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 Until the world ends [OS]

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Fiche : Noah Chase
Date d'inscription : 06/06/2017
Lieu : Pretoria
Occupation : Photographe amateur, serveuse chez Starbucks et activiste à plein temps

MessageSujet: Until the world ends [OS]   Dim 11 Juin - 19:26

Un Tchai Latte en venti et un cinnamon roll, c’est bien ça Madame?
La grosse femme la dévisagea comme si c’était un alien, écarquillant un peu plus ses gros yeux globuleux comme si ils allaient tomber de ses pupilles. Son front s’était plissé dans d’épaisses rides, qui paraissaient grossière de son point de vue, distordant sa peau noire dans une étrange couleur cramoisie. Noah soupira, roula ses yeux sombres vers le plafond. Elle faisait souvent cette impression à ceux qui n’y étaient pas habitué. Pour les clients réguliers, tout allait bien, elle passait plus ou moins inaperçu. Bien sûr, elle sentait encore les têtes se retourner sur son passage, mais avec une innocence bienveillante, celle des pères s’attardant sur leur petite fille, attentif à ce qu’aucun méchant ne vienne lui parler. Mais pour les autres, les clients d’hasard, les clients opportuns, ceux qui rentrent dans ce café et pas un autre parce qu’ils ont soifs, et que le chant de la sirène multinationale et capitaliste les a attirés depuis le trottoir d’en face, c’était différent. Il fallait ces quelques minutes, ce petit temps à bégayer, à chercher ses mots devant la carte, mais sans quitter Noah des yeux.

« Madame, un Tchai Latte et un cinnamon roll ? »

Après un hoquet de surprise, la cliente inspira profondément et lâcha un « oui » muté dans un râle porcin. Noah appuya mécaniquement sur les icônes de sa caisse, et répéta tout aussi automatiquement « 54 rands, s’il vous plait. » Avant même que la grosse dame ne réagisse, elle avait poussé le terminal carte bleu devant elle du bout de ses doigts blancs, et la dévisageait d’un air absent. Cette expression entre fascination et répulsion, elle ne s’y faisait jamais. Après tant d’années sur cette terre, pourtant, elle aurait bien dû s’y habituer. Mais à chaque fois, son cœur se pinçait dans sa poitrine. Qu’importe. Ça passera bien un jour, de toute façon. Après un nouveau « Madame » un peu appuyé, elle descendit ses yeux jusqu’au petit boitier électronique, le tenant fermement jusqu’à ce que la femme ne se mette à chercher frénétiquement dans son sac, à la façon d’un chien qui cherche des truffes, pour débusquer son épais porte-feuille. Il lui fallut encore trente bonnes secondes pour récupérer, enfin, sa carte bleue, qu’elle brandit fièrement devant elle, comme pour essayer de l’amuser.
C’était une attitude humaine, se répétait Noah. Ce besoin viscérale de créer un lien, un peu forcé, avec la personne différente pour lui faire croire qu’ils étaient semblables, pour combler le fossé que la vie avait creusé entre eux. Ce regard un peu condescendant, rempli de pitié, qui disait « tenez, pauvre jeune fille. Vous voyez, je vous considère comme ma semblable », était encore plus douloureux. L’albinos comptait les secondes péniblement en attendant que la carte ne rentre enfin dans la fissure, affichant un sourire forcé bien amère. Son souffle était chaud, mais tout son corps était glacé. Quand finalement elle lu « paiement accepté », elle retint in extremis un soupire victorieux qui resta coincé dans sa gorge comme une boule douloureuse.

« Merci beaucoup, je vous laisse patienter quelques secondes. » Elle attrapa un gobelet en carton devant elle. « Votre nom ? » La cliente ne répondit pas. « Votre nom... ? »
« Oh ! Pardon Mademoiselle, Mariann. » Noah S’appliqua à marque « Mary-Annn », puis tendit le récipient à son collègue, pour après récupérer la pâtisserie sur le côté avec un pince métallique. La journée promettait d’être encore très longue... Et pour ne pas arranger les choses, l’ombre de son responsable se dessina lentement sur sa caisse, projeté par les spots mordorés qui les éclairaient tous. Il faisait bien une tête de plus qu’elle, sa chaleur émanait jusque dans son dos. Sa voix grave murmura dans son oreille sur un ton grave, à moitié menaçant :
« Un problème Noah ? »

« Pas du tout Dylan. »

« Tant mieux, tu échanges ta place avec Louka. »

... Et merde. Levant les yeux au ciel, la demoiselle s’exécuta, regardant son collègue de droite qui lui rendit le même regard forcé et désolé, la poussant à mordre sa lèvre. Il n’y avait eu aucun problème pourtant, alors pourquoi ?  Pestant dans sa barbe, elle disparut, reculant derrière ses collègues pour récupérer le gobelet de cette foutue Mariann. Décidément, sa journée commençait merveilleusement bien... D’un geste impulsif, elle eut envie d’enlever sa casquette, décrocher ses cheveux de paille, et partir, emmenant avec elle sa peau de lune et les regards consternés autour d’elle qui lui rappelaient que oui, ailleurs en Afrique, on tuait encore les gens comme elle pour soigner les maladies sexuelles, que non, elle n’était pas comme tout le monde, ni noire, ni blanche. Mais à la place, elle ne fit rien. Elle prit ce foutue gobelet, attrapa la brique de lait, le fit mousser, déposa le gobelet sur le rebord de la machine et appuya sur le bouton...

Mais rien. Plus rien. Tout arriva dans un battement de cil, qui sembla effacer ceux de son cœur. La machine ne répondait plus, ni les lampes, ni les caisses, ni les voix des clients. Dans un vacillement spectral,  le son s’était retrouvé étouffé par une main invisible. Noah leva les yeux, incapable de ressentir son souffle, son cœur, son esprit, tout se retrouvait étrangement recouvert par un voile informe et étrange, une douce absence, comme si le monde avait cessé de vivre. Le temps... Noah avait cette sale impression que le temps s’était arrêté.
Psychologiquement, son esprit n’était plus qu’une pleine déserte, les pensées avaient du mal à s’y former, n’étaient plus que des bulles vides qui s’égaraient sans chemin. Mais son corps, lui, se recouvrit de frissons qui donnèrent à sa peau l’apparence d’un reptile, son cœur comme son souffle semblèrent s’arrêter, se figer comme le reste du monde. Noah se détourna rapidement de la machine, balaya des yeux les ampoules et les caisses, les regards incrédules des clients qui ne comprenaient pas non plus. Son regard glissa tout naturellement vers les grandes vitrines si lumineuses et si éclairées par le soleil, baignées, même, qui avait soudain perdu leur éclat.

Puis vint le dégoût. Un poids répugnant qui émergea de ses entrailles et lui donna une violente nausée, une peur viscérale qui tordit sa bouche en une étrange grimace, pinçant ses lèvres pulpeuses en un étrange sourire. L’albinos en était persuadée : il se passait quelque chose. Non, pas un simple coup de vent qui pousse les nuages devant le soleil. Quelque chose de grave. Une main invisible qui passe à travers le ventre de la terre pour la faire trembler, rugir, une inquiétante menace ? Pendant un instant, elle eut l’impression que le monde allait exploser. Comme dans Melancholia, la planète serait percutée par un autre être astral pour tous les envoyer au ciel. Mais la seule chose qui arriva fut le retour victorieux de la lumière, et sa caisse qui apparut comme si de rien n’était, redémarrée, et vide.

Pendant de longues secondes, elle resta immobile, perdue, persuadée que cet incident ne s’était pas terminé de la bonne façon, que quelque chose allait suivre. Qu’une ombre néfaste s’abattrait sur eux, par exemple, ou que Cthulhu s’élèverait pour dévorer le monde.  Mais il semblerait que la vie reprit son cours, avec un étrange arrière-goût de confusion collective. Les clients se dévisageaient entre eux, les dévisageait eux qui n’en savaient pas plus. Avec des gestes lents et mécaniques, et un esprit très loin, très haut au-dessus de tout cela, Noah appuya sur le bouton de la machine qui fit jaillir du thé fumant, presque à sa surprise. Mais cette fois-ci, cela avait une amère sensation d’aliénation.

Comme d’habitude, elle finit la boisson, attrapa le sachet en papier craft et appela Mariann avec une absence palpable. Celle-ci se présenta à nouveau à elle, et les deux femmes se regardèrent, conscientes d’avoir été témoins, ensembles, d’un événement étrange. Et, pendant quelques secondes, Noah eut l’impression qu’elles se comprenaient intimement, qu’elles se connaissaient.


« Bonne... Journée Madame. » Dit elle finalement.

« A vous aussi... Mademoiselle. »

Mariann partit. Et la journée s’acheva comme elle avait commencée : une très sale journée.
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