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 C'est pas du tourisme [Willie]

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Fiche : C'est qui Mona?
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MessageSujet: C'est pas du tourisme [Willie]   Mer 1 Mar - 22:58

Reykjavik, 6 avril 2017, 16h 43 heure locale.
Elle pianotait fébrilement sur son clavier. Elle était assez contente d’elle. Le travail avait bien avancé ces derniers jours et la compagnie gérait parfaitement les affaires en cours grâce à son travail préliminaire d’investigation. Ce matin elle n’avait pas eu de message, ni de convocation de la part de Ceyda Pehlivan, employeur qu’elle pouvait considérer comme un mécène. Son tuteur social lui avait dégoté un job inespéré dans sa boîte à sa majorité et les conditions de travail de la jeune femme ne pouvaient pas être meilleures. Eu égard à son inadaptation sociale décrite par les rapports des psychiatres de tout poil, elle n’était pas obligée de se présenter au bureau si elle n’avait pas de tâche spécifique à y accomplir, tâche spécifique comme répondre à une convocation de son patron pour un job particulier, justifier de notes de frais auprès de la comptable ou participer à des réunions de planification des actions, réunions pendant lesquelles elle n’ouvrait jamais la bouche. Elle passait donc volontiers sur le placard qui lui faisait office de bureau d’autant qu’elle travaillait souvent à domicile où son matériel restait terré, en tout cas celui dont le boss préférait sans doute ignorer l’existence. Le centre de son attirail était son Mc BookPro bourré de logiciels maisons en particulier en ce qui concernait la sécurité de ses propres données et de son activité connectée. De même la Capace league lui fournissait assez de serveurs pour égarer les recherches ou son traçage. Mais sa plus grande arme restait sa discrétion. Pas question d’ouvrir des portes sans les refermer derrière elle et sans vérifier qu’elle n’avait laissé de petites miettes sur son passage. Sa minutie maladive lui avait permis jusque-là de rester complètement anonyme.

Pour l’heure donc elle travaillait à ses propres recherches. Victime d’expériences inconcevables, elle s’était mise en tête de résoudre l’énigme de son transfert vers une petite ile il avait presqu’un mois de cela. Elle avait suffisamment pesté contre tous les contretemps qui l’avaient empêchée de se pencher plus sérieusement sur le problème. Il était temps de prendre le taureau par les cordes. C’était devenu, avec le dossier Haarde qui piétinait depuis des années maintenant, son dossier prioritaire. Le dossier Haarde gardait le haut de la pile et elle tentait de donner une autre envergure à ses recherches. La voie directe n’avait rien donné alors elle se préparait à tenter une voie par la bande. Le fer à souder et les montages électroniques qui attendaient patiemment d’être terminés pouvaient en attester à ceux qui entraient chez elle. C’est pourquoi personne ces derniers temps ne pénétrait son petit nid que personne ne qualifierait de douillet. De plus, tout ce qui avait trait à ses activités borderline était rempaqueté à la fin de chaque séance et reprenait leur place dans de petites caisses en plastique fermées.

Elle avait essayé de faire le tri entre les sites d’obédience ésotériques et les sites de nature plus scientifique. Elle devait bien l’avouer, du point de vue de la science, le sujet n’en était encore qu’à ses balbutiements et reléguait la possibilité de transférer quasi instantanément des personnes d’un point à un autre aux seules croyances. Elle ne pouvait que soutenir cette position et pourtant. Outre son instruction personnelles sur cet aléa de physique quantique, elle piétinait devait bien se résoudre à consulter le fatras de sites paranoïaques qui proclamaient que jamais les américains n’étaient allés sur la lune, mais que par contre ils avaient eux-mêmes mené l’attaque de Pearl Harbor pour justifier l’entrée en guerre contre les japonais. Grande adepte du rationnel, elle ne pouvait s’empêcher de soupirer et de se demander pourquoi elle en était arrivée à tomber si bas.

En fait il n’y avait que son apparence qui ne suivait pas la méticulosité de Mona. Oh ! On ne pouvait pas la prendre en défaut d’hygiène ! Mais en revanche l’élégance n’était pas sa première qualité. Jean’s usés, c’est comme cela qui sont les plus confortables, et plus que souvent en accordéon autour des jambes. Marinière déformée par les lavages intempestifs et rangers à moitiés lacés qui trainaient pour l’heure dans l’entrée. Le tout surmonté de ses longs cheveux roux démêlés grossièrement tous les matins et qu’elle laissait lâches sur les épaules et le dos ou entortillait au sommet du crâne avec le premier objet qui lui tombait sous la main. Chez elle, se mettait à l’aise pieds nus voire complètement nue, mais les choses avaient un peu changé depuis une quinzaine de jours. Elle avait appris et s’était fait confirmer que sa petite mésaventure pourrait ne pas être un événement isolé et que la foudre pouvait tomber deux fois au même endroit, c’est dire sur elle. Elle avait donc composé un kit de survie pour parer au plus pressé en cas d’urgence. Cela lui avait pris un peu de temps car elle ne voulait pas non plus passer ses jours et ses nuits avec un sac de quinze kilos sur le dos. Elle avait donc fait des choix. Son téléphone dernière génération glissé dans un étui à son bras car joindre les régions civilisées pouvaient être utile, un Leatherman et un briquet dans une poche arrière de son pantalon, pour le feu et ce qui va avec, une couverture de survie repliée une nouvelle fois sur elle-même et maintenue ainsi par un ruban adhésif pour prendre moins de place dans l’autre poche arrière de son jean.  Ceci pour parer à toute éventualité lorsqu’elle était chez elle. Seule ombre au tableau et pas des moindres les chaussures. Elle s’était consolée en se disant qu’une couverture de survie pouvait avoir bien des usages. Elle ne parvenait pas à se résoudre à passer ses nuits avec ses rangers aux pieds ce qui vous l’avouerez est assez compréhensible. De même,  elle avait envisagé de fourrer tout cet attirail dans une petite ceinture porte-outil, qu’elle mettrait dès qu’elle rentrerait chez elle, mais elle n’avait pu supporter bien longtemps cet accoutrement et la ceinture gisait maintenant au fond de son placard à petit matériel. Elle avait doublé  cet équipement dans le petit sac à dos qui l’accompagnait constamment lorsqu’elle sortait de chez elle, avec en plus, une bouteille d’eau un flacon de désinfectant deux compresses et deux barres de céréales. Elle n’avait pas résolu le problème du sommeil car dormir sur des objets somme toute dur était trop inconfortable et elle s’était après quelque nuits de mauvais sommeil, persuadée que cela n’arriverait pas durant son sommeil, ce qui était complètement irrationnel dans la mesure où elle n’avait pas encore élucidé le comment et le pourquoi le phénomène se produisait.

Il était temps de s’occuper de M Haarde. Cela faisait trop longtemps qu’il jouissait d’une impunité insupportable pour le jeune femme. Tous les jeudis, elle se rendait à la maison de repos pour aller voir Galadriel qui se fanait lentement, le cerveau irrémédiablement abimé par les sévices que l’homme d’affaire lui avait imposé malgré les protestations de la fillette. Elle jeta donc son sac à dos sur l’épaule avant de refermer soigneusement sa porte pour prendre le bus qui la mènerait sur les hauteurs de la ville où sa mère était hospitalisée. La tempe appuyée contre la fraîcheur de la vitre, elle regardait sans le voir le paysage urbain défiler derrière les zébrures des flocons de neige. Comme une gravure sur un métal brossé. Elle se leva à l’approche de son arrêt et appuya sur le bouton rouge pour alerter le chauffeur sur sa descente. Le bus ralentit et les portes s’écartèrent dans un soupir de dragon. Elle descendit les deux degrés du marchepied et roula dans la pente.

Sans pouvoir réagir elle se sentit basculer dans une moiteur émeraude et rouler dans une végétation luxuriante. Sa tête tournait et elle sentait ses membres vouloir se séparer de son corps comme fatigués de suivre la même trajectoire que lui. Un obstacle barra le chemin à sa cage thoracique et lui vida les poumons en même temps qu’un éclair rouge finissait de lui obscurcir la vue puis tout s’arrêta.

Et puis lentement elle ramena tous les morceaux à elle en grimaçant. Qu’est-ce que ça allait être cette fois. Le dos enfin  appuyé contre le tronc qui avait stoppé ses roulé-boulé, elle écarta tant bien que mal ses cheveux pour constater qu’elle se trouvait dans une forêt plus que dense. Elle eut envie de croire que c’était un cauchemar que le hasard ne voulait pas le choisir deux fois pur ça, mais quelque chose au fond d’elle-même savait qu’elle ne se trouvait pas dans les serres tropicales affectionnées des Islandais et chauffées à la géothermie. Ses yeux émergèrent des broussailles fauves de ses cheveux emmêlés pour tomber sur un énorme coléoptère casqué qui montait sur sa cuisse. Sans réfléchir elle lui asséna une gifle qui fit voler l’insecte jusque dans les hautes fougères qui disputaient aux lianes, la chiche lumière que la canopée voulait bien laisser passer. D’un bond, elle fut sur ses pieds, tremblante. Elle était capable de se mesurer à n’importe qui sans faiblir, mais la bestiole avait eu raison de ses nerfs en une fraction de seconde. Elle s’épousseta de ses deux mains de la tête aux pieds comme pour faire tomber toutes créatures qui pouvaient avoir eu envie de l’escalader elles aussi. Elle respira à fond l’air chargé d’humidité pour se redonner contenance. La lumière verdâtre maintenait le sous-bois dans une demi-pénombre. Son cerveau essayait tant bien que mal de trier quelques priorités et elle se mit à se parler à elle-même pour se rassurer er se donner courage.

« Tu le savais et tu es prêtes donc tout va bien… Maman va t’attendre un peu et…
… et tu vas prévenir que tu auras un léger contre temps…  C’est ça, prévenir, on va prévenir et voilà… »


Elle se saisit de son smartphone, la peur au ventre de constater qu’il se soit cassé durant sa chute. Mais non, l’écran s’illumina et elle put taper son code et constata qu’elle n’avait pas le moindre réseau. Elle se rappuya contre l’arbre qu’elle n’avait toujours pas quitté, les bras ballants le téléphone inutile au bout des doigts. Elle fut saisie de vertige. A quoi bon se préparer si tout ce qu’on met en œuvre est réduit à l’échec ? Un sentiment d’injustice la saisit, incapable de planifier la moindre action supplémentaire, la tête vide. Combien de temps resta-t-elle comme cela, elle aurait été bien incapable de le dire. Un cri guttural qu’elle ne put identifier la fit sursauter.

« Qu’est-ce…
Je ne vais pas rester plantée là… Mais là… C’est où ? »


Elle fit glisser fébrilement les écrans du téléphone pour arriver au GPS.

« Tu vas au moins me dire où je suis… »

Une petite roue  grise s’anima pendant quelques secondes jusqu’à la faire douter d’avoir une réponse mais les coordonnées s’affichèrent enfin : 16°15'49.2"S 67°47'27.8"W. Elle se passa la main sur le visage pour chasser la détresse qui la saisissait aussi sûrement qu’un serpent constrictor étouffe sa proie.

« Amérique du sud ! Bolivie !...
11h heure locale !...»


Une carte du pays s’affichait goguenarde. Incrédule la première fois elle avait réagi de façon assez rationnelle, mais la répétition de l’effet Davis semblait lui ôter ses capacités de réactions.

« Fais quelque chose !... Bouge donc ! »

Elle finit enfin par pivoter sur elle-même  mais ne trouva rien qui pût lui servir de repère hormis la qui l’attirait ver le bas.

« Si je descends je trouverai un cour d’eau et les cours d’eau vont quelque part… »

Elle mit un premier pied devant puis un deuxième. Le pourcentage de la pente était vertigineux. Elle s’assit pour serrer et nouer ses lacets. Petit à petit ses fonctions motrices reprirent le dessus et elle progressa tant bien que mal dans la jungle qui sembla soudain moins dense qu’elle ne l’avait cru. Au bout de quelques minutes cependant, elle était en nage et ôta son bomber qu’elle fit passer tant bien que mal dans le rabat de son sac. Elle trébucha s’étala dans la pente et se relava comme relevée par un ressort à la pensée que d’autres bestioles hantaient  la végétation et l’humus tiède. So genou saignait l’hums n’était décidément uniformément réparti.

« Pas étonnant avec une telle pente. Pas de chemin ici !... Personne ! »

Elle s’arrêta net et zooma sur la carte et la position que lui indiquait les 5.5’’ de son écran maintenant maculé de terre. Elle tenta de l’essuyer sas grand succès y ajoutant du sang de sa jambe, mais trouva ce qu’elle cherchait. Un sourire vainqueur illumina son visage.

« Une route. J’ai trouvé une route ! Là juste en bas. »

C’était la première bonne nouvelle depuis qu’elle était descendue du bus et elle en conçut une nouvelle vigueur. Elle piétina durant encore deux heures, mais elle finit par apercevoir un changement de lumière devant elle puis une trouée dans la végétation  en contre bas. Elle se crut tirée d’affaire, mais la pente semblait vouloir faire obstacle à sa victoire et elle dut chercher un passage moins abrupt. Elle était obligée de se cramponner à la végétation et des coupures laceraient ses paumes et ses doigts. Mais enfin elle parvint à la route. Après ce qu’elle venait d’endurer une sente lui aurait semblé une autoroute. Cette trace coupait la montagne et ne mesurait pas plus de trois mètres de large et beaucoup moins la plupart du temps. Elle serpentait au-dessus d’un précipice et réalisa combien elle avait eu de la chance de pouvoir y parvenir par le haut sans chuter dans un ravin. Maintenant qu’elle pouvait voir le ciel, elle réalisait qu’elle était bel et bien dans la Cordillère des Andes.

« Comme si tu ne le savais pas ! Idiote ! »

Elle sentit soudain tout son corps de rappeler à son bon souvenir. Son côté droit était douloureux son genou chauffait et ses mains saignaient pas trop abondamment heureusement, mais elles lui cuisaient… Elle s’assit sur le bord côté vide, laissant pendre ses jambes contre la paroi. Elle consulta son écran salvateur mais elle ne parvint pas à y trouver trace de civilisation sur la route. Elle se sentait épuisée et incapable de décider dans quelle direction la suivre. Elle sortit lentement une barre de céréale.

« Ne la mange pas en entier !... »

Elle en avala une bouchée et sortie le demi-litre d’eau.

« Économise-la !... »

Elle en but deux gorgées et la referma.
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MessageSujet: Re: C'est pas du tourisme [Willie]   Aujourd'hui à 1:17

Le calme plat s’est fait, dans l’appartement, alors que Willie ouvre péniblement les yeux. L’obscurité apparente n’est percée, ici et là, que par des lueurs artificielles et froides, qui se jettent par les fenêtres depuis quelques lampadaires lointain. Quelque part dans un coin, la veilleuse d’une télévision clignote, et jette ses couleurs rouges sur une autre silhouette endormie.
Willie a du mal à compter les convives, éparpillés dans la pénombre comme les corps d’un massacre particulièrement sanglant, et alors qu’il se redresse, il doit jouer de toute sa maigre concentration pour ne pas leur marcher dessus. Tous endormis du sommeil des fêtards, celui qui vous cueille et vous transforme en sac de ciment, que vous vous endormiez sur un tapis, contre un mur, ou sur une table basse remplie de verres en plastique vides, le reste des invités semble s’être organisé pour lui pourrir la vie. Ils se sont effondrés stratégiquement, entre le pouf du salon, sur lequel Willie avait échoué, et les providentielles toilettes, qu’il cherchait à atteindre pour soulager sa vessie.

« Féchier… »

Sa nuque lui fait un mal de chien, ainsi que ses reins. Alors qu’il slalome entre les corps, plus ou moins habilement – par chance la plupart sont trop anesthésiés par l’alcool pour réagir à son passage – il réalise que la soirée a eu raison de sa veste, de son sous pull, et de ses chaussures. Seul lui restent son caleçon, son binder et son jean, bien que ce dernier, à l’odeur, a du connaître un petit accident de tequila. A y regarder de plus près, d’ailleurs, il lui semble également que quelqu’un a écarté la bretelle de son haut – vu le peu qu’il y avait à écraser, le binder qu’il portait sur lui plus une allure de débardeur noir un peu moulant que d’un véritable vêtement de compression – pour écrire un numéro de téléphone au sharpie violet le long de sa clavicule. Il soupire profondément.

Qu’on se le dise : c’est la dernière fois qu’il se laisse jouer les boy toys dans un enterrement de vie de jeune fille. Peu importe que l’appartement ait l’air confortable, et que l’alcool soit gratuit. Même le petit coup de boost à sa virilité ne valait pas la gueule de bois qu’il était en train de se préparer pour le lendemain matin. Il ne l’avait pas aperçu, dans sa traversée, mais il ne se fait aucun doute sur le fait que Tim serait probablement de son avis. La dernière fois qu’il l’avait aperçu, un trio de blondes se servaient de son ventre pour faire des body shots.

Pour couronner le tout, et alors qu’il parvient enfin au bout du couloir, le jeune Innu réalise avec un grognement de désespoir que les toilettes son fermées de l’intérieur. Il toque à la porte, plusieurs fois, mais n’obtient pour toute réponse, alors qu’il colle son oreille au bois, qu’un ronflement particulièrement sonore.

Tout ça était particulièrement splendide.

Avisant, sur sa droite, la porte du balcon, Willie sent germer, dans son esprit, une idée comme seuls les gens perdus quelque part entre le sommeil et l’ébriété peuvent se permettre d’avoir. Un sourire satisfait au bord des lèvres, il pousse la porte vitrée, prêt à pisser sans vergogne par-dessus la rambarde du septième étage. A cette heure, il avait vraiment peu de chance de faire du mal à qui que ce soit, pas vrai ? Les rues de Boston doivent être désertes, et personne n’arrose ses bégonias au balcon à quatre heures du matin.

Les bégonias, eux, n’auraient personne à qui se plaindre.

Gratifiant la lune descendante d’un bâillement particulièrement désinvolte, Willie s’occupe à défaire la fermeture éclair de son jean, et vérifie que tout est bien rester en place à l’intérieur. Perdre ses chaussures était une chose, mais perdre son packer, ça, c’était tout de même un autre problème. C’est que ça coûtait cher, ces choses-là. C’était un peu plus sophistiqué qu’un pisse-debout, et ça n’était pas facile à dénicher, à moins de les commander sur le net. En plus, celui-là, Willie y était tout particulièrement attaché.

Il l’avait appelé Steve.

Un sourire idiot au bord des lèvres, Willie empoigne donc Steve, et se penchant contre les barreaux de la rambarde, tente de repérer un pot de bégonias à viser. Son équilibre n’est pas le plus grandiose, mais en s’appuyant contre la rembarde, en avant, il parvient à stabiliser à peu près ses actions. Ce qui est, disons-le, une très bonne nouvelle.

Se pisser sur les chaussures, quand on n’a pas de chaussures, ça n’a rien de plaisant.


« Mmmmh-hmmm… »

Il ferme les yeux, un court instant, cherchant dans sa poche de jean quoi essuyer le matériel, quand un vertige violent vient le saisir au ventre. Il titube, déséquilibré, et devant lui c’est comme si la rambarde venait de disparaître, le laissant appuyé contre du vide. Comme électrocuté par la soudaine et très irrationnelle panique d’être sur le point de faire une chute potentielle de sept étages, le jeune Innu rouvre brusquement ses paupières, et alors que la vue lui revient comme un torrent d’eau glacé en pleine figure, l’air lui manque.

Parce que devant lui, non seulement la rambarde a bel et bien disparu, mais les quelques étages du building et les rues de Boston en contrebas se sont métamorphosée en immense un plongeon végétal plongeant des centaines de mètres plus bas sur une vallée si profonde qu’on peinerait à la distinguer sous la masse dense de la végétation.

Un vertige violent le terrasse aussitôt, et l’intérieur de ses genoux se change en compote. Il tremble, de tout son long, tétanisé par la panique, et alors que ses jambes et son équilibre se dérobent sous lui, une étincelle d’adrénaline le jette à moitié en arrière, les bras pris de battements frénétiques. Ses pieds dérapent dans les gravats, soulevant d’immenses nuages de poussière, et ses mains ne trouvent derrière lui que de la caillasse et un semblant de bitume très abîmé sur lesquels s’écorcher dans leur quête de prise solide. Il se débat, contre l’étreinte déterminée du vide, comme un oisillon fuyant la gueule béante d’un chat, en battant de ses ailes blessées, et après une interminable minute de bataille à retenir son souffle, il finit par s’arracher à la gravité, et échoue sur le bord de la route.

« Oh shit… »

Sa voix n’est qu’un couinement. Recroquevillé sur lui-même, et tremblant comme une feuille, il lui faut un long moment avant daigner se remettre en mouvement, et même là chaque geste lui coûte si cher en énergie et en détermination, qu’il a l’impression de devoir crier à chacun de ses membres les instructions à exécuter.

Les bras, poussez ! Les jambes, arrêtes de trembloter ! Les yeux, regardez ! Séchez-moi ces larmes de panique ! Allez !

Mêmes ses poumons semblent dissidents. Alors que son regard retourne plonger dans l’absurde paysage, et son relief de montagnes avalées par la jungle, sorti d’il ne sait quel documentaire de National Geographics, sa poitrine se soulève en hoquets hasardeux, tantôt incapable de filtrer le moindre filet d’air, tantôt s’emballant dans une course poursuite à la limite de l’hyperventilation.

« Shit, shit, shiiit… Ha… »

Après plusieurs tentatives infructueuses, qui le renvoient les genoux en avant sur son petit tapis de bitume défoncé, et la fine pellicule de terre humide qui le recouvre, Willie finit par réussir à se remettre sur ses pieds. De ses mains sales et tremblantes, il fait un rapide état des lieux, constatant quelques écorchures, sur ses mains et ses chevilles, la disparition dramatique de Steve, dont il espère, dans un coin de son esprit, qu’il n’est pas tombé dans la bouche béante de la jungle en contrebas, et l’état plutôt déplorable de son jean.

Compte tenu de la situation, et si on occulte le – très absurdement difficile à occulter – changement de décor, les choses…

…pourraient…

…être pire… ?

Genre… Il pourrait être… tombé et mort. Ouais. Ha. Ça c’est… c’est déjà ça de pris. Pas vrai ?

Pas vrai… ?!


Willie déglutit bruyamment, les tempes vrombissant de pensées parasites, de panique et du reste de l’alcool qui, malgré toute l’adrénaline qui fourmille à l’intérieur de ses veines, se refuse à le quitter complètement. Sa tête lui semble au bord de l’implosion, et il la secoue doucement, levant une main pour la passer, tremblante, sur son front et ramener ses cheveux vers l’arrière.

Mais dans quel bordel, quel putain de bad trip de drogue de merde il avait bien pu aller se coller pour avoir… un trou noir pareil ? Une hallu aussi démente et réaliste ? Qu’est-ce que…

Est-ce qu’on l’avait enlevé pour prélever ses organes et abandonné dans la pampa… mexicaine ? Colombienne ?


Il erre, la tête pleine de problématiques toutes aussi absurdes qu’insolubles, pieds nus sur la route dégueulasse, et la tête comme une énorme cloche martelée par un carillonneur dément. Ça carillonne si fort, sous sa grosse caboche embrumée, qu’il manque presque d’entendre les bruits de klaxons que hurle un petit fourgon sale alors qu’il déboule à toute vitesse sur le sentier.
Lorsque le jeune Innu sursaute, dans un cri étranglé, avant de se précipiter sur le côté montagne de la route, c’est presque trop tard. Willie a juste le temps de se faire éblouir par un appel de phare épouvanté avant de s’écraser dans la boue. Il roule, emporté par son élan, avant d'échouer contre la paroi pleine de mousse, et c’est probablement ce qui lui sauve la vie. Ses vertèbres gémissent, sous le choc, ses coudes et son épaule hurlent au scandale, râclés sur le sol dans la misérable tentative de roulade héroïque, mais la camionnette continue son chemin, passant seulement à une cinquantaine de centimètre de sa carcasse.

« FUCKING SHIT ! »

Les larmes sont belles et bien dans ses yeux, à présent, alors qu’il se redresse, les bras enroulés autour de lui. Un genre de cascade, ou d’écoulement naturel d'eaux de pluies, lèche la pierre tout autour de lui, et ruisselle dans ses sillons avant de se rassembler en immense flaques sur le bord de la route. Si les vêtements du pauvre garçon étaient humides jusque-là, ils sont à présent irrémédiablement trempés. Leur propriétaire, lui, semble tenir sur le fil d'un rasoir entre la crise de nerf et la crise de larmes, respirant chaotiquement contre son petit refuge de pierre mouillée. Laissant aller l’arrière de sa tête contre une petite plaque de mousse, il resserre la prise de ses mains autour de ses épaules, remplit ses poumons d’air, et dans une tentative hasardeuse de laisser sortir toute l’émotion qui est en train de s’accumuler en lui, il se met à hurler à plein poumons.

« FUCK ! What the fuck ! » Les vannes ont été ouvertes, et à présent plus rien ne peut arrêter le flot d’insanités vaguement libératrices qui se déversent de ses poumons. Ses lèvres sont pleines de terres, et il crache à moitié, alors qu’il se presse contre la paroi, le jean à présent collé à sa peau par un mélange d’eau et de terre charriée. « Ostie de merde de tabarnak de shit fuck ! Ciboire de crisse ! MERDEUH ! »

Assuré qu’aucun autre véhicule ne va venir débouler dans le virage à la suite du précédent, le pauvre garçon consent lentement à se décoller de la paroi, le dos et les jambes trempées. Il patauge, dans une flaque glissante, à moitié aveuglé par ses propres cheveux, qui collent à ses joues et à son front dans un rideau qu’il peine à ordonner. Ses doigts sont pleins de boue, eux aussi, et chaque tentative qu’il fait pour nettoyer sa joue ou ses vêtements ne fait qu’empirer la situation.
S’il remettait la main sur le foutu propriétaire de ce foutu fourgon, il lui éclaterait les dents une par une.

En plus le connard n’avait même pas daigné ralentir, ou s’arrêter, pour venir vérifier qu’il n’avait pas renversé quelqu’un…

« OSTIE D’MAUDIT CHAR DE MERDE ! »
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