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 Doggies in a bathroom [Luc]

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MessageSujet: Doggies in a bathroom [Luc]   Ven 21 Avr - 12:06

Perché sur le rebord de ma fenêtre, et découpant sa forme sombre dans la blanche clarté du jour, un petit merle me regarde fixement. Je fais de mon mieux pour rester parfaitement immobile, assise au bureau de mon grand-père, de peur de l’effrayer d’un geste trop brusque, et pendant les longues secondes où il et là, je n’ose même pas renifler. Tant pis pour mon rhume : il y a un adorable petit oiseau a fait l’effort de venir jusqu’à moi. Pas question que je le fasse fuir d’un éternuement importun. Et si mon nez coule, je suis sûr que lui ne m’en tiendra pas rigueur…

Il est vraiment mignon, ce merle. Très jeune, aussi, probablement. Fier de ses petites plumes luisantes, et de son bec jaune encore humide, il n’a pas parfaitement appris la méfiance naturelle de ses parents pour les humains. Curieux et joueur, il me lance une trille à laquelle je ne sais pas bien quoi répondre. A-t’il faim ? Me prend-il pour un amie merlette, avec mes cheveux noirs encore tout froissés de la nuit ? Croit-il que je suis le monstre gardien d’un grand trésor, pour lequel il serait venu me défier ?

Je regarde autour de moi, à la recherche d’un tel butin à lui confier, mais ne trouve à côté de moi qu’un petit bol d’avoine imbibé de lait. Je ne suis pas tout à fait certaine que les lui donner soit une bonne idée ; j’ai mis beaucoup de sucre à l’intérieur, et puis l’hiver est fini, il doit apprendre à chasser, et la nourriture ne manque pas, là dehors.
Pendant que je médite sur la question, le fier oiseau sautille sur son rebord, pour inspecter l’intérieur de la pièce. Peut-être est-il simplement curieux de voir ce monde qu’il croyait connaître soudain transformé, et cet endroit qui était jusque-là, pour lui et les siens, un obstacle invisible contre lequel ils venaient se fracasser, à présent ouvert sur un tout nouvel univers de possibilités.

Un peu comme nous tous, à présent…

Je jette au petit merle un regard plein de compassion.

Si les animaux avaient été particulièrement affectés par le Redémarrage, ils faisaient un travail admirable sur eux-même pour le dissimuler. De ce que j’avais pu en observer dans mon propre jardin – enfin celui de Grand-mère – la nature a traité la chose avec son flegme habituel, et comme à chaque fois qu’un événement imprévu vient bousculer sa routine, la vie a repris son cours aussitôt après. Les hommes, eux, font de leur mieux, mais handicapés par leur conscience aigüe du Monde, ils ont beaucoup plus de mal.
Moi aussi j’ai du mal. Mais pas forcément pour les bonnes raisons. Le monde s’est arrêté, et je faisais la sieste. Une catastrophe mondiale que tout le monde a vue, que tout le monde a cru, sans distinction. Des tas de gens sont morts, ou blessés. Le fils de la voisine a eu un accident avec son tracteur, sur la Storkower Straße. Susan Bohns est tombée dans les escaliers de sa cave, et Janet est resté coincée deux heures dans un des sas anti-incendie du restaurant de mon père. Moi,je dormais. Je dormais et en plus j’ai le mauvais goût d’être déçue d’avoir tout raté. De n’avoir pu assister à ces dix secondes d’incursion paranormale dans le quotidien de notre planète.

J’en ai parlé un peu à Aminata, mais c’est difficile. Et Nathan… Nathan ne comprendrait pas, je crois. Il penserait que je suis une enfant gâtée. Peut-être que j’en suis une ? Éprouver autre chose que du soulagement d’être épargnée, dans ma tristesse pour le malheur qui est arrivé aux autres. Grand-mère, elle, le fait très bien. Elle rend visite tous les jours à Frau Bohns, et à la voisine. Moi je reste là à… à bouder…

Je dois vraiment avoir un problème, pas vrai ?

Je relève brusquement la tête. Le petit merle a sauté de son perchoir, pour venir se poser sur l’étui ouvert de mon appareil photo. Visiblement, c’est un reflet du soleil sur la lentille qui avait attiré son attention. Curieux.
Mais mon cœur fait un petit bon alors que l’oiseau s’élance pour jeter son vigoureux petit bec à l’assaut du très coûteux objectif. Dans un réflexe un peu désordonné, je me lève de ma chaise, les deux bras en avant, et je lance ma main dans sa direction pour le chasser. Le pauvre pousse un cri de surprise, et dans un froissement de plumes et de pattes, il s’envole par où il était venu. Me laissant avec un joli petit cadeau sur le bord de la housse.

« Super… »


Un petit soupir au fond de la gorge, je ramasse le matériel souillé, et après un dernier regard pour le ciel bleu, et le cerisier où est parti se réfugier mon petit incontinent visiteur, je me met en quête d’un mouchoir pour essuyer tout ça. En vain. Pourquoi c’est toujours quand on en a besoin qu’on n’arrive à rien trouver.
Je m’enroule dans une robe de chambre vieillotte, mais très confortable et chaude – la maison n’est pas parfaitement isolée, et le chauffage coûte trop cher pour être allumé partout à la fois, surtout au mois de mai – glisse mes petons dans mes pantoufles, et je traîne mon petit corps enrhumé vers la salle de bain. De toute façon, j’avais besoin d’utiliser les toilettes…

Le parquet du couloir grince, et la maison respire, un peu agitée par les différences de température que le printemps ramène avec lui. Ces bruits, je les redécouvre avec nostalgie, et les réapprend par cœur, depuis que je suis revenue ici. Ce sont les grincements de mon enfance. Les pas de mon grand-père dans son bureau, au milieu de la nuit…
La poignée de la porte est gelée, entre mes doigts.

Je suis cueillie par des aboiements. Beaucoup d’aboiements. Trop d’aboiements. D’abord parce que c’est une salle de bain que je devrais trouver derrière cette porte, et pas un chenil, et ensuite parce que ma grand-mère a toujours eu très peur des chiens et que, peu importe les invités, et son amour pour eux c’est hors de question qu’elle en ait accepté à l’intérieur de la maison. Et enfin, parce que même s’ils étaient entrés tout seuls, attirés par un aléas stupide de mon pouvoir ou quelque chose du même genre, c’est le dernier endroit par lequel ils seraient rentrés ! On est au premier étage, et la salle de bain n’a qu’une toute petite fenêtr…

« Oh. »

Effectivement, l’heure prête à l’onomatopée…

Parce que l’endroit que je découvre de l’autre côté de la porte, dans ma petite robe de chambre et mon appareil sous le bras, ça n’était absolument pas ma salle de bain. C’est du bois, une chaleur chaude, et des odeurs parfaitement étrangère à mes narines. Un nouveau monde, du plancher aux fenêtres et les couleurs qu’elles laissent transparaître.
L’armée de chiens qui se précipitent sur moi pour me bousculer, elle aussi, m’est parfaitement étrangère.

« Oh non ! Ça suffit enfin ! »
Je tremble sur mes appuis, d’un côté, un museau me tamponne le creux des reins pour me pousser à l’intérieur, de l’autre, une échine gigantesque est poilue me retient dans l’embrasure de la porte, ça vogue, ça tempête, et moi je n’ai jamais eu le pied marin. « Qu’est-ce que vous faites là, vous, d’ailleurs, je… »


Une vague de trop, dans cette houle canine, et je passe par dessus bord. Je tombe au milieu d’eux, comme un petit agneau au milieu d’une meute de loups plus curieux que voraces, et je me recroquevilles autour de mon appareil photo en espérant que tout ce remue-ménage n’ait pas endommagé quoi que ce soit. Je ne sais plus trop quoi faire, arrivée là-dessous, et attaquée de tous côtés par des langues baveuses et des patounes curieuses – au moins mon pouvoir n’a donné l’idée à aucun d’entre eux que j’étais un joli gigôt bien juteux. Au milieu de leurs jappements ravis, ma voix enrouée ne porte pas très loin.

« Noooon… Laissez-moi respirer… »


Dernière édition par Yoko Ogawa le Ven 5 Mai - 23:46, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Doggies in a bathroom [Luc]   Mer 26 Avr - 10:24

J’avais vue le grand redémarrage il y a quelques jours et c’est comme si toutes les lois de la physique avait décidé d’un commun accord d’aller voir ailleurs. Là comme ça du genre “Bon ça nous fait chier que les américain, et puis de façon général plein de gens un peux partout dans le monde essayer de nous rouler dessus alors see ya et des bisous !”

Dans ma tête qui est maintenant un peu trop peuplé de théorie du complot à mon gout, et étonnamment toujours physicienne je me suis demander comment un EMP de cette taille pouvais avoir lieu, et puis même si théoriquement c’est possible de faire des interférence avec la lumière avec une autre onde, la lumière étant une onde ça commence à faire un gros machin pour envoyer se faire voir la lumière mondial sur une toute petite période de dix foutu secondes complètes … Vous imaginé la gueule précise du train d’onde qu’il faut pour faire ça ? Et la précision continue pour le maintenir ? Et l’énergie que ça boufferait ?
Mes réseaux dont je me sers pour essayer de comprendre ce qui se passe sont inondé, et pas vraiment d’EMP, mais plus d’histoire de soucoupe volante qui serait passé vite fait devant le soleil pif paf ouf genre l’air de rien … Autant dire que ça ressemble plus à un gros bordel qu’a quoi que ce soit d’un temps soit peut sensé. Et encore, un gros bordel … Je parle vite, un bordel monstre proche de l’immonde.

Enfin, ça fait quelques fois que ça tournais et retournais dans ma tête et j’avais besoin d’y réfléchir, et quoi de mieux pour ça que de partir chasser. Je suis officiellement l’un des gardes chasses du parc du coin, et plutôt que de faire des battu administratives qui foute le bordel dans la flore avec le boucan je fais plutôt une surveillance régulière et je prélève les animaux faibles comme le ferait les loups que l’ont refuse de réintroduire parce que vous comprenez les loups prélèvent aussi les moutons … Mais oui, les chiens errant oui, mais les loups … Plus d’un fois j’en ai ramener un à la SPA du coin de ces pauvres bestiaux abandonné par leur maitre sous un prétexte fallacieux. Mais ces animaux là n’ont pas peur de l’homme, ni des Patous … Autant dire que pour te foutre un bordel monstre il n’y a pas mieux que les chiens errant qui n’ont pas été sélectionné par l’homme pour leur capacité à être des animaux apte à rester dans la nature et conserver une belle et bonne faune sur laquelle ils pourraient chasser et vivre.

Tout ça pour dire que je revenais d’une belle chasse, et les chiens étaient comme à leur habitude après ce genre de chose à font. Moi je trainais mon sanglier avec deux flèches plantées dans la gueule et je venais de détacher les chiens lorsqu’ils réagirent de façon bizarre. Quelque chose se passait dans la maison, comme si il y avait une odeur, quelqu’un qui n’y avait pas été invité. Je n’ai pas vraiment entrainé mes chiens comme des chiens de gardes, bien au contraire j’essaye de leur faire comprendre que l’homme n’est pas un danger, mais normalement un humain pas invité ne fait pas le fier devant ma meute. Et là, vous le comportement des chiens il y a quelqu’un ou quelque chose dans la maison qui n’a sérieusement rien à y faire.

Alors je fais les choses dans l’ordre, je les détache, pour rappelle ils tirent un sanglier qui est sur une bâche. Et puis je prends une des cannes qui est toujours devant la porte et entre. Il y a un petit mot devant la porte demandant aux gens d’attendre sur la terrasse si c’est la première fois qu’ils viennent pour éviter ce genre de chose.

Lorsque j’ouvre la porte c’est la débandade touts mes chiens se jettent comme une grosse meute en direction des toilettes, je n’ai pas trop d’hésitation, je me jette à leur suite, premièrement pour éviter quelque la personne ne se fasse bouffer, ce qui ferais mauvais genre, secondement parce que je n’aime pas trop que des gens s’introduise chez moi sans en avoir ma permission, c’est un refuge mais un refuge garder … Il y a donc des règles.

C’est donc à ce genre de fameux moment qu’on se retrouve à entendre quelqu’un qui dit une suite de mots, le genre de mots qu’on ne croisent pas trop dans la bouche d’un voleur, c’est assez proche du Suisse Allemand, j’en déduit donc que ça doit être de l’allemand puisque ça arrache moins les oreilles que du vrai suisse allemand ou même du Valaisant … Même si je ne connais rien où ont à plus l’impression de se faire engueuler que du Valaisant, même les JT de la Corée du nord semble essayer de vous dire qu’aux font ils ne vous en veulent pas tant que ça …


“Tyr, Dagda, Sol, Leave it!”

L’ordre est claire, lancer en anglais alors que la petite chose se débats sur le sol. A première vue c’est une demoiselle en chemise de nuit qui vient de sortir de mes toilettes, sauf que la porte de mes toilettes donne sur un appartement ou une maison type année 60, la même chose que l'endroit où habite votre grand mère …
Je suis bouche bé, je regarde plus la porte de mes toilettes qu’autre chose, je passe la main à travers et ne ressent rien, mais ma main est bien là bas, quelque part ailleurs, un ailleurs où il fait moins froid, le courant d’air commence à équilibré, et l’aire afflux ici, il y a une forte différence de pression comme si monde essayait de rétablir les lois de la physique.


“Dagda …”

Heureusement qu’il est là le jeunot parce que les deux autres se sont posé sur les fesses et attendent leur ordre de libération avec impatience, autant lui il est toujours en train de léchouiller la demoiselle et ce avec beaucoup d’application. Il me regarde, regarde les autres chiens, puis pose ses fesses sur le sol avec un regard navré. Je me penche pour aider la demoiselle à se relever et commence à lui parler en Suisse Allemand :

“Je ne sais pas trop d’où vous venez ni ce que vous faites là mais il faudrait fermer cette porte, vraiment, je doute que la nature soit prête à ce genre de chose … Ici on n’est pas loin de trois milles d’altitudes … Donc je ne sais pas comment vous l’avez ouverte, mais fermez là, je vous paye l’avions pour rentrez chez vous …”

Bordel ce que je suis terre à terre, mais en fait ça me fait peure, j’ai peur que ça soit un truc comme ça qui ai déclencher le grand redémarrage, j’ai peur d’aspiré tout l’aire et vue le différenciel de pression et de température qu’il doit y avoir d’avoir un rééquilibrage monstrueux, et faire un grand rééquilibrage entre 3000 et à peine 200 mètre d’altitude ça vas plutôt ressembler à une perpétuelle fontaine à aire …
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MessageSujet: Re: Doggies in a bathroom [Luc]   Dim 7 Mai - 3:49

Pendant un long moment, je reste bouche bée, tant la scène me parait surréaliste.

Tandis que mes assaillants semblent battre en retraite, sifflés par la voix lointaine d’un général d’une autre espèce, le rideau de poils et d’obscurité qui avait envahi mon champ de vision s’écarte soudain. La vue qui se découvre alors pour mes petits yeux humides, m’ébloui tout autant qu’elle m’interloque, et je n’ai même pas le temps d’être soulagée par l’interruption des hostilités que déjà mon cerveau est assailli de questions.
Car la silhouette du général, qui se penche à présent sur moi comme pour inspecter les dégâts causés par ses troupes, ne m’évoque qu’une seule et très troublante vision : l’épouvantail du champ des Hartmann. Lassé de sa condition, déraciné une de ces nuits, et parti en vadrouille à l’autre bout du monde, armé de chiens qu’il aurait trouvé sur sa route, de ses vêtements taillés de couvertures, et de son chapeau ramolli par les années. L’espace d’un instant, et avec le plus grand des sérieux, je me demande comment il a bien pu faire pour atterrir dans ma salle de bain, et puis l’absurdité de ma rêverie me rattrape.

Bien sûr que l’homme qui me fait face – et qui me tend aimablement une main pour me relever – n’est pas un épouvantail. Sa main est chaude, et toute râpeuse, comme si elle avait vécu un millier d’aventures, mais elle est bien faite de peau et non de paille. Visiblement, l’ « ailleurs » dans lequel j’ai malencontreusement voyagé n’est pas le Pays d’Oz.
J’essuie un peu piteusement mes joues baveuses dans la manche de ma robe de chambre, avant de la resserrer prudemment autour de moi. Prise d’un soudain accès de pudeur, le poids du regard de l’étranger venant s’écraser sur mes épaules aussitôt que je réalise totalement sa présence, je fais un petit pas en arrière, en prenant garde de ne pas marcher sur un des chiens. Mais mon interlocuteur a l’air plus préoccupé par la porte qui m’a laissé entrer chez lui, que par ma tenue débraillée. C’est probablement logique, quand on y pense, mais il parait que mes priorités ont toujours fonctionné un peu différemment.

« L’avion… ? »

Je ne sais pas vraiment ce qui me surprend le plus ; qu’il me parle dans une langue que je parviens à comprendre, ou bien les idées qui se profilent entre les lignes de son discours. Trois milles d’altitude ? Où est-ce qu’elle avait bien pu atterrir, encore… Et pourquoi diable le pauvre épouvantail est-il donc si affolé à propose de la porte ? Aucun monstre extraterrestre ne risque d’en sortir, après tout. A l’exception de ma personne, évidemment, mais soyons honnêtes, on aura connu monstre plus effrayant que moi.

Mais son affolement parvient tout de même à se propager doucement jusqu’à moi. Dans une volte-face un peu brusque, je viens braquer mon regard sur la criminelle entrée, n’y trouvant pourtant que le couloir d’où je suis venue. Son plancher usé, sa clarté matinale qui me réchauffe la poitrine alors même qu’un courant d’air vient ébouriffer mes cheveux.  Les chiens de l’épouvantail agitent leurs petites queues, eux aussi contaminés par l’agitation de leur maître, et je m’empresse de reporter mon attention sur lui afin de le rassurer au mieux de mes capacités.

« Oh, non ! Non, non ! Ce n’est pas la peine, vous voyez, ma maison est juste là. Pas besoin de l’avion, monsieur, vous devriez garder votre argent. Moi je vais juste… » Gardant une main enroulée solidement autour de la house de mon appareil photo, l’autre tendue vers lui dans un geste que je veux aussi apaisant que possible, je fais quelques pas en arrière pour retourner là d’où je suis venue. Je contourne prudemment la silhouette massive de l’un des chiens, puis file me réfugier à nouveau de mon côté de la porte, pour l’examiner d’un peu plus près. « Hm… »

Il n’y a pas de sensations particulière associée à la ‘frontière’ invisible qui sépare à présent ma maison de la sienne. Pas de résistance, de vertige, de flou. Pas de perturbation des sens, de désorientation, ou même, de changements dans l’air ou la gravité. C’est comme si « ici » et « là » étaient à présent parfaitement continus l’un à l’autre. Connectés. Indissociables.
Comme si la matière de l’univers lui-même s’était replié sur elle-même pour faire se toucher deux points autrefois totalement distincts. Après avoir joué quelques secondes dans l’encadrement du portail, sautillant d’un côté puis de l’autre, je me décide à repasser de mon côté, et après un petit signe de la main à l’épouvantail, je referme la porte devant mon nez.

Et puis, rassemblant toute la vaillance de mon petit cœur, j’actionne à nouveau la poignée et repousse le battant de bois. Mais de l’autre côté de ma porte, rien n’a changé. L’épouvantail est toujours là, et ses chiens se redressent curieusement pour renifler l’air, comme s’ils me redécouvraient pour la première fois. J’ai un petit hoquet de surprise, m’avançant une nouvelle fois dans la pièce qui me semble exactement telle que je l’avais quittée.

« Ha. Et bien ça c’est… particulier. »

Ça va être d’autant plus particulier à expliquer à ma grand-mère, soit dit en passant. Je pâlis très légèrement. Aussitôt, un nouveau courant d’air vient m’ébouriffer les cheveux, soulevant les pans de ma robe de chambre, pour les plaquer contre l’arrière de mes cuisses. La porte m’échappe des mains et vient claquer doucement contre le mur, avant de rebondir vers moi. Une petite moue contrariée au bord des lèvres, je jette un œil par-dessus mon épaule, à la fenêtre ouverte qui s’agite, elle aussi, à l’autre bout du couloir.

« Oh, grand-mère va s’énerver si… hm. » Je me retourne vers l’épouvantail avec un petit sourire d’excuse. « Attendez une seconde, d’accord ? »

Je me précipite dans le couloir, dont le parquet ciré glisse aisément sous mes patins molletonnés, et je pousse le battant de la lourde fenêtre pour la refermer. La structure gémit faiblement, son métal assoiffé d’huile mis à rude épreuve par la manœuvre, puis le claquement familier du loquet qui se remet en place résonne à mes oreilles.

« Voilà. Maintenant il suffit de fermer la vôtre… »

Emportée par l’élan de ma course, et mon enthousiasme naturel, je traîne mes petits chaussons à travers ce qui m’apparaît maintenant vraisemblablement comme un genre de pièce à vivre au style montagnard, et je contourne mon hôte pour accéder à la porte qu’il couvrait de sa silhouette. J’attarde un œil au dehors, tout autant affolée qu’émerveillée par l’étrange nouveauté du paysage. Une odeur de neige et de pins vient m’emplir la poitrine, et le froid vient chatouiller légèrement l’émail de mes dents, alors mon sourire s’élargit. Mon nez, lui, picote d’une lointaine envie d’éternuer.

« Il a l’air de faire froid, ici, vous ne devriez pas laisser tout ouvert. Vos toutous vont avoir le museau tout enrhumé. Et puis ça fait des courants d’air… Voilà. »

Une fois les écoutilles parfaitement fermées, je reviens en trottinant vers mon hôte, sous les regards un peu stupéfaits de l’attroupement canin. A défaut de pouvoir trotter derrière moi, les bêtes, disciplinées, me poursuivent de leurs yeux comme si je cachais du jambon dans les poches de mon pyjama. Leur obéissance me tranquillise un peu, au moins dans l’assurance qu’elles n’iront pas vagabonder chez ma grand-mère et saccager tout son salon. Ou pire, aller flanquer une terrible frayeur à son pauvre petit cœur de mamie. Je soupire, et mes épaules s’affaissent un peu sous l’épais coton de ma robe de chambre.
Au moins mes manœuvres ont l’air d’avoir conduites à l’objectif espéré ; les courants d’air ont cessé d’agiter la porte dans tous les sens, et l’épouvantail semble s’en rasséréner.

« Comme ça c’est mieux n’est-ce pas ? Enfin. Sauf pour ma salle de bain. Je me demande si elle a atterri quelque part chez vous ? Ça serait logique, non ? Hm… »

Mon hôte semble toujours plus ou moins contrarié, et il est facile de repérer que ça doit cogiter, dans sa soupière, a lui aussi. Peut-être même que si ça continue son chapeau va se faire soulever par un gros nuage de vapeur, dans un très solennel « Tchou tchou… ». La mienne – de soupière – tente également de solutionner le puzzle qu’on lui présente, mais avec beaucoup moins d’acharnement. Après s’y être cassé les dents une minute ou deux, elle abandonne, pas plus déchirée que ça par l’idée d’un mystère non résolu.

« De toute façon, c’est sûr que c'est magique, ce qui se passe, alors la logique ça n’aidera pas plus que ça. Je crois qu’il ne faut pas trop y réfléchir, ou on va se surchauffer les neurones et ça sentira le caramel. » Je lui souris de toutes mes dents. « Moi je suis Yoko. Vos chiens ont l’air gentils, mais il faut pas qu’ils rentrent dans le couloir, parce que ma mamie en a très très peur, d’accord ? »

Hochant doucement la tête, mon regard se promenant parmi les toutous, je réalise soudain quelque chose que la surprise de ce déplacement avait complètement relégué au second plan jusque-là ;

« Oh. Aussi, est-ce que je pourrais utiliser votre salle de bain ? Parce que la mienne elle a été kidnappée par des forces obscures. »

Les priorités, ma chère Yoko. Les priorités…
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