprise, ils n’opposèrent aucune résistance et s’ouvrirent largement. Avec avidité, elle fouilla à tâton et sentit rapidement sous ses doigts du tissu, surement des vêtements. Rangement après rangement, rien ne lui résistait. Elle ouvrit tout, et plus elle le faisait, plus elle comprenait que ce camion était bien plus qu’un simple véhicule. Ce ne fut que plus tard qu’elle comprit réellement qu’il s’agissait bien plus d’un appartement sur roues, quand en ouvrant un placard le cadre d’un lit lui tomba sur la tête. Se tenant le front, le matelas dans l’autre main, elle pesta encore plus, se demandant dans quelle galère elle s’était encore fourrée...
Dans une ultime tentative, elle s’apprêtait à ouvrir les derniers placards quand un bruit sonore retentit à l’extérieur. Son cœur se mit à battre plus fort, alors qu’elle s’imaginait enfin être secourue. Elle allait se précipiter vers la porte quand une autre pensée, sourde et insidieuse, à l’opposé de la sienne, vint la confronter. Et si c’était son ravisseur qui revenait finir le travail ? Brusquement, perdue, elle se ravisa, toujours sous le lit qu’elle tenait du bout de ses doigts.

Son esprit n’était plus que chaos. En entendant les pas se rapprocher, il lui apparut que ses pensées s’enfuyaient, tombaient comme des rivières de ses oreilles avant même de pouvoir prendre forme. Seul subsistait un instinct animal qui la poussait à rester alerte quand sa conscience s’abandonné au poison de la panique. Si il avait une arme...
Les bruits de pas retentissaient comme des coups de fusils. A chaque seconde, maintenant, elle s’attendait à ce que ce soit la fin.

Si elle s’en sortait, jamais plus elle n’irait dormir la nuit.
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MessageSujet: Re: Pickup Truck [Willie]   Jeu 22 Juin - 1:52

« Alors, mes chéris, j’vous ressert quelque chose ? Tim ? »

Tracy a une jolie peau. Toute tachetée par le soleil, et parfumée avec un mélange d’iris et de patchouli qui embaume, alors qu’elle se penche, interrompant le festival d’odeurs plus musquées et agressives qui règnent dans le vieux roadhouse. Pas que l'ambiance sueur de routiers et musc de bikers sur vieux fond de bière renversée et d'humidité soit si oppressante, mais le contraste est tout de même appréciable. Elle est comme un bouquet de fleur au milieu d’un hôpital : la juste touche de douceur dans un environnement beaucoup moins accueillant, et Willie, à cet instant, est tout heureux de la voir revenir de leur côté. Ni Harvey, le barman à l’œil torve et froid, ni Tony, le videur, qui a passé la soirée à le regarder de travers – probablement à cause de la couleur de sa peau, ou les nattes dans lesquelles il a noué ses cheveux pour échapper à la chaleur - ne possède son charme ou sa diplomatie.

Tim, lui, sur le tabouret adjacent, s’est affalé contre la surface du bar, et a collé son front dans le creux de son bras en signe de défaite. Willie secoue aimablement la tête.

« C’est gentil Tracy mais je crois qu’il a son compte. »

La serveuse rit, d’un rire un peu campagnard, mais très touchant, et Willie l’accompagne, et glisse sa main dans les cheveux de son voisin pour les lui ébouriffer affectueusement. Tracy, elle, tente une dernière accroche, coinçant son plateau sous son bras.

« Et toi, mon chou, t’as encore de bons restes !
- Je reprends la route demain matin, à c’compte là c’est plus prudent que j’m’arrête là. Faudra juste que je récupère mes clefs…
- Oh, chéri, tu sais que la politique de la maison…
»

Willie hoche doucement la tête, pour la rassurer, levant les mains pour mettre ses paumes bien en évidence. Il était plus ou moins habitué de ce genre de politiques, avec toute la route qu’il faisait. Pourtant, pour ne pas la froisser il l’avait écouté sagement quand elle était venue tout à l'heure lui expliquer que pour continuer à consommer, il faudrait qu’il lui confie les clefs de son véhicule. L'idée c'était de l'empêcher, lui et tout autre personne dans sa situation, d'aller se retourner un peu plus loin sur la route – ou pire, emboutir quelqu’un avec son gros camion – poussé par un mélange de bravade et d'alcool. Pour sa part, le jeune Innu n’avait pas tant bu que ça, mais tout de même. Sur la route, on n'était jamais assez prudent.

Et puis étant donné qu’ils comptaient dormir ici, de toute façon…

Il décoche un petit sourire charmeur à Tracy, qui lui rend avec un air faussement sévère, croyant sans doute qu’il va essayer d’argumenter son cas. Mais à son plus grand soulagement, ce n’est pas ce qui se produit, et Willie repose ses mains sur le comptoir.

« Non, non, juste celle de l’arrière ; la grosse bleue qui est sur le trousseau. On va dormir là et je viendrais récupérer le reste demain matin.
- Oh ! Oui c’est d’accord, dans ce cas. Je te l’amène tout de suite !
»

Tracy et ses jolis yeux verts font volte-face, faisant tournoyer sa queue de cheval derrière elle dans un petit éclair roux, et elle disparaît derrière le bar alors que Willie commence à ramasser ses affaires. Tim, lui, vient s’accrocher instinctivement à l’épaule de son voisin, dès que celui-ci a enfilé sa veste, comme si il y avait là une place qui lui était attitrée. Puis, l’un et l’autre sautent de leurs tabourets, et tentent de retrouver leur équilibre.

Leur voisin de comptoir, Bill, un vieux chauve avec une moustache digne d’être remarquée, lève son whisky à ses lèvres en plissant les yeux d’un air songeur. A côté de lui, un autre type plus solidement bâti, avec des tatouages jusque sous les oreilles, semble acquiescer dans le vide à un argument que seul lui peut entendre. Pourtant, alors que Willie et Tim entament leur sortie, l’un et l’autre décident de leur faire don de quelques derniers conseils avisés.

«  Vous allez vous les cailler, les jeunes. C’est pas fait pour roupiller, une remorque…
- ‘Feriez mieux d’prendre une chambre chez Louie, c’est pas loin.
- Non, allez pas chez Louie, vous allez chopper des puces ! Le mieux c’est de remonter vers…
- Des puces ?! J’vais t’en coller, moi des puces !
- Héééé vous en faites pas, les gars !
- Oui, on va se débrouiller, c’est pas la peine de vous…
- On s’tiendra chauud… Pas vrai ?
- Heum…
»

Willie sent quelques regards surpris se tourner vers eux, et cette attention soudaine lui noue un peu de tension à l’arrière de la nuque. Ça grommelle, ici et là, alors que la réplique de Tim se faufile à travers les esprits embrumés, qui heureusement peinent terriblement à en tirer les conclusions qui s’imposent. Pour ne rien arranger, le jeune Innu sent le nez de son ami commencer à s’enfouir rêveusement dans le creux de son cou, tandis qu’il repose ivre et heureux contre son flanc, et Will se tortille pour l’en déloger. Ce n’est pas vraiment le genre d’endroit où il fait bon afficher une telle… proximité, et les regards à présent contrariés qui traînent sur leur duo en sont une preuve assez navrante.

Redressant son ami sur son épaule, Willie laisse un rire qu’il espère crédible et désabusé franchir la barrière de ses lèvres.

« Haha… mon dieu t’en tiens une couche, hein ? Pauvre vieux… » Secouant la tête d’un petit air navré, il décoche un dernier sourire, puis esquisse quelques pas malhabiles vers la sortie. « C’est les cheveux longs, ça. Au bout de cinq verres, il ferait la cour à un balai s’il… faisait mine de rire à une de ses blagues. Haha… Bon, j’vais aller le coucher avant qu’il me demande en mariage, hein ? Allez ! Bonne soirée les gars. »

Leur sortie se fait rapidement, sans plus de cérémonie, et mis à part les grognements fatigués du blondinet, dont les mains sont venues se faufiler sous le blouson de son ami, dans une quête de chaleur très primaire, sans autres incidents. Willie intercepte la clef que vient lui confier Tracy avec un sourire, lui laissant le reste du trousseau pour la nuit. De toute façon, et il s'en rend compte alors que le brouhaha du bar s'estompe autour de lui, même sobre, il n’aurait jamais eu l’énergie de repartir ce soir.

L’air, à l’extérieur, a cette fraîcheur surprenante qui ponctue souvent les chaudes journées d’été. Le soleil disparu, le climat continental reprend ses droits et la peau déshabituée à lutter contre le froid se retrouve saisie par surprise. Même dans sa veste en jean, et avec le petit radiateur qui lui sert de meilleur ami collé dans le creux de son épaule, Willie frissonne, dans la traversée qui sépare l’entrée du roadhouse sans ambition de son parking, où l’attend sagement son camion.

« Merde ils déconnaient pas. On va devoir sortir le duvet…
- C’est moi ton duvet, ce soir…
- Oh sérieusement… »

Un petit rire vient secouer les épaules du jeune Innu, délogeant la joue de son passager qui pousse un petit couinement déçu. Il lève une main fatiguée, pour venir jouer comme un chaton avec une des nattes de Willie.

« Quoii, t’es pas d’humeur… ?
- T’es bourré, Tim… Tu saurais même plus quoi faire de ta bite.
- Mmmmmais… Alors… Alors on a qu’à prendr’ la tienne… Hé…
- On va prendre l’édredon et t’enrouler dedans. De toute façon tu vas ronfler dans cinq minutes…
- Mmmhfd’accord…
- J’espère bien qu’c’est d’accord… Attend, appuies toi là, que j’ouvre. »

Arrivés à hauteur du véhicule, Willie laisse le blondinet s’effondrer contre la paroi arrière du camion, babillant quelque chose à propos de profondes injustices et d’édredons moelleux, tandis qu’il s’affaire à débarrasser les portes de la grosse chaîne qui les retint ensembles.
La fermeture arrière de la remorque était devenue un peu défectueuse, avec le temps, et les deux compères avaient bricolé un système à l’aide d’une épaisse chaîne à maillons en métal, et d’un gros cadenas bleu. Lorsqu’ils sortaient, ils installaient la chaîne à l’extérieur, de manière à bloquer complètement le mécanisme d’ouverture, et lorsqu’ils dormaient à l’arrière, ils l’accrochaient de l’autre côté. Ce système leur permettait, en outre, de ne jamais s’enfermer irrémédiablement dans la remorque, ce qui représentait un argument non négligeable. D’autant qu’auparavant, c’était arrivé une ou deux fois. Heureusement, à chaque fois un routier serviable était venu à leur secours, les jugeant d’un œil amusé.

Tim est en train de s’assoupir à moitié, la joue pressée contre le métal d’une des portes, tandis que Willie tire à lui sa jumelle, ouvrant un passage assez grand pour que le blond s’y faufile. Puis, il l’y guide, comme on guiderait un aveugle ou un petit enfant, et après quelques longues secondes de lutte, finis par le hisser à l’intérieur en lui attrapant les jambes, pour le laisser avancer à quatre pattes dans l’obscurité.

« Allez avance, saucisse. Va prendre la lampe de poche, tu sais où elle est ?
- Williiiiie… c’est l’bordeeel…
- La faute à qui ? J’t’ai dit d’ramasser ton crisse de foutoir hier matin.
- Mais… Nan mais… Plus que d’habitude…
- Allons bon. »

Willie roule des yeux, tentant d’apercevoir, à travers les ténèbres épaisses, la silhouette de son meilleur ami qui vient d’y disparaître complètement. Avec l’angle dans lequel est garé le camion, même les larges néons clignotants du roadhouse ne parviennent pas à éclairer l’intérieur de la remorque.

« On dirait qu’y a un raton laveur qui est v’nu foutre… Oh. Attend j’crois que j’ai la… »

La fin de sa phrase est happée par l’obscurité, et pendant un très court instant, plus rien ne s’échappe de la bouché béante du camion. Puis un cri perce le silence, et fait pratiquement bondir Willie hors de ses baskets.
S’en suit un capharnaüm de voix – au pluriel, ce qui est probablement l’élément le plus terrifiant de toute cette histoire – de fracas et de frottements, alors que Tim fait machine arrière en rampant sur ses fesses. Le jeune indien le voit surgir de l’obscurité pour s’accrocher à lui, comme un diable hors de sa boîte, et dans le chaos du moment, il ne peut que s’accrocher à son ami en retour, plongeant ses yeux paniqués dans les siens.

Non content d’avoir failli causer une attaque à son meilleur ami, Tim renquille, et lui hurle bien fort dans l’oreille alors qu’il tente de lui grimper à moitié dessus.

« WILLIE !
- Putain, Tim ! Ta gueule !
- Willie au s’couurs… !! »

Les deux hommes se débattent, l’un pour sortir, l’autre pour l’en empêcher, et c’est un miracle que leur équilibre précaire ne les précipite pas tous les deux sur le bitume en contrebas. Willie proteste à grand cri.

« Mais qu’est-ce que...
- Y’a un moooonstre !
- De quoi ?!
- Un MONSTRE ! Sous le liit !
- Oh tu commences à me les briser, file moi ça… »

Après encore une bonne minute de lutte hasardeuse entre l’homme excédé et l’homme au bout de son ivresse, la lampe torche si chèrement arrachée aux ténèbres change de main, et Willie parvient à l’allumer. Il en brandit le faisceau à l’intérieur comme on brandirait une arme, prêt à débusquer ce qu’il s’imagine probablement être un genre d’animal nuisible, du genre opossum ou raton laveur, comme il arrivait parfois qu’il s’en glisse à l’intérieur sans qu’il puisse s’expliquer pourquoi. Il fallait vraiment qu’ils arrêtent de garder de la nourriture dans…

Sauf que non. Qu’au bout de ce rai de lumière, il ne trouve ni un museau retroussé ni un petit masque de bandit poilu, mais le minois passablement tétanisé d’une jeune femme. A travers la légère brume de l’alcool, additionnée du vrombissement terrible de l’adrénaline, contre ses tempes, l’esprit du pauvre garçon semble se figer, incapable d’assimiler l’information.
Il reste planté là pendant de longues secondes, ébahi, pendant que Tim pleurniche en essayant de se cacher derrière sa jambe. Puis, alors que ses sens semblent enfin lui revenir, il secoue sa tête, baisse les yeux, cligne très fort des paupières, puis réessaie.

Il faut bien se rendre à l’évidence : il y a une femme à l’arrière de son camion, et il n’a foutrement aucune idée de comment elle est arrivée là.

« Oh merde, je… Vous… Vous allez bien… ?
- Cause pas avec eeelle…
- Maudit con, tu vois bien que c’est pas un monstre ! Ferme-la un peu ! »

Pourtant il était sûr de ne pas s’être trompé de véhicule. La clef n’aurait pas fonctionné, sur un autre cadenas, de toute façon, et puis…  Enfin là, il pouvait apercevoir quelques affaires à lui, éparpillées dans un joyeux bordel sur le sol, alors il n’y avait aucun doutes possible…

Réalisant que jusque-là, il s’est exprimé en français, et qu’au vu de l’expression de la jeune femme, soit elle n’y comprend rien, soit elle est bien trop choquée/intimidée/terrifiée/rayez la mention inutile par la grande silhouette masculine qui l’aveugle à moitié avec sa torche pendant qu’elle est coincée sous un lit dans le coffre d’un camion, il rougit légèrement, et baisse un peu sa lampe. Pointant le faisceau vers le sol, et levant doucement ses mains dans les airs, en signe de bonne fois, il descend s’accroupir lentement à sa hauteur. Puis, de la voix la moins affolée qu’il peut trouver en lui, au vu des circonstances, il reprend, cette fois dans un anglais volontairement articulé.

« Je… Pardon mais qu’est-ce que fous foutez dans mon camion ? Et… Comment vous êtes rentrée,  ostie d’merde ?»
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MessageSujet: Re: Pickup Truck [Willie]   Lun 3 Juil - 11:33

Son poignet commençait à trembler en spasme douloureux quand elle commença à entendre les voix d’une façon distincte à l’extérieur du véhicule. Des éclats fragmentés et chaotiques dont les formes dérivaient dans tous les sens, tantôt suraigus, tantôt stables. Une seule chose lui apparaissait claire comme de l’eau de roche concernant son ravisseur: ils étaient deux, et c’était des hommes. Elle percevait très bien les profondeurs chaudes de leurs voix, même à travers le prisme d’une vitre, et malgré les montagnes russes de hauteurs qu’elles semblaient prendre. Mais dans son état, et là où elle était, Noah ne parvenait pas encore à différencier nettement les deux, seulement sa perception un peu flou des deux entités.
Un craquement sinistre hanta soudain tout le véhicule qui couina dans un tremblement grotesque : on avait ouvert une porte. Sa respiration comme son cœur cessa brusquement : l’albino voyait clairement la fin de sa vie arriver. Elle se tenait figée, complétement immobile, attendant patiemment qu’on vienne l’abattre comme du gibier. Les secondes s’égrenaient douloureusement, elle entendait ses artères battre, se dilater dans ses oreilles, la rendant sourde. C’était triste.

Si c’était ça sa mort, alors elle était merdique.

Pourtant, à force de l’attendre sans la voir venir, Noah finit par se lasser de patienter pour son trépas. Et les voix qui continuaient de marmonner dans un charabia guttural à couper au couteau... C’était au-delà de toutes ses connaissances linguistiques. Et elle commençait vraiment à se demander où elle été tombée, puisque de toute évidence, ils ne parlaient pas l’anglais. Ou l’afrikaan. Ou toute autre langue parlée en Afrique, lui semblait-il. Mais dans ce qui paraissait être une dispute entre ados, elle perçut une chance à saisir qui lui offrirait son salut. Elle allait se faufiler quand soudain, elle sentit un poids à l’autre bout du véhicule, qui remit tous ses sens en alerte. Toujours planquée sous son matelas dont elle sentait le poids s’affaisser sur son poignet, Noah se remit dans l’attente, passive, qu’on vienne la débusquer.
Mais l’entité avait l’air de galérer sérieusement à entrer. Etait-il très lourd ? Elle commençait à s’imaginer un obèse lubrique à l’œil pervers qui viendrait profiter de sa faiblesse à l’arrière d’un véhicule abandonné. Son estomac déjà affaiblit en était si dégoûté qu’il se lança dans un douloureux salto. S’en était trop. S’il s’approchait elle allait...

Les choses s’enchaînèrent dans le plus grand chaos. Elle sentit la personne s’approcher, mais d’une façon gauche, malhabile, elle essaya de bouger, mais son poignet céda, le lit lui tomba dessus, elle chercha à tâtons à le redresser mais mis soudain sa main sur une touffe de cheveux soyeux et épaisse, qui se mit à fortiori à crier. Passant l’effet de surprise, Noah fit ce qu’elle pu pour s’excuser – quitte à mélanger afrikaan et anglais, puis se rendit compte qu’elle n’avait pas à demander pardon et surtout à son agresseur qui tentait déjà de fuir. Elle se mit alors à secouer son pied en l’air dans l’espoir d’atteindre sa tête, mais il avait visiblement déjà quitté le lieu.
Des entrechocs sonores résonnèrent du dehors, l’homme qu’elle avait agrippé jetant des jappements plaintifs et déstructurés au second, qui visiblement avait bien plus les pieds sur terre. Sa voix était plus calme, plus aiguës aussi – de ce qu’elle pouvait en distinguer. Un timbre plus chaud et jeune. Mais sur quels ravisseurs était-elle tombée ?!

Cachée sous le lit, finalement, elle n’osa plus bouger. Les voix étaient fortes, ses forces s’affaiblissaient petit à petit. Elle ne se sentait plus le courage de faire face... Pour l’instant. Ce manège sembla s’éterniser, plusieurs longues secondes que Noah passa terrer sous le matelas qui tenait sur sa tête. Des bruissements secs et sourds l’alertèrent que de nouveau, on s’approchait, mais elle restait passive, cherchant l’opportunité plutôt que de vouloir la créer. La pensée que finalement, elle n’était pas à son avantage commençait à prendre forme en son esprit bousculé : peut-être valait-elle mieux qu’elle face profil bas, cela lui économisera quelques minutes...

Un rayon de lumière traversa alors tout le camion, mais évita ses yeux. Ses yeux inaccoutumés, usés aux ténèbres, furent pris de court. La lueur jaune fut si éblouissante que Noah du mettre ses mains devant ses yeux, cachant en parti son visage, fermant à moitié ses paupières pour éviter d’être éblouie. Le choc troubla sa vision, elle luttait pour garder les yeux ouverts, mais sentit du mouvement venant d’en face. Une voix sembla l’interpeler, mais elle ne comprenait pas ce qu’elle disait. Une chose était sûre, c’était la voix du plus jeune, la voix douce. La voix claire. Il y avait dans ce timbre quelque chose d’apaisant, de subtil, une douce fluidité qui n’était pas commune. Instinctivement, elle recule, se cogne contre un coin de meuble, peut-être un tiroir qu’elle avait ouvert. L’autre voix renchérie, ils semblent se disputer. Réfléchis... Garder les yeux ouverts est trop dur. Elle passe une main derrière sa tête, la douleur s’amplifie. L’arabesque du langage qu’on lui présente lui est totalement inconnue... C’est une langue rauque, gutturale. Plate... Un peu comme l’anglais. Mais bien plus colorée.

Ses pieds nus raclent le sol. Elle se cache le visage, mais ne parvient pas à taire la lumière qui lui brûle les deux yeux. Ses lèvres entrouvertes ne laissent s’échapper qu’un jappement canin et plaintif. C’est donc ça la sensation que l’on a quand on est enfermé... C’est si sale. Elle a l’impression d’être un animal en cage, condamné à l’obscurité, sans aucune compréhension du pourquoi on l’avait mise là. Elle se mort les lèvres : elle est en colère.

Avec le faisceau de lumière qui tomba brusquement, Noah retourna à une forme de stase animée, où elle ne pouvait que fixer devant elle, les yeux encore obnubilés par un flash blanc, qui l’empêchait de distinguer ce qu’il y avait devant elle. Il lui sembla qu’une silhouette longue et haute s’approchait d’elle, une main en l’air, l’autre tenant le braséro lumineux, mais elle n’en distinguait pas encore les détails. L’autre poursuivait de brailler des mots incompréhensibles – du moins, pour elle. Bien qu’elle n’avait pas confiance, l’individu avait l’air de faire des efforts pour s’approcher sans la brusquer, pour lui indiquer qu’il n’était pas une menace. En cela, l’albino était doucement perdue : le mélange d’adrénaline et de fatigue qui coulait dans ses veines n’aidait en rien son sens du jugement qui était mis à rude épreuve. Une grande Noah, fort de raison et de prudence, lui criait de se méfier, que tout cela était un piège, une autre, plus douce, plus effacée, avait envie d’y croire. Et la situation était tellement surréaliste qu’elle finit par rendre les armes, pour écouter sa conscience, peut-être un peu trop naïve. Cela pouvait très bien lui coûter sa perte... Mais au point où elle en était, dans un cas comme dans l’autre, tout cela ne sentait pas bon.

Et en effet, la voix finit par se manifester de nouveau, sortant d’une bouche fine et androgyne, greffé sur une mâchoire légèrement velue d’une petite barbe brune. Elle ne pouvait en voir que le contour : les couleurs, les traits, les expressions... Tout lui était corrompu par l’obscurité.
A sa grande surprise, elle put comprendre tous les mots qui sortaient de ces lèvres. Enfin... La fin de la phrase lui semblait plus nébuleuse, mais elle avait peut-être mal entendu. Le simple fait d’entendre sa langue lui procura un bien fou, la rassura plus que de raison. C’était idiot, mais dans la panique, on trouve souvent le réconfort dans les petites choses. Dans l’instant, elle ne su ni que dire, ni que faire, et trouva logique de se contenter de baisser les yeux vers ses pieds. Il n’avait pas l’air non plus de savoir ce qu’elle faisait ici. En se mordant la lèvre inférieur, elle dû se rendre à l’évidence... Elle n’avait aucune réponse à lui apporter.

C’est alors qu’il lui apparut qu’il pouvait très bien mentir. Mais son empathie, aussi rouillée fut-elle, lui souffla qu’à son air ahuri, il était aussi perdu qu’elle dans cette histoire, et que lui non plus n’avait pas la moindre foutu idée de comment ils en étaient arrivés là. Soupirant, Noah se redressa un peu, sentant chacune de ses vertèbres craquer dans l’effort, ramolli par le froid, l’émotion et la chute du lit. Elle avait vraiment besoin d’une cigarette.
Les secondes s’égrainèrent lentement jusqu’à ce qu’elle veuille bien revenir à un état de conscience. Elle commençait à reprendre un semblant de conscience, à prendre la mesure de tout ce qu’il s’était passé. Même si rien ne semblait logique, il fallait qu’elle résolve d’abord quelques inconnus, avant de dessiner le tableau complet. A commencer par les deux personnes dont elle avait vandalisés le véhicule.

La voix douce appartenait donc au jeune homme face à elle. Le clair-obscur lui offrait à présent un peu de marge pour lui offrir un dessein d’ensemble : il devait peut-être avoir son âge, mais elle était époustouflée par la finesse de ses traits. Une peau un peu sombre, basanée, qui allait bien avec le brun de sa barbe et de ses sourcils foncés. Deux yeux d’une couleur similaire luisaient dans le noir, effilés, et marqués par un voile de fatigue – ou peut-être était-ce son imagination. Un nez long et droit, épousant des contours discrets et harmonieux, entourés par d’immenses cheveux bruns, ondulant joyeusement, à la longueur impressionnante qui avait de quoi rendre Noah jalouse, si elle ne s’était pas retrouvée coincée à l’arrière de son véhicule.
Derrière eux, les gémissements poursuivaient, et avec du recul, la zulu croyait saisir l’origine de son état... calamiteux.


« - Votre cop... Ami, il va bien ? » Elle souffla doucement, prit du temps pour prononcer chaque syllabe. Les mécaniques de sa voix trahissaient un fort accent nasal, germanique, que l’on pourrait facilement prendre pour des dérives australiennes si l’on n’est pas familier avec l’accent de Pretoria. L’influence du hollandais sur l’anglais se faisait cruellement sentir. « Il n’a pas l’air de très bien tenir l’alcool. » En considérant les plaintes et les hauteurs de sa voix, il lui sembla avoir vu juste. C’était à se demander si il n’allait pas se pencher sur le côté pour recracher tout ce que ses tripes pouvaient de liquide.

C’était peut-être léger comme prise de contact, mais elle souhaitait cruellement détendre l’atmosphère, mais aussi désamorcé l’absurde de tout ce merdier, bien qu’elle sût que ce fût chose impossible. Mais elle tenta tout de même. Poursuivant de se redresser, elle reprit un peu ses esprits, avant d’essayer de pousser le lit de sa tête. Pour cela, elle se releva, poussa sur ses chevilles et parvint à repousser le matelas dans son emplacement. Enfin sur les genoux, elle se rendit compte qu’elle était toujours en pyjama, ce qui devait finir d’achever sa crédibilité face aux deux inconnus.
Parler d’infortune serait un euphémisme. Il fallait à tout prix qu’elle sache où elle se trouvait, où elle avait atterrie. Et visiblement, seul le jeune homme sobre lui serait d’un grand secours.


« Pardon pour lui, d’ailleurs. Je crois que je lui ai fait peur avant. Et pardon pour le camion aussi.» Et dire que c’était lui qui lui était presque tombé dessus alors qu’elle était prisonnière... Bref. C’était vrai qu’elle avait tout retourné, comme un éléphant dans une boutique. Maintenant, elle voyait bien son crime : les chaussettes et les sous-vêtements qui traînaient partout, les chemises, les objets... Faisant de nouveau face au jeune homme, elle décida d’aller de l’avant. Il était temps de lui apporter quelques réponses, si au moins cela était possible. « Je suis désolée mais... » Elle pencha la tête, presque coupable. « Je n’ai pas la moindre idée de ce que je fais là. » Etrangement, elle insista sur le dernier mot, n’osant pas encore poser la question.

Avec les battements de son cœur qui ralentissaient, elle commençait à sentir la fatigue et le froid danser sur sa peau, alors que le bout de ses doigts commençait à être cruellement engourdi. Ce n’est qu’alors qu’elle prit la pleine mesure de sa fatigue, en sentant ses paupières s’alourdir.
Elle désespérait de revoir son lit à Pretoria... Peut-être que tout cela n’était qu’un rêve et qu’elle allait se réveiller ? D’un revers de main, elle chasse ce doux songe : jamais, même jusque dans ses pires cauchemars, elle n’avait ressenti le froid aussi mordant et la peur aussi forte. Glasgow... Glasgow ! Il était seul ! Le sang de l’albino ne fit qu’un tour : pour elle, il était comme un enfant, et jamais elle n’aurait pu le laisser seul. A moins qu’il... Complètement déroutée, elle oscillait encore entre la thèse de la téléportation astrale farfelue et le kidnapping, auquel cas, son chien avait probablement été...

Encore une fois, elle se mordit la lèvre violemment, perdu, avant de regarder le jeune homme dans les yeux avec une gravité reine qu’elle ne maîtrisa pas. Qui étaient-ils, de toute façon ? Avait-elle raison de leur parler ainsi ?

« Où sommes-nous ? » Elle voulut rajouter un « s’il vous plait » plus ou moins de rigueur, mais la politesse se perdit dans sa gorge avant de pouvoir faire surface. C’était une question de vie ou de mort, il fallait qu’elle sache son chien en sécurité, qu’elle fasse quelque chose. Peut-être n’étaient-ils qu’à quelques kilomètres, si elle trouver de l’aide elle pourrait... « Je vous en prie, je dois savoir. » Ses yeux fixaient les lèvres opposées, espérant pouvoir y lire « Pretoria ». Comptant les secondes, elle observa. « Pretoria, Pretoria, Pre-To-Ria... »

Il lui fallait une cigarette. Kak.
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MessageSujet: Re: Pickup Truck [Willie]   Lun 10 Juil - 15:35

« De… Pardon, de quoi ? » Willie cligne lentement des yeux, contente de l’entendre parler une langue qu’il maîtrise, bien que l’accent qu’elle y distille ne lui dise fichtrement rien du tout, mais ce qui le désempare le plus, dans toute cette histoire, ce sont les excuses qu’elle prononce. Il lui faut un moment pour tout remettre à sa place, dans son esprit que l’alcool ralentit tout de même un peu, quoiqu’il s’en sorte bien mieux que son camarade de bataille. Il sourit, d’un petit air gêné. « Oh ! Quoi, Tim ? Il hm… Il va bien. Haha… Non, il tient très bien l'alcool. Simplement ce soir il en a bu vraiment beaucoup plus qu'il ne le devrait. »

Un petit rire, musical mais un peu écharpé par la maladresse, s’extirpe de sa gorge alors qu’il relève les yeux vers la jeune femme, mais son sourire s’évanouit rapidement. Car la suite de ses paroles est plus inquiétante, laissant entrevoir les indices d’une grande et évidente confusion, chez elle, ainsi que, à y regarder de plu près, et maintenant que l’attention de Willie avait cessé de papillonner à tout va, des signes de lourde fatigue, et d’un début plus inquiétant encore d’hypothermie. Ses lèvres, à la courbure tout à fait charmante, étaient assombries d’une teinte qui menaçait de virer au bleuté, et ses mains lui semblaient tremblante, dans la mauvaise lumière de sa lampe. En même temps cela n’avait rien d’étonnant, et Willie se maudit aussitôt de ne pas y avoir penser. Il ne faisait pas si chaud, ce soir, et la pauvre était… encore en pyjama ? Le détail le frappa un instant par son absurdité, mais il balaya bien vite la question, se disant qu’aux Etats-Unis, la mode, et en particulier la mode féminine, avait parfois des travers qui lui échappaient complètement. Et s’il ne d’agissait pas d’une nouvelle ‘summer trend’ un peu ridicule, alors peut-être bien que c’était là quelque chose de plus grave. Que la jeune femme s’était sauvée de quelque part, si précipitamment qu’elle n’avait même pas pris la peine d’enfiler un pantalon ou des chaussures, et que la porte de son vieux camion lui avait paru la meilleure option envisageable. Cette idée-là, en revanche, le fait légèrement frissonner.

Et le rappelle à l’ordre, car à l’arrière de ce camion, il n’est pas le seul à frissonner, et le petit air d’enfant perdu de son involontaire invitée, ses cheveux en bataille et ses yeux brillants de détresse, lui pincent le cœur d’un élan tout à fait incontrôlable de protection. Il se secoue, et vient déposer la lampe par terre, la dirigeant vers le plafond blanc de la remorque, de manière à diffuser un peu mieux la lumière tout autour d’eux. Puis, toujours avec la lenteur de celui qui ne veux pas effrayer, il fait quelques pas vers un des placards encore intacts, et l’entrouvre pour y plonger les mains, à la recherche de quelque chose d’utile. Ses yeux, eux, restent posés sur la jeune femme – à une hauteur respectable, évidemment, ça n’était pas la peine d’ajouter à son malaise – tandis qu’il laisse filer dans sa direction des mots qu’il souhaite rassurants.

« Euh… d’accord. Okay alors… C’est rien. Ici c’est juste… un Roadhouse de routiers un peu pouilleux, sur le bord de la 88. On est toujours dans l’Etat de New York , hm. On a tout juste passé Albany et… Demain on se dirige vers Philadelphie. Mais… On va… On va démêler tout ça, okay ? Déjà… »

Après quelques minutes de fouilles, le jeune Innu finit par dénicher au milieu du bordel un large sweatshirt à la doublure confortablement épaisse, ainsi qu’une paire de grosses chaussettes de sport. Tout cela sera bien évidemment beaucoup trop grand pour la jeune femme – ça l’était déjà pour lui – mais au moins elle devrait être un peu mieux protégée des températures nocturnes, qui commencent à resserrer leur griffe tout autour d’eux. Se retournant, un petit sourire victorieux au bord des lèvres, il les lui tend aussi délicatement qu’il le peut, continuant d’éviter les gestes brusques dans sa direction.

« Déjà, prenez ça. Vous… vous devez geler. Et je dois avoir un pantalon quelque part…
- Williie…
- Oh, Tim, c’est vraiment pas le moment…
- Willie baby j’ai sommeil…
- Seigneur… »


Evidemment, c’est le moment que choisit Tim pour manifester sa jalousie de petit chaton, cherchant à garder l’attention de ses parents sur lui. Titubant jusqu’à lui, depuis le bord du camion où Willie l’avait laissé, il vient s’effondrer mollement contre son flanc. Puis, il enroule ses bras autour de la taille du jeune Innu, et s’accroche là avec beaucoup de détermination.
Willie soupire, et le laisse faire, profitant de sa position légèrement penchée vers l’avant pour chercher un pantalon de survêtement, parmi les décombres.

« Attend… une seconde, tu veux… ? »

Il décroche aimablement son petit blond bien imbibé, et l’appuie contre la paroi de la remorque, le temps d’aller ramasser l’objet de sa quête – un large jogging Adidas plutôt propre, mais décoré de quelques petits trous de cigarette au niveau de la cuisse – et le tendre également à la jeune intruse. Puis, levant légèrement les yeux vers le ciel comme une maman excédée, il revient vers Tim et enroule un de ses bras autour de son épaule.

« Allez viens là… pardon. Ça… » Il relève la tête vers la jeune femme pour l’encourager à mettre les vêtements qu’il lui a confié. « Ça c’est pour vous, et vous… vous n’avez qu’à enfiler ça par-dessus vos vêtements, ça doit être assez grand normalement. Je… J’m’occupe de vous dans une minute, d’accord ? Essayez de euh… respirer. Et vous calmer. »

Il jette un dernier regard en direction de la jeune femme, un timide début de sourire au coin des lèvres, tandis qu’une certaine fatigue vient lui engourdir la nuque. Il fallait faire les choses dans l’ordre, où il ne s’en sortirait pas, pourtant il ne peut pas s’empêcher de s’en vouloir de la laisser un peu seule avec sa confusion, le temps de mettre Tim au lit.

Tim qui, pour sa part, est bien content que l’on revienne s’occuper de lui, et enfouit son nez dans le creux du cou de Willie en gazouillant.

« Et toi viens là grande saucisse… »

Avec un petit effort, et répétant des gestes qu’il avait pratiqué si souvent, à la triste époque où il travaillait en binôme avec Marcel le vieil ivrogne, le jeune Innu parvient à hisser son ami sur ses épaules, comme un enfant, et se met en route à travers l’océan de bazar qui jonche le sol du camion. Une fois qu’il s’est assuré que le jeune blondinet ne va pas se laisser mollement glisser de son dos, il s’occupe de dégager sommairement du pied les quelques babioles coincées sous le lit, qui l’empêchent de se déplier complètement, puis tire le cadre jusqu’à sa position basse, et se penche pour faire rouler le gros bébé ivre sur le matelas. Un soupir fatigué au bord des lèvres, il ouvre un nouveau placard, pour y chercher un duvet, avant de réaliser que celui-ci a atterrit un peu plus loin, et qu’il doit recommencer la traversée du champ de ruines. Il soupire lourdement.

« Willie… j’ai froiid…
- Oh, c’est pas vrai… »


Il y a une certaine lassitude amusée, dans ses gestes, alors qu’il retourne chercher le duvet comme un personnage de rpg perdu dans une interminable quête d’échanges, et revient grimper sur le lit pour aider Tim à enlever chaussure, pantalon et veste. On sent un mélange d’habitude et de coopération, entre les deux hommes, le premier occupant sans peine le rôle de la maman, le second tout à fait ravi de s’abandonner à ses soins, roulant sur le côté où soulevant ses hanches lorsque c’est nécessaire. Lorsqu’enfin on a réussi à enrouler le pauvre garçon ivre dans son duvet-camisole, et que l’on a roulé le tout au bout du lit, près de la paroi du camion où il ne risque pas de tomber et de se faire mal, Willie fait tomber sa deuxième couette, plus épaisse, sur lui, et, un petit air joueur au bord des lèvres, se penche pour poser un baiser sur son front, comme une maman attentive.

Après tout, comment est-ce qu’il pourrait réellement en vouloir à son ami, alors que Willie lui en avait lui-même fait voir de toutes les couleurs, en l’obligeant à prendre soin de lui, à l’époque, plus sombre où il n’avait plus l’énergie de rien faire sinon pleurer et boire dans son lit. C’était peut-être là une petite vengeance de l’univers, et Willie l’acceptait sans colère, ni regrets, d’autant plus que, pour la défense de son pauvre ami, celui-ci abusait rarement à ce point de l’alcool lorsque le jeune Innu ne l’accompagnait pas. Cette fois-là, la principale raison de son excès, Willie en poserait le blâme sur l’excès malaisant de virilité ambiante, qui poussait parfois son ami à essayer de compenser pour le manque de points communs qu’il avait avec ces gens là – et la très mauvaise influence de leur voisin de gauche, qui n’avait cessé de leur payer des tournées. Comme Willie ne buvait pas beaucoup, ce soir-là, Tim avait dû porter sa peine pour lui, et il l’avait fait avec bravoure et enthousiasme. Willie pose une dernière petite tape affectueuse sur le tas de couverture, et l’homme tombé au combat qu’elles abritent, puis il consent enfin à se retourner vers leur invité, un peu moins dangereusement dévêtue, à présent. Il tente de lui sourire, son air le plus rassurant sur le visage, malgré les quelques milligrammes d’alcool qui trainent aussi dans son système vasculaire.

« Alors, hm… Voilà. Désolé, il aurait été insupportable si je l’avais laissé se débrouiller. Est-ce que… tu vas un peu mieux ? Quelque chose t’es revenu ? Tu sais, je… Je ne me fâcherai pas si tu es montée dans mon camion sans rien dire. Je ne transporte pas grand-chose d’important, et… ça m’arrive même de laisser monter des… autostoppeurs, quand ils en ont besoin, alors… »

Il s’écarte, et fait quelques pas vers l’ouverture du camion. Tirant un paquet de cigarettes de la poche de son blouson, il vient s’asseoir au bord, les jambes à l’extérieur, se balançant lentement dans le vide, et il appuie son épaule contre la porte grande ouverte. Il fait signe à la jeune femme de le rejoindre, si elle le veut, tapotant d’une manière plutôt universelle la place à côté de lui, du plat de la main. Puis, il glisse une cigarette entre ses lèvres, et après une petite hésitation, en propose une, silencieusement, à son invitée.

Il ne sait pas qui elle est, ni d’où elle vient, ni même ce qui a bien pu la pousser à monter dans son camion, mais vu sa tête, et son état, ça lui ferait peut-être du bien. Bon, il y avait des risques qu’à long terme, ça lui file un genre de cancer, ou une autre joyeuseté du genre, mais là, ça n’était plus de sa responsabilité. Pour sa part, il ne fumait que lorsque la journée avait été très longue. En l’occurrence, elle commençait tout particulièrement à l’être, alors il était tout excusé.

Levant les yeux vers la jeune femme, il finit par poser une main sur sa poitrine pour se désigner d’un geste lui aussi tout à fait universel.

« Moi c’est Willie. Willie Simon. Lui, là c’est Tim, et ça c’est mon camion, et… Enfin t’inquiètes pas. » Il allume sa cigarette, abandonnant le briquet entre eux pour qu’elle puisse se servie au besoin, et il passe une main dans sa nuque. Son regard, lui, sort se poser parmi les ombres nocturnes au dehors. « Je vais pas te larguer ici au milieu de nulle part. Et j’vais pas appeler la police, ou quoi que ce soit. Sauf si tu me le demandes, mais j’le conseillerait pas. Y’a qu’des gros mecs bourrés, à l’intérieur, et c’est pas le meilleur endroit pour attendre hm… » Alors que ses yeux se posent sur les lueurs blafardes des néons du RoadHouse, une idée vient se tortiller à la surface de son esprit. Il relève la tête vers la jeune femme, retrouvant sans peine ses airs de maman poule. « Oh. Tu… est-ce que tu as soif ? Faim ? Je n’ai pas grand-chose ici à part des bières et des repas déshydratés, mais je peux aller te chercher un café chaud, au RoadHouse. Peut-être qu’ils ont des chips, ou un genre de cacahuètes, aussi hm… »
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MessageSujet: Re: Pickup Truck [Willie]   Mar 29 Aoû - 10:44

Les yeux sombres qui luisaient dans la pénombre semblèrent soudain envahis de nuages. Quelque part, elle était plutôt rassurée de voir qu’il ne semblait pas en mener plus large qu’elle, quoique les enjeux étaient trop grands pour qu’elle puisse tout à fait en saisir la gravité. Si un rire fluet, un peu désavoué osa s’échapper de ses lèvres entrouvertes, il sonna perdu, sans grande conviction, et l’albinos ne pu que se reconnaître dans ce cluster atonal et aérien. Sur ses genoux, ses doigts ne pouvaient s’empêcher de battre une mesure intérieure chaotique et effrénée, indiquant autant les battements de son cœur que les secousses de sa peau. Les gémissements lointains continuaient de parcourir les courbes de ses oreilles, mais elle en était sourde : elle ne voyait et n’entendait que le jeune homme en face d’elle, un phare miraculeux brillant dans la nuit noir. Aussi buvait-elle ses paroles avec une attention toute particulière. Ca, elle pouvait l’entendre, qu’il avait dépassé ses limites... A chaque instant, elle s’attendait à entendre le bruit intestin d’une éructation dans le caniveau. Mais elle ne pouvait s’empêcher d’être désolée pour le malheureux qu’elle ne connaissait pas.

Silencieusement, elle vit dans la pénombre l’inconnu brun se mouvoir avec une lenteur lunaire vers les tiroirs qu’elle avait allègrement agressés dans la panique. La lumière de la lampe éclairait doucement le plafond du camion, et le contraste entre la pénombre et l’obscurité lui infligea une violente migraine, mais elle parvint à garder ses yeux le plus droit possible, pour le suivre doucement du regard. La lueur tamisée qui les englobait tous lui permit d’avoir une vue bien plus net du garçon face à elle, et dont elle prit un millier d’attention pour inscrire le visage dans sa mémoire en même temps qu’elle le dévisageait – elle n’était pas du genre physionomiste, aussi voulait-elle mettre un portrait sur les pièces du puzzle qu’elle mettait tout doucement en ordre. Une nouvelle fois, elle remarqua la lueur bienveillante, prévenante qui brillait doucement au fond de ses prunelles, un feu crépitant et rassurant. Même si elle était complètement paumée, elle sû qu’il ne lui ferait pas de mal. Pour l’autre – Tim ?... Il n’était pas en état de toute façon.
Il trouva un rescapé, plongea sa main dans les ténèbres du meuble. Pendant un temps, elle ne comprit pas qu’il lui parlait, mais quand elle saisit les mots, elle les bu comme de l’eau clair... Avant qu’ils ne lui glacent le sang.
 

« La... La 88 ? » Sa bouche endolorie ne lui permettait pas d’articuler beaucoup, mais elle réussit à répéter bêtement les paroles de son hôte de fortune. La 88... ça lui évoquait rapidement les séries qu’on passait sans cesse à la télévision, parfois bien, et parfois franchement naze. Mais toutes américaines... « New...York ? » Ses pupilles se dilatèrent dans un réflexe animal, alors que sa mâchoire se lâcha brutalement sur son axe, pendant comme une langue, la forçant à garder la bouche ouverte  comme la première dondon ébahie. Son cœur ne fit qu’un bond, violent et douloureux, qui tapa dans le fond de sa poitrine avec la force d’un raz-de-marée, déferlant sur son esprit une vague de peur. Les Etats-Unis ? Non, elle devait être dans son lit, en train de rêver, dans un cauchemar, un putain de cauchemar... Détournant les yeux, elle releva la main vers sa bouche sans trop comprendre ni pourquoi ni comment, puisque toutes ses forces l’avaient soudain quitté. Philadelphie... Noah sentit un violent poids sur son estomac, une masse lourde et écœurante. Si Tim ne se décidait à vomir, elle le ferait. Prenant la mesure de tout ce qui venait de lui être dit, elle accueillit son invitation à trouver le vrai du faux à bras ouverts. Enfin... Du peu qu’elle en était capable. Perdue dans les ténèbres d’une nuit dont elle ne voyait plus la fin, elle commença seulement à comprendre ce qu’il était en train de lui arriver.

Elle s’était téléportée. De huit mille miles.


« ... D’accord... » Souffla-t-elle simplement, guidée par le flot des évènements qui semblaient décider pour elle. En cela, le jeune homme y arriver parfaitement bien : ses gestes plus ou moins assurés et sa lenteur bienveillante avait de quoi apporter quelques repères à son monde déstructuré, et ses réflexes, presque maternelles, étaient tout ce dont elle avait besoin pour éviter de trop perdre pied. Le bruit de recherche, de main qui se confronte sans cesse au tissu lui fournissait un cadre familier. Elle revoyait sa main maladivement blanche fouiller comme chaque matin dans ce vieux meuble en bois, chiné chez un vieux couple indigène, où elle avait mis ses vêtements, pour mettre la main sur un vieux pull jaune... Même à l’autre bout du monde, les humains étaient les mêmes.
Il finit par lui présenter un survêtement, immense, et une paire de chaussette, qui avaient des airs de trésors enviés pour les yeux mordorés d’une jeune zulu qui réalisait tout juste son état. Il les tendit avec une douceur remarquable, et elle appréciait les efforts qu’il faisait pour ne pas la pousser au bord du précipice. Dans tout ce bordel, c’était étrange que son esprit torturé choisisse de remarquer ce détail ci. Regardant les vêtements, ses yeux descendirent mécaniquement vers sa peau, nue sur ses bras, parcouru de violents frissons qui la hérissaient de toute part sans qu’elle ne s’en soit aperçue. Ses orteils commençaient à prendre une affreuse teinte verdâtre : elle passa un bout de langue sur ses lèvres, qui se trouvèrent être froides et absentes. Dans un autre réflexe humain, elle releva les bras pour récupérer le précieux, généreux sésame, avec une conviction mesurée, pour autant qu’elle n’en était pas franchement consciente.


« Merci... » La voix de Noah se perdait avec les bruits de la route au loin. Le fameux Tim finit par se rappeler à leurs bons souvenirs, en se soulevant avec la force du condamné pour se retrouver à leur hauteur, et finir par atterrir contre son généreux bienfaiteur. Dans la lumière, et sans trop savoir pourquoi, l’albinos pu à son tour dessiner toutes les parcelles de ce visage, et constater que les deux hommes n’étaient pas du même genre. Celui-ci lui rappelait bien les fameux acteurs de ces séries, bien bâtis, forts, la mâchoire en avant, prêt à en découdre, mais des yeux sensibles et pleins d’affection pour le jeune chevelu qu’elle semblait voler. Il semblait spontané, aussi. Un visage taillé dans le roc, fort et dessiné avec l’âme sauvage d’un loup ou d’un ours. Mais pour l’instant, l’ours avait avalé assez de liquide pour assommer un homme, et elle comprit qu’elle était vraisemblablement de trop. De toute façon, elle était de trop sur ce continent tout court. « Je vais... Vous attend dehors. » Avec se laissa glisser sur le sol, contourna comme elle put les deux individus étroitement liés pour se faire surprendre par une brise fraîche qui la fit frissonner de tout son être.

Les moiteurs mêlées au froid mordant du bitume saluèrent la plante de ses pieds. Il lui fallut de longues secondes pour reconnaître, cependant, la morsure de l’asphalte usé que ses pieds connaissaient peu. Tout devant elle lui était inconnu, de l’odeur de vieille huile de friture qui embaumé l’air, des fragrances de steaks trop cuits qui remplissaient avec graisse ses poumons, des lumières néons flashy qui clignotaient partout, lui imposant des messages plus ou moins sûrs, et peignaient sa face en bleu, puis en rose, puis en bleu... Tournant sur elle-même, elle se laissa emporter par les flashs, les traits fixes et fluides des phares incessants qui cisaillaient la route, et dessinaient dans ses yeux des lignes lumineuses qu’elle voyait toujours en fermant ses paupières, des repères dans l’ombre. Par moment, une mèche de cheveux jaunes se frottait à ses joues, à ses peaux, tournoyait autour d’elle au rythme de ses pas perdus, irréguliers. « Où suis-je tomber... » Se retournant brusquement, elle regarda le camion dans lequel elle avait atterrie. Par un tour de force de l’univers, des forces invisibles et immuables, inhérentes au monde, aux astres, des aliens, qu’en savait-elle ? Mais pourquoi ?!
Comme un enfant, elle attrapa sa tête entre ses doigts qu’elle logea dans sa crinière, les enfouissant jusqu’à trouver sa peau qu’elle serra de toute ses forces, tombant au sol et priant pour se réveiller. Réveilles-toi... Réveilles-toi, réveilles-toi, réveilles-toi.... Le « thud » de la paire de chaussette tombant au sol la tira de sa torpeur. Elle n’était absolument pas chez elle. Pas en train de dormir. Mais en train de se mouiller les genoux sur du bitume, en face d’un drive-in miteux de l’Est des Etats-Unis, alors que son chien, sa vie était à l’autre bout du monde. Elle renifla, et enfila les habits.

Ce ne fut pas compliquer de rentrer dedans. Une fois le pull passé, elle passa un bras dans ses cheveux pour les dégager, et soupira un temps. La chaleur ne vint pas tout de suite, mais le poids du tissu avait quelque chose s’apaisant. Ses mains étaient perdues dans les manches, et en galbant ses épaules, disparurent encore plus profondément, alors qu’elle sentait sur ses mollets la pressions des chaussettes. Elles remontaient presque jusqu’à ses genoux, et elle constata que le petit creux laissé pour ses talons se tenaient plus haut sur son tendon. Mais c’était assez agréable de porter une nouvelle couche de tissu pour qu’elle ne veuille même pas en tenir compte. De toute manière, elle s’était perdue quelque part sur terre, alors, à quoi bon s’en soucier ? Défaite, elle finit par retourner près de la porte, s’appuyant sur une des parois pour regarder dans le vide, cherchant encore difficilement un fil rouge dans son esprit sans trop le trouver. Ses oreilles lui renvoyaient bien des bruits de mouvements depuis l’intérieur, et elle se doutait bien qu’ils devaient un peu se battre pour coucher le buveur.  Et puis, elle n’était pas à l’abri qu’ils décident de lui sacrifier les vêtements, en claquant les portes fissa et en profiter pour prendre la fuite, loin de la folle blanche et vandale de camion.

Mais ce ne fut pas le cas. Le nez long et fin du jeune homme, qu’elle réalisa plus grand qu’elle, finit par sortir du camion, atteindre à son tour la lumière fluctuante des néons. Dans une lumière synthétique et rose, elle vit ses lèvres se tendre doucement, la naissance d’un sourire qui lui alla droit au cœur bien qu’elle peina à le lui renvoyer. Qui qu’il fut, il avait l’air d’un homme bon. Elle n’en connaissait pas beaucoup qui n’aurait pas pris ses jambes à son coup après avoir trouvé une furie dans son véhicule. Et avec un coup dans le nez qui plus est... Oui, un homme bon.

Dans un geste semi-protecteur, elle avait rabattu ses deux bras emmitouflés du grand pull autour d’elle, et se laissait porter par le vent. Si une falaise s’ouvrait devant elle, elle choisirait probablement de tomber dedans... A la place, elle regarda le jeune homme s’asseoir, et vint poser assez naturellement son séant là où il l’avait indiqué de ses doigts tapotant. Il émanait de cet homme quelque chose de rassurant, une bienveillance instinctive et animale qui la poussait à lui faire confiance. Et il fallait bien admettre que c’était agréable d’avoir quelqu’un sur qui se reposer quand tout son monde s’écroule. Se lovant dans le silence de l’obscurité, elle attrapa, reconnaissante, la cigarette entre ses doigts, appréciant infiniment que l’univers lui prête au moins une oreille attentive, et suit son hôte de fortune en l’allumant à son tour, le remerciant faiblement au passage. Pour une rare fois, la fumée, en descendant sa gorge, lui fait mal : elle brûla aigrement la peau de sa gorge, de ses poumons. Mais la douleur avait quelque chose de cathartique, un exutoire mordant pour la ramener à la réalité qui se dissolvait sous la semelle des chaussettes qu’on lui avait passé.

Alors c’était Willie... Willie et Tim, et leur fidèle camion, ses héros de l’autre bout du monde. Ploc. Ils portaient étrangement bien leurs noms, ça leur allait bien. Ploc ploc. Ils étaient routiers alors ? Ce serait logique avec le camion. Ploc.
Une sensation humide sur le rebord de sa main attira brusquement son attention, et elle regarda pendant quelques secondes la petite flaque ondulante qui s’y était formé, les longues traces translucides et bleues qui chatoyaient merveilleusement sous les néons environnants. La flaque se perturba alors quand deux nouvelles gouttes s’éclatèrent sur la peau, tombant à leurs tours dans de longues traces. Elle sanglotait. Silencieusement, doucement. Mais bien qu’elle fasse de son mieux pour se calmer, elle ne parvenait pas à arrêter les grosses gouttes de couler de ses yeux en de mutines cascades, éclairant son visage de bleu, puis de rose, puis de bleu...

Pendant un temps, elle resta emmitouflée dans ses larmes et le silence. Les Etats-Unis... Elle dormait dans son lit il n’y avait pas plus de quelques heures, elle pouvait le jurer. Et maintenant, elle se réveillait dans un camion, à New-York, aux Etats-Unis. Le monde était vraiment une pute. Entre ça, Nathan, et ses... Ses putains de sauts de corps, de pouvoir, elle ne savait même pas comment l’appeler. Les astres avaient tous décidé de se réunir pour faire de sa vie déjà morose un véritable cabinet de curiosité, un éventail des douze travaux d’Hercule. Il suffisait juste d’insérer une pièce pour qu’elle tombe dans un précipice, et qu’elle fasse tout le flipper avant de tomber lamentablement dans le trou et qu’elle ne revienne exactement là où elle se trouvait. Pour tout recommencer.
La fumée de la cigarette l’envahit de nouveau, à moitié détrempée par une goutte énorme. Sans trop savoir pourquoi, elle s’en voulait terriblement d’imposer ce spectacle, et sa simple présence, même, au pauvre Willie qui ne demandait rien de plus que de passer une bonne soirée. Et pourtant, elle n’était pas du genre à être très empathique envers ses semblables, préférant familiariser avec la gent animale plutôt qu’avec les autres hommes, tous plus voraces, et égoïstes. Mais là... Elle se sentait violemment concernée.


« Merci... » Bafouilla-t-elle à demi-mots, d’une voix si faible que cela aurait pu être un courant d’air. « Pour tout. Tim...» C’était bien Tim ? « ... Va mieux ? ». Peut-être qu’essayer de sympathiser d’abord serait plus logique ? Au moins elle pourrait rompre un peu la tension, désamorcé la gravité de sa situation avant d’essayer de la lui expliquer. Et ces larmes qui ne s’arrêtaient pas... Kak !
Il y avait tant à dire, mais les mots ne venaient pas. Toujours murée dans un cocon hors du monde, elle contempla le reflet de la lumière sur le sol, alors qu’elle faisait l’état des lieux de la merde où elle s’était fourrée. Point un : elle venait de faire un saut dans l’espace de quelques milliers de miles. Point 2 : Bien sûr, la déité qui avait joué avec sa vie ne s’était pas encombré de prendre avec elle son téléphone, ses papiers ou son argent. Point 3 : Facilitons les choses en l’enfermant dans un camion fermé. Point 4 : combo gagnant, elle est en pyjama.
Un long soupir brumeux traversa ses lèvres, subtils mélanges entre une brume fugace et éphémère, et une fumée brûlante et goudronnée, lourde mais volatile. Au moins, elle était tombée sur quelqu’un de bien. Et la moindre des choses était... De tout avouer. Dans le pire des cas, il la prendrait pour une folle. Et dans le meilleure... Non, elle ne voyait pas comment il ne pouvait pas la prendre pour une folle.  


« Noah... Chase... » Elle renifla bruyamment, essuya une larme avec sa manche. On aurait dit un chiot blessé, et elle s’en sentait pitoyable. « Je... Tu ne vas pas me croire... » Elle ravala ses paroles, consciente que tout cela n’avait aucun sens et que c’était sûrement la plus grosse pilule qu’il ait eut à avaler dans sa vie. En tirant une nouvelle fois sur la cigarette incandescente qui brûlait toujours au bout de ses doigts, elle parvint à maîtriser suffisamment son sanglot pour finalement avouer sa croix. « Je viens d’Afrique du Sud. » Tirant sur ses manches, la pâle marqua une pause, ne sachant comment présenter la situation pour la rendre compréhensible.

« Il y a quelques minutes, je dormais dans mon lit, à Pretoria.  Et je ne sais pas ni pourquoi, ni comment... Mais... Mais je me suis réveillée dans ton camion. » Un sanglot un peu plus fort s’échappa de ses yeux humide, et en aspirant, elle mordit sa lèvre inférieure, encore un peu endormie, pour ne pas se mettre à crier. Le penser était une chose, mais... Le dire, ça faisait mal. Elle laissa quelques minutes à Willie pour la croire ou non, consciente que ce ne devait pas être chose facile, et pas histoire que l’on entend tous les jours. Et vraiment, elle se lamentait pour lui de devoir lui imposer tout ça. Après tout, il n’avait rien demandé, et ne méritait sûrement pas ça. Osant regarder dans sa direction, elle vit ses immenses cheveux voleter au rythme des courants d’air, alors que ses longs doigts, d’une finesse incroyable, tenait comme elle le tube de nicotine. Il semblait être quelqu’un d’hors du monde, hors du commun que l’on impose à des générations de suiveurs, loin des classiques et des canons esthétiques que l’on veut donner à tous. Peut-être n’était-ce qu’une sensation idiote, mais... Elle en était rassurée. Et à cet instant, elle n’avait besoin que de ça.

« Ca devrait aller, merci... » Souffla-t-elle finalement, regardant par les vitres brumeuses les silhouettes floues et épaisses se débattre dans la buée. Son ventre était creux, mais elle ne pourrait rien avaler. Cependant, il y avait bien quelque chose qui la perturbait plus qu’elle ne voulait l’admettre, un problème qu’elle se devait de résoudre, avant tout, et premier sur la liste de ses priorités. « Tu... Tu as un portable ? »


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MessageSujet: Re: Pickup Truck [Willie]   Jeu 2 Nov - 20:13

« Ouais, Tim… il s’en remettra. T’en fais pas, hm. »

La jeune fille pleure, à côté de lui, et ça paralyse complètement Willie dans son coin du camion. Il tient sa cigarette serrée entre son index et son majeur, le poignet légèrement cassé vers l’arrière, mais il ne fume pas, laissant le bâtonnet se consumer de lui-même dans un affreux gâchis de tabac. Il ne sait pas vraiment ce qu’il convient de faire. Visiblement, la demoiselle a l’air plutôt déterminée à prétendre que rien ne se passe, et elle converse, vaillamment, avec ses yeux trempés et ses lèvres tremblantes. C’est peut-être assez admirable, en soi, mais du coup Willie, lui, en est toujours à se demander s’il serait ou non parfaitement impoli de lui présenter un mouchoir. Ou de lui demander si elle va bien, lui rappelant de quelque façon que ce soit qu’il a évidemment remarqué ses larmes.

C’est compliqué, la vie en société, parfois.

Finalement, il opte pour une solution alternative, et, tirant un petit paquet de mouchoirs un peu aplati de sa poche de jean, il le dépose subtilement entre leurs deux silhouettes, laissant à la blonde le choix de s’en saisir ou non. Une victoire pour la diplomatie, une !

Mais son inconnue s’obstine, et poursuit, d’une voix très blanche, en balbutiant une confession qui ne percute pas immédiatement Willie. Le regard accroché aux lumières lointaines du diner, ce dernier médite encore un peu sur l’oppression et la chevalerie lorsque le véritable poids des paroles de Noah vient percuter le fond de son estomac. Un nuage de sable et de poussière se soulève, dans sa poitrine – ou bien c’est peut-être juste cette fumée, qu’il avale sans y faire attention – et une quinte de toux le saisit en plein par les bronches. Dans une commotion relativement silencieuse, il s’agite, crachote et sursaute, les épaules montées sur ressort, et lâche le restant de sa cigarette sur le bitume pour mieux venir cogner son poing contre le nœud enflammé dans son plexus.

C’est douloureux.

Ses yeux se voilent un peu d’eau, comme deux éponge prêtes à dégorger, mais il tient bon. Il s’efforce d’inspirer par le nez, longuement, et le plus doucement possible, le regard fixé avec un outrage sur sa coupable cigarette. Ça n’est pas vraiment sa faute, mais à côté de la pauvre jeune femme aux grands yeux perdus, le petit bâtonnet cancérigène fait un bien meilleur suspect. Un dont la culpabilité est plus facile à appréhender, pour l’esprit de Willie, d’ailleurs.

« Excuses… je… »

Le gros du séisme passe, tandis que les dernières volutes de fumée sont crachées hors de ses bronches par l’effort de ses toussotements assidus, et la respiration de Willie semble retrouver un rythme confortable, suffisamment régulier pour permettre le passage de l’oxygène. Mais le soulagement n’est que de courte durée. Car à côté de lui, l’équation impossible reste là, confortablement assise dans l’immuable certitude de son insolvabilité.

La chose lui brûle les neurones alors qu’il s’essaie seulement à la formuler, dans le brouillard confus de son esprit. Dieu merci, par un miracle comme seuls les aléas entropiques du hasard et de l’existence étaient capables de les convoquer, il avait bu. Sans le flou salvateur de l’alcool, comme un coussin de billes ou de feuilles mortes pour amortir sa chute, l’impact avec la vérité aurait pu être beaucoup plus dévastateur. Et vu l’état dans lequel cela le mettait maintenant…
Dans un geste qui lui rappelle beaucoup trop ceux de son père, lorsqu’il était penché sur ses factures, à la table de la cuisine, des années en arrière, Willie vient entourer son visage de ses deux mains pour mieux se laisser disparaître un instant dans l’obscurité de ses paupières closes. Là où rien n’est illogique, et où rien ne fait mal.

Sauf que dans sa tête, il n’y a pas d’obscurité possible. Pas de bac de sable où enterrer son cerveau pour qu’il arrête de venir le picoter de souvenirs désagréables. Pas de tas de compost cérébral où se débarrasser des pensées parasites. Des souvenirs de son… voyage en Amérique du Sud. De l’accident du mois de mai. La panique. Le doute. La sensation de ne plus savoir exactement ce qu’il y a sous ses pieds…

Une petite cachette de déni parfaitement bien construite et lissée qui se casse la gueule comme un château de cartes au milieu d’un tremblement de terre.

C’est toujours moche de se faire mettre le nez dans un truc qu’on aurait bien voulu pousser très très loin dans un coin de sa propre tête. Willie en connaît quelque chose, en la matière. Pourtant, on dirait qu’il n’apprend pas…

Il est parfaitement perdu dans ces réflexions lorsque surgit la question de Noah. Petite bouée lancée dans la tourmente, d’une voix timide et voilée, et à laquelle le jeune Innu s’agrippe avec toute la volonté du monde. Parce que cette question-là conduit à une chose à faire, et qu’une chose à faire signifie qu’il n’a plus à traîner ses pensées parmi les charbons ardents de ses récentes expériences paranormales.

Rien que le mot le fait frissonner. Il en tremble presque, en se redressant un peu trop vite, et après une courte empoignade avec l’alcool, il parvient à mettre en marche et le corps et l’esprit, et à mobiliser tout ce beau monde dans une sage mais nécessaire retraite à l’intérieur de son camion.

De sa gorge encore un peu piquetée d’aiguillons douloureux, ne s’extirpent que quelques balbutiements égarés, quoique toujours teintés de cette bonne volonté qui lui était propre.

« Euh… Oui… Oui, attends… Il doit être… quelque part. »

Sur ces paroles pleines de sagesse, le jeune garçon donne le coup d’envoi de fouilles archéologiques particulièrement laborieuses, au milieu des strates vestimentaires et plus ou moins bordéliques que le passage de leur petite tornade d’invitée avait laissé dans l’habitacle. Tim, lui, ronfle déjà comme un bienheureux, tout emmailloté dans son sac de couchage, imperméable à la détresse de son meilleur ami. Morphée, visiblement, faisait un bien meilleur amant à cet instant précis. Willie se prend même à l’envier, à moitié affalé sur le sol de la cabine, tandis que le blouson de cuir qu’il essaie désespérément de déloger de sous le lit, et qui semble systématiquement se trouver un centimètre trop loin, peu importe l’angle par lequel il fait ses tentatives, prend un malin plaisir à le vexer.

Tant pis. Changement de plan. La veste du blondinet, elle, git juste là, à côté d’un sac de matériel radiophonique, et Willie sait que dans sa poche avant droit, la coquine abrite sans le moindre doute le portable de son ami. Après tout… puisqu’il a décidé de l’abandonner là avec leur mystérieuse inconnue, et le casse-tête qu’elle amenait avec elle, le sacrifice de son téléphone ne serait qu’un juste rétablissement de l’équilibre. Une participation quoiqu’involontaire à la problématique en cours de résolution…

Merci Timmy pour cette généreuse contribution.

Il s’en retourne donc victorieux vers la jolie blonde, un vieil IPhone griffé de partout, entouré d’une coque en plastique mauve à motif de licornes fièrement brandi dans sa main droite. Pour le coup, il en oublie presque les circonstances et leur lot de questionnements existentiels, alors qu’il vient se rasseoir à côté de Noah pour le lui confier. Il prend soin de le déverrouiller avant – par chance les deux compères se connaissaient assez pour se partager jusqu’à leurs codes pins – et alors que le téléphone passe de main en main, le jeune Innu se sent obligé d’apporter une précision essentielle.

« Heum, par contre… enfin je sais pas si il lui reste énormément de crédit alors… »

Oui parce que c’était bien beau de mettre la tête dans le sable, mais si la fille s’apprêtait à appeler un type à Prétoria, ça risquait de contrarier assez dramatiquement l’opérateur téléphonique de son pauvre et inconscient ami. Heureusement, à l’aire du vingt-et-unième siècle, des solutions à cet épineux problèmes avaient déjà été pensées pour lui, et alors que s’écartent les brumes vaporeuses de l’alcool, elles lui apparaissent comme une révélation.

« Oh ! Sinon tu peux passer par Viber ou Whatsapp, si… si ça doit être des grandes distances comme ça, je veux dire. Il a de la 3G, lui, alors… ça sera plus simple… haha… »

Les éclats de rires font à Willie l’effet de petits morceaux de plastiques froissés, qui raccrocheraient les parois de sa gorge et de ses poumons en s’extirpant de là, mais il ne peut pas s’en empêcher. C’est si… absurde. Toute cette conversation est absurde. Le simple fait qu’ils soient là, en train de l’avoir, forcés tous les deux de se confronter à quelque chose qui ne devrait juste pas avoir pu se produire, tout ça est douloureusement absurde.

« Plus simple… »

Il secoue la tête, un sourire un peu tordu au bord des lèvres. Peut-être que s’il retournait à l’intérieur, il pourrait s’arranger avec Tracy et récupérer une bouteille d’un alcool fort quelconque. Alors peut-être que là tout redeviendrait à peu près supportable...

Mais ce comportement-là serait parfaitement injuste vis-à-vis de la pauvre Noah. Après tout, elle aussi était catapulté là-dedans contre sa volonté, pas vrai ? Exactement comme Willie l’avait été, quelques mois plus tôt. Et tout comme lui elle était perdue, déboussolée, et en manque cruel de ressource.
Il ne va tout de même pas se comporter comme… certaines personnes ont pu le faire avec lui, à cette occasion précise. Il ne va pas pas lui balancer une paire de chaussettes à contrecœur, avant de continuer sa route, trop emmêlé dans ses propres tumultes émotionnels pour prendre garde au confort ou aux besoins de gens semblables à lui. Ça n’est pas le genre de personne qu’il aspire à être, et ça n’est certainement pas aujourd’hui qu’il va prendre le risque de le devenir.

Il faut à tout prix qu’il se reprenne…

Fronçant les sourcils, il passe à nouveau ses mains sur son visage, pour essayer d’en défroisser les lignes, et lorsque ses yeux se relèvent vers les néons clignotant du Roadie, ils semblent luire d’une nouvelle détermination. Encore fragile, et vacillante, comme la flamme d’une bougie, mais bien présente, et décidée à rester là aussi longtemps qu’on aurait besoin qu’elle le soit.

C’est ce que Tim ferait, s’il était en état de le faire. Il faudra ajouter ça à la liste de ses contributions.

« Hé euh… Tu… Enfin. Je sais pas vraiment ce qui… se passe. Genre, ici.  Mais… Y’a… Y’a pas moyen que ça soit irréversible. Ou sans solution. Alors… Peu importe ce que c’est, on va trouver un truc. Et en attendant… » Il hausse les épaules, visiblement encore un peu tendu par toute cette histoire, mais faisant de son mieux pour ne pas le laisser transparaître, sous son fasciés plus ou moins nonchalant. « On t’laissera pas ici comme une vieille chaussette. J’te l’ai dit, alors…ouais. Ça c’est là. Au cas où. »
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Pickup Truck [Willie]

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