Forum roleplay (étrange/science-fiction)
 

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 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]

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MessageSujet: 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]   Mar 28 Fév - 21:25

2h13 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
L’atmosphère était saturée de sueur et de fumée dans le cave du neðanjarðar rokk félagið, petit club fréquenté par les fans de rock plus ou moins alternatif du centre de Reykjavik. Les tröll æpandi avaient remporté un franc succès cette nuit-là et jouaient les prolongations devant le pogo endiablé des rescapés de l’heure tardive et des quatre heures de concert. Dans cette cave à la ventilation insuffisante la chaleur et les miasmes de cette atmosphère moite se stockaient au plus haut de la voute d’où tombaient les gouttes de condensation, dont toute personne soucieuse de son hygiène préférait ignorer la nature. Quelques chiches néons reliés entre eux par d’élégantes goulottes de PVC à moitié détachées du plafond éclairaient l’arrières- salle, tandis que les jeux de lumière amateurs de la scène, commandés depuis la console du groupe au centre, envoyait ses éclairs sur les consommateurs et les fans en perdition du côté du bar.

Non loin de là, des banquettes crasseuses accueillaient un groupe de jeune adultes en parfaite harmonie avec l’endroit. Visiblement une complicité antédiluvienne semblait les lier leur faisant accepter les chahuts virils des hommes et le chambrage ironique des filles. Il y avait là 5 hommes et 3 filles qui avaient sorti pour la soirée leur tenue sombre et dépenaillée d’enfant des musique de la nuit, à moins que ce ne soit leur accoutrement usuel, qui pouvait bien le dire à cet heure où la chaleur de la cave avait semblait faire fondre les cuirs et les étoffes plus ou moins élimés sur les épaules les rendant presque solidaires les unes des autres ?

2h15 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
« Hé ! Mimi ! Où tu vas ? »

L’homme affalé sur la banquette, un demi de bière à ma main se tordait le cou pour suivre du regard une jolie fille de type asiatique qui venait de quitter ses genoux tandis que son voisin de siège lui tendait un mégot brunâtre. Coupés au carré, ses cheveux de geai  dialoguaient parfaitement avec le cuir de son perfecto. Une marinière moulante mettait en valeur se silhouette déliée. Un tour de cou de cuir dardait des clous vers l’imprudent qui s’en approcherait trop près. En balançant une chute de reins suggestive, elle se dirigea vers l’arrière du groupe vers une rouquine visiblement perdue dans ses pensées et à moitié assise sur un tabouret de bar. Les cheveux relevés à la hâtes et maintenus par le savoir-faire mystérieux d’une baguette emprunté à un service asiatique, elle arborait une mine sombre et boudeuse sous son teint blafard qu’aucun maquillage n’avait besoin de rehausser et un rouge à lèvre acajou qui venait encore l’exagérer. Un bomber anthracite élimé et trop large lui tombait sur le bas de l’épaule et laissait apparaitre un non moins large tee-shirt frappé du symbole de John Bonham. C’est tout juste si des rangers à moitié délacés touchaient le sol pour la maintenir en équilibre.

« Allez Mona, reste pas à l’écart !... »

La fille essaya de caresser la joue blême du revers de ses doigts vernis de noir, mais Mona se déroba en inclinant la tête sur le côté, le temps d’esquiver la tendre attaque.

« Qu’est-ce qui se passe ? »


Elle inclina le visage pour essayer de planter ses prunelles de charbonneuses dans celles de sa copine. Seul un silence butté lui répondit et les yeux vert d’eau semblèrent passer à travers la brunette.

« Qu’est-ce que t’es chiante quand t’es comme ça ! »

2h17 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
Mimi se détourna apparemment habituée aux humeurs de son amie. Il fait dire à la décharge de cette dernière que les derniers événements qui avaient traversé sa vie, ne manquait pas de la laisser pensive. Elle continua donc de fixer l’horizon, celui barré par la porte des toilettes, en bas de l’escalier qui remontait vers le troquet. Un trou, sans doute le résultat d’une rixe entre fans ivres, la perçait d’une forme animale mystérieuse qui retenait son regard. Elle se demandait si l’île avait cette forme, quelque chose en tout cas la lui rappelait.

2h19 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
Les secondes et les minutes harcelaient la rouquine de questions. La rencontre qu’elle avait vécue aux antipodes n’avait pas fini de la convaincre qu’elle l’avait vraiment vécue mais elle ne pouvait pas se réfugier derrière la possibilité d’avoir rêvé, mais cela contredisait tout ce qu’elle savait sur les possibilités de téléportation. Elle avait bien lu un article dans Sciences qui relatait une expérience de téléportation d’état de particule, mais l’application à des objets non quantiques n’était pas pour demain et si elle avait bien compris cela ne déplaçait de toute façon pas la matière. Côté science Nathan ne semblait pas une flèche et la seule chose rassurante résidait dans le fait qu’elle n’était pas la seule apparemment à subir ces impromptus de la vie et que l’avocat ne lui rappelait rien de sa vie, confirmant qu’elle n’avait pas rêvé. Elle n’avait pas encore réussi à savoir exactement où se trouvait cet îlot, enfin elle ne s’était pas encore mise sérieusement sur sa trace. Grace à ce dont elle se souvenait elle espérait bien resserrer le champ des possibilités. Malheureusement, elle avait passé les derniers temps à rattraper son retard vis-à-vis de son patron qui s’était montré étonnamment indulgent mais dans les yeux duquel elle avait lu une certaine déception lors de son retour en Islande. Elle ne pouvait décemment pas lui dire qu’elle avait été téléportée de l’autre côté de la terre, elle-même ne l’aurait pas cru !... En revanche, elle n’était pas très douée pour le mensonge et avait prétexté des examens médicaux, excuse qui avait allumé une lueur de tristesse dans le regard de Ceyda Pehlivan. Hors elle avait horreur de ne pas faire preuve de loyauté envers ceux qui lui témoignaient. Aussi avait-elle redoublé de productivité ces derniers jours ce qui ne lui avait laissé que peu de temps pour mener des recherches convaincantes. C’est à peine si elle avait trouvé mention d’un soi-disant effet Davis sur des sites plus ésotériques les unes que les autres.

2h23 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
Elle sursauta. Quelque chose ! Mais non ce n’était pas possible ! Elle regarda effarée autour d’elle, mais non, elle semblait la seule à avoir aperçu le corps se matérialiser derrière l’escalier. Le guitariste continuait un solo strident comme si de rien n’était, devant les fans éméchés, les piliers de bar le soutenait plus que jamais et ses compagnons de soirée poursuivaient leurs occupations, qui tirant sur le joint. Elle jeta un regard au barman qui le regard plongé dans son évier finissait une vaisselle douteuse de verres.

Elle rendit compte qu’elle était debout tendue comme un arc prête à se jeter sur l’apparition. Elle était curieuse d’observer la prise de contact avec le site d’atterrissage. La prise de contact de qui ? L’âme égarée était apparue dans un recoin sombre ce qui expliquait son anonymat momentané et Mona plissa les yeux pour essayer d’en voir plus. Femme sans aucun doute et ô surprise, sans doute plus petite qu’elle.

2h24 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
Déjà, la rouquine se sent tiraillée entre son envie d’en savoir plus _ elle ne conçoit pas de ne pas parvenir à résoudre le mystère de ces téléportations mystérieuses_ et son peu appétence pour le contact humain. Elle se sent comme un setter en arrêt devant un gibier, avant le tir de son maître.
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MessageSujet: Re: 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]   Ven 3 Mar - 23:54

C’est le début de l’automne en courant Mars, les températures descendent petit à petit pour passer sous les 20°C et les pluies sont de plus en plus fréquentes. Ce n’est pas la période qui m’enchante le plus, le ciel se fait plus gris, plus maussade, les couleurs plus fades, et ça arrive à atteindre ma joie qui pourtant est toujours d’aplomb. Mais s’il n’y avait que ça. Cela fait quasiment deux mois que je me suis téléportée à Philadelphie près de Nathan. Pour moi, rien ne s'est passé depuis. Je me demande si tout cela était vrai, je ne communique plus vraiment avec Yoko. Pourtant Nathan et moi avons gardé contact, il m’a fait savoir qu’il s’était téléporté successivement en Russie, en Corée, en Nouvelle Zélande en l’espace de deux mois. Et dans deux de ces déplacements, lui avait-il dit, deux personnes avaient été rapprochées inexplicablement. La dernière fois, et cela fait peut de temps, il était arrivé en Nouvelle Zélande sur l’île Campbell avec une islandaise, chose extraordinaire. Je m’en voulais d’ailleurs toujours d’avoir appris qu’il avait passé quelques jours là, seuls sur une île déserte, si je l’avais su je serais intervenu auprès des gardes côtes (après tout il faut bien qu’il y ait quelques avantages à travailler dans des réserves naturelles). Quoiqu’il en soit, tous ces phénomènes inexplicables me travaillaient depuis. Déjà, lors de ma téléportation chez Nathan, j’avais dû faire comprendre à mes différents employeurs que j’étais malade, clouée au lit et qu’il m’était impossible de venir. J’avais aussi dû dire à mes amis avec qui je passe le plus clair de mon temps que j’ai eu besoin de faire un break avec le monde entier et que j’avais disparu de la circulation. La chose n’avait pas été facile à vivre, pour eux comme pour moi. Et c’est pour dire, même Pasha, lors de mon retour, avait eu l’air de ne rien comprendre du tout à la situation. Quoiqu’il en soit, on ne peut pas retourner à sa vie normale et débarquer devant tous ceux que l’on connait pour dire : « Eh, vous savez quoi, je peux me téléporter et il n’y a pas que moi ! ». Tsss, de quoi passer pour une folle.

« Eh Atéa ! fini de rêvasser maintenant, on reprend les exercices. »

Assise sur un banc, les cheveux noirs attachés en queue de cheval, je lève doucement le menton vers Bubble, mon coach sportif, de son vrai prénom Hugh, qui me regarde avec des yeux sévères. Il a 38 ans, c’est un coach sportif qui me suit maintenant depuis longtemps. Et lui non plus n’a pas apprécié ma disparition. Et c’est à peu près envers lui que je m’en veux le plus, car je ne comprends rien à ce qui se passe dans ma vie, et la rigueur sportive à laquelle il me veut me contraindre -et à laquelle j’adhérais complètement- me pèse extrêmement ces derniers temps. Je lui souris, c’est un sourire un peu gauche, il le voit bien, et le soupir profond exhalé en dit long. L’air peiné, il s’assit près de moi. Habillée d’une combinaison bleue, juste au corps, et d’un short très court, tous deux imbibés de sueurs, j’ai peur de lui faire pitié, alors même qu’il est coach et qu’il voit ça toute la journée. Se massant méticuleusement les mains, il me lance un regard dur :
« - Ecoute Atéa, on en a déjà discuté, tu m’as dit que tu avais quelques soucis en ce moment. Mais ce n’est pas pour cela qu’il faut relâcher l’entraînement, et surtout ton alimentation et ton sommeil !
- Je sais coach, je sais... mon ton n’a pas l’air de le convaincre plus que cela.
-  Enfin... Tu dois te ressaisir, tu es aux portes de la ligue pro enfin, tu as un don pour ce que tu comptes faire. Ton rêve c’est bien rentrer aux J.O. de 2020, non ?
Je prends nerveusement et sans le vouloir une voix agacée, ce qui n’est pas du tout dans mes habitudes, le surmenage de la situation me perturbe beaucoup. Sous le stress et l’incompréhension, mes yeux se voilent doucement de minuscules larmes.
- Mais oui coach ! Je... C’est que je dois faire de l’ordre dans certaines choses ! Il m’arrive des événements compliqués en ce moment, et je dois prendre le temps d’y réfléchir tu comprends. Je te promets que ça va passer, je te promets que je vais me remettre au travail, remplir notre rêve d’aller au Japon en 2020 !
Un air à la fois contrarié et peiné lui barre le visage :
Bon... Hm, très bien, je vais te laisser un peu de temps si tu veux... Pour finir la séance, tu me referas une série de développé-couché et du gainage.
J’essaie de prendre le sourire le plus convainquant que j’ai en stock :
- Dac, je ferai ça.
- N’oublie pas tes étirements aussi, je ne suis pas là pour te surveiller pour finir mais ne les oublie pas, je sais que tu n’aimes pas ça, et tu sais très bien que tu vas morfler sinon.
- Oui... Promis.
- Tu as les clefs, tu pourras fermer la salle.  »
Il s’approche de moi et me fait une accolade. Son sourire a lui aussi est un peu gauche, je sens qu’il hésite, qu’il ne trouve plus en moi la pêche habituelle que je dégage. Prenant son sac sur le dos, il quitte la salle sans se retourner, et mes yeux le suivent machinalement, et restent même figés sur la porte close pendant une longue minute.
Secouant la tête, déterminée, je me lève près des barres pour m’atteler à mes développés-couchés. Je me positionne soigneusement et méthodiquement. Le tatouage marin dans mon dos qui descend jusqu’au bas de ma hanche droite tremble sous l’effet des tractions tandis que mon épaule gauche, dominée sur toute l’omoplate par un soleil maori en forme de koru, se stabilise et se tend avec brio pour maintenir l’effort.
Au bout de deux séries, une de plus que demandée, comme pour m’absoudre de mes absences et du peu d’entrain que j’avais sur le sport dernièrement, je m’attelle au gainage. J’ai envie de sauter dans la douche des vestiaires, mais je m’applique ensuite aux étirements de chacun de mes muscles minutieusement. Je m’avance alors vers les vestiaires, je referme la porte et m’adosse à elle. Les yeux fermés, je repense à la discussion avec Hugh il y a maintenant 30min. Je ne pouvais pas me permettre de le décevoir davantage, de me décevoir davantage.

Soudainement, un vertige me prend. Mon cerveau semble bouillonner sous le tiraillement de mes idées, comme si je n’arrivais plus à les contenir. Pour m’assurer de mon corps qui défaille, je me tente à avancer d’un pas, tendant sans comprendre les mains vers l’avant.
Une musique assourdissante vient me vriller les tympans. L’air frais du vestiaire s’embaume d’une odeur âcre et fumée, de bière et de sueur. Je mets du temps à comprendre ce qui se passe sous mes yeux, les carreaux blancs se sont transformés en agglos noirs. Je cligne des yeux, hébétée. Un élan au cœur, avec toutes ces odeurs dégoûtantes, me monte à la gorge. Mes jambes tremblent, et je peine à trouver mon équilibre. Mon corps vacille, hésitant entre la tétanisation et l’effondrement ; l’entraînement que je venais de suivre m’empêche de savoir ce qui est le mieux, mes muscles à froid se tendent, se crispent, se rompent, et frôlent le claquage aux quatre coins de mes membres. Je me plie inévitablement en deux, évitant de vomir à grand peine sous le choc. Alors c’était ça, une vraie téléportation ? Si j’avais su, j’aurais fait en sorte de dormir aussi, la première avait été bien moins pénible physiquement. Une pensée fugace s’envole vers Yoko et Nathan, ce n’est décidément pas une absurdité, je ne suis bel et bien pas en train de rêver, encore une fois...

Je tente vaillamment de respirer, mais l’air est lourd, pesant, et il me semble qu’il ne comporte rien qui ne soit de l’oxygène. Moi qui ne me permets quasiment jamais d’alcool ou de drogue, cet air vicié me monte à la tête et me fait vaciller. Par un regard circulaire et tout à fait vague, je réalise que je me trouve dans une espèce de bar, les néons au plafond sont flous, je distingue des silhouettes que je ne saurais décrire, qui se balancent dans tous les sens, en rythme avec la musique effrénée et tapageuse. La nausée frappe mon crâne à grand coup de pulsation sanguine. Je tends la main vers le mur le plus proche pour m’y appuyer. Je n’ai qu’une envie, m’effondrer pour de bon au sol. Mon être tout entier lutte pour rester debout. Mais l’endroit est tellement répugnant que je me demande sur quoi je vais tomber. Un pas vers l’autre, en suivant le mur, je reprends mes esprits, cherchant peut-être une fenêtre ou une porte qui ouvrirait vers un extérieur où je pourrais respirer. Ma peau, dans ma courte combinaison de sport, se fait moite au contacte de la fumée. Je ne sais pas où je suis tombée, je ne comprends aucunes des bribes de mots qui me parviennent. Je me colle au mur, espérant que personne ne me voit et j’espère trouver une porte au plus vite pour m’échapper de ce purgatoire.


Dernière édition par Atéa Whakaue le Jeu 8 Juin - 10:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]   Sam 4 Mar - 23:12

2h27 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
Le spectacle de la silhouette soudainement apparue devient comme une fascination pour la rouquine. Visiblement la fille est mal en point. Elle se dit qu’elle doit avoir de la chance. Elle ne s’est pas sentie aussi mal. En fait une fois la sensation de désorientation passée tout était redevenu normal en tout cas dans ses souvenirs et lle veut bien croire que d’une expérience à une autre les ressentis peuvent varier. En tout cas elle se félicite d’être apparue dans le néant ou presque. La brunette ne semble pas au mieux et les regards qui se poseront sur elle pourraient facilement la classer parmi les junkies ou les pochtrons de la soirée. Mais chacun ici est dans un état proche de l’Ohio et personne ne semble devoir se soucier de l’apparition. La rouquine préfère alors garder sa posture d’observatrice. Elle se rassied sans quitter des yeux la malheureuse. Elle ne sait vraiment pas si elle a envie de lier connaissance avec une nouvelle victime de l’effet Davis. Toute cette histoire la met dans des états contrastés. De temps en temps elle se dit qu’elle n’a rien vécu de tout cela mais l’autosuggestion ne fonctionne pas avec elle. Si elle admettait qu’elle ne l’a pas vécu d’autres pans de ses souvenirs pourtant vérifiables tomberaient et bien qu’elle soit spéciale comme disent beaucoup, elle ne veut pas perdre la raison. Il est donc indispensable qu’elle tire cette histoire au clair et là se présente quelqu’un qui pourrait l’y aider. Peut-être en sait-elle plus que Nathan.

Non loin d’elle, Hans se redresse tant bien que a en se grattant l’entre-jambe éructe non sans provoquer les mines écœurées des filles autour qui en ont pourtant vu d’autres… Puis il se lève et annonce d’une voix pâteuse et un peu salace :

« Je vais changer l’eau des poissons… »


Il se penche pour poser sa pinte et plonge vers la table. Une des filles, le rattrape par la ceinture sans même qu’il ne s’en rende compte et il se dirige en titubant vers les toilettes. Il repousse Mimi qui tente de l’accompagner.

« Je suis assez grand pour y aller seul….

J’en tiens une bonne moi… »


2h31 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
Mimi rebrousse chemin en haussant les épaules. Il n’a qu’à se débrouiller tout seul. Elle avise son petit sac à dos de cuir noir qui a été fouillé à l’entrée et s’en saisit avec détachement.

« Bon allez, j’me casse. Ça devient glauque ici…
Mona ?...»


Mais Mona n’est plus sur son tabouret. Hans lui a forcé la main. En arrivant près de la porte des toilettes, il aurait pu passer son chemin sans rien voir comme son état aurait pu le laisser supposer, mais son regard s’est posé sur la petite en juste au corps. Elle est petite mais bien golée. Il esquisse un pas vers elle, une main en avant quand cette conne de Mona s’interpose.

« Ah ! Te voilà toi ! (Agh! Tye hér, þú!) »

Elle saisit la fille par les épaules.
« Tu as vu l’heure ?( Þú sást áðan?) »

Hans regarde les deux filles d’un air ébahi tandis qu’elles commencent l’ascension de l’escalier en colimaçon qui ne va sans doute pas aider la brunette à reprendre son équilibre. Mona n’a pas l’habitude des contacts si rapprochés, mais c’est la seule chose qui lui est passé par la tête pour venir en aide à la téléportée. Et puis Mimi est sans doute sur leurs talons et elle n’a pas envie de devoir faire les présentations ou expliquer les deniers événements. Heureusement son intervention a laissé son amie pantoise à côté de l’ivrogne qui en a oublié les bols de faïence qui devaient le soulager.

« Tu connais cette fille ?
_ Non. Jamais vue !
_ C’est p’être pour ça qu’elle avait l’air bizarre si elle l’attendait…  Mona ! Oh ! Dégage Hans !»


Elle a énergiquement repoussé la main entreprenante du grand blond bardu.

« Va cuver ! J’me casse ! »

De leur côté, les deux filles ont déjà disparu en haut des marches. La rousse se demande quand l’autre va se débattre en se demandant ce qui lui arrive et elle a senti qu’elle était assez musclée pour se défendre. Elle s’attend au pire et essaie de prendre les devants en misant sur le fait qu’elle n’est pas Islandaise.

« Do you speak Icelandic ? (parles-tu islandais ?) I’m Mona and I’m gonna help you. (Je suis Mona et je vais t’aider) »

Elles sont dans la salle du haut sui donne sur la rue. Si elles sortent Mimi les rattrapera et elle ne le veut à aucun prix. Sure le mur opposé au comptoir, une porte indique « Privé ». Pas le temps de réfléchir, elle l’ouvre et pousse la brunette derrière et referme vivement la porte en ménageant une fente pour observer la salle et surtout Mimi qui devrait émerger. En effet, la voici jetant un regard circulaire aux tables et au comptoir avant de se précipiter dans la rue. Elle se retourne pour voir dans quel état est la nouvelle venue tout en mettant un doigt évocateur sur sa propre bouche. Elle peut maintenant la détailler à loisir. Une sportive à n’en pas douter. La peau encore luisante de ses efforts, les muscles bien dessinés et le juste au corps dont elle ne parvient pas à identifier la discipline. Sortir dans cette tenue ne va pas être une mince affaire !

2h35 heure locale, 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O
Déjà Mona essaie de mettre sur pied un plan capable de les faire sortir d’ici sans se faire ramasser par une patrouille pour tenue inconvenante. Avec un peu de chance, arguer une fête pourrait passer, mais il suffirait qu’elles tombent sur des zélés pour passer la nuit au poste… Et puis la brunette_ elle sent que le surnom va lui rester _ ne va pas avoir chaud si elle ne se couvre pas mieux. Et puis elles n’allaient pas pouvoir squatter bien longtemps. Elle regarda autour d’elle l’antichambre qui faisait la transition entre le bar et la demeure du tenancier. Des bruits venaient des pièces distantes. Elles ne devaient pas s’attarder… Elle ôta son blouson le tendit à la fille avant de jeter un coup d’œil par l’ouverture étroite de la porte. La voie semblait libre.
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MessageSujet: Re: 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]   Sam 22 Avr - 18:55

Je regrette amèrement l’entraînement intense que je venais de faire. Malgré les étirements pour une fois dignement réalisés, mon corps est faible et j’ai du mal à reprendre mes esprits ainsi qu’à me repérer. Mes ischio-jambiers, comme à leur habitude, me taraudent le long de mes cuisses. Je n’ose pas marcher davantage. Alors c’est ça, une téléportation ? Nathan après coup ne m’avait pas parlé d’un pareil effet. Ma fatigue extrême est-t-elle aussi due à mon entraînement et à ce déplacement ? Je crains de mettre une jambe l’une devant l’autre. Je ne bouge plus.

Mon regard se fixe plus ou moins où il peut, mon cerveau commence enfin à se poser des questions sur le lieu où j’ai pu atterrir. Ce lieu est morbide, au fin fond d’un bar qui ne m’inspire rien d’accueillant. Non pas que la musique me déplaise, mais ce n’est sans doute pas le bon moment pour moi lorsqu’on essaie démerger d’un pareil choc spatial. Cet endroit pouvait être n’importe où sur la planète, et rien ne me rappelait quelque chose ! Je réalise que je suis toujours (heureusement) habillée de mon juste au corps bleu d’entraînement. Effectivement, j’ai tout pour être remarquée rapidement. Mon regard brinquebalant s’arrête alors sur un homme qui s’avance dangereusement vers moi, les yeux globuleux et avides, aussi imbibés d’alcool qu’un bocal à poisson d’eau. Ces pupilles dilatées ne me plaisent pas le moins du monde, et c’est sans en avoir conscience que j’arme mon poing pour le recevoir d’une bonne droite.

Quand, alors que je m’y attends le moins du monde, quelqu’un m’interpelle puis me saisit par les épaules. Le choc est loin d’être rude, même plutôt prévenant, mais le contact me dresse l’échine comme un chat que l’on vient déranger au moment le plus important (ou apathique) de sa vie. De manière instinctive, je tourne ma tête perdue vers celle qui m’a saisi. Dans le coin sombre où l’on se trouve, je ne discerne que peu les traits de son visage, sa peau semble pâle, ses lignes fines, une baguette maintient un chignon négligé parmi des cheveux fauves, et son rouge à lèvres plutôt criard vient trancher avec sa peau blanche. Je me remémore alors ce qu’elle m’a dit, les mots se bloquent dans mes méninges, jusqu’à réaliser que je n’en ai pas compris un traître mot. Je ne connais pas cette langue. Je me sens hébétée près d’elle, et je reste passive. Qu’est ce qu’elle veut de moi ? En tout cas son attitude semble bien moins hostile et concupiscente que celle de l’autre gars que je regrette déjà de n’avoir pas pu frapper. Peut-être qu’une petite rixe m’aurait retirée de ma torpeur de poisson torpille, même si mes muscles auraient salement morflés.

La rousse me hisse tant bien que mal en haut d’escaliers. Par dépit je me laisse faire, ou du moins j’essaie de suivre la cadence. Alors que je tente d’appréhender où nous sommes arriver, et qu’elle me soutient encore, elle me demande si je parle Islandais. Machinalement, ma tête fait signe que non, je ne comprends effectivement pas l’islandais. Ah. C’est donc là que j’ai atterri, à quasiment l’autre bout du monde ? Sur le coup je ne sais pas vraiment quoi lui répondre. Pourquoi s’empresser d’aider quelqu’un de pommé ? Est-ce un élan d’altruisme inné chez cette personne ? Ou bien ai-je vraiment l’air en danger ou bien ayant ostensiblement besoin d’aide ?

Je m’apprête à lui répondre enfin, lorsque la rousse me pousse dans un vestibule exiguë, comme pour me cacher du monde. Je sais que je ne suis absolument pas à ma place ici, mais pourquoi me cacher de tous ? Je ne suis pas une terroriste tout de même, et visiblement sous mon juste au corps de sport je ne cache rien d’autre que mon simple appareil ! Elle me fait signe de me taire, je laisse un peu de temps pour se faire, même si effectivement, j’entends du bruit d’arrière nous dans ce qui semble être un endroit de vie. Elle me tend son blouson, et c’est à ce moment là que je m’aperçois qu’il ne fait pas chaud, surtout dans mon accoutrement. Sans cérémonie, je la déleste et essaie de l’enfiler. Il est un peu petit pour ma carrure d’épaule, je le mets très précautionneusement pour ne pas le déchirer de quelques manières que ce soient. Néanmoins, proche de Mona, je murmure ces mots, un peu intimidé par cette aide à la fois inespérée et étrange, on n’a pas à jouer aux espions non plus :

« - Je, hm, ne parle pas islandais du tout. Et mais euh... Merci ? Je, hm, m’appelle Atéa... »

Un gros doute subsiste dans ma tête : je ne sais absolument pas pourquoi elle veut m’aider, et si elle sait quoique ce soit à propos de l’effet Davis et des téléportations... Alors je préfère faire un peu comme si de rien n’était, je ne veux pas faire peur à qui que ce soit, et la laisser développer elle-même ses intentions, si elle sait, elle me le dira peut-être, si elle ne le sait pas, autant ne rien dire dans ce sens, à moins que ce soit une hurluberlue. Pour en avoir le cœur net, j’ose demander, tout en regardant dans la même fente de porte :

« - Excusez-moi, mais... Vous vous cachez de quelqu’un ? »
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MessageSujet: Re: 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]   Mer 26 Avr - 18:05

Cette fille allait rapidement prendre froid et, ce qui n’allait pas simplifier les choses, se faire remarquer par les noctambules et les forces de l’ordre si jamais elles croisaient une patrouille dans les rues. La criminalité avait beau ne pas être bien élevée en Islande et la maréchaussée bien peu agressive en conséquence, ramasser les personnes au comportement dérogeant à la bien séance faisait encore partie de ses attribution et donnait lieu régulièrement pour certains à des petits stages dans les cellules de dégrisement des postes de police.
D’un côté, malgré le manteau de la rouquine le simple justaucorps de sport de la nénette n’allait pas être très efficace pour lutter contre le climat Islandais qui malgré l’arrivée du printemps se situait toujours au nord du cercle polaire. D’ailleurs Mona elle-même commençait à grelotter de froid. Elle pensa à sa première expérience sur  l’île Campbell et le froid qui l’avait transie très vite et a manteau secourable d’un avocat américain. Les rôles semblaient devoir s’inverser aujourd’hui. L’avantage qu’elle avait eu à l’époque était de pouvoir se trimbaler en petite tenue parmi les albatros et les lions de mer sans risquer d’être accusée d’atteinte à la pudeur, ce qui ne serait sans doute pas aussi aisé que cela pour cette fille dont elle ignorait encore tout si ce n’était qu’il lui était arrivé la même chose qu’à elle, en tout cas c’était ce que les apparences tendaient à laisser croire.

Quoi qu’il en soit, elle se devait de trouver un moyen pour ne pas se faire embarquer par la police et éviter d’attraper une cochonnerie qui les clouerait au lit pendant une semaine. Elle n’avait pas beaucoup  le choix. Elle n’avait que très peu de points de chute pour se mettre à l’abri. Chez elle, au club de sport, ou enfin chez Mimi. Pas la peine de penser à Hans, après ce qui venait de se passer dans la cave quelques minutes auparavant. En plus ce dernier était de plus en plus lourd avec elle et Mona se tenait en ce moment à bonne distance de lui. Leurs intermèdes de baise se tintaient d’autre chose qui ne convenait pas à la rouquine. Le genre de possession, d’impression d’appartenir à quelqu’un de devoir rendre des comptes, elle détestait ça et cette relation commençait à lui peser. Si elle pouvait éviter d’emmener la téléportée chez elle, ça lui conviendrait assez. C’était un territoire qu’elle n’avait jamais aimé partager et seule Mimi y avait déjà fait des incursions les soirs de cafard qui jalonnaient la vie de la petite asiatique. D’ailleurs si ce soir cette dernière pouvait la dépanner… Allez! Elle n’y verrait sans doute pas d’inconvénient sinon pourquoi lui aurait-elle donné sa clé ? Le club de sport ? Mouais… En cas d’extrême urgence pourquoi pas mais ça ne pourrait être que momentané. Il y avait là-bas que trop de passage et trop de monde auprès de qui justifier la présence de la nouvelle venue, même si sa tenue sportive serait sans doute assez en accord avec les lieux.

De plus en plus, se rabattre sur le petit appart de Mimi lui semble la moins mauvaise solution. Il faudra bien sûr que cette dernière entérine cette intrusion dans son petit univers, mais la petite secrétaire qu’elle était toujours très ouverte à toutes les nouveautés qui venaient bousculer le train-train de sa vie qu’elle s’appliquer à remplir de surprise. En plus Mona était certaine de pouvoir compter sur une certaine discrétion. Pas forcément au sens de garder le silence sur la visite de la fille en justaucorps mais de se contenter de ce qui lui serait dit comme vérité même difficile à avaler. Ce comportement lui avait permis depuis sa rencontre avec la rouquine d’être acceptée dans sa vie…

La chose la plus compliquée maintenant qu’elle avait pris sa décision était de ne pas effrayer la jeune femme. Elle avait jusque-là passé les premières épreuves sans rien manifester mais elle se souvenait de sa propre expérience et du temps qu’elle avait mis à revenir dans le monde réel et à s’adapter aux événements qui ne lui avaient pas laissé le choix. Elle avait toujours du mal à se mettre à la place des autres et ne pouvait pas présager du souvenir qu’elle avait laissé à l’avocat de Philadelphie, elle se souvenait d’avoir gambergé un bon moment sur le phénomène qui l’avait prise à l’improviste et sur les réactions qu’elle devait avoir. L’indécision était une chose qu’elle détestait et pourtant elle se souvenait de ses tergiversations. Qu’en était-il de la fille dont elle ne connaissait rien si ce n’était son apparition soudaine ? Elle essaya de se rappeler de ce qu’avait tenté de faire Nathan et tenta de se l’approprié après tout ça n’avait pas si mal fonctionné en tout cas, vu de son côté. Faire les présentations semblait un incontournable et s’efforcer d’expliquer la situation une seconde étape.

Au moins les choses étaient claires, pas question de communiquer dans la langue du cru et l’Anglais devenait incontournable. C’était un moindre mal si elle le comprenait et sa première réaction semblait devoir le prouver. Elle n’a pas encore véritablement croisé le regard de l’apparition et n’avait qu’une image très floue de son allure et sa physionomie. Outre cette difficulté à regarder les gens en face, Mona n’avait à sa décharge pas trop eu le temps de se poser pour savoir à qui elle avait véritablement à faire.

Ironie du sort, la fille semble être bien plus à même de communiquer qu’elle. La rouquine tourne la tête brusquement vers elle presque aussi étonnée que si c’était une coccinelle qui venait de lui adresser la parole. Elles allaient devoir choisir entre éclaircir la situation ou disparaître. Faire les deux était aussi une option.

« Atea ? Ok. Atea… »

Elle prend la main de la fille et la tire vers la sortie. Elle ne sait pas si ses amis ont décidé de la suivre ou pas mais elle n’a pas envie qu’ils leur tombent dessus avant de savoir ce qu’elle va bien pouvoir leur raconter.

« Eh, bien Atea… »

Elle ne se rappelle pas vraiment comme s’y était pris Nathan. Et puis merde, elle allait se laisser guider par l’inspiration ! On verrait bien.

« Je TE cache en fait. Quand on apparaît comme toi et dans ta tenue on attire l’attention… »

Elle avait insisté sur le pronom personnel, pour expliquer que le problème ne venait pas d'elle, mais il n’y avait aucune intonation qui pouvait indiquer un jugement ou une hostilité, mais pas non plus de grande compassion. Elles se retrouvèrent bientôt dans la rue humide d’une pluie récente et balayée par un vent insistant. Le clapotis de ses rangers dans l’eau guide son regard vers les pieds de celle dont elle a fait sa protégée. Ouf ! Elle est chaussée. C’est pas l’idéal pour la saison, mais au moins elle n’est pas pieds nus.

« Je t’emmène en lieu sûr, mais je te force pas… »

La sportive ne pouvait ne pas comprendre que si elle n’était pas d’accord, elle pouvait refuser et à dieu ne plaise. Elle lâcha la main calleuse de la fille mais l’invita d’un signe de tête à la suivre. Elle était en même temps en train de déterminer l’itinéraire à la fois le mieux protégé des regards et pas trop long afin qu’elles ne finissent pas congelées. Le vent s’engouffra dans son col et elle frissonna. Elle entra sa tête dans les épaules tout en les enserrant de ses bras. La porte du club s’ouvrit et elle tressaillit non seulement de froid mais de crainte de voir la silhouette de quelqu’un de connu apparaître dans la nuit. Mais le couple qui sortit prit la direction opposée et elle respira plus librement avant de jeter un regard interrogateur à la… Difficile de déterminer quel sport pratiquait cette fille, mais visiblement, d’après le développement de ses épaules et de ses cuisses, la force y tenait une grande place. De la lutte peut être. Oui, ça lui irait assez bien.
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MessageSujet: Re: 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]   Jeu 8 Juin - 11:49

Une fois la téléportation effectuée, et sans avoir à réfléchir sur les causes et conséquences de ces phénomènes pour l’instant inexplicables aux yeux de tous, la situation se passait plutôt bien, il fallait l’avouer. Je me sens seulement fatiguée, voire très fatiguée. Je suis sûre sur l’instant que si une voiture venait à me percutée je n’aurais pas eu la force inespérée de l’arrêter, celle-là...

Ce qui semble être une islandaise pure souche, rousse, le teint pâle me prend la main et me fait sortir du fourbi dans lequel j’ai attéri.

J’écoute sa réponse avec attention. Quoi ? Me cacher moi ? Je me jauge de la tête au pied, prends le temps, dans la rue froide de cette ville-congère, d’ouvrir grandement le blouson qui m’a été gracieusement prêté. Je me scrute lentement tout en exhibant mon justaucorps aux yeux du monde, qui ne montre rien d’autre que les lignes de mon anatomie taillée et musclée (-que certains ne trouvent pas à leur goût certes), et une chaleur coléreuse me monte jusqu’aux joues. Sans aucun ménagement, je le referme soudain, un peu outrée de me sentir observée et prise en vice de mœurs. Mais enfin, c’est pas comme si j’étais nue là-dessous ! Et quand bien même, si je me sens bien habillée d’une tenue de sport moulante, je ne vois pas ce qui pourrait m’empêcher d’en porter une après tout, j’ai tout de même ce droit -même s’il fait froid. Je lance un regard peu amène à Mona, et non, je n’ai pas très bien pris sa remarque, peut-être est-elle pudique, n’aime pas son corps et celui des autres, mais je ne suis pas aussi ostensible que ça, je ne suis pas nue ; à petits pas je la suis dans les minces ruelles sombres de la ville, un vent rude la traverse, chargé de perles de pluie abandonnées par la dernière averse.

Renfrognée, je ne suis pas une aberration aux y eux du monde non plus!, je n’ose pas trop lui adresser la parole, j’arrive à me sentir un peu honteuse et indécente alors que c’est une sensation que je ne ressens jamais, je me sens bien dans mon corps en général. Finalement, après un moment silencieux d’hésitation, j’ose enfin la remercier de son aide qui s’est voulue un peu indélicate, j’avais peur d’être à ses yeux impudique voire indécente. Je me rapproche d’elle à pas lestes pour arriver à son niveau et je lui adresse la parole, d’une manière plutôt franche et assurée, comme pour dissiper toute la gène qui avait pu s’installer depuis le départ du bar :

« - ... Merci pour votre aide, à vrai dire je n’ai jamais mis les pieds en Islande, c’est ça ? Vous pouvez bien m’emmener où vous voulez, je ne sais même pas où l’on est exactement... Par la force des choses je dois bien vous faire confiance... »

Faire confiance aux inconnus, c’est bien l’un de mes défauts. Grossièrement optimiste envers le genre humain, je ne peux pas me résoudre à penser qu’elle me veuille du mal d’une manière ou d’une autre, alors qu’elle peut très bien m’emmener où que ce soit... Mais j’ai les muscles trop endoloris par l’entraînement de... tout à l’heure?, et froissés dans tous les sens par la téléportation, ainsi qu’un mal de tête qui s’insinue dans mes tempes, pour penser à une alternative.
Pensive, je me demande alors comment elle a fait pour m’attraper au vol aussi vite dans le sous-sol, je lui ai sauté aux yeux ? Une alarme a retenti ? Elle peut, grâce à pouf-la-magie entendre résonner dans sa tête une alarme qui l’avertit de toute téléportation due à l’effet Davis ? Elle n’a sans doute pas employé le mot « apparaît » pour rien, elle est probablement au courant de tout cela, mais à quel degré aussi ?

« - Hm, Mona, vous avez beaucoup été confronté à ce genre de... choses ? »

Soudainement, je me rends compte que je la vouvoie, sans y avoir même réfléchi, mais ça ne me dérange pas plus que cela, dans mon travail je suis amenée à vouvoyer tous les clients. La nuit est bien sombre, je ne sais même pas quelle heure il peut être ici, avant la téléportation, c’était la fin d’après-midi, de l’autre côté du globe, il pouvait bien être le beau milieu de la nuit ici... En tout cas, il n’y avait quasiment pas un chat dehors, la nuit devait être bien avancée. Le vent souffle encore, et je resserre le col du blouson de Mona, mon corps est vraiment demandant d’énergie, j’ai beau avoir fait mes étirements après mon entraînement, mes muscles me pincent ; je n’ai même pas pu prendre ma douche. Ma peau, sèche dans le bar, est devenue moite, et je me sens quelque peu sale après les suées et malaises de la téléportation. Je donnerais tout pour une douche. Mes jambes commencent à se raidir sous le froid et c’est en forçant le rythme que j’essaie tant bien que mal de dynamiser mes pas et d’oublier tout ce qu’il y a de mauvais pour me focaliser sur ce que je tirerai de bien de cette aventure.
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MessageSujet: Re: 64°07'48.4"N 21°49'20.0"O 27/03/2017[Atéa]   Hier à 10:03

La fille semble se remettre de son transfert, même si ses réactions restent parfois décalées. Mona l’observe plus du coin de l’œil que directement. Elle se souvient de sa première fois et du temps infini, surtout pour Nathan, qu’elle avait mis pour sortir de son abattement et est prête à pardonner bien des choses à celle qui est visiblement une athlète. Si de son côté, Mona a pris un peu de muscle depuis qu’elle fréquente la salle de Pha’, elle ne pourra sans doute jamais prétendre aux formes athlétiques de celle qu’elle vient de recueillir. Par contre elle n’a cure du regard noir qu’elle lui lance alors qu’elle semble vérifier qu’elle n’est pas aussi indécente que la rouquine avait bien voulu lui laisser entendre. Et puis de toute façon à regard noir regard noir et demie. Il était fort possible que la nouvelle venue sur le sol Islandais se rende compte avant la fin de la soirée que sa guide était capable de bien moins agréable encore, même s’il n’était pas question d’un puéril concours de boudeuse ou de manifestation de susceptibilité. La plupart du temps, Mona ne se rendait même pas compte de l’image revêche qu’elle renvoyait au monde. Il fallait la franchise de quelques-uns pour l’en lui faire prendre conscience et en première ligne, Mimi qui malgré son attachement profond pour la rouquine ne se gênait jamais pour lui dire ses quatre vérités, chose assez inhabituelle pour la maigrelette que peu de gens osait prendre de front. Même son éducateur et son patron, chacun dans son domaine préférait s’en tenir à des aspects plus pratiques de leur relation avec celle semblait devoir considérer le monde entier comme un potentiel ennemi.

La brunette donc semblait avoir mal pris la remarque de Mona mais tant pis et puis, si elle ne voulait pas de son blouson et si elle ne voyait pas d’inconvénient à se promener ainsi dehors, c’était bien son problème. Pour une fois que cette inadaptée sociale prenait quelqu’un sous son aile, elle n’allait de toute façon pas se formaliser pour si peu. Elle avait fini par comprendre, à force, que ce genre de rencontre était propice aux malentendus, mais le moyen de faire autrement… Lorsqu’on essaie de prendre de vitesse son propres entourage et qu’on est obligé de dégager des priorités, on n’a pas le temps de faire des présentations très poussés et de mettre dans le balance à chaque instant ce que préfère ou pas l’oiseau tombé d’on ne savait trop quel pays, ni même de préciser que le corps en général n’était pas un problème en soi. En effet, on pourrait s’étendre un peu sur le sujet… Mais non, car un brunette au teint assez halé pour deviner qu’elle n’était pas habituée aux températures septentrionales réclamait sans doute de se mettre à l’abri. En fait de prime abord elle ne s’était pas souciée de savoir ce que voulait réellement la nouvelle venue et avait suivi son raisonnement sans essayer de l’y faire entrer. C’était une nouvelle téléportée donc elle ne devait pas attirer l’attention en vertu de la supposée mauvaise intention de l’humanité envers les gens victimes de ce phénomène, il fallait donc la mettre à l’abri et si en plus elle pouvait en dire d’avantage à la rouquine ce ne pouvait que la satisfaire.

Heureusement la pluie n’est pas battante et se contente pour le moment de perler leur cheveux de petits diamants, mais l’ondée est insistante et elle sait que bientôt leurs casque capillaire ne résistera pas à  son obstination et qu’elles finiront trempées. La saison n’est pas encore assez avancée pour que les températures ne les frigorifient pas, aussi presse-t-elle le pas autant que les petits pas de sa protégée le lui permettent. Au moins personne n’est pieds nus. Elle repense à au calvaire que Nathan et elle ont dû endurer avant de pouvoir souffler dans un abri tout cela parce qu’ils n’avaient qu’une paire de chaussure pour deux. La fille ne tarde pas trop à reprendre pied dans sa nouvelle réalité et Mona tourne la tête vers elle alors qu’elle parvient à se mettre à sa hauteur, occasion de la regarder vraiment pour le première fois. Elle a le visage franc et ouvert et ce qui ne gâche rien, elle semble toute disposée à lui faire confiance. Pour Mona c’est un peu une aberration mais cela simplifiera grandement les choses en lui évitant de devoir justifier tout ce qu’elle fait. Mais bon, elle veut bien admettre surtout après l’épisode des ïles Campbell qu’elle faciliterait les choses en lui en disant au moins un minimum :

« Reykjavik, la capitale. Je t'emmène chez une amie »

Chez une amie oui, car si la brunette semble toute encline à ne pas exprimer de défiance, l’Islandaise est loin de partager cette philosophie. Atéa est à première vue victime comme elle de cette maudite téléportation, ce qui lui permet de la mettre à l’abri chez Mimi sans arrière-pensée pour sa sécurité, mais on ne sait jamais et de toute façon, elle ne permet qu’à très peu de monde d’entrer dans son petit cocon. Elle ne compte pas en faire le QG des téléportés en Islande. En tout cas pas dans l’immédiat.

Atéa reprend presque trop vite ses esprits car les questions commencent et elle a horreur des questions en tout cas de celles qu’elle n’a pas posées. En revanche elle déteste ne pas avoir de réponse. Elle retient un soupir. Ces expériences passées, sans lui enseigner tout à fait la possibilité de se mettre à la place des autres lui ont au moins appris que cette situation était assez inconfortable et qu’avoir des réponses même partielles ne pouvait que faciliter les échanges. Et puis, elle-même allait vouloir en savoir plus donc entamer la discussion maintenant ou plus tard…

« Hum, pas vraiment, deux fois… Tu viens d’où ? A ta tenue je suppose que tu ne maîtrises pas ce truc ?... »

Elle aurait bien enchaîné sur les autres questions qui lui vrillaient l’esprit sur cette téléportation, elle n’avait pas trouvé d’autre terme pour désigner ce qui occupait bien trop son esprit à son goût depuis que le phénomène avait fait irruption dans sa vie, mais pour elle trois phrases consécutives à une étrangère était déjà un exploit..
Elle tourna dans une rue qui devait déboucher dans celle de Mimi. Même la capitale est vraiment de taille réduite comme toutes les agglomérations d’Islande et au centre-ville rien n’est vraiment loin de rien.

« On est presque arrivées. »

Elle jette à la dérobée un coup d’œil pour vérifier que la fille n’a pas changé d’avis et qu’elle est toujours prête à la suivre. Elle n’ose pas imaginer la scène si c’était un Hans passablement éméché qui lui était tombé dessus en premier. Il n’est pas vraiment méchant, mais vraiment lourd. Une fille un peu déboussolée est une aubaine pour ce grand blond pour qui, aucune fête, aucune sortie ne peut se terminer sans dégraisser sa carabine. Au début cela avait été presque sympa pour Mona mais elle s’était vite lassée et le rocker un peu grunge et pas que par style de musique avait dû jeter son dévolu sur d’autres filles moins « caractérielles » en tout cas c’est comme cela qu’il qualifiait la rouquine même s’il lui arrivait toujours de tenter sa chance auprès d’elle.

Presque machinalement et alors qu’elle fait traverser en oblique la rue en direction d’une petite maison à l’angle distant de la rue, elle lui demande :

« Tu viens d’où ? »

La maison dénote un peu dans le quartier. Les villas qui l’entourent sont plutôt proprettes et de toute façon d’un standing bien supérieur à cette petite demeure un peu tristounette qui possède deux entrée de garage mais une toute petite porte d’entrée brune. S’il y a des fenêtres, elles ne se trouvent pas sur ce côté de l’habitation. De là on distingue les lumières du port. C’est la partie plus commerciale et industrielle ce qui peut expliquer la brises chargés d’iode et de marée mais aussi de relents de graisse mécanique. « J’habite la verrue du quartier », se plaisait à dire Mimi, « mais c’est chez moi. » Aide-soignante à l’hôpital de la capitale Islandaise, elle ne roulait évidemment pas sur l’or et cela avait été une véritable aubaine pour elle ne pouvoir faire l’acquisition de l’endroit qui était devenu son domaine. Mona avait toujours connu Mimi y habitant. De jour, et au loin on pouvait voir un des rares immeubles de la capitale se dresser au-dessus de la ville, celui de Mona.
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