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 La maison du lac

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MessageSujet: La maison du lac   Lun 6 Mar - 22:14

Quelques heures plus tôt elle avait refermé le boitier avec un sourire de satisfaction. Cela faisait plusieurs jours qu’elle occupait ses soirées à assembler les éléments de son petit dispositif. Elle les avait fait venir de différents fournisseurs basés dans différents pays et avait pris soin également de ne pas connecter les témoins de fonctionnement lumineux. C’était le genre de chose qui pouvait être pratique lorsqu’on se trouvait chez soi, mais placée incognito cette électronique n’avait pas besoin d’attirer l’attention par ses clignotements ou ses couleurs intruses. C’était lors d’une Niéme reconnaissance autour de la demeure de sa cible, qu’elle avait eu un vrai coup de chance en surprenant un technicien. Comme la plupart des maisons cossues de capitale islandaise, elle nichait non loin du lac Ellíðavatn. C’était une maison cube comme elle les appelait bien loin de l’habitat traditionnel, mais à la pointe de la basse consommation ou de la passivité énergétique. Cela faisait belle lurette qu’elle avait repéré les caméras qui surveillaient la rue en toute illégalité. Après toutes ces années à ne rien avoir à se mettre sous la dent, elle pouvait enfin espérer faire une petite avancée. Le technicien était descendu d’une camionnette aux couleurs d’une boîte concurrente de celle pour laquelle elle travaillait, une de celles dont Ceyda Pehlivan remettait l’intégrité en doute. Cela suffisait à alimenter les soupçons déjà bien ancrés chez Mona. Elle ne pouvait donc pas passer son chemin sans mettre à profit ce coup du hasard et avait suivi des yeux l’homme avec sa petite caisse à outils. Elle s’attendait à le voir pénétrer dans la demeure cossue mais au lieu de cela, il s’était dirigé vers le pignon ouest et avait ouvert un gros boîtier qui y était encastré. Très utile pour permettre une maintenance sans déranger les occupants, ce dispositif n’en était pas moins étonnant pour quelqu’un qui prenait autant de précautions que Rurik Haarde.
Elle connaissait assez le travail du genre de personne qui bidouille dans ce genre de console pour immédiatement envisager de mettre à profit cette découverte. Elle savait trop quelles sortes d’informations elle pouvait ainsi détourner. Certaines ne lui seraient que d’un intérêt secondaire. D’autres en revanche pouvaient s’avérer décisives dans sa lutte contre celui qu’elle considérait comme le bourreau de sa mère.

2h, 17/04/2017 ; 64°05'17.8"N 21°48'02.2"O
La voici donc à piétonner dans la nuit son petit sac à dos bien sanglé, à essayer de déjouer le fisheye qui avait vu sur le secteur complet à partir du moment qu’il n’y avait pas d’obstacle, mais heureusement elle n’était pas bien grosse malgré tout ce qu’elle avait fourré dans son jogging acheté pour l’occasion afin de modifier sa silhouette en même temps qu’une perruque à la Christina Aguillera venait dissimuler sa tignasse par trop reconnaissable. Une paire de lunettes à verres neutres finissait de métamorphoser son visage. Il fallait juste qu’elle prenne garde à laisser une voiture ou un arbre entre elle et la caméra sournoise.

Bientôt, elle eut franchi le mur de pierre, non sans s’être débattue dans les branchages d’une épaisse haie, mais elle était prête à affronter toutes les jungles pour obtenir ce qu’elle était venue chercher. Elle avait fini par réussir à montrer de quoi intercepter les signaux informatiques, téléphoniques et même vidéo dans un seul montage et dans un encombrement minimum et elle n’était pas peu fière de sa création. Il n’était pas certain qu’elle puisse avoir accès à toutes ses sources, mais elle n’avait pas besoin d’ordinaire de beaucoup de données. Une adresse mail pouvait suffire, le soupçon d’une faiblesse dans l’entourage de l’homme d’affaire et elle se faisait forte de remonter les fils de la toile jusqu’au cœur.

Se tapissant dans son ombre, à l’écoute de signes qui pourraient indiquer qu’elle avait été repérée, elle chercha des yeux le parcours le plus sûr pour atteindre son objectif. Le jardin était plongé dans le silence et seule l’allée qui menait à la porte d’entrée principale était éclairée. Evidemment cela ne voulait pas dire que rien ne l’observait, mais au moins n’était-elle pas en danger immédiat. Avec mille précautions et mille détours, elle finit par arriver devant le boitier tant convoité. Elle posa son sac à terre tout en regardant la porte en acier et son système de fermeture. Un petit boitier couvert par un capot étanche permettait de l’ouvrir par une combinaison. Elle fronça les sourcils. Ça n’allait pas être aussi facile que prévu. Elle ne réfléchit pas très longtemps ayant tout de même prévu cette éventualité et sortit de son sac un flacon en plastique de talc, cela pouvait lui faire gagner du temps par rapport au démontage, branchement, process de craquage du code, remontage du boîtier. Elle pressa doucement sur le flacon ouvert et un nuage blanc vint se coller sur les touches du pavé numérique. Elle souffla dessus et quatre touches gardèrent une fine pellicule blanche. Ces quatre chiffres gardaient le sébum des doigts de ceux qui l’avaient ouvert avant elle et si elle excluait la répétition des chiffres, lui donnaient vingt-quatre combinaisons possibles. Elle avait donc besoin d’un peu de méthode et surtout de patience. Elle essayait sa treizième possibilité lorsqu’un petit bip lui indiqua qu’elle était tombée pile. Une nouvelle fois elle attendit les signes d’activité qui lui indiqueraient que le pavé du code était relié à un système à l’intérieur, mais il était apparemment suffisant aux yeux de la sécurité du lieu. Elle ouvrit d’abord la porte puis essuya soigneusement toute trace de talc. On ne savait pas ce qui pouvait arriver. Une retraite anticipée et rapide pouvait être nécessaire et ce n’était utile de mettre la puce à l’oreille des occupants de la demeure en leur laissant penser que quelqu’un avait réussi à forcer l’entrée. Ensuite, faire le point sur le câblage et entamer…

C’était trop beau ! Alors qu’elle se tournait vers son sac pour y prendre son précieux joujou home made, une silhouette se matérialise là, à trois mètres d’elle ! Elle reste une seconde la main en l’air mais déjà elle sait que son expédition va tourner court. Ça ne se fait pas d’atterrir dans le jardin des gens comme ça dans prévenir ! Et ça se fait encore moins de ruiner une opération qui s’annonçait si bien !… En toute hâte elle renfourne le décodeur dans son sac suivi aussitôt par le flacon de talc. Depuis son aventure avec Atéa elle sait qu’elle ne peut pas s’enfuir comme ça en laissant le pauvre type perdu au milieu d’un nid de frelons. Il s’est matérialisé trop près des fenêtres pour ne pas avoir été repéré et si elle l’abandonne il risque de passer un sale quart d’heure. La solidarité est une notion qui s’est imposée à elle avec l’effet Davis.

Elle ne maîtrise pas bien le concept, elle sait simplement que ses intérêts sont liés à tous ceux qui l’ont subi comme elle. Ils peuvent la renseigner, l’aider à comprendre, ils peuvent aussi lui renvoyer l’ascenseur. Mais bon sang, pourquoi la planète s’est-elle donnée rendez-vous sur ses pompes ?! Elle a envie de finir de l’assommer, mais des pas claquent sur le terrasse devant la façade. Ca y est la chasse est lancée. Elle maudit le hasard qui l’a choisie pour participer à ce truc improbable, mais se rue vers la forme titubante. Elle n’essaie même pas l’Islandais. Serait-elle la seule de son pays à qui ce genre de chose arrive ?!

Elle saisit le bras qui tombe sous sa main.

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MessageSujet: Re: La maison du lac   Sam 25 Mar - 19:04

~ La maison du Lac ~

Evénement. La téléportation à lieu le 17 Avril 2017 à environ 21h (début de l'action décrite : 14h), depuis le toit de l'Unité d'Ingénierie du MIT (Cambridge, Massachusetts) vers le jardin d'une villa près du Lac Ellíðavatn (Reykjavik, Islande - heure locale : 2h). Expérience de la Téléportation.


Ce jour, malgré un vent frai le soleil rayonnait dans un ciel bleu sans nuages. Les mains fermement enfoncées dans les poches de sa veste, Thomas observait les bâtiments autour de lui qu’il connaissait si bien mais qu’il redécouvrait à chacun de ses passages. Derrière lui et les colonnades, une longue étendue d’herbe se perdait à l’horizon autour d’un bassin aussi imposant que sa fontaine. Le parvis grouillait de monde. Il soupire un moment, le regard un peu perdu mais plutôt souriant. Les derniers mois n’avaient pas été simples et se retrouver ici, c’était une façon comme une autre de faire une pause dans un rythme effréné qui l’emportait et lui échappait depuis quelques semaines.

Il commence à avancer vers une entrée composée de deux portes lourdes situées entre deux colonnades dont l’ouverture donne sur un grand hall, au fond duquel un jeune homme lui fait signe de le rejoindre. Il s’agit vraisemblablement d’un étudiant qui fait l’accueil pour arrondir les fins de mois. Il le voit immédiatement à l’ordinateur portable planqué derrière le comptoir et parce qu’il faisait exactement la même chose quand il se trouvait à sa place. Une fois à sa hauteur, on lui tend un formulaire à remplir et un stylo réservé à cet effet. En contre-offensive, Thomas fait glisser son badge sur le marbre avec le formulaire qui n’est probablement pas nécessaire. L’étudiant hausse les épaules et fronce les sourcils avant de lui indiquer l’entrée d’une salle d’étude du pouce. Thomas le remercie rapidement, le muet hausse à nouveau des épaules, lascivement, presque hautain. Peu lui importe, il sait à quel point ce petit boulot d’étudiant est inintéressant, pour l’avoir pratiqué lui-même. Il s’engouffre dans la salle pas très grande et organisée avec des tables en rond qui forment des ilots au centre desquels il est possible de connecter des ordinateurs à plusieurs réseaux et au secteur. Le jeune homme commence à installer son matériel, pendant que la salle se remplit à une vitesse raisonnable pour lui permettre de terminer ses affaires, de consulter sa boite mail et son portable. De toute façon, il les connait, ce n’est pas la première fois qu’il les rencontre. Chacun à leur tour, ils viennent déposer une liasse de feuilles plus ou moins soignées sur la table qui fait face à un grand tableau blanc.

Après de rapides salutations d’usages, Thomas entreprend de lancer l’échange entre les différents participants. Une discussion entremêlait d’échanges houleux entre des experts en devenir qui tentent tant bien que mal – plutôt mal – d’imposer leur façon de procéder. Pour certain, on pourrait presque parler de dogme à ce niveau et par conséquent du refus de toute autre forme de liberté dans l’exercice. A vrai dire, dans sa position de conférencier, Thomas les laisse longuement échanger leur point de vue et s’écharper, en se balançant sur sa chaise. Il ne prend pas vraiment la peine de noter quoi que ce soit sur le tableau derrière lui, ce serait un effort bien trop conséquent pour un résultat trop modeste. De toute façon, ils ne sont pas d’accord, sur aucun point. De temps en temps, il lève les yeux de son écran et frotte l’arrière de sa nuque pour se dégourdir un peu, toujours en les laissant se chamailler, ils n’ont vraiment pas besoin de lui et c’est aussi important pour eux de faire l’expérience du conflit d’opinion quand bien même la question à délibérer est le mode de déclaration d’une variable …
Au bout d’un moment, Thomas finit par céder à la foule et surtout à la migraine. Ils sont décidément trop agités aujourd’hui. Il sort un petit boitier métallique qu’il dépose sur un socle à induction qui alimente donc le mécanisme dont les diodes commencent à scintiller. Il se racle la gorge et leur présente l’objet qui fera l’objet de quelques nuits blanches les concernant. Une petite vengeance personnelle.

« Et si on focalisait un peu vos divergences. » Il s’arrête un instant pour canaliser leur attention et il fait quelques pas en avant. « A l’intérieur de cette boite il y a une chose. Une chose qui pourra servir de sujet d’étude à l’un d’entre vous pour l’année entière. Mais voilà, pour l’obtenir, il va falloir commencer par l’ouvrir … Elle est protégée par des verrous numériques.
− Et alors, il suffit de la forcer.
Toujours aussi subtil, Jeffrey. Non, elle est aussi munie de verrous physiques … Bien évidemment, outrepasser l’un d’entre eux revient à détruire son contenu. » A mesure qu’il termine ses explications, Thomas saisit son sac et sa veste qu’il enfile avec dextérité.
« Et qu’est-ce qu’on y gagne ?
Mon respect, total et acquis … Le contenu de la capsule et la boite elle-même.
− Et en combien de temps ?
Peu m’importe, mais un certain temps, si vous voulez mon avis.
− Et vous nous laissez gérer tout seul ?
Vous êtes en quatrième année, il est temps de prendre votre envole, et puis, on m’a demandé de ne pas donner un sujet d’étude mais à la rigueur de le faire gagner. » Il marque une nouvelle pause en se dirigeant vers la porte d’entrée et se retourne vers ses élèves du jour, l’air pensif. « Mais à bien y penser, ce n’est pas la taille d’une boite qui fait son contenu. Il y a bien assez de matière dans cet objet pour au moins plusieurs d’entre vous, peut-être chacun si vous vous y prenez convenablement. Va savoir. » Il hausse des épaules et sort finalement, en se frottant le front d’une main et en levant l’autre pour les saluer. « Bonne chance. On s’en reparle bientôt. »

Thomas quitte finalement la pièce. Ses oreilles bourdonnent sévèrement et chaque pas intensifie un plus cette sensation étrange d’apesanteur assez douloureuse qui le parcours. Il grimpe quelques marches en direction d’un ascenseur qui le conduit au dernier étage, à un escalier, qui le guide lui-même vers une porte battante qui ouvre sur le toit. Une brise rafraichissante lui balaye le visage avec douceur et apaise momentanément sa migraine. Quelques derniers mètres le séparent dans banc en bois sur lequel il s’assoit pour chercher un flacon de vitamine C dans son sac et une bouteille d’eau. Il s’enfile quelques cachets avant de s’allonger sur le banc et de somnoler sous un soleil qui lui chauffe le visage, les bras croisés derrière la tête.

Soudain, une vingtaine de minutes plus tard, la sensation de chaleur s’amenuise. Thomas ouvre un œil, un doigt vient lui tapoter le nez, il ouvre le second avant de se relever lentement et de s’assoir en tailleur sur le banc. Il gratte l’arrière de son crâne dans une grimace très significative. Ce court laps de temps n’a pas suffi à apaiser totalement les coups de poing que se donnent périodiquement ses deux lobes … mais il semblerait que les rounds soient plus courts, un peu moins intenses et surtout bien plus espacés.

« Qu’est-ce qu’il y a ?
− Rien, je viens juste aux nouvelles. Tes sauvageons travaillent, et pour une fois, ils ne se disputent pas …
Vraiment, ajoute-t-il dans un ton qui signifie clairement : ‘Je m’en fous … Mais je m’en fous tellement, là, maintenant’.
− Enfin pas trop, poursuit Sam en récupérant son flacon d’aspirine. Ce n’est pas bon d’abuser de ce genre de trucs. Tu le sais au moins …
Oui je sais. » Il récupère le flacon pour croquer un dernier cachet avant de fourrer le tube dans sa poche. « C’est juste de l’aspirine, ça ne va pas me tuer. Tu as vu ma belle-sœur au fait ? Elle t’a expliqué son idée … Cette femme est brillante, mon frère ne la mérite pas.
− Oui, elle m’en a parlé, je vais la voir maintenant justement. Tu viens aussi ?
Nan … nan, vraiment pas. Et je dois garder les enfants, enfin retourner le voir.
− C’est quoi ce truc qu’ils trifouillent ?
Une boite, un genre d’énigme.
− Ha, rien que ça.
Avec une carte à l’intérieur … et … et un programme suffisamment intelligent pour s’adapter à leur tentative d’ingérence. Dit-il avec sourire narquois.
− Ca va leur prendre combien de temps ? » Thomas grimace à sa nouvelle question.
« J’en sais rien … Mais si l’un d’eux s’en sort en moins de 48h, je l’embauche. »

[…]

Thomas a l’étrange impression que le bois se dérobe sous son corps, dans une sensation de légèreté et d’apesanteur dérangeante, sa tête tourne et il se lève en sursaut encore somnolant. C’est une sensation qu’il commencerait tout juste à apprivoiser, si toutefois le phénomène ne se produisait pas de façon incongrue et parfaitement imprévisible. Il récupère sans sac qu’il porte en bandoulière, en titubant un peu. Le soleil l’éblouit comme il aveuglerait n’importe qu’elle personne venant à se réveiller en pleine après-midi.
Le sol devient meuble et sans même qu’il ait le temps de réellement saisir ce qu’il lui arrivait il se retrouve propulsé dans la pénombre la plus totale, la nuit plutôt. Ce changement brutal de luminosité, de température, d’humidité dans l’air et de saturation brusque un peu plus ses sens. Il observe furtivement autour de lui, l’œil vif mais toujours hagard, pas vraiment dans un état favorable pour assimiler et raisonner ce qu’il se produit, les évènements en cours le dépassent pour l’instant. C’est une sensation étrange, ce sentiment de voir et d’imprimer des faits qui se produisent sous vos yeux sans avoir la possibilité de les interpréter tout de suite. Un peu comme si les zones responsables de l’observation et celles liées à la réflexion et l’interprétation c’était brusquement et momentanément déconnectées au sein même de son esprit … brouillé, pour l’instant. Il tourne un peu sur lui-même, dans son dos, un peu plus loin il y a des fenêtres et de la lumière la traverse lui permettant ainsi d’identifier quelques éléments. Il se trouve toujours en extérieur c’est une certitude, mais plus du tout sur le toit du bâtiment d’ingénierie de son ancien campus, c’est aussi une certitude … Plus du tout dans le même créneau horaire, ni même dans la même région … du monde. Tout a changé, rien n’est vraiment reconnaissable. Enfin si, mais pas des paysages de l’année actuelle. Et voilà, même s’il est à des lieux de ces préoccupations pour l’instant, ne pas reconnaitre son environnement le trouble, évidemment … c’est un problème.

Alors qu’il tentait de refaire surface en se faisant la réflexion qu’il ne s’en sortirait peut-être pas en un seul morceau, cette fois – une balle perdue achèverait peut-être son existence sur ces terres inconnues … –, une silhouette plutôt frêle mais énergique se jette sur lui. Dans d’autres circonstances, il l’aurait probablement évitée, repoussée, stoppée dans sa course. La silhouette a une voix plutôt féminine et … une tignasse rousse reconnaissable. Elle le tire par le bras dans un anglais marqué d’un accent certes, mais de façon intelligible malgré tout. Thomas n’a pas vraiment le temps de prendre une décision, il n’est pas non plus en état de réfléchir une décision. En conséquence, il se laisse emporter dans la course folle de la demoiselle aux cheveux roux et à la voie assez … autoritaire … Peut-être à tort.

« On est dans le pétrin. », voilà ses mots. Rien de nouveau sous l’horizon pour lui. Il réunit ses forces et un brin de concentration pour la suivre d’une façon un peu plus efficace qu’en se laissant simplement trainer … Lorsqu’elle s’arrêtera, il sera temps d’évaluer la situation …

« Je te suis. »


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MessageSujet: Re: La maison du lac   Dim 26 Mar - 20:54

Ca avait failli être une nuit productive ! Les caméras, le silence, le boitier, tout avait fonctionné comme prévu mais… Elle n’avait pas eu le temps ni de mettre son petit montage en place ni à fortiori de le tester. Il avait fallu que l’autre débarque d’on ne savait où. Elle n’avait pas eu le temps non plus de laisser libre cours à sa rage, c’était à peine si elle avait réussi à refermer ce qu’elle avait ouvert et passer la main au sol pour au moins disperser la poudre blanche dont elle s’était servi. La bonne nouvelle c’est qu’elle n’avait pas eu le temps de déballer tout son attirail et que donc elle ne l’avait pas laissé derrière elle.

Et la voici maintenant à courir droit vers la haie en tirant par la main un gonze complètement stone. Des pas claquaient sur la terrasse et d’autres semblaient approcher de l’arrière de la maison. S’ils ne se grouillaient pas, ils allaient se faire intercepter, chose qu’elle ne voulait à aucun prix. Elle fit l’effort de lever la tête afin de garder l’esprit lucide et ne pas se laisser gagner par la panique. Dans les moments délicats de sa vie c’était cette capacité qui l’avait aidée à passer les caps compliqués voire dangereux. C’est ainsi qu’elle avait fait le tri entre les personnes dignes de sa confiance et les autres, qu’elle avait rayé de ses listes sa sœur, cette salope qui complotait avec le soi-disant client de son père qui harcelait sa mère jusqu’à l’envoyer en soins neurologiques puis en maison de convalescence dans laquelle elle dépérissait depuis. Ainsi qu’elle avait menacé un compas sur la trachée un petit salopiot qui avait eu la mauvaise idée de succomber aux charmes de sa jumelle à l’école. C’était aussi pour cela qu’elle se faisait mal jusqu’à l’épuisement à l’entrainement dans la salle de sport face à des mastards qui pourraient l’écraser d’un seul coup s’ils parvenaient à la toucher. La première chose qu’on lui avait dit lorsqu’elle était montée pour la première fois sur le ring c’était que les sports de combats ne se pratiquent pas dans la rue et devait rester des sports et ne pas faire de leurs pratiquants des armes. La bonne blague ! Elle n’avait pas répondu gardant pour elle ce que cela lui inspirait de mépris. De belles paroles pour un gars d’un mètre quatre-vingt-dix que personne n’avait  essayé de violer ou agresser.

Un faisceau de lampe torche dessina leurs ombre sur la pelouse et elle sur à leur netteté que leur poursuivant était tout près. Un ordre claqua leur intimant de stopper leur course qui n’eut pour effet que lui faire accélérer sa course et de tenter de propulser le plus vite possible le boulet qu’elle s’était accroché au pied. Qu’est-ce qui lui avait pris de lui venir en aide ?! Si ça se trouvait il n’était pas apparu suite à une téléportation. Elle devenait complètement folle de penser que ça produisait à tous les coins de rue. En même temps, depuis deux mois sans devenir monnaie courante ça l’avait concernée plusieurs fois et la turlupinait  jour et nuit à en manquer de sommeil clouée devant son PC à chercher des bribes d’infos dans tous les coins du net surfacique ou plus profond. S’ils s’en sortaient elle allait se retrouver avec un poivrot égaré dans un quartier qui n’était pas le sien même si elle savait que ce n’était pas le cas.  Il avait répondu en anglais, en américain devait-elle dire et ne sentait pas l’alcool le moins du monde.

La marque du faisceau se rétrécit encore autour d’eux. Leur poursuivant ne devait pas être à plus d’un mettre ou deux. Soudain elle fit volte-face et dans le même mouvement fouetta l’espace de sa jambe gauche dans le poignet qui tenait la lampe avant de rompre d’un petit saut sur le côté, les points déjà regroupés devant le visage, afin d’esquiver la course de la silhouette en costume noir tel qu’on l’imagine dans les services de sécurité des puissants. L’homme n’eut pas le temps d’infléchir sa course que le petit poing le frappa sur la pommette droite et finit sa course sur l’aile du nez alors qu’un deuxième coup de pied profita qu’il porte ses mains au visage pour le cueillir à l’estomac. La torche atterrit dans l’herbe et l’homme s’écroula au sol en maugréant :

« Putain c’est pas vrai ! »

Lorsque son acolyte se pencha sur lui,  il tenta de hurler :

« Mais merde ! Rattrappe-les ! »

La fille cependant de son côté n’avait pas demandé son reste et retirant sa capuche sur son visage s’était relancée à la suite de son compagnon d’infortune qui avait eu au moins la bonne idée de traverser la haie on ne sait trop comment. Il avait pris la fuite dans la direction opposée à celle qu’elle aurait choisie mais faire demi-tour allait les exposer à voir leur retraite coupée par leurs poursuivants. Par contre par-là, ils allaient arriver au lac. A découvert ils seraient des proies faciles. Ils n’avaient pas beaucoup le choix et en l’occurrence c’est elle qui devait prendre une décision et de façon urgente.

Sans prendre le temps de se retourner pour vérifier que qu’ils n’étaient pas encore pris en chasse, elle donna un coup d’épaule à l’américain qui courait à côté d’elle pour le faire entrer dans le jardin suivant. L’avantage de ces jardins était leur manque de clôture et tous n’étaient pas aussi  paranoïaques que le patron de leurs poursuivants. Elle se plia en deux pour éviter de dépasser de la haie et appuya sur l’épaule du gaillard qui l’accompagnait. Elle sentit à la résistance de ce dernier qu’il commençait à prendre conscience des événements.  Elle ne savait pas si elle était soulagée de ne plus avoir un poids mort comme compagnon d’escapade ou si elle regrettait de ne plus avoir une marionnette à ses côtés. S’il s’avisait de la contrarier, elle l’abandonnerait illico. Après tout c’était elle l’autochtone ! Dans un souffle elle intima le plus énergiquement possible

« Baissez-vous et suivez-moi ! »

S’ils se mettaient tout de go à courir à travers ce jardin, nul doute qu’ils seraient vite repérés. Elle avisa un espace sous les buissons et y poussa le fugitif et y plongea à la suite au risque de… Elle réprima un cri lorsque sa tête heurta une partie dure, tête ou articulation elle n’aurait su le dire, de l’anatomie de celui qui faisait tout pour qu’elle lui reproche d’être en vie. Mais l’heure n’était pas aux récriminations. Elle se tassa tout contre lui afin de rester hors de vue en cas d’exploration des environs par les poursuivants. Elle comptait bien que cette fois la nuit leur rendrait le service de les fondre dans le décor en plus de leur cachette. Aux voix qui leur parvenaient on devinait que les deux hommes cherchaient à coordonner leur fouille mais avait contre eux de ne pas savoir dans quelle direction leurs cibles avaient disparu. Elle n’osait bouger de peur de les alerter. Elle n’avait même pas eu le temps de voir distinctement son complice et leur position ne le lui permettait toujours pas. Elle s’appliquait à retrouver une respiration normale après le sprint qu’ils venaient de piquer et entendait derrière elle que l’autre en faisait autant. Quelque chose coula à la commissure externe de son œil droit. Elle frotta quelque chose de poisseux du bout des doigts qu’elle porta à ses narine. L’odeur de fer ne lui laissa pas de doute. Elle saignait. Elle devait s’être plus que cognée contre l’énergumène qui pourrait en plus être en psychopathe et l’égorger là sans qu’elle ne puisse rien faire. Cette dernière pensée lui donna envie de chercher son couteau dans son sac mais il était bloqué entre les eux corps blottis sous les buissons. Elle se retint de soupirer et garda son calme se contentant d’armer ses coudes au cas où elle devrait se dégager de façon urgente.

Petit à petit son corps anesthésié par l’urgence se rappelait à son bon souvenir. Outre la plaie qu’elle semblait s’être faite au cuir chevelu, les jointures de son poing était endolories. Il était moins confortable de frapper à poings nus qu’avec des gants. Ca piquait un peu au genou gauche et à la hanche droite. Sans doute le résultat de son plongeon. Mais elle avait pu courir jusque-là et elle s’en estimait heureuse. Aucune douleur lui indiquant une blessure grave n’excitait son système nerveux.
Restait à savoir combien de temps ils allaient être obligés de se terrer là en attendant que leurs poursuivants ne se découragent.

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MessageSujet: Re: La maison du lac   Jeu 30 Mar - 1:44

Tout lui échappait, tout partait à vau-l’eau, les événements se déroulaient face à lui et couraient un marathon, le même sur lequel il s’élançait. Mais, il avait plusieurs mètres de retard, qui se transformaient progressivement en dizaines et probablement en centaines de mètres de retard s’il ne réagissait pas rapidement pour retrouver la maitrise de sa vie, de ses choix, de ses décisions. Thomas n’a jamais été le pantin désarticulé de quiconque. Il s’est déjà reposé sur d’autre, confié à d’autres, cherché des conseils et même des solutions toutes prêtes auprès de proches, mais il n’avait encore jamais donné la prescription de ses choix définitifs à d’autres et encore moins à une personne tout juste rencontrée. Pas de sa vie d’adulte, pas depuis qu’il avait décidé qu’il était désormais le maître de sa vie, de ses choix et des conséquences qui en découleraient.

Il se retrouvait là, maintenant et tout de suite, dans un lieu qu’il ne reconnaissait pas. C’était un fait, une conséquence qu’il ne s’expliquait pas encore et sur laquelle il n’avait ni n’espérait avoir une maitrise immédiate.

Le voilà donc, le brave Thomas forcé à sauter une haie, courir à travers la rue et prendre la décision la plus raisonnable et déraisonnable au même temps, fuir dans la direction opposée à ses ennuis. Et désormais, il se retrouve dans un buisson, recroquevillé, poussé, encore une fois. Elle se trouve sur lui, enfin pas vraiment, c’est un peu complexe, il ne connait même pas son nom. Il ne sait qu’une chose, elle se trouvait dans ce jardin, visiblement pas de la façon la plus légale qui soit et elle l’avait entrainé dans sa course. Il aurait pu jouer la comédie, peut-être même s’en sortir. Il aurait passé la nuit au poste dans le pire des cas. Les ambassades anglaise, américaine ou même française aurait pu lui venir en aide si vraiment aucune autre solution ne lui venait. En dernier recourt, il aurait même accepté de contacter son frère, voir son père … Mais, au lieu de ça, il se retrouvait sous un buisson, caché d’il ne savait qui, cambré, à pester contre un cri retenu d’une jeune femme rousse sous le craquement d’une branche de bois.

Leur position était parfaitement inconfortable et absurde au possible. Dans la pénombre il rassemblait les dernières brides de concentration à sa disposition pour écouter silencieusement la discussion des hommes en costard qu’il ne comprenait pas vraiment, sauf quelques mots. Le bruit de leurs pas sourds, proche pour commencer puis plus lointain. Un peu plus proche et de nouveau plus lointain et plus lointain encore après. Doucement et sans mouvement brusque, Thomas décide de se dégager de la personne qui l’accompagne pour ramper le long de la haie, fermement décidé à agir au lieu de se laisser balader. Il sent une résistance le long de sa jambe. Il observe du coin de l’œil avant de continuer à ramper. Il s’en défait facilement, simplement en avançant. Quelques mètres plus loin, il s’accroupit pour avancer avec un peu plus de facilité, sa vue s’est habituée à l’obscurité et il prend soin d’éviter les branches, les feuillages et les obstacles qui pourraient le compromettre ou même le faire tomber.

Soudainement, le tonnerre gronde à plusieurs reprises et finalement l’averse arrive, d’abord légère puis de plus en plus tenace. Les bruits de pas détalent dans un linceul d’injures sonnantes et trébuchantes accompagnées de quelques mots qu’il connait bien, d’autant plus qu’ils sont formulés dans un anglais plus ou moins intelligible : « On s’casse, mec ! », suivi d’un reniflement répugnant. Le résultat d’un coup mal reçu peut-être ?
Maintenant qu’il retrouvait un brin de sécurité, il se relève et marche à pas rapide pour faire le tour de la maison en s’assurant que personne ne les suit, ni gardes, ni qui que ce soit d’autre. En chemin, il passe devant un panneau reconnaissable même si la langue est difficilement déchiffrable. Tout dans la typologie et l’accentuation indique que la demeure n’est pas vraiment habitée en ce moment. Les gouttes qui perlent sur son visage le poussent à accélérer vers une sorte de pergola à l’arrière en face du jardin. Il est d’une humeur massacrante, au moins à l’image des trombes qui lui tombent dessus. A bon port, il secoue la tête dans une vaine tentative de se sécher, mais ça ne marche pas.

« Foutu temps, foutu phénomène, grommèle-t-il à nouveau en y ajoutant une flopée d’expressions pas bien glorieuses dans de multiples langues. Et pourquoi je me suis enfuit comme ça, quel crétin ! »

Thomas donne un coup de pied dans le mur avant de se retourner et de se frotter les cheveux. Son esprit est encore un peu embrumé et sa migraine de l’après-midi ne s’est pas encore totalement dissipée – si tant est qu’il soit pertinent de parler de midi, de soir ou même d’heure. Il se tourne finalement vers la porte arrière qui donne probablement sur un salon totalement vide. Un boitier au niveau de la porte dont une diode clignote semble faire office d’alarme. Les sourcils froncés, il se gratte l’arrière de la tête avant de prendre son portable dans sa poche, il n’a visiblement pas accès à un réseau lui permettant d’accéder à une carte ou même à un navigateur. Il jette un coup d’œil d’un côté puis de l’autre, en attendant que sa compagne du moment arrive, si toutefois elle se décide à sortir de son buisson. Il ne comptait pas se morfondre sur son sort, pas tout de suite. Thomas prend un mouchoir dans sa poche et souffle en l’air pour évacuer une mèche humide et rebelle de devant ses yeux. En utilisant le mouchoir pour éviter d’entrer directement en contact avec le boitier, il en retire le capot pour observer son contenu. Un petit sourire illumine son visage l’espace d’un instant. Ce quartier est peut-être riche, mais les maisons vides sont loin d’être parfaitement protégées. Sur le bord intérieur, un numéro de série et une marque dans une langue intelligible le rassure.
Il s’assoit sur l’une des marches et sort un petit ordinateur portable de son sac qu’il ouvre et allume. Son premier réflexe est de chercher une connexion et par miracle son refuge en est dotée. Il ne lui faut pas longtemps pour s’ouvrir un accès et trouver toutes les informations qu’il lui manquait. Il se trouve en Islande, en plein dans la capitale ou en tout cas pas très loin. Tout proche d’un lac bien connu pour ses roches, ses chemins de randonnée et ses pistes plus ou moins aménagées pour les cyclistes quotidiens ou dominicales … Si ses calculs sont corrects, il est plus de deux heures du matin, c’est d’ailleurs ce que l’horloge de son ordinateur lui a indiqué à l’instant même où elle s’est mis à jour. Une belle ironie, un objet numérique plus à jour que son utilisateur …

« Bien maintenant, passons aux choses sérieuses, murmure-t-il. »

Il continue son exploration, la maison où il se trouve est bien à vendre et pour une somme coquette. Il ne lui faut pas bien longtemps pour désactiver l’alarme et brouiller les caméras de sécurité de la baraque et des alentours. Ce lieu est tellement à vendre qu’il ne lui faudrait qu’une dizaine de minutes supplémentaires pour contrôler toute sa domotique et y pénétrer sans même avoir à bidouiller le panneau extérieur. Au final, l’absence d’une sécurité digne de ce nom … ça peut être pratique. Ca évite d’avoir à s’acharner plus longtemps ou de chercher des solutions élégantes. Un mantra à réfléchir pour l’avenir.
Quand la demoiselle refait son apparition, il est toujours en train de farfouiller et de briser des barrières qu’il ne devrait légalement pas connaitre, enfin considérer. Il ne sait pas vraiment si elle réapparait à ce moment ou un peu plus tôt, il ne s’en préoccupait pas vraiment sur le moment. Thomas referme l’écran de sa machine, une fois qu’il a terminé de vérifier que son identité n’est pas compromise et qu’il ne reste pas plus de traces de lui que la beauté de son dos où que ce soit. Les ingénieurs du coin ne sont pas plus doués qu’ailleurs et on retrouve exactement les mêmes vices dans leur méthode. Il lève alors les yeux vers la demoiselle, elle saigne visiblement mais la pluie a dû nettoyé la plaie. Il peut enfin la voir sereinement, il se passe un moment comme ça, avant qu’il se relève et range ses affaires. Le regard du jeune homme est toujours sévère et pensif à la fois, il n’a pour l’instant aucun moyen de partir d’ici, et il n’a rien à faire ici au même temps. A vrai dire, il n’a guère confiance en sa « sauveuse ». Après tout, elle se trouvait dans un lieu qui n’est pas le sien et vu sa façon de fuir, elle n’y était pas invitée non plus.

« Tu sais quoi … On ne se connait pas, mais tu peux m’appeler Thomas, si ça te chante. » Il ne lui laisse pas vraiment le temps d’enchainer. « Ce n’est pas vraiment un endroit pour discuter, il pleut, il fait froid, il fait noir et … c’est déjà beaucoup. » Il se lève et fait quelques pas. « Je ne connais pas le coin mais moi, je pars d’ici. Si tu as des questions, on pourra toujours essayer d’y répondre. Moi aussi, j’en ai. » Il s’arrête encore deux petites secondes avant d’ajouter : « Je ne sais pas ce que tu faisais là-bas, ça m’avait pas l’air net, mais c’est cool, c’est pas mes affaires. »

Il conclut en passant sa main dans ses cheveux pour s'alléger un peu en eau puis il reprend sa marche ... Il ne prend pas la peine de lui préciser ce qu’il faisait exactement avant qu'elle arrive. Chaque chose en son temps, pour le moment il ne désirait qu’une chose ... Partir d’ici et ne plus y remettre les pieds. C’est bien trop vide et paumé comme quartier de toute façon.
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Mer 5 Avr - 16:48

Peu à peu le calme revenait dans la rue et elle reprenait son souffle. Sa respiration reprenait rapidement sa régularité. Ses entraînements à la salle de sport y étaient pour quelque chose et le peu de pois qu’elle avait à déplacer faisait le reste. A mesure que le danger s’éloignait, son attention se portait vers le type contre lequel elle était blottie sous cette haie providentielle. Elle pouvait à présent se poser la question de son identité et de sa provenance. Elle espérait qu’il avait mis à profit ces minutes d’attente pour reprendre ses esprits car il n’avait pas été très inspiré jusque-là et même, elle pouvait le dire plutôt amorphe. Elle ne lui en tenait pas rigueur en se souvenant de ses expériences de téléportation, car pour elle cela ne faisait pas de doute, il venait de subir le phénomène honni tout comme elle.

« C’était qui ?
_ Jamais vus ! »


Pendant ces dernières minutes, elle avait envisagé le fait qu’elle se soit trompée qu’elle soit devenue complètement obnubilée par ce truc qui arrivait sans prévenir et qu’elle voie tout seulement par le prisme de ce phénomène qu’elle ne parvenait pas à expliquer. Elle qui mettait toujours un point d’honneur à observer les événements avec détachement et objectivité doutait vraiment depuis ces derniers mois de cette capacité. Elle avait repassé les dernières dizaines de minutes comme la lecture d’une vidéo, dans un sens et puis dans l’autre, au ralentis pour bien tout décortiquer et puis, en accéléré pour passer les passages sans importance comme celui de leur course et elle se rendait à l’évidence, ce type était vraiment apparu d’un seul coup dans un endroit improbable et dans ses pattes qui plus est.

« Ils n’ont pas pu aller loin !
_ Si t’avais réagi plus vite aussi. »


A croire que ce phénomène ne faisait que rapprocher les potentielles victimes. Le peu d’expérience qu’elle en avait faisait à chaque fois ses rencontrer des personnes qui avaient déjà ou était victime de ces transposition dans l’espace. Un court instant elle se dit que ça pourrait être pire car impossible pour impossible, elle aurait pu non seulement changer de lieu mais d’époque. Une aberration spatiale pouvait très bien être liée à une aberration temporelle. Après tout, jusqu’à nouvel ordre, les deux étaient intimement liés si on en croyait Albert que trois générations de physiciens s’évertuaient sans succès jusque-là à contredire.

Cette considération la rassura un peu et le conforta dans sa décision même si ce n’était pas entièrement rassurant. Dans le film des événements un nœud la chagrinait. Pourquoi s’était-elle jetée sur l’apparition ? Elle n’était pas du genre à se mêler des affaires des autres, surtout lorsque ceux-ci viennent entraver ses projets. A croire qu’elle finissait par se sentir membre d’une communauté ou d’une confrérie, celle ses téléportés. Plus certainement elle devait penser que quelqu’un parmi les victimes de ce phénomène pourrait lui en apprendre un peu plus sur ce qui lui arrivait depuis quelques mois

« ‘Tain ! C’est mort ! Ils doivent être loin maintenant !
_ Allez on va voir ce qu’on peut tirer des vidéos ! »


A cette dernière réplique elle sentit qu’ils étaient momentanément tirés d’affaire mais aussi qu’ils n’avaient pas l’intention de lâcher l’affaire. Après tout c’était leur Job ! Jusqu’à l’intervention de son compagnon de buisson elle était à peu près certaine qu’elle n’avait laissé aucune trace, par contre même si elle avait pris la précaution de bien tirer sa capuche sur son visage, elle n’était pas bien sûre qu’elle n’avait croisé le regard d’aucune caméra. La bonne nouvelle était que le faible éclairage, les rayons obliques des éclairages urbains devaient projeter des ombres assez franches pour qu’on ne puisse pas l’identifier. Les jours à venir lui diraient ce qu’il en était et elle se promit de se faire oublier et de redoubler de prudence. Elle pesta contre le temps qu’elle allait une nouvelle fois perdre dans sa traque, durant laquelle elle ne souhaitait absolument pas se trouver dans la peau de la cible. Elle se dit qu’elle devrait sérieusement penser à la chose dès qu’elle en aurait fini avec le mec qui commençait à s’agiter sous et derrière elle.

Justement le voici qui semble émerger de la torpeur dans laquelle l’avait plongé l’action. De son côté elle roule sur le côté pour émerger de la haie avant de tendre une dernière fois l’oreille et se redresser. Elle se demande ce que va bien pouvoir faire ce type ne sachant où il se trouve. A moins toute fois qu’elle ne se soit fourvoyée et qu’il le sache pertinemment tout simplement parce qu’il n’a pas été téléporté et qu’il s’est retrouvé dans le maudit jardin de façon la plus naturelle qui soit et que c’est sa concentration sur l’armoire de connexion qui l’avait distraite avant de se rendre compte de sa présence.

Elle ne sait trop ce qu’il a décidé et elle préfère pour l’instant rester à couvert de l’ombre de la haie, on ne savait jamais…
He ! Merde ! Elle lève les yeux au ciel juste avant de recevoir les premières gouttes de pluie apportées par l’orage. Quelle poisse ! Elle ne l’avait pas vu venir celui-là ! Tandis que les hommes de main finissaient de rentrer en toute hâte et abandonnaient définitivement leur traque, elle pouvait toujours envisager de rentrer sous la pluie battante, mais au point où elle en était de son planning et de l’amour qu’elle portait aux averses et au fait d’être trempée, il valait mieux qu’elle se trouve un abri. Une sorte de marquise protège l’entrée et peut devenir une première étape mais elle n’a pas envie de rester là à attendre que quelqu’un remarque sa présence aussi fait-elle le tour de la maison pour trouver quelque chose de plus sûr, tout ça pour se retrouver avec le parachuté. Tiens ! Parachuté ! Elle trouve que le terme est moins inquiétant et l’adopte aussitôt, tout comme elle adopte la pergola comme abri provisoire. Sa capuche est trempée mais à réussi pour le moment à limiter l’humidité qui a pénétré jusqu’à son crâne. Elle est humide mais pas complètement détrempée à part ses cuisses auxquelles colle son jean, résultat de sa course sous la pluie battante. Ca pourrait être pire, mais ce n’est pas le Pérou. Et d’ailleurs il y a peu de chance pour que l’individu avec qui elle partage ce refuge envisage qu’il y soit au Pérou.

Elle le regarde s’agiter et grommeler contre les événements. Elle a fourré ses mains dans les poches, la tête entrée dans les épaules comme pour se protéger du froid que l’humidité de l’averse tente d’insinuer en elle, les pointes de pieds tournées légèrement vers l’intérieur, elle se demande si elle est devenue invisible mais les choses étant ce qu’elles sont ses derniers temps, elle en serait à peine surprise.

Après tout, il semble avoir des ressources. Le genre de ressource qu’elle-même pourrait utiliser : la mauvaise humeur et sin ordinateur et visiblement il ne compte pas faire appel à ses services, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Elle se demande même si elle ne va pas le laisser se débrouiller tout seul et redescendre vers ses pénates. Mais dans ce cas, pourquoi l’avoir tiré des griffes des vigiles et pourquoi l’avoir suivi jusqu’ici ? C’est bien rare, mais elle se trouve des plus incohérentes chaque fois que le « phénomène » se manifeste. Elle sait fort bien pourquoi. Essayer dans savoir plus encore et toujours même si elle a un vrai doute quand-à la possibilité que le geek qui lui tourne le dos penché sur son ordi puisse lui en apprendre plus que les autres. Mais il serait stupide de ne pas mettre l’occasion à profit. Ceci dit, l’interjection qu’elle a pu saisir des dents mécontentes lui laissent à supposer que ce n’est pas la première fois que le « parachuté » est victime de transfert impromptu. Un vague espoir traverse son esprit et elle se demande quelle entrée en matière utiliser pour entrer en communication avec lui. L’action est une chose et oblige à improviser sans ambages, mais briser la glace et faire genre la fille civilisée en est une autre.

Sa bonne éducation se limite sans doute à ne pas le déranger pendant qu’il fait ses petites affaires et remballe son matériel. Il aurait demandé gentiment elle aurait sans doute pu le renseigner, mais le monsieur semble vouloir absolument copter sur des propres ressources. Quelque par cela n’est pas pour lui déplaire : ça lui évitera de devoir jouer les baby-sitters. Elle regarde les couleurs de ses écrans successifs illuminer son visage concentré. Sans en voir le contenu elle pourrait avec ce seul indice deviner à peu près ce qu’il est en train de faire. Elle imagine s’asseoir à côté de lui et faire le même chose. Cela ferait un beau duo de geek étranger à l’autre plongé sur leur écran !

Et puis il referme son matos. Il a l’air assez satisfait, en tout cas suffisamment pour sembler finir de reprendre du poil de la bête et entrer en communication et de façon presque naturelle en plus. Elle tente de lui donner la réplique mais elle se dit qu’il s’agit plus d’un monologue qu’autre chose.

« Mona… »

Putain mais c’est qu’il se casse ce con ! Sous la pluie battante encore ! Elle soupire et ôte son sac de ses épaules avant d’en sortir la couverture de survie qui n’y sera pas restée si longtemps tout compte fait. Un premier investissement amorti au moins ! Elle lui emboîte le pas en déballant le film doré. S’il ne connaît pas le coin, (quelle surprise !) il devrait lui confier le soin de le guider mais il ne semble pas lui faire plus confiance que ça. Mais par où compte-t-il aller ? Repasser devant la maison de tous les dangers ? Elle rattrape la couverture scintillante au-dessus de sa tête les deux bras en extensions pour pouvoir la lui passer au-dessus de la sienne.

« Ok ! Tu comptes aller où ? »

Elle lui indique du menton un petit passage un peu plus loin.

« Ca nous évitera de repasser devant … »

Le sous-entendu désignant le repère des deux escogriffes lui semble évidant. Elle espère bien qu’il va la suivre car sinon, tant pis pour lui. Bientôt ils rejoignent une rue plus o moins parallèle qui leur permet de prendre la direction du centre-ville. A cette heure, plus de transport en commun, il va falloir marcher et de toute façon aucune ligne ne dessert le coin.

Elle a des questions bien sûr, mais elle au mal à prendre les devants dans ce genre de situation. Elle lui a déjà donné son prénom, ce n’est déjà pas si mal et puis il a dit qu’il avait des questions donc il va sans doute faire le premier pas… Si leur rencontre s’arrêtait là elle en serait frustrée mais voilà quelque chose de plus fort lui intime de ne pas se découvrir avant l’autre. Ce n’est même plus réfléchi. C’est devenu au fil des années une seconde nature, quelque chose de bien ancré en elle. Ça a commencé face sa sœur puis ses camarades d’école, ses enseignants et puis bientôt toute personne qui n’aurait pas passé le test dont elle aurait bien été en mal de donner les critères de réussite. Sans doute la non-ingérence, le non jugement en faisaient-ils partie mais d’autres encore plus intuitifs qu’elle aurait bien du mal à définir. Autant dire que Thomas, puisqu’il se faisait appeler ainsi n’avait pas eu le temps de réussir l’épreuve !
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Lun 10 Avr - 2:07

Ses cheveux sont trempés et il commence même à ressentir la fraicheur des contrées islandaises. En trois mois, il aura eu le droit à la neige, aux températures négatives, au pré-printemps frai, au calme méditerranéen puis à la chaleur étouffante. Il appréhendait aujourd’hui un tout autre type d’humidité. Celle qui s’insinue, tient au corps et glace. Heureusement, dans son malheur, il a eu la bonne idée ou plutôt la chance de choisir une veste un tant soit peu imperméable, malheureusement sa capuche, elle ne l’est pas. Thomas secoue une dernière fois la tête pour expulser les gouttes qui le gêne, puis il tente de se recoiffer tant bien que mal. C’est là que la rouquine islandaise débarque avec sa couverture dorée ou peut-être argentée, il fait trop sombre pour le déterminer avec certitude. Elle s’étend de tout son long sur la pointe des pieds pour que ses mains parviennent à surplomber sa tête. C’est à ce moment que la dénommée Mona lui assène ses troisième et quatrième phrases complètes.

Non, il ne savait pas exactement où il allait, ni même où il comptait aller. Dans tous les cas, il ne retournerait pas là où il n’a aucune raison d’être, mais plus encore, là où il ne devrait surtout pas être. Pour l’instant, il ne sait pas véritablement ce qui peut s’exclure de l’une ou l’autre de ces catégories, par contre, il sait parfaitement ce qui s’y inclut indubitablement.
Il frictionne un peu ses épaules et recouvre ses oreilles de sa capuche humide, le temps est froid et elle a le mérite de couper le vent. Même s’il est habitué aux hivers rudes et aux étés caniculaires, il a toujours préféré les climats plus tempérés. Mona lui indique une ruelle, il reste planté là un instant avant de se lancer vers la ruelle plus calme tout comme le temps qui s’apaise. Les orages ne tonnent plus et bientôt la pluie battante se transforme en une bruine tout à fait supportable. Il lâche alors son côté de la couverture et la lui laisse tout entière, il ne supporte plus d’être bloqué dessous. Il fait à nouveau quelques pas en observant ce qui se trouve tout autour de lui. Ils sont en plein centre-ville et il est vraiment très tôt dans la matinée. Thomas n’est pas vraiment fatigué par la marche. Il n’est pas blessé et malgré son allure rapide et la dureté du climat, il pourrait encore continuer un moment. Il sautille un peu sur place et frotte encore ses épaules pour se réchauffer, puis il sort à nouveau son portable et grogne en tapant du pied, les mains fermement ancrées sur sa taille. Il tourne sur lui-même et il remarque une petite montée dans une ruelle qu’il emprunte. Elle donne sur un petit square plutôt isolé qui devrait faire l’affaire.

Lorsque Thomas arrive à destination, il saute la petite barrière qui les sépare d’un bac à sable. Puis il se dirige vers une balançoire qu’il secoue pour expulser l’eau de pluie qui y stagnait et il s’assoit dessus. Les rues sont quasiment vides un peu plus bas, il n’y a que quelques passants, probablement des travailleurs qui rentrent et d’autres qui partent au travail plus tôt que la majorité. Il sort à nouveau son mobile et il commence à tapoter dessus jusqu’à ce qu’il trouve le moyen d’activer sa foutue itinérance des données. Il a toujours porté une attention toute particulière à la sécurité de ses appareils, mais ce genre de situations, il ne l’avait pas encore intégré. L’appareil d’apparence banal n’arrivait pas encore à gérer un changement de localisation trop brutal. Il s’agite un peu plus sur sa balançoire jusqu’à parvenir à – enfin – capter un peu de signal. Il gardera toujours un regard en coin sur sa boussole qui veillera à sa sécurité, à lui. Son emploi, en plus de sa liberté d’action, a des avantages non négligeables …

Entre temps il a probablement été rejoint par la rouquine avec qui il doit être à peu près à égalité en temps de parole. Il a peut-être un peu d’avance en y repensant.

« Le temps est toujours aussi … instable par ici ? »

Oui c’est une banalité, mais il n’a pas vraiment grand-chose à dire de plus si ce n’est se déverser en plaintes et se plaindre plus encore du monde qui a visiblement décidé de se liguer contre sa personne. Mais, il est fort à parier qu’elle en ferait de même si elle en avait l’occasion et qu’elle finissait par lui parler un peu plus ouvertement. Autant dire, que ça lui semble très mal engagé. Par le passé, il avait même eu plus de facilité à communiquer avec un brésilien d’un village proche de la forêt amazonienne qui ne parlait que le portugais, et encore. Il lui sourit en coin, après tout ce n’est pas comme s’il lui voulait du mal, ce n’est pas comme s’il avait des intentions belliqueuses, sinon refuser d’être trimballé sans explications.

« Mouais … L’Islande hein … Tant qu’un volcan ne décide pas de cracher ses cendres et de bloquer tout l’espace aérien européen, c’est déjà ça. »

Une banalité de plus, basée sur des faits réels et avec une pointe d’humour et d’ironie. Thomas marque une pause. Elle ne lui répond pas. Il n’a pas posé de questions non plus, mais il s’attendait quand même à une réaction, ou même à une insulte.
Il marmonne finalement, en frottant la barbe courte et humide de sa joue :

«  D’ailleurs, il va falloir que je me penche sur le sujet … Hum … »

Il bougonne un peu et se penche à nouveau sur son téléphone portable. Ça allait lui coûter, il choisit donc d’attendre un peu. La dernière fois ça n’avait pas été nécessaire et dans tous les cas, plus il tardera, plus le billet sera abordable mais moins il aura de temps pour se retourner. C’est un risque mesuré au final. Il range le pavé tactile dans sa poche et cache aussi ses mains dans ces mêmes poches, puis il se balance à nouveau, la tête penchée vers le ciel. Ici, on voit les étoiles sans même avoir à grimper sur les toits et la ville dort vraiment, la nuit en tout cas.

 « J’ai menti tout à l’heure. Mais en y repensant, au finalement non ... Je ne suis vraiment pas sûr que j’aie vraiment envie de savoir ce que tu fichais dans ce jardin. » Il ne sait même pas ce qu’il y fichait lui-même et pour qu’elle raison absurde, rationnelle, hypothétiquement contrôlée ou bien totalement aléatoire, il s’y était retrouvé lui aussi. Depuis son premier voyage, il commençait à avoir des idées, mais rien de vraiment formel et encore moins arrêté. Alors … Puis, il se sentirait peut-être encore moins en serein s’il savait ce qu’elle y faisait. Et, argument non négligeable, ce n’est pas vraiment ses affaires, comme il le disait plus tôt. Il hausse des épaules dans un légère onomatopée d’abandon. « Mais par contre, un point m’intrigue plus, pourquoi diable, j’ai été embarqué dans une cavalcade à travers buissons et jardins ? »

Encore une fois, à son regard et s’il en croit sa façon d’agir, de réagir et de conclure plutôt rapidement, elle ne lui dirait que très peu de choses. Ça ne servait pas à grand-chose de s’acharner. Si elle y tient, elle en viendra elle-même à ce genre de sujet que ce soit franchement ou bien par des questions détournées. L’humour n’a pas non plus l’air d’être son fort, ça ne servira donc à rien de tirer sur c’est corde et de même pour celle de la dérision. Il ajuste finalement sa capuche et continue à se balancer doucement. Mine de rien, ce petit exercice lui permet de garder une température corporelle acceptable. Une question lui vient finalement, purement rationnelle pour le coup. Ça devrait lui plaire.

« Ha … et où je pourrais trouver un hôtel dans le coin ? Avec un service de laverie en libre-service peut-être ? »

Ne serait-ce pour prendre une douche, se sécher et s’assoir au sec au moins quelques heures. Ils avaient bien tout le temps qu’ils voulaient pour discuter. Un fauteuil moelleux, une douche et une serviette, ce n’est vraiment pas la mer à boire …
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Mer 19 Avr - 11:37

Il est temps de mettre les bouts, été elle n’a pas trop envie de savoir si le dit Thomas est pressé ou non de quitter le quartier. De toute façon, malgré ses cartes embarquées, il a sûrement besoin d’un guide à moins que d’être forcé à naviguer dans la cité les yeux rivés sur son écran à supposer qu’il fonctionne ici. Le pire est qu’il fait mine d’hésiter comme s’il pouvait se passer de sa présence. Il le peut sans doute car les cimetières sont pleins de gens indispensables, mais personnellement elle n’a vraiment pas le temps de s’attarder dans les parages d’autant que même maintenue à quatre mains la couverture de survie ne peut à la fois les protéger du vent et de la pluie et comme ils sont déjà trempés… Elle, en tout cas, commence à être transie par le vent qui profite de l’humidité de ses vêtements qu’elle avait choisis pour leur souplesse et leur confort plus que pour leur résistance aux intempéries, pour faire sentir qu’ils sont effectivement en Islande. Elle presse le pas c’est-à-dire qu’elle augmente la fréquence de ses enjambées qui sont bien plus courtes que celles du barbu dégoulinant qui a l’air vraiment préoccupé par sa coiffure pourtant courte. Encore un qui va lui faire des remarques lorsque les événements vont lui laisser le loisir de noter que ses cheveux collent à ses joues et son cou. Non seulement elle s’en moque royalement mais en plus elle se demande de plus en plus ce qu’elle fiche sous la pluie avec un parfait inconnu. Un inconnu qui lui a ruiné ses projets et qui en plus la considère comme un requin le fait d’un poisson pilote. Elle n’a pas beaucoup d’expérience en matière de requin, mais c’est ainsi qu’elle imagine l’importance de l’un pour l’autre…

Et puis e vent vient plaquer la couverture de survie sur sa figure. C’est qu’il l’a lâchée ce con ! Elle se dégage vivement de cette emprise humide et froide et qui en plus l’empêche de respirer. Il va finir par le mettre de mauvaise humeur !... Elle aurait dû le laisser se dépatouiller avec les sbires de la maison du lac. D’ailleurs c’est ce qu’elle aurait fait d’ordinaire. Qu’est-ce qui lui avait pris de s’en préoccuper ? Depuis février, elle ne se reconnaissait pas si tant est qu’elle soit une adepte de l’introspection. Tout ça par la faute de ce truc ! Cette téléportation ! Quelque chose lui avait crié qu’elle devait se rapprocher de ceux qui en étaient victimes. Par curiosité ? Par solidarité ? Sans doute plus l’un que l’autre. La solidarité n’était pas vraiment son truc. Et puis cette curiosité était aussi dictée par une sorte d’instinct de survie. Plus elle en saurait sur ce qui lui était arrivé et mieux elle pourrait y faire face.

Retenant la couverture de survie par un coin, elle s’arrêta pour changer son sac de position, le passant du dos à son ventre comme les sacs kangourou dans lequel les jeunes parents transportent leur gniard. Elle en sortit l’étui de plastique et tenta tant bien que mal d’y reglisser la couverture scintillante. Au bout de peu de temps, elle se retrouva froissée en une misérable boule dorée qu’elle enfonça rageusement au fond de son sac. Ca aussi c’était la faute de ce type. Elle n’avait qu’une envie c’était de rentrer chez elle et de le laisser se démerder. Et bien sûr il ne manifesterait pas un peu de reconnaissance ! Reconnaissance ! Elle sait depuis longtemps que comme beaucoup d’autres jolies valeurs, ça n’a aucun sens pour la plupart des gens. Il se contente de grogner et de trépigner à côté d’elle. Lorsqu’elle releva la tête de son sac, il se dirige vers un petit square, enfin, petit parce que la nuit résiste encore bien au petit jour et qu’on ne voit pas le prolongement derrière les haies et les bosquets qui courent à travers le Klambratún. Mais elle n’est pas là pour lui faire une visite guidée de la capitale Islandaise. Elle ne sait d’ailleurs toujours pas ce qu’elle fiche ici. Elle commence à avoir froid et à ressentir les effets de la fatigue et puis son cuir chevelu lance quelque part au pariétal droit. Machinalement elle y porte les doigts tandis qu’elle rejoint le « boulet de la nuit » assis sur la balançoire où il a élu domicile. Il a l’air aussi obnubilé par son électronique qu’elle. Ça leur fait au moins un point commun. Pourtant elle n’a pas du tout envie de se montrer agréable. Trop de choses concourent au contraire à la rendre aussi revêche qu’on peut l’imaginer. La tête rentrée dans les épaules elle attend clairement le moment où elle pourra laisser le froid du matin derrière elle. Quelle ironie ! C’est elle la fille du cru et c’est elle qui souffre le plus des conditions climatiques ! Mais aussi s’il n’était pas sorti de nulle part, elle aurait fini son petit bricolage et serait rentrée avant l’orage et ce serait mise au travail… Une bise vient lui pincer le nez pour finir de le rougir mais aussi pour lui indiquer que la pluie a fini par s’arrêter. Ce n’est pas dommage ! Elle renifle. Manquerait plus qu’elle tombe malade ! Mais la fille est plutôt résistante et fait d’ordinaire fuir les virus aussi efficacement que les gens. Elle appuie son épaule contre le portique pour lutter contre la fatigue en attendant que le drôle de hibou qui aurait couvé un couteau face à ton portable qui ne semble pas lui donner satisfaction, s’intéresse un peu à sa situation. Mais putain ! Qu’est-ce qu’elle fait là ?!! Cette question n’a pas arrêté de lui pincer les méninges depuis qu’elle a émergé de sous la haie providentielle qui leur a évité de donner trop d’explications aux gardiens de la maison du lac. Elle ne relève même pas la tête pour jouer les miss météo même si en Islande ce sont les hommes qui s’y collent…

« C’est l’Islande… »

C’est ce qui s’appelle de la précision ! Elle n’allait tout de même pas lui faire un cours sur le Gulf Stream les conflits de masse d’air et les vents nord-atlantique ! Quoi qu’elle aurait pu vu les clichés qu’il avait l’air de se trimballer dans sa petite tête de… De quoi ? Hum pour être aussi ignorant et jugeant il devait être américain. Désolée pour le cliché supplémentaire ! Il devait bien y avoir des américains cultivés mais ceux qui se mettaient en tête de parler du monde au monde… Depuis quelque moins un petit rouquin multipliait les voltes face de politique extérieure sous le regard médusé de la planète… Mais ceci était une autre histoire. Le volcanisme n’était pas aussi dévastateur que le touriste semblait vouloir le croire. En effet, il y a sept ans… Quel connard ! Elle avait soudain beaucoup moins froid à mesure qu’elle s’échauffait contre le hibou sur son perchoir. Mais elle avait peu l’habitude de polémiquer et si des réparties fleurissaient dans son esprit, elle n’en faisait que rarement profiter ses interlocuteurs. Ils étaient d’accord ou pas et elle entérinait les positions de chacun et n’essayer pas de convaincre. Là où il avait raison c’est qu’il ferait bien de se pencher sur le sujet en effet. Il pourrait apprendre des choses. Pour le moment la seule chose sur laquelle il semblait capable de se pencher était son portable mais bon, il fallait bien commencer par quelque chose… De son côté, elle commence à en avoir assez de patienter tandis qu’il se balance le nez en l’air et qu’il soliloque comme s’il espérait qu’elle entre dans une conversation qui la concernait à peine si ce n’était que son pays semblait tenir la place centrale lorsque ce n’était pas ce qu’il pensait ou pas, enfin, il n’avait pas l’air de trop savoir.

Elle se dégagea du portique réajusta son sace d’un haussement d’épaules énergique et s’apprêta à quitter les lieux. La question de leur « cavalcade » la retint.

« Pourquoi ? C’est vrai ça ! Pourquoi ? »

Elle se retourna de nouveau vers celui qu’elle considérait comme un américain malgré un accent avec ce je ne sais quoi trop polissé pour être de là-bas.

« Pourquoi je ne t’ai pas laissé te faire démonter par le service de sécurité de la maison ?... P’têt’ que je pensais que tu ne le méritais pas, mais p’têt’ aussi que tu pourrais m’expliquer ce que tu fichais là ? Genre tu m’espionnais nan ? »

Elle savait pertinemment que c’était faux mais au moins elle avait déchargé une partie de son agressivité qui montait en elle et elle pouvait espérer qu’il confirme ou pas son hypothèse de téléportation… Voilà ! Ça c’était fait, plus qu’à voir ce qui allait suivre du côté du hibou barbu…

Ok !... Elle n’aurait rien en échange de cette banderille… Un hôtel… Un Hôtel… Oui bien sûr, cela tombait sous le sens. Elle haussa les épaules.

« A deux rues d’ici. Je t’emmène avant que tu te perdes »

Elle tourna les talons avant de vérifier qu’il se levait pour la suivre.
Elle ressortit sur la rue guère plus passante qu’au moment où ils étaient arrivés. Elle détestait l’impression d’être observée par le barbu tandis qu’elle le guidait. Elle jeta un regard en coin dans sa direction puis pressa le pas pour garder quelques centimètres d’avance sur lui. Elle donna un coup de pied dans gravier qui lui barrait le passage avant de tourner à droite, passer un carrefour en faisant fi des feux tricolores, puis tourner de nouveau à droite et s’arrêter devant l’hôtel Klettur, en tout cas c’est ce qu’annonçait l’enseigne.

Elle se demanda si elle devait jouer les anges gardiens et entrer avec lui ou s’il pourrait se débrouiller seul. Il pourrait bien évidemment d’autant que les réceptionnistes de tous les hôtels d’Islande parlent couramment anglais, mais un peu de chaleur avant de reprendre son chemin ne lui ferait pas de mal. Elle poussa la porte vitrée su SAS d’entrée, puis celle du hall tout de blanc et de gris décoré et s’effaça pour laisser passer le barbu et le suivi jusqu’au comptoir en pierre volcanique sombre recouverte d’un plateau de verre rutilant. Derrière, la personne avait plus l’air d’un veilleur de nuit que d’une réceptionniste. Les choses seraient peut-être plus compliquées avec lui et elle n’avait pas envie de perdre de temps.

« Góðan daginn.
Vilt þú að hafa pláss? Þvottahús?

__ Já í lok hvers ganginn.
__ Hvernig?
__ tuttugu og þrjár þúsundir krónur»

Elle tendit la clé, carte de plastique où était inscrit le numéro de la chambre, 38, au hibou après l’avoir récupérée du réceptionniste.

« 23 587 couronnes. »

Elle regarda le tableau de change sur le mur immaculé derrière le réceptionniste et évalua de tête.

« 210 dollars ? »
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Mar 25 Avr - 12:52

Décidément, Mona choisissait réellement de lui faire ressentir à quel point elle le trouvait minable. Nul besoin de mot. Mais, après tout, il n’y était pour rien, il n’avait pas choisi d’être là, ni d’interférer avec une quelconque entreprise qui lui est encore inconnue. Il n’aurait probablement pas choisi l’Islande comme lieu de villégiature à cette période de l’année et encore moins de courir à travers rue, buisson et square. C’était un état de fait, il n’avait pas le choix, embarqué dans une spirale qu’il ne contrôlait et ne comprenait pas. Elle ne lui parlait pas vraiment, sauf quelques mots, elle se contentait de lui donner des ordres, de le mettre brusquement devant un état de fait sans aucune alternative et pis encore, elle n’hésitait pas à lui déverser un torrent de reproches et de réprimandes là où il cherchait juste une explication. Le tout dans des moues et avec une façon d’être qui dégageaient très clairement de la mauvaise humeur, certes compréhensible, mais aussi un comportement accusateur qui aurait tendance à l’acculer. Oui Thomas est un peu grognon, oui il bougonne et grommèle. Mais n’est-ce pas normal quand on fait face à l’inexplicable puis à la cavalcade ? N’était-il pas en droit de savoir pourquoi elle l’avait sorti de cet endroit avec une telle certitude qu’il se serait fait tabasser à mort ? Ça questionne tout de même. Et en conséquence, n’était-il pas non plus pleinement compréhensible qu’il cherche à connaitre l’implication de Mona et la teneur de ses actes au moment même où il se retrouvait non pas associé mais embarqué dans des évènements qui le dépassent – pour des raisons louables ou non ?

Il ne se reposait pas entièrement sur Mona, il tenait toutefois compte de ses avis, de ses paroles et de ses réprimandes, malgré leur formulation et son ton. Il luttait contre sa torpeur, la panique et l’inconnu pour rester arrangeant et proactif, quoique parfois un peu maladroit par moment. Et c’est parfaitement compréhensible compte tenu de sa situation critique et vacillante. Par ailleurs, Mona n’hésite pas à s’infiltrer dans les maigres interstices qu’il laisse à disposition entre ses mots, mais elle ne lui laisse pas vraiment les mêmes opportunités. Non, il n’a pas répondu à son énervement, il n’en avait pas le temps. Clairement, même un début d’explications nécessiterait plus que les deux ou trois secondes qu’elle semblait prête à lui accorder. A quoi bon. Etait-elle seulement prête à l’écouter et à lui fournir une moindre contrepartie, à établir un échange si ce n’est équivalent, au moins plus posé ? Il ne s’était pas posé dans un square pour le plaisir de faire de la balançoire, il cherchait un lieu au calme pour aborder les termes de leur rencontre et peut-être en comprendre plus sur sa situation mais aussi sur ses intentions. Pas vraiment concernant son petit manège. Non, une petite voix dans sa tête sinon même le bon sens, le laissait croire à une raison toute autre, qu’elle refusait même d’aborder. Même vaguement. Est-elle à ce point ennuyée par sa simple présence ? A tel point qu’elle ne saisissait pas les occasions qu’il leur offrait pour débriefer ce qu’il venait de se passer. Dans tous les cas, Mona préférait saisir toutes les occasions de fuir – ici, un hôtel – sans vraiment partir. Il ne lui demandait pas expressément de lui indiquer le chemin vers un hôtel, simplement si elle avait connaissance d’un de ces hôtels, en habitante supposée de la région.

Thomas ne dit mot quand elle le conduit. Il se contente de la suivre puisque c’est ce qu’elle veut visiblement. Et même dans leur marche, elle fait à la fois en sorte de ne pas le perdre et de tenir une distance absurde de quelques pas. Il n’y voyait pas vraiment de cohérence et il n’essayait plus vraiment de la chercher.
A l’hôtel, tout l’échange se fait en islandais. Il n’a aucune idée de ce qu’il se trame et ce pour quoi il va payer un montant exorbitant de 210 dollars américains, pour une nuit déjà bien engagée. Il connait bien ce genre de pratiques, et ce n’est pas la première fois qu’il prend une chambre d’hôtel dans un pays étranger dont il ne maitrise pas la langue. L’homme à l’accueil lui tend un reçu qui détail l’offre proposée. Par chance, le détail est aussi en anglais, comme dans la plupart de ces hôtels. Thomas fait le détail rapide puis il fait de nouveau glisser le reçu vers l’hôte à l’accueil et il série de lignes du doigt.

« Je me passerais des chaines, du minibar et des options, merci. Je reviens dans 10 minutes. »

Ça diminuerait bien le prix de la nuit.
Il sort à l’extérieur et s’adosse contre le mur à côté de la porte de l’hôtel en attendant Mona. Puis, il croise les bras, son téléphone toujours dans l’une de ses mains indique toujours une heure avancée dans la nuit.

« Bon aller, ça suffit maintenant. » Et c’est vrai qu’il commençait vraiment à être lassé. Son ton restait pourtant très posé. « Je ne suis pas un espion. Espionner quoi au juste, d’ailleurs ? Puis, si je voulais faire quoique ce soit ou t’espionner j’aurais déjà eu plusieurs fois l’occasion de le faire … Aucun intérêt. Moi je n’avais rien à y faire dans ce jardin si tu veux vraiment savoir … »

Cette ville est bien calme, le silence s’impose, à moins que ce soit ce quartier qui dort à cette heure avancée de la nuit. Il n’a plus l’habitude.

« Merci pour ton aide, c’est sympa … mais un peu brusque quand même. Maintenant, ça ne sert à rien de tourner autour du pot. Soit, tu rentres dans cet hôtel le temps de te réchauffer et je t’offre un café ou la boisson que tu veux et on reparle de ce qui vient de se passer ou mieux, tu en viens à ce que tu veux vraiment aborder … Soit tu ne veux pas ou tu ne peux pas et alors, tant pis … A toi de voir. »

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Sam 29 Avr - 10:39

Une certaine insatisfaction commençait à contrarier la rouquine. Il serait dit que cette nuit serait des plus infructueuses et frustrantes qu’elle ait vécue depuis longtemps. Non seulement elle n’était pas parvenue à effectuer la mission qu’elle s’était assignée mais en plus elle sentait qu’elle allait laisser partir une des rares personnes capable peut être de lui en apprendre un peu plus sur cette maudite téléportation, enfin quel que soit le nom qu’on pouvait donner à ce truc qui vous prenait à un endroit de la planète et vous déposait à un autre, de préférence très éloigné de ce que vous connaissez.

Elle ne pouvait en douter ce type, Thomas était apparu au milieu du jardin comme ça lui était arrivé aux îles Campbell et si Thomas paraissait en connaître un peu ne serait-ce que du point de vue expérience, il n’avait pas réussi à lui expliquer le phénomène et ne pas le comprendre était une des choses qui la laissait au plus haut point insatisfaite chaque fois qu’elle tentait de faire le rappel de ses souvenirs  en qui elle ne parvenait pas à faire totalement confiance. L’intrusion d’Atéa avait commencé à la convaincre que c’était bel et bien possible et qu’elle n’était pas la seule à être victime de « tout ça ». Elle aurait dû en être déjà persuadée après l’épisode insulaire puis qu’elle n’y avait pas été seule, mais elle se disait parfois lors de ses tentatives d’analyse que Nathan faisait partie de l’illusion du rêve du cauchemar de la manipulation, bref faisait partie intégrante de ce qu’elle avait vécu. Aujourd’hui c’était sans doute la première fois qu’elle se sentait prête à entrer dans ce nouveau monde dans lequel elle avait été précipitée sans avoir rien demandé. Un nouveau monde car elle le savait, il était des lois de la nature qu’elle devait apprendre à regarder avec circonspection. Plus rien ne serait comme avant et nombre de certitudes sur lesquelles elle appuyait ses connaissances allaient devoir être remaniées.

Tandis que Thomas tentait de reprendre le fil de son destin en main  négociant une chambre moins onéreuse, ce qu’elle pouvait bien comprendre, elle l’observait à la dérobée en se demandant si le jeu en valait bien la chandelle. Ses mèches rousses effilées par la pluie finissaient de s’égoutter que le carrelage du hall de l’hôtel et la chaleur commençait à reprendre le dessus. Elle ouvrit sa fermeture éclair pour laisser l’air tiède circuler entre les couches de ses vêtements et accélérer son réchauffement. Accoudée au comptoir, le dos voutée, elle laissa glisser son regard vers le bout de sa chaussure détrempée par la marche dans les rues mouillée de la capitale qui donnait des petits coups obstinés contre la plainte en bas des pierres de lave, autant pour réchauffer ses orteils que comme tic nerveux.  Le prendre entre quatre yeux pour le submerger de questions était ce qu’elle estimait être le mieux à faire afin de progresser dans ses recherches mais aller vers les autres était pour elle synonyme de danger depuis bien longtemps.

Tiraillée entre l’impératif d’en apprendre plus et celui de sa sauvegarde, elle fronça son petit nez rougi par le froid en signe de contrariété. L’échange entre le gardien et Thomas l’empêchait de ses concentrer autant qu’elle l’aurait voulu afin de se persuader qu’elle pouvait, qu’elle devait s’autoriser à entrer en relation un peu plus positive avec l’américain. Clairement, elle ne se sentait coupable de rien dans le démarrage de leur rencontre, mais savait que la plupart des gens la considérait comme étrange. On le lui faisait assez sentir et on le lui disait sans ambages pour certains. Ces derniers étaient ceux à qui souvent elle accordait le plus de crédit et de confiance. Parmi eux Mimi, Jon Einarson et Pha. La plupart des gens n’aimait pas sa façon de garder le silence ou de s’adresser à eux. « Mais enfin Mona, lui avait asséné un soir Mimi, tu ne peux pas toujours parler aux gens comme si tu allais leur arracher les yeux ! » Pourtant la plupart des gens lui étaient indifférents et elle n’avait aucune raison d’arracher les yeux à qui que ce fût si on exceptait un certain homme d’affaire qui habitait sur les hauts de la ville.

Pour ce qui était du dénommé Thomas, elle savait qu’elle lui en voulait d’avoir ruiné ses plans et n’avait pas cherché à cacher son humeur. Elle s’attendait donc à ce qu’il se sépare d’elle le plus promptement possible. Elle cherchait vainement une raison et une façon de passer l’éponge sur ce mauvais départ et de lui en donner une de lui parler de son expérience en sachant qu’elle devrait elle aussi se livrer. La supposée symétrie des relations la fatiguait par avance. Le monde ne pouvait-il pas se contenter de lui apporter les réponses qu’elle cherchait ? Elle avait pourtant fait un effort. Au lieu de le planter là elle l’avait suivi dans ce foutu par cet se demandait encore pourquoi il avait voulu finir d’y prendre l’humidité. Elle l’avait même guidé jusqu’à cet hôtel. Ces deux dernières pensées contribuèrent à la rassurer sur ses talents de public-relations. Si ça se trouve elle aurait eu tout à gagner si son tuteur ou mieux le juge qui s’occupait de son cas avait été témoin des efforts qu’elle faisait pour l’américain alors que rien ne l’y obligeait.

Elle relève la tête un peu impatientée par les tractations qui durent. Elle croise brièvement le regard un peu obtus mais vaincu du gardien qui semble la clé d’une chambre qui conviendrait mieux aux exigences de ce client économe, juste le temps de voir Thomas sortir de l’hôtel. Je reviens dans dix minutes ? Non c’est pas vrai ! Il n’a pas perdu quelque chose dans le parc ! Par réflexe et comme pour ne pas laisser échapper une proie de sa curiosité elle lui emboîte le pas et de retrouve à l’extérieur interloquée de le trouver appuyé contre le mur de l’hôtel et prête à lui dire ce qu’elle pense de ses caprices d’américains. Mais le compatriote de celui qu’elle appelle de « le petit rouquin » ne lui laisse pas le temps d’ouvrir la bouche, enfin si, juste celui d’ouvrir la bouche qui reste ouverte de surprise. Elle l’écoute en silence sans doute avec l’air ahuri de celle qui découvre que celui qu’elle a en face d’elle est capable de prendre des décisions et d’avoir la possibilité de cogiter sur les derniers événements. Elle ne relava pas le reproche pourtant explicite sur son manque d’empathie. En revanche, elle comprit qu’il venait de résumer ce que son dilemme intérieur lui criait depuis qu’ils étaient entrés dans l’hôtel. Ils étaient donc deux à vouloir parler de cette nuit et peut être plus si affinité. Pourquoi ne l’avait-il pas dit plutôt restait mystérieux pour la jeune femme qui laissait la plus souvent la responsabilité des relations aux autres. En tout cas les choses avaient la clarté qu’elle aimait même si elle n’était pas encore prête à faire entièrement confiance à celui qui restait néanmoins un inconnu.

Elle cilla un battement de paupière avant de répondre. Son ton était aussi calme que celui de son interlocuteur même s’il pouvait contenir des accents de méfiance.

« Ok on cause. Tu m’offres un café et on cause de tout ça. »

Si dans son esprit, « tout ça » était assez clair, elle n’était pas certaine que ce soit le cas pour le barbu en face d’elle.
Une voiture passa dans la rue derrière elle l’enveloppant d’un nuage d’embruns. Elle se sentit soudain très sale…
Elle regarda la porte vitrée de l’hôtel.

« Bon, on peut rentrer ou tu as autre chose à préciser ? »
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Jeu 4 Mai - 2:43

Une première voiture passe, puis une seconde qui klaxonne de loin avant de disparaître plus loin dans la ruelle. Plus la nuit avance plus la ville se plonge dans un brouillard humide. Le ciel est nuageux et un vent froid garde les sens de Thomas en éveil. En vérité, il est assez surpris par la réaction de Mona, il s’attendait à ce qu’elle tourne les talons et le laisse à sa nuit. Jusque-là toutes ses réactions convergeaient dans cette direction. Même si le ton qu’elle emploi est relativement plat, il y a encore un peu de dédain dans ses manières. S’il n’arrive pas à déterminer à quel point ses mots sonnent vrais, dans tous les cas, elle continue à le juger et à le catégoriser. Ça par contre, il n’a pas besoin de mots pour le ressentir. Après tout, ce n’est pas la première fois qu’on s’autorise à le définir sur la base de qualificatifs très généralisants, sans chercher à considérer ce qu’il est mais plutôt en quoi une généralité pourrait le qualifier. En vrai, en faux, peu importe. C’est un travers dans lequel il est facile de tomber.

« On pourrait avoir plein de choses à préciser … mais dans l’immédiat, autant s’extraire de ce froid. Le printemps (de la côte Est américaine) commence à me manquer. »

Voilà qu’il recommence à jouer la corde de l’ironie. A tous les coups, il venait encore de faire un pas de travers. Bien qu’il appuie fortement sur le registre de la plaisanterie en employant moult gestuelles et intonations, un brin de vérité se cache derrière. Lorsqu’il a quitté le toit du bâtiment d’ingénierie du MIT, un vent frai venait lui caresser les joues et soulager sa migraine. Par contre, le soleil frappé et la température était respectable en rapport aux quelques degrés au-dessus de zéro de Reykjavik. Il frotte un peu ses bras en rentrant dans l’hôtel, son souffle se condense en une vapeur blanchâtre même sur le palier. Et ce malgré le courant d’air chaud généré par une soufflerie qui vient lui réchauffer le crâne, la nuque et le visage, en particulier ses oreilles et le bout de son nez encore rougi par le froid mordant de l’extérieur.
Tout d’abord précédé par Mona, il s’éloigne un peu pour retrouver son hôte au guichet de l’hôtel hors de prix. Il n’est pas à douter que les prestations doivent être exceptionnelle, mais il n’était pas prêt à débourser une telle somme pour un matelas, une douche (qu’importe la présence de jets massant et la pureté de l’eau en provenance directe d’une source d’eau géothermale) et une laverie. Il tapote sur le comptoir en marbre et se hisse un peu pour observer la salle un peu plus à l’arrière. Il revient finalement vers son interlocuteur qui semble tout à fait ouvert à la discussion, peut-être plus qu’à la négociation.

« Re-bonsoir. Bon, il est évident que je vous ferais un virement de retour dans ma chambre. »

L’homme du guichet, un grand blond aux épaules carrées, droit comme un piqué, lui tend une feuille qui détaille la facture, mais aussi les coordonnées bancaires et le code d’accès à la connexion wifi de l’établissement. Thomas lui sourit en pensant tout bas qu’il ne comptait pas un seul instant effectuer un virement sur une connexion probablement vérolée et à l’affut de toutes les négligences. Il tait son opinion et sa méfiance et se contente d’acquiescer le professionnalisme du réceptionniste.  

« Bien sûr monsieur, comme il vous plaira. Vous avez aussi la possibilité de payer en quittant l’établissement.
Ha ! Merveilleux. Est-ce qu’il serait possible de prendre un café ou bien de s’installer dans la salle juste derrière vous pour m’entretenir avec mon amie ?
− Je pensais que vous éti … » Il s’arrête immédiatement et hoche de la tête. « Désolé, monsieur. Bien sûr, le bar est ouvert 24h/24. Installez-vous, quelqu’un viendra prendre votre commande. Nous acceptons les devises internationales.
Vraiment ?
− Bien évidemment. Quel est la nature de votre échange ?
Pourquoi cette question ?
− Notre hôtel accueille des hommes et des femmes d’affaire en tout genre, nous sommes donc tenus de vous informer qu’une caméra film l’entrée du bar mais qu’aucune captation audio n’est pratiquée dans cette enceinte, pour des raisons évidentes et le confort de nos clients.
C’est fort appréciable. Merci pour la précision. »

De toute façon, Thomas avait ses propres gadgets pour se prémunir d’oreilles un peu trop attentives, ou en tout cas en être prévenu.
Le grand blond hoche à nouveau la tête. Décidément, cet homme est bien plus aimable qu’il ne laisserait l’imaginer aux premiers abords. Comme quoi, c’est toujours bon de creuser un peu. Alors que Thomas s’apprête à le quitter pour rejoindre Mona à quelques pas et se diriger vers la salle un peu en retrait, le guichetier l’interpelle et lui tend la clef qui lui donnera probablement accès à sa chambre. Thomas tend la main pour la récupérer et lève le pouce dans un clin d’œil en guise de remerciement. Bien des établissements à New York et même à travers le monde mériteraient de prendre exemple sur celui-là. Il enjambe le pas à sa camarade et se dirige vers l’entrée d’une salle chaleureusement décorée et confortable rien qu’à l’œil. Au fond de la pièce, un bar s’étend sur toute la longueur et démontre bien le standing du lieu. Une serveuse et un serveur se tiennent derrière le comptoir et s’agitent calmement en vacant à leurs occupations. A cette heure tardive, la salle est vide.

« C’est bon, c’est encore ouvert. Un fauteuil est toujours plus agréable qu’une table haute sur le palier d’un étage d’hôtel. Et, les boissons servies ici sont probablement incomparables avec celle d’un distributeur automatique. »

Il parle en connaissance. Malgré sa sédentarisation, Thomas continue à voyager. Les déplacements sont monnaie courante dans sa profession, et puis il aime toujours autant voyager … en tant que vacancier c’est encore mieux. Le café des machines disponibles aux paliers des hôtels est souvent granuleux et vous tiendrez éveillé pour la nuit entière même avec une option « déca »

Plusieurs fauteuils en cercle autour d’une petite table basse attire rapidement l’attention du jeune homme. La journée commençait à s’allonger un peu trop à son goût, à moins qu’il s’agisse du décalage horaire. Si tant est que les effets d’un décalage aussi important se manifeste même si on ne s’est pas physiquement déplacé … enfin physiquement, on se comprend, pas conventionnellement. Du coup, un siège moelleux ne serait pas pour lui déplaire. Il s’approche encore un peu plus, ouvre sa veste et le second bouton de sa chemise encore un peu humide puis, il se laisse finalement tomber dans le fauteuil incroyablement agréable. Il est fort probable que même une chaise rigide en bois l’aurait satisfait après un vagabondage, une fuite, un parcours à travers les buissons et la pluie. Mais, pourquoi se priver d’un peu plus de confort, surtout quand il est si gentiment proposé.

Thomas retrouve progressivement une mine souriante malgré la fatigue. Il se laisse quelques secondes pour apprécier un repos mérité (ou pas) et la lumière tamisée des plafonniers. Parfois, il faut apprécier l’instant présent et faire le vide … même quelques secondes, c’est souvent les plus agréables.
Passé cet instant suspendu, il se redresse un peu et consulte sa montre. Il se frotte les mains l’une contre l’autre et il s’agite encore un peu plus pour trouver une bonne position avant de relever les yeux.

Maintenant, il fallait trouver quoi dire. Comment entamer les choses sans que ça ne se transforme en guerre ouverte sur un champ de bataille miné. Il lui faut un moment pour formuler. A deux reprises, il entrouvre les lèvres avant de se raviser …

« C’est pas évident … Vraiment pas. Il faut dire qu’il s’en est passé des choses en si peu de temps. Enfin, peu … »

Peut-être quand amenant la chose comme il l’avait fait avec Luc … Il doute que ça soit si simple, Mona ne semble pas aussi abordable que ce dernier, au moins en matière de discussion. Il faut dire que Luc l’avait même surpris dans sa façon d’aborder la thématique et que ça avait eu le mérite de tout enclencher. Bon, d’un autre côté, après une bonne bagarre de rue, on est parfois plus à même de parler librement avec ses camarades d’infortune. Là, maintenant, tout de suite, Thomas faisait face à une énigme doublée d’une boule de nerfs plutôt retorse … sans chercher la vexation. Finalement, il décide de faire preuve d’un peu de désinvolture, au pire il se ferait rembarrer et il est fort probable que l’un comme l’autre ne se reverraient jamais ou en tout cas pas avant un moment.

« Nan vraiment, je n’avais vraiment rien à faire dans ce coin, j’aurais même pas dû m’y trouver, à coup sûr … A vrai dire, c’est encore flou dans ma tête. Il faut croire que le destin se joue vraiment de nous parfois … H-hum. Et pourquoi diable je chercherais à espionner quelqu’un à plus de minuit dans un quartier résidentiel paumé sans être foutu d’aligner deux mots dans la langue du coin. Efficace l’espion. » Conclut-il avec une dérision à l’épreuve du feu.

Il marque une pause en récupérant un joli cendrier en verre sur la table basse qu’il garde entre ses mains, un moment.

« Ce n’est pas devenu non-fumeur ces endroits ? A quoi bon garder des cendriers … Hmm … » Thomas se rend rapidement compte qu’il est un peu hors sujet. Et encore une fois, il doute fortement que ce genre de remarques ait un effet retentissant sur la demoiselle aux cheveux rouges … Même si ce sujet banal aurait été plébiscité par bien des personnes … « Mais d’ailleurs en parlant d’espionnage … Qu’est-ce que tu as vu exactement ? Ça pourrait peut-être m’aidé à mettre des mots sur cette soirée de l’étrange. Et puis, qu’est-ce qu’une jeune femme peut bien faire dans le jardin d’une baraque, très peu fermée je l’accorde, d’un quartier huppé, enfin j’imagine ? Je me doute bien que tu n’avais rien à y faire, vu comment tu as détalé … Joli rythme au cent mètre d’ailleurs. » Il sourit, toujours en dépit, puis il se racle la gorge et reprend d’un air taquin et même un peu moqueur. « Tu fais quoi dans la vie au juste, t’es une cambrioleuse ? »

Il passe son doigt sur chaque cran du cendrier immaculé, puis il le repose avec soin sur la table. Il ne manquerait plus qu’il le casse. Vu le prix de la nuitée, ce petit objet doit bien valoir dans les cinquante dollars à lui tout seul … et la table en verre, dix à vingt fois son prix. Il ajoute finalement, avec un brin d’ironie encore plus marqué et un sourire en coin :

« Ou sinon, t’étais p’t’être bien en train d’espionner une famille plutôt aisée devant son programme favori à la télévision. » L’heure des faits lui revient à l’esprit … « Enfin le programme favori d’un … hum … d’un adulte, les gamins, ça dort à cette heure-là, normalement. »

Son ironie n’est que de façade … Cette hypothèse lui semble tout aussi valable que toutes les autres qui lui venaient à l’esprit.
C’est à ce moment précis que le serveur décide de venir prendre leur commande. Il a l’air un peu fatigué mais il garde un sourire et une mine professionnellement agréable. Dans tous les cas, il semble bien plus pressé de retourner derrière son comptoir que d’écouter ses clients parloter. Un point très important et appréciable dans la profession.

« Qu’est-ce que je peux vous servir ?
Un café allongé pour moi et une eau gazeuse …
− Citronnée ou naturelle ?
Allons donc pour une eau gazeuse citronnée. Merci. »

Le serveur se tourne vers Mona.

« Et vous ? »
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Dim 7 Mai - 18:58

La rouquine ne s’est jamais beaucoup préoccupée de ce que pense les autres de ces réactions ou de ses décisions.  Elle a suffisamment entendu de choses sur son étrangeté pour qu’à la fois elle entérine le fait qu’elle soit aussi bizarre que les gens le disent et ne cherche pas à se justifier. Elle ne recherche que sa propre logique et celle-ci ne se construit pas forcément sur la logique commune. La jeune femme s’était construite au fur et à mesure des priorités dont elle était en quelque sorte le centre même si les autres n’en étaient pas absents. Elle y faisait graviter une série de valeurs qui échappaient souvent  à ceux qui la côtoyaient. Ceux qui ne le connaissaient que peu ou qui ne cherchaient pas à comprendre ce qui la motivait ou les ressorts de ses actions la prenaient pour une folle et le terme de psychopathe fleurissait souvent dans la bouche de ceux qui n’en comprenaient pas le sens. Les notions de bien et de mal avaient cours dans ses raisonnements mais se démarquaient souvent de ce que la société imaginait. De son côté elle savait assez bien par expérience ce qui était attendu d’elle. Elle l’avait même appliqué jusqu’à ce que ses repères ne s’effondrent et que la vie ne dévoile ses tromperies. Elle l’avait donc contrainte peu à peu à construire de nouveaux référentiels et personne ne semblait être en mesure de les identifier.

Pour l’heure se mettre à l’abri faisait partie des choses logiques à faire et correspondait à ce que qu’autrui, Thomas en l’occurrence, pouvait comprendre. Ce genre de circonstances maintenait une intersection non vide entre son système de valeur et de priorité et celui de la majorité des gens qui couraient sur cette bonne vieille planète. De son côté, un travail s’imposait comme à chaque fois qu’elle rencontrait une nouvelle personne su la dite planète. Essayer de deviner quelle était la nature et l’étendue de cette intersection qu’elle pouvait attendre chez l’autre. Sans catégoriser complètement le pauvre Thomas dont on pouvait comprendre le désarroi, elle s’appliquait à le placer sur un spectre comme un astronome s’applique à placer chaque étoile sur le diagramme HR en fonction de sa taille et de sa couleur. Certaines sur la séquence principale représentait une certaine stabilité comme Ceyda Pehlivan et Jon Einarson même si elle n’était pas les plus brillantes de de son ciel. Thomas en était au stade de l’astre très brillant dont il est difficile dans un premier temps s’il s’agit d’une géante bleue qui ne fait que passer et se déchirera en super nova avant de ne plus représenter que le souvenir d’une naine blanche ou bien si elle se trouve à proximité de son monde dans lequel il vient de faire irruption à la suite d’une accrétion d’hydrogène permettant la mise en route des réaction thermonucléaires.  Une chose avait déjà changé dans les premières mesures qu’elle avait prises. Cette étoile était plus dense qu’il ne lui avait semblé de prime abord et elle préférait avoir affaire à une étoile d’une certaine densité que ces géantes rouges dont le nombre d’atome au mètre-cube était dérisoire. Le fait que l’Américain se soit révolté contre le traitement qui lui était infligé même si elle ne se sentait pas responsable de son mal-être était quelque chose qu’elle appréciait et devenait un moteur positif pour elle. C’était peut-être pour cela qu’elle côtoyait la bande de rockers bruts de décoffrage qui la supportaient, pouvaient l’envoyer dans les cordes sans se formaliser, même si ces derniers temps à cause de ses nouvelles préoccupations ses liens avec eux s’étaient pour le moins détendus

Elle aimerait bien que les phénomènes qui la préoccupent depuis quelque mois puissent s’expliquer aussi bien que la place des étoiles sur le susdit diagramme, mais elle commence à comprendre qu’elle n’est qu’au début de ses questions et de ses recherches. Lorsqu’elle repousse la porte vitrée de l’hôtel, elle se sent soulagée d’un poids. Elle ne saurait cependant dire si c’est de ne plus se sentir responsable de l’étranger matériellement ou de leur relation. Si le printemps manque à Thomas, c’est un peu comme s’il arrivait pour elle en ce petit matin islandais. L’assaut de la climatisation accroit encore se sentiment de soulagement. Comme souvent l’excès de chaleur  lui fait prendre conscience de la dureté de son bout de nez au sortir du froid et une sorte de torpeur lui rappelle qu’elle a quelques heures de sommeil à rattraper. Cependant, elle espère bien que ce sacrifice aura des compensations. Et puis, elle pourra, elle l’espère assez vite remédier à tout ça, ce qui ne sera peut-être pas le cas de Thomas

Durant leur absence, le réceptionniste s'était sand doute remis de sa nuit de veille et avait retrouvé le professionnalisme que l'on attend dans un endroit somme toute pas si abordable que cela. Les négociations se retrouvent facilitées au soulagement de chacun. La rouquine s’accoude de façon désinvolte au risque de laisser penser qu’elle s’impatiente sur le comptoir, le scaphoïde faisant remonter la pommette  en une drôle de grimace. Indifférente aux préoccupations pécuniaires ainsi qu’à celles des apparences et de la bien séance, elle attend patiemment que tous les détails conviennent à l’Américain. Elle s’étonne juste que ce dernier ne souhaite pas commencer par se remettre sur pied par une bonne douche et rejoindre un espace plus clos que cette salle en outre surveillée par une caméra. Mais après tout… L’obséquiosité du réceptionniste et de ce genre d’attitudes qui l’écœurent, mais elle a appris à en prendre son parti tant qu’on ne lui demande pas d’en faire autant. Sa vie en aurait sans doute été changée si elle avait pris celui de se plier au minimum d’hypocrisie ou de convention que le vie sociale demande mais elle n’est pas capable de l’analyser ainsi. Certaines choses sont ancrées en elle depuis si longtemps qu’il est sans doute trop tard pour les changer

Les voici enfin dans la salle qui allait sans doute leur permettre à plat le début de leur relation et envisager oui pas de poursuivre. A l'entrée, une sorte de globe en castré dans l'encadrement d'aluminium confirme la présence de la caméra évoquée
par le réceptionniste. C’est encore ouvert ? Elle lève les sourcils et jette un œil à l’horloge digitale qui surmonte les alignements de bouteille derrière le serveur.  Elle aurait plutôt dit « déjà » mais elle veut bien admettre que les événements de la nuit aient un peu déboussolé son compagnon. Elle suivit sans mot dire l’Américain vers les banquettes qui n’attendaient qu’eux pour leur offrir les premières minutes de confort depuis bien longtemps. Elle regardait tout autour d’eux autant pour découvrir à quoi ressemblaient les lieux qu’à cause de sa méfiance. De façon ironique il fallait qu’elle reste dans son pays pour entrer dans un tel hôtel. Ses propres voyages se limitaient à ceux qu’elle faisait sur le toile et les téléportations que ne lui laissaient guère le loisir d’apprécier le standing des hôtels d’autant qu’elle ne roulait pas sur l’or…
Elle ne pouvait qu’être d’accord avec lui sur ce qu’on pouvait attendre du lieu mais garda le silence en s’asseyant presque en face de lui, calant au fond de la banquette taupe, les mains de nouveau fourrées dans les poches de son blouson. Sa capuche rejetée en arrière allait permettre enfin à ses cheveux de sécher avant qu’elle n’attrape quelque chose qui la clouerait au lit pour deux semaines. Se faire téléporter dans cet état aurait été un bien mauvais karma. Elle n’est visiblement pas la seule à apprécier le confort de l’endroit. Elle jette de temps à autre des coups d’œil au-dessus de son épaule ou alentours comme une sorte de tic nerveux en tout cas sans rapport avec la supposée mauvaise conscience de la fille qui a tentée de pirater un circuit vidéo quelques heures plus tôt. Peut-être la gêne de se retrouver en face d’un inconnu avec qui elle se force à créer une relation dont elle ne sait même pas où elle la mènera. En face d’elle Thomas ne semble pas plus à l’aise pour entamer ce qu’elle pourrait appeler les hostilités alors que le commun des mortels dirait la conversation mais elle lui sait gré de prendre les choses à son compte. Non ce n’est pas facile. Elle sait que dans ce cas, la moindre des choses que l’on demande à l’autre c’est de faciliter les choses avec un sourire. Ses lèvres s’étirent vers le gauche vers ce qu’elle voudrait être le rictus attendu même si un observateur pourrait prendre cela pour une grimace ironique du genre qui ne sied qu’à Harrison Ford lorsqu’il prend un râteau de la princesse Leïa. Elle l’écoute avec attention, baisse la tête avant de la relever avec un air de défi amusé dans les yeux et sur sa lippe. Elle sait parfaitement qu’elle a raison mais trouvera-t-elle la force de le formuler ? Elle n’a pas l’habitude de faire son mea culpa. Ok. Il ne sait plus trop vers où orienter la discussion. Elle grimace un éclair de désappointement dirigé plutôt contre elle. Elle devrait lui venir en aide. Elle cherche à toute vitesse quelque chose de pas trop stupide qui montrerait que son silence n’est pas là que pour le mettre mal à l’aise. Mais si elle est des plus maladroites, lui malgré ses efforts ne fait rien pour arranger les choses. Alors qu’elle prenait une respiration avant de tenter de répondre à son attente de réponse le voilà qui se concentre sur ce stupide cendrier et le laisse coite. Heureusement, il reprend vite le fil de ce qui les occupe en ce petit matin.

« Ce que j’ai vu ? Un mec se matérialiser quasi d’un coup au milieu d’une pelouse déclenchant une alarme. Ouais j’avais rien à y faire du point de vue des proprios et du coup… Du coup j’allais pas te laisser là. »

Elle se racla la gorge et compléta.

« Et puis si t’es bien américain et si j’ai bien vu ce que j’ai vu tu t’es fait genre, téléporter plutôt contre ton gré. Et ça fait quelques mois que je voudrais bien en savoir plus là-dessus »

Elle avait réussi à aligner plusieurs phrases mais compléta tout de même.

« Je suis pas cambrioleuse. »

Elle regarda le cendrier reprendre sa place en se demandant si elle allait répondre à la dernière insinuation concernant les programmes de la nuit. Pour le moment ça ne le regarde et ça ne va pas faire avancer leurs affaires alors elle fait comme si elle avait déjà oublié et répondit par une question.

« Ça t’est déjà arrivé ? Tu sais comment ça se produit ? »

Elle repensa aux explications de Nathan qui ne coïncidaient pas totalement avec celles d’Atea et ne parlons pas de son escapade sud-américaine…  Le gars qui se projette dans les images ou à peu de chose près était devenu une piste mais apparemment n’était pas une généralité si elle comparait à son cas et celui de la fille de Nouvelle Zélande. Thomas allait peut être lui fournir une autre piste…

La conversation commençait à prendre un tour constructif et elle était impatiente d’entendre les réponses de son voisin de table même si elle arborait toujours sa mine neutre même si elle n’était pas aussi renfrognée  qu’il avait quelques minutes encore. Malheureusement le serveur ne trouva rien de plus intelligent que de venir les interrompre. Elle ne lui jeta pas un regard se contentant de deviner du coin de l’œil, le bas de son pantalon impeccablement repassé assorti aux couleurs de l’hôtel. Lorsqu’elle répondit au serveur elle fixait intensément l’américain qui aurait pu prendre la commande pour lui.

« Un expresso… »

Elle renonça à la formule de politesse. Elle attendit que le serveur tourne les talons et que le bruit de ses pas disparaisse derrière le bar avant de reprendre.

« T’as l’intention d’essayer de maîtriser ce truc ou t’en as rien à battre ? »

Et voilà ! Ils étaient arrivés au point où elle allait savoir très vite si ça valait le coup de poursuivre cette rencontre ou si elle perdait son temps. Clairement, s’il avait décidé de prendre les choses comme elles venaient, sans envie de contrer, maîtriser, comprendre le phénomène de téléportation, elle n’avait plus qu’à se tirer et le laisser se débrouiller pour prendre le premier avion vers ses pénates. Après tout elle pouvait comprendre que pour certaines personnes, ça pouvait être fun de se lever le matin en se demandant s’ils dormiraient chez eux et essayant de deviner où aller se trouver leur prochain point de chute… Dans le cas contraire cela pouvait représenter un intérêt de prolonger cette rencontre. Elle ne savait pas trop à ce moment en quoi et comment. Cela dépendrait sans doute de la teneur de leur entretien.

A quelques mètre d’eux, le percolateur soupira signe qu’ils n’allaient pas tarder à être servis.


Dernière édition par Mona Goðrúnarson le Lun 22 Mai - 6:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Lun 15 Mai - 0:38

Etonnant, Mona ne tergiverse pas. Thomas s’attendait à ce qu’elle soit directe, mais certainement pas d’une façon aussi claire, sans détournements, sans habillages. Vraisemblablement, toute l’ironie du monde glisserait sur elle comme l’eau sur les plumes d’un canard. C’est à la fois impressionnant et un peu désespérant. Qu’importe, il n’est pas tant de philosopher sur l’art d’ironiser et de l’entendre.

Elle y va fort, elle utilise un vocabulaire très clair, trop clair pour être parfaitement innocent. Thomas sent une profonde fébrilité l’envahir et il lui faut s’armer d’une maitrise infinie pour apaiser ses sens et garder une concentration suffisante. Au moins, elle reconnait qu’elle n’avait strictement rien à faire dans ce jardin. En conséquence, elle l’aaurait sorti d’une mouise sans nom. Peut-être même qu’elle lui aurait sauvé la vie, si ce n’était pas déjà le cas. Thomas ne pipe mots mais il n’y croit qu’à moitié, c’est qui se type, le parrain de la pègre islandaise ? Il y a toujours au moins deux façons de se sortir d’une situation délicate … La plupart du temps en tout cas. Mais, encore une fois, ça n’est pas le problème et il n’avait absolument pas envie de revenir sur ce sujet, sensible visiblement, pour l’instant en tout cas.
L’un de ses sourcils se lève lorsqu’elle suppose qu’il est américain. La Reine et tous ses ancêtres se retourneraient dans son lit ou dans leur tombe s’ils voyaient l’un de leur ressortissant qualifié d’américain sous prétexte qu’il parle anglais. Si son intonation a évolué et s’est transformée au rythme de ses voyages, on lui dit plus souvent qu’il a un accent ni d’ici ni d’ailleurs, plutôt qu’un accent typiquement américain. Qu’importe, dans le meilleur des cas, Mona fait juste preuve d’une chance insolente dans le choix de son pays de résidence actuel. Dans la suite de son raisonnement, la causalité entre chaque élément n’était pas évidente à saisir pour Thomas. Pourtant, elle fait encore l’usage d’un lexique soigneusement choisi qui ne laisse que peu de place au doute. Soit elle est très bien informée sur le sujet, point sur lequel il se permet de douter, soit elle est elle-même sujette à ces « téléportations ». C’est un phénomène peu démocratisé (ironie), affirmer qu’on le connait et qu’on s’y intéresse activement depuis des mois c’est laisser place à bien des conclusions … Sans grosses incertitudes qui plus est.

Thomas sourit lorsqu’elle confirme qu’elle n’est pas une cambrioleuse. Voilà un peu d’humour probablement involontaire. Mona semble prendre très au sérieux le moindre de ses mots. Si dans son fond intérieur, Thomas n’écartait pas qu’elle soit une voleuse ou une espionne à ses heures perdues, il énonçait tout cela avec une dérision et un ton très sarcastique et donc caractéristique. Par ailleurs, elle ne dément pas la possibilité d’un espionnage en bonne et due forme …

Par la suite, tout s’enchaine rapidement et de nouvelles questions viennent s’additionner aux précédentes, intercalées par l’intervention du serveur. Ce dernier s’en retourne d’ailleurs à son bar en maugréant quelques mots probablement liés à l’indélicatesse et le manque de politesse de l’un de ses hôtes. Il prévoit peut-être que Mona ne lui donnera pas le moindre pourboire en partant. Thomas fronce un peu les sourcils en allant du serveur à Mona deux ou trois fois. Il se demande finalement si la jeune islandaise manque à ce point de délicatesse qu’elle ne considère même plus nécessaire de remercier la personne qui la sert … qui plus est, à une heure aussi avancée de la nuit. Il n’a pas vraiment le temps de le lui faire remarquer qu’elle lui assène une dernière question. Fatale, autant pour lui que pour elle, tant elle confirme chacune de ses conclusions précédentes.

« T’as l’intention d’essayer de maîtriser ce truc ou t’en as rien à battre ? »

Thomas croise les bras, puis il s’affaisse un peu plus dans son fauteuil. Il ne sait vraiment pas quoi lui dire. Jusque-là, il lui reprochait son mutisme, ses réponses détournées. Il faut bien admettre que pour le coup, même si son ton est toujours autoritaire et désagréable, Mona est véritablement directe et sans détour. Un peu trop crue à vrai dire, ce qui dénote là aussi, son manque d’empathie envers ses interlocuteurs. En particulier lorsque ceux-ci se sont vus bazardés dans un pays glacial, de l’autre côté de l’océan Atlantique, quatre heures plus tard en quelques secondes. Et encore plus particulièrement, quand l’individu en question est propulsé, non seulement loin de chez lui, mais aussi dans un bourbier qu’il n’a pas choisi. S’il est coupable de subir son destin, Mona l’est aussi, mais dans des termes moins évangéliques.
Le serveur revient avant même qu’il ait le temps d’envisager une réponse. Il dépose les tasses et leur coupelle avec une négligence qui appuie sa mauvaise humeur. Il décapsule la bouteille d’eau de Thomas et la lui tend, celui-ci la récupère avec prudence.

« Merci, dit-il.
− Il vous faudra autre chose ?
Non, pas pour l’instant, mais c’est bien aimable de le demander.
− A votre service, monsieur. »

Le serveur conclut sur un ton plus moins revendicateur, moins énervé, plus calme et apaisé. Comme quoi, en y mettant les formes, on parvient à peu près à tout ce que l’on veut. Avant de retourner à son comptoir, le serveur fait un aller-retour rapide pour lui donner un verre avec deux glaçons et une rondelle de citron. En bon client, Thomas le remercie à nouveau d’un signe de la tête et le laisse partir la tête haute.
Thomas en revient finalement à ses affaires. Tout obtenir en y mettant les formes, il n’en est plus vraiment certain maintenant qu’ils ne sont plus que tous les deux, à se regarder dans le blanc des yeux. Il remue son café et verse une partie de l’eau gazeuse dans son verre avant d’en boire quelques gorgées.

« Qu’est-ce qui m’est déjà arrivé ? Me retrouver dans un pays qui n’est pas le mien, en tout cas pas celui d’origine ? »

Thomas est pris d’un léger fou rire alors qu’il s’apprête à boire une gorgée supplémentaire qui a donc quelques difficultés à trouver la bonne voie. L’accumulation et le stress post-télétransportation, probablement. Il toussote un peu et éponge une larme du coin de son œil de la paume de sa main.

« Je ne sais pas si on peut considérer ça comme une habitude, mais il m’est déjà arrivé de voyager spontanément, oui. De là à comprendre réellement comment tout cela se produit, je n’y suis pas encore. Ceux sont des choses qui s’appréhendent avant de s’expliquer clairement. Mais j’ai déjà quelques idées à mettre en place, oui. »

Ca ne lui était pas arrivé tant de fois que ça, mais déjà assez et dans des circonstances suffisamment déroutantes et glissantes pour qu’il se fasse une idée concrète des risques du métier. Il lui en faudrait bien plus, mais aussi des témoignages pour envisager des explications ou des théories fumeuses. Ses jeunes élèves au MIT étaient probablement en train de mettre leur pierre à l’édifice à l’instant où il détaillait la rouquine du regard, bien qu’ils n’en aient pas vraiment conscience. Thomas se revoyait bien à leur place, prêt à sauter sur n’importe quel sujet ou projet alléchant, sans vraiment chercher à comprendre à quoi il servirait. C’est d’ailleurs ce qui les différencierait à la fin … Leur capacité à relativiser les projets proposés et à les positionner sur une échelle contraignante, celle qui détail ce qui est moral et éthique, et ce qui ne l’est pas. Bien sûr, Thomas leur laisserait la discrétion de cette échelle et de ses barreaux, tout comme il s’accordait le droit de scier certain des barreaux de sa propre échelle … Parfois, pas tout le temps, c’est assez modulaire comme échelle, il faut dire. Sauf les extrêmes, qui reste très fixes, eux.

« Rien à battre ». Dans la mesure où ce phénomène implique de se voir téléporté sauvagement d’un point A à un point B dans des circonstances encore inconnues, pour des raisons encore plus inconnues et avec une prévisibilité proche du zéro absolu, il est difficile d’en avoir strictement ‘rien à battre’. Ne serait-ce pour des sécurités évidentes. De là à contrôler quoi que ce soit, c’est encore compliqué à envisager.

Thomas s’emploie à lui répondre sur un ton empli d’une profonde et falsifiée sérénité.

« Maitriser ce truc … Hummm. En voilà une idée qu’elle est bonne, mais dans l’immédiat … Hmm. » Il se frotte le menton et pousse les choses un peu plus loin. « Pour l’instant, c’est se bercer d’une douce illusion. Quand on qualifie un phénomène de ‘truc’ c’est qu’on est au moins autant en mesure de le contrôler que de le comprendre. Sans hésitation cette dernière option est bien plus accessible que la première. C’est sur celle-là qu’il faut se concentrer, au moins dans un premier temps. »

Il marque à nouveau une pause pour siroter son café. Oui, ce qu’il venait, ce n’était que du bon sens à ses yeux. Ce moment fugace lui laisse le temps de remettre chaque pièce du puzzle à leur place.

« Mais cessons de parler de ma petite personne. Je ne suis pas si nombriliste, quoi qu’on en pense … » Il lui adresse un léger sourire, à peine narquois. « Je parle, je parle … Mais tu m’as l’air bien informée, Mona. Soit tu es belle et bien une espionne pour une société privée cabalistique à tendance gouvernementale … »

Ce en quoi il est en droit de douter très fortement, pour des raisons qui lui appartiennent, et il lui sera bien aisé de les confirmer.

« … Soit tu en sais bien plus que tu ne le laisses penser … Ou bien tu fais partie d’un de ces groupes de complotistes illuminatis reptiliens un peu déjantés … »

Il porte sa main à ses côtes dans un nouveau rire franc et honnête. Non. Franchement. Ces gens, ces complotistes, ils sont bien plus bavards que Mona. Pour ces gens, les théories qui tiennent la route c’est comme la confiture, moins ils en ont, plus ils l’étalent.

« La deuxième de ces trois options m’apparait la moins critique, la moins vexante aussi et surtout la plus probable, non ? Alors je te retourne ces belles questions. Ce genre de déplacements, tu en es familière ? Bon je ne te demanderais pas si tu tiens à maitriser tout ça, visiblement c’est le cas, mais plutôt qu’est-ce que tu y comprends, au fond ? »

Il lui tend brièvement une main, comme pour lui transmettre un bâton de parole à utiliser sans restriction. Parce que bon, c’est bien gentil de lui demander de répondre à des questions, mais lui aussi il voudrait bien jouer le rôle de l’inspecteur.
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Lun 22 Mai - 21:13

Les choses sont dites. Son regard sans filtre se moque du miroir que lui renvoie ses interlocuteurs et ce matin, ce petit matin n’échappe pas à la règle. Puisqu’elle a décidé de se lancer, elle est capable de prudence, mais elle n’a pas envie de perdre son temps à tourner autour du pot. Elle n’a jamais envie de tourner autour du pot. Les précautions oratoires ne font pas partie des chemins qu’elle emprunte et l’exaspèrent la plupart du temps à moins qu’elle estime la personne qui les manie ou qu’elle trouve un intérêt à les supporter. Elle s’efforce alors de patienter jusqu’à ce qu’arrive le vif du sujet. Jon Einarson est sans doute le spécialiste des petits pas autour du sujet. C’est donc lui qui essuie le plus de regards exaspérés lancés au ciel. Pourtant elle devine qu’il est de son côté au nombre d’incartade qu’il a déjà accepté de couvrir. Elle se dit que ce doit être dans les protocoles de sa profession ou en tout cas un truc solidement ancré dans ses comportements. De temps en temps elle lui vient en aide en anticipant le sujet épineux qu’il tente de rendre plus facile à aborder. Mais quel sujet peut donc bien s’adoucir parce qu’on a passé trois plombes à hésiter ? Le plus souvent c’est lui qui intercepte son regard insolent d’adolescente qu’il aimerait voir grandir. Alors il se racle la gorge dans une moue contrariée mais résignée : « Ok ! Je sais ! Puisque tu insistes, voilà où nous en sommes… » Suivait invariablement une liste de réprimandes qu’elle trouvait toujours très exagérées, convaincue qu’elle suit à la lettre les prescriptions du juge et de son tuteur. D’ailleurs, elle désire assez être émancipée pour ne pas faire de vague inutiles.

Pour le moment elle se demande si le gars en face d’elle sera du genre à temporiser ou non. Elle pencherait assez pour le non après la petite mise au point à laquelle elle a eu droit sur le trottoir. En tout cas elle décrypter un quelconque signe d’étonnement de la part du barbu n’est pas ce qu’elle sait le mieux faire. Dans sa prime jeunesse déjà, la plupart des expressions qu’elle parvenait à comprendre lui avait été inculquées petit à petit. Encore aujourd’hui, certains  signes particuliers à chacun avaient du mal à lui évoquer quelque inférence. Très tôt lors de son enfance, aux alentours de ses quatre ans, Aragorn avait compris la difficulté de sa fille à réagir correctement aux physionomies qui véhiculaient pourtant pour le commun des mortels tant d’implicite indispensable à la communication. Il avait pris alors le temps de traduire les expressions courantes, en lui faisant observer les sourcils, les paupières, la bouche. Les inclinations de la tête étaient toujours difficiles  à traduire alors que d’autres expressions corporelles étaient passées comme une lettre à la poste surtout celles qui pouvaient être rattachées à l’affrontement.  Les réactions de l’américain pouvaient donc fort bien passer comme une bulle d’eau sous la glace de l’hiver quelque chose que l’on voit mais qui n’a pas d’influence sur les événements au-dessus de la banquise.

Evidemment cela explique en grosse partie son indifférence aux atermoiements de son interlocuteur la concernant. De toute façon, elle ne s’attend pas à ce qu’il la classe ailleurs que dans la catégorie « bizarre ». C’est ce que font de prime abord les gens en la rencontrant et il n’y avait pas de raison pour qu’il en soit autrement étant donnés les événements de la soirée. De son côté, elle a besoin d’en savoir un peu plus sur ce gars avant d’entrer dans les détails. Du coup, lorsqu’elle doit émettre une hypothèse sur la provenance d’un anglophone à l’accent indéfini, il lui est plus simple de supposer se trouver en face d’un ressortissant des USA, cela accroit tout de même les chances de succès. Elle n’a pas assez voyagé pour différencier les accents britannique, australien ou nord- américain.

Pour le moment, malgré son peu d’appétence pour le décryptage des physionomies, le sourire du type qui a partagé la fin de la nuit avec elle la détend un tantinet tout de même. Cela change de sa mine un peu déconfite. Elle se demande seulement s’il a l’intention de lui répondre. Un doute s’insinue en elle au moment où elle le voit croiser les bras au fond de sa banquette. Dans le cas contraire, pourquoi a-t-il insisté pour avoir une explication avec elle ?

Elle jette un regard en contre-plongée au serveur qui vient les déranger dans leur conversation et attend patiemment la fin des politesses. C’est sûr elle n’est pas très conventions sociales. Elle les connait certes, mais a parfois du mal à identifier les milieux dans lesquels elle se retrouve. Du caveau grunge-punk voire gothique qu’elle fréquente d’ordinaire aux hôtels pour touriste, il y a un monde. Au tour de la rouquine de croiser les bras sur sa poitrine pour attendre patiemment que leur échange interrompu puisse reprendre. Patiemment et oui, ne serait-ce que parce qu’elle prend à ses yeux assez de risque comme ça à se dévoiler à un inconnu, ce n’est pas la peine d’ajouter celui d’oreilles indiscrète, fussent-elles celles d’un serveur blasé qui ne doit plus s’intéresser aux conversations de ses clients surtout à cette heure matinale. En outre, la patience, elle a appris lorsque cela pouvait la servir et là elle espère bien qu’elle ne prend pas le risque d’arriver en retard à son taf pour rien. Elle regarde fixement et sans ciller les petits rituels de Thomas, sans même tiquer lorsqu’il manque de s’étouffer ou qu’elle se demande si son rire avorté est dirigé contre elle ou le résultat de la fatigue accumulée.

Mais malgré sa façon exaspérante d’emprunter les voies détournées pour arriver dans le vif du sujet, l’américain ou peu importe sa nationalité commence à revêtir un certain intérêt pour la jeune Islandaise et si en plus, comme il semble le suggérer, il a quelques pistes de réflexion sur le sujet… Son masque pâle encadré de feu n’a pas bougé depuis qu’elle a fini de prendre la parole, mais son regard fixe en direction du buveur d’eau gazeuse exprime à lui seul l’intérêt qu’il représente soudain. En tout cas il se pose comme quelqu’un expérience capable de faire figure de guide ou de maître, d’initiateur dans le domaine des voyages spontanés comme il se plait  à les nommer.

Elle garde son immobilité mais elle ne perde pas un mot de ce qu’elle attend depuis si longtemps. Longtemps est un terme bien relatif pour une fille qui a passé son adolescence à attendre l’heure d’une libération que l’âge adulte ne lui a toujours pas apportée ainsi que le moment de venir à bout de celui qu’elle a érigé en ennemi personnel. C’est l’affaire en fait de trois mois mais une affaire qui l‘accapare sans discontinuer et qui vient interférer dans la mission qu’elle s’est fixée. En premier lieu par la place que cela prend dans son esprit et en second lieu par l’insécurité permanente dans laquelle la possibilité de se voir une nouvelle fois déplacée à l’improviste, la maintient. En refermant un jour un livre de physique quantique, elle se dit qu’elle se trouvait presqu’autant en insécurité que le Chat de Schrödinger, à la différence près qu’elle espérait ne pas risquer sa vie dans l’expérience de la téléportation. Comme pour le fameux chat, un observateur de la rouquine dans sa boîte ne pouvait jamais être certain de la trouver à l’intérieur s’il l’ouvrait. Le problème était bien de trouver ce qui provoquait son déplacement soudain, La radioactivité ne devait sans doute rien avoir à faire avec le phénomène mais en l’absence de théorie probante elle ne pouvait qu’essayer de faires analogies avec des choses connues ou tout au moins supposées.

Pour ce qui est de thomas, petit à petit elle se rend compte qu’il n’en sait pas autant que son introduction ne semblait la laisser espérer.  Elle ne peut pas lui en vouloir mais elle ne peut pas empêcher une certaine déception de l’envahir. Elle pourrait polémiquer sur la préséance de la maîtrise sur compréhension, mais la position de l’américain est assez cartésienne et acceptable. Le café et son verre d’eau semble en outre lui avoir redonné une certaine contenance.  Rien d’étonnant la chaleur de l’intérieur l’avait elle-même, bien requinquée  tandis que son café allait finir par refroidir posé sur le table. Thomas prenait donc le temps qui lui convenait pour aligner ses propos et lorsqu’elle sentit que cet entretien n’était certes pas inutile mais n’allait pas lui en apprendre autant qu’elle l’espérait, elle finit par décroiser les bras et à s’intéresser à son expresso rompant ainsi le pont visuel qu’elle semblait avoir construit entre elle et le barbu. Finalement il était encore à bonne température (le café, pas le barbu). Après son expertise de sa tasse elle finit donc par profiter de ce que son interlocuteur semblait avoir terminé pour enchaîner.

« D’accord… Alors tu en es où de te compréhension du phénomène ? Moi, je n’ai rien de concret. Pour te rassurer, je ne fais partie d’aucune organisation qu’elle soit occulte ou gouvernementale, même si on pourrait imaginer être victime d’expérience de l’un ou l’autre de ces côtés. »

Ça lui était venu comme ça sans qu’elle puisse expliquer son raisonnement mais elle se doutait que les recherches des gouvernements prospectaient tout azimut alors pourquoi, au point où on en était ne pas faire l’hypothèse qu’ils soient victimes d’effet voulus ou non d’expérience dont le grand public ne savait encore rien ? Elle se faisait l’effet d’une complotiste en envisageant cela aussi ne poursuivit-elle pas dans cette voie. Elle laissa le fou rire s’éteindre sans plus de réaction qu’un bref froncement des narines et reposa sa tasse

« Donc oui, je suis juste quelqu’un qui a déjà vécu le truc et qui cherche à en savoir plus. Sinon, en te voyant apparaître tout à l’heure je crois que je me serais carapatée sans demander mon reste. »

Elle supposait assez que le phénomène était assez spectaculaire et étrange pour effrayer la plupart des gens, à moins qu’ils aient l’esprit bien accroché et dans ce cas elle imaginait assez qu’il n’y avait pas beaucoup d’attitude possible. Faire comme si tout cela était le fruit de son imagination. Passer son chemin parce qu’on ne tient pas à être mêlé à ça. Harceler la pauvre victime style groupie et dans ce cas elle imaginait assez bien lui coller son poing si son regard assassin ne suffisait pas. Ou bien se dire qu’on pouvait trouver pas mal d’intérêt à se pencher sur ce cas, d’un point de vue scientifique ou pécuniaire et là les choses pouvaient assez vite devenir malsaines voire dangereuses.

« Ce qui me plairait assez, sans maîtriser ça, genre je me téléporte où je veux quand je veux… »

L’idée était assez séduisante mais comme le faisait remarquer le barbu à l’eau gazeuse, cela semblait pour le moment hors de portée. Chaque chose en son temps donc et pouvoir résister à ce phénomène pouvait déjà être un premier pas…

« …ce serait ne pas se laisser déménager comme ça. L’éviter, le voir venir… Eventuellement si on arrivait à déterminer des circonstances communes, on pourrait envisager le contrer… »

C’était assez ambitieux déjà de viser à creuser une part de ce mystère, mais elle n’avait pas envie de se laisser manipuler sans broncher, que ce soit par une aberration des lois de la physique ou des expériences dont elle serait un cobaye involontaire. Si un pan venait à s’éclaircir, elle était persuadée, ou tout du moins elle s’était persuadée, que le reste du mystère serait assez vite résolu. En plus, assez vite elle avait réalisé que statistiquement, elle avait bien plus de chance de tomber en milieu hostile, et elle avait pu le vérifier, que de tomber au milieu d’une suite cinq étoiles attendue par une armée de grooms n’attendant que de satisfaire ses désirs.

Elle s’accouda sur ses genoux, le menton posé sur ses doigts croisés.

« Si tu as envie de travailler sur ce putain de mystère, on peut… »

Elle hésita, pas très sûre que la proposition avortée soit une bonne idée.

« Après, on n’est pas obligé de se faire confiance et je pourrais comprendre… Et puis tu as peut être besoin de réfléchir à tout ça. »

Elle se demandait bien pourquoi elle tergiversait tant après avoir tout fait pour provoquer cette conversation. Tout ce qui lui était possible, même s’il avait fallu la réaction d’humeur de celui qui était encore à ses yeux un américain. Sans doute sa méfiance qui n’était pas que naturelle. Après tout, elle ne savait pas grand-chose de lui et de son point de vue, elle avait assez donné de gage de sa volonté d’en apprendre plus. De toute façon, l’autre avait sans doute compris qu’elle était ouverte à tout ce qui pouvait permettre de faire avancer ses recherches si lui aussi avait vraiment l’intention d’en savoir plus. Il pouvait se méfier autant qu’elle et il y avait sans doute besoin de meilleurs gage et de temps aussi pour qu’ils puissent aller plus loin. Tout dépendrait de ce que Thomas allait apporter en contrepartie. Elle s’autorisa cependant à conclure provisoirement

« En tout cas, moi ça me fait flipper. »
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MessageSujet: Re: La maison du lac   Sam 16 Sep - 8:35

Il est vrai qu’avec l’évolution de la technologie et l’avènement d’internet, les notions de maîtrise et de compréhension ont tendance à se confondre. Il n’y a qu’à voir les nombreux curriculum que Thomas et ses collègues reçoivent. Le savoir n’y est plus vraiment représenté, on ne parle plus que de compétences, auto-évaluées sur une échelle allant souvent de une à cinq étoiles. Mais on pourrait tout aussi bien parler de maîtrise allant de un à dix schtroumpfs ou encore de un à quatre stickers colorés. Le pire restant les barres de progression en pourcentage. Ca ne veut vraiment plus rien dire, et la maîtrise prévaut souvent sur la compréhension. Qu’importe, là n’est pas vraiment le sujet.

Thomas penche légèrement la tête vers la gauche, un peu dépité, quand Mona reformule sa question en substituant la maîtrise par la compréhension. Cette attention  sans grande conviction n’a probablement pour seul objectif de satisfaire ce relou d’étranger. Qu’importe, il lui laisse le choix de sa limite sens et sémantique. A vrai dire la suite le fait autant rire qu’elle le déçoit profondément. Bien qu’ils ne se connaissent pas suffisamment, Thomas détecte bien le sérieux dont-elle fait preuve lorsqu’elle affirme plus fortement encore qu’elle n’a aucun lien avec un quelconque complot gouvernemental. Il s’en doutait … Si seulement elle savait, que lui, en avait des liens avec des agents gouvernementaux, sa réponse aurait peut-être été différente. Ou pas, probablement pas d’ailleurs. Le jeune homme préfère laisser ces détails de côté, son interlocutrice lui semble plus ou moins friande de théorie du complot qu’il vaudrait mieux éviter d’alimenter.
Le fait est, qu’elle n’a « rien de concret » et c’est très ennuyeux. A son échelle personnelle, Thomas n’a pas longuement expérimenté ce transport. Et il n’est vraiment pas certain de vouloir ou non multiplier les expériences, toutefois il a pleinement conscience qu’il faudra réitérer l’expérience pour la comprendre pleinement, et pas qu’une seule fois. Disons même qu’il faudrait que le « sort » - appelons-le comme ça pour l’instant - juge bon de la réitérer. De toute façon, ce n’est pas vraiment une question de choix.

Il y aurait déjà matière à répondre. Toutefois, Thomas juge préférable de profiter de ses petites bulles en écoutant tout ce que la demoiselle veut bien lui livrer, sans l'interrompre. Sans revenir sur un éternel débat, éviter c’est plus ou moins une forme de contrôle, et encore une fois, la stratégie de l’évitement fait nécessairement suite à l’anticipation … et sans avoir l’air lourd, Thomas ajouterait bien qu’un chouia de compréhension précède même cette capacité à anticiper. Mais là encore, il fait le choix de ne pas l’interrompre. Et il fait bien, puisque la suite l’intéresse bien plus. Mona semble converger vers un sujet d’intérêt qui est aussi le sien : les circonstances. Un petit groupe de jeunes tout aussi brillants que novices sont d’ailleurs en train de bûcher sur le sujet sans même le savoir. Le management par la tâche … that’s rude, dude. Pour l’instant, Thomas n’a aucunement l’intention de contrer quoique ce soit. Il n’en a pas le pouvoir, mais plus encore, ce n’est pas dans son intérêt. Il faut bien des évènements pour échafauder un début de théorie.
Il s’arrête subitement en pleine gorgée lorsque son associable et un poil antipathique interlocutrice introduit un « on » subtile et avorté. Dit donc, sans en avoir l’air, c’est qu’elle démontre un peu d’intérêt. D’accord ce n’est pas grand chose, mais de ce que Thomas a pu en voir, pour Mona c’est déjà beaucoup. « Bien, bien, bien … » pense-t-il. « Voilà qui est intéressant. » tout en prêtant une oreille distraite à la suite, il tente de se remémorer les circonstances de leur rencontre sans grand succès. Thomas n’est pas vraiment un calculateur mais plutôt observateur, ouvrir une brèche ce n’est jamais sans incidence.

« Ca a de quoi faire flipper, comme tu dis. Pour être parfaitement honnête, je n’ai pas des dizaines de voyages pour affirmer quoique ce soit, mais de mon expérience, et aussi surprenant que cela puisse paraître, ces déplacements n’ont pas vocation à tuer. En tout cas pas dans l’immédiat, visiblement. Sinon, on aurait bien plus de cas de mort subite dans des volcans, de cadavres calcinés sur des lignes hautes tensions … ou bien d’exposition à des souches hautement pathogènes. » Non pas d'éléments de complots. Il se reprend … « Attention … Qui n’existent pas, bien évidemment. »

Il conclut sur un geste de la main très caractéristique, qui -pour qui sait l’interpréter- est censé clore un sujet.

C’est vrai. Et cette première information pourrait bien avoir des implications importantes. On pourrait tout d’abord suggérer que ce phénomène n’est pas parfaitement aléatoire, sans quoi ces incidents seraient bien plus fréquents. La Terre est loin d’être une contrée sûre dans l’Univers. Et dans le prolongement de cette hypothèse, on pourrait bien envisager une sorte de main invisible pour réguler le marché des téléportations. Bien sûr tout cela n’est qu’une hypothèse, et Thomas n’a pas l’expérience nécessaire pour l’affirmer. Il se garde donc dans parler. Ceci dit, bien qu’effrayant pour les libertés individuelles, il y a un côté fascinant pour le jeune homme. En effet, ce « complot » supposerait que, sur Terre, un individu ou un groupe d’individus aurait trouvé la solution à cet élément de science-fiction qui pourrait bien révolutionner la vie telle qu’on la connaît. On est bien loin de la téléportation révolutionnaire de l’état électronique d’un photon …
Thomas se perd un peu dans ses pensées, mais ce début de « on » honteusement tronqué le rappelle à des considérations plus immédiate. A un poil de vulgarité en moins et un peu plus de bonne volonté, la phrase de Mona aurait pu atteindre la sonorité d’une proposition. Mais elle est vite abandonnée au profit du thème constant de la confiance depuis leur rencontre. A vrai dire, elle avait bien de quoi s’inquiéter, il ne lui faisait pas vraiment confiance, et jusqu’à ce moment précis, Mona ne lui avait pas vraiment donné de raisons de lui vouer tous les saints -auxquels il ne croit pas.

Malgré cette opposition, il lui prête un sourire taquin en stoppant son verre dans sa course. Taquin et un poil rieur quand elle achève de lui servir tout ce qu’elle souhaiterait faire par une boutade sur la trouille qui l’anime. Un sacré cahier des charges, l’ambition c’est une bonne chose, développer un début de projet c’est encore mieux.

« Humm … » commence-t-il, plus ou moins -faussement- songeur. « Si tu le veux bien, pour l’instant, tu peux d’ores-et-déjà évacuer l’idée de contrer le phénomène. Tout du moins, avant d’avoir mis le doigt sur sa source ou bien sur son fonctionnement, ce qui nous ramène à la préséance de la compréhension sur la maîtrise. Oui, pour compter il n’est pas nécessaire de comprendre autre chose que l’ordre dans lesquels les nombres s’agencent. Mais là, c’est à un plus gros bout que tu t’attaques, Mona. Quand à saisir les circonstances communes, pour l’instant je n’en ai pas vraiment trouvé de communes, mais je manque un peu d’expérience. Toutefois, on peut vite déterminer que au choix : Un, » dit-il en levant le pouce. « ces téléportations interviennent discrètement. Deux, » c’est au tour de son index de jouer à ce petit jeu, appuyé par celui de son autre main. « nous ne sommes qu’un très maigre échantillon d’individus à subir ce phénomène. J’ai déjà la confirmation que je ne suis pas le seul, et statistiquement, je doute que nous ne soyons que deux. Et finalement, trois, quelqu’un, quelque chose, ou bien l’aveuglement commun, se charge de masquer nos petites activitées. Comment j’en viens à cette conclusion ? Si l’un de ces trois points ne se vérifie pas, nous devrions être noyés sous les rapports plus ou moins sérieux relatant ces phénomènes … Non ? Et je te vois venir, pas besoin de deep web ou de quelconque autres strates plus ou moins utiles du web … les réseaux sociaux suffisent amplement. » Il s’arrête une bonne dizaine de seconde. « Oui, bien sûr, les réseaux sociaux ça se purge, mais il reste toujours des traces. »

Il pourrait bien se charger de surveiller ce genre d’ingérences, de suppressions ou de mouvement de données plus ou moins subtiles. Toutefois, ça demanderait un investissement et des ressources, dont-il peut disposer, mais dont-il lui faudrait justifier l’usage pour éviter d’ébruiter ses intentions. Si le challenge le laisse pantois, les risques le laisse encore bien plus songeur. Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ?
Et puis, il y avait bien une dernière hypothèse (dernière, pour l’instant). Quatre, ce n’est que le début, et la phase virale interviendrait dans quelques semaines ou mois.

Il évacue toutes ces nouvelles hypothèses d’un revers de la main et sort son portable pour vérifier l’heure. Magie de la technologie moderne, l’horloge c’est déjà calibrée sur l’heure locale … Il l’agite en l’air comme s’il contenait la solution à tout leur problème.

« Pour être honnête, notre petit jeu est bien simple à détecter et je pense que ces anomalies ne tarderont pas à grimper dans les échelons, surtout si elles s’intensifient. En une semaine et avec une petite équipe, je pourrait rapidement cartographier bon nombre d’informations, ce qui serait parfaitement illégal à l’échelle individuelle, en plus de demander des moyens importants … enfin le côté éthique est quand même le plus important, les moyens ça se trouvent … »

… légalement, ou pas.
La fatigue commence à se faire sentir, et Thomas manifestement son intérêt fuyant dans long bâillement et d’un étirement prolongé. Il n’avait pas vraiment l’intention de développer des solutions concrètes pour l’instant. Il cherchait plutôt à lui démontrer la complexité de son cahier des charge. C’est bien trop pour une seule personne. Il faut bien un réseau, et de l'entraînement dans l’art de manager des équipes pour les faire travailler sur des sujets sans que chacune d’entre-elle ne comprenne réellement l’objet final.
Sa joue vient reposer lascivement dans le creux de sa main. Techniquement son réveil n’est pas si lointain, pourtant son esprit comme son regard sont fatigués, tant par les événements récents que par toutes ces réflexions tardives. La pluie y est probablement aussi pour quelque chose.  

« Bref. Je me pose quand même une petite question. Oui, non, parce qu’on refait gentiment le monde à base de théories fumeuses, mais concrètement … hormis théoriser et t’introduire illégalement dans des propriétés privées, tu fais quoi dans la vie ? » … passage à vide. Qui ne tente rien n’a rien, qu’il disait. « Yep, je suis curieux, on me le dit toujours. »
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La maison du lac

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