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 Panic, Shear Bloody Panic [Hiyori]

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MessageSujet: Panic, Shear Bloody Panic [Hiyori]   Ven 10 Fév - 13:24

10 février 2017.

Le métro s'enfonce dans les boyaux de Philadelphie dans un grondement ordinaire. Nathan s'avance, attaché-case à la main, un journal enroulé dans l'autre, et s'assoit machinalement parmi les habitués des banquettes, tous aspirés dans la contemplation des vitres de la rame et des écrans de leurs téléphones portables. Il détaille distraitement leurs mines absentes qui ne s'émeuvent de rien, tandis que le wagon lancé à pleine vitesse chantonne en bringuebalant sur les rails. Étourdi par sa journée, Nathan se fredonne intérieurement le même air saccadé, tout en mesure, jusqu'à ce que le rythme faiblisse à l'arrivée d'une nouvelle station.
Personne ne monte. L'heure d'affluence est passée depuis quelques temps, les gens sont tranquillement en train de dîner chez eux pendant qu'à leur tour les oiseaux de nuit convoyaient silencieusement aux quatre coins de la ville. Nathan les observe, derrière ses larges lunettes. Par chance, il n'était ni des uns, ni des autres, et il n'avait à se soucier de personne sinon de lui-même quand il oubliait l'heure au bureau ou au ailleurs.

D'ailleurs, il s'attardait beaucoup au travail depuis ces dernières semaines pour empêcher certains soucis insolubles de venir occuper ses pensées. Il dormait très mal la nuit. Il avait même consulté un neurologue. Rien à faire. Tout était normal.
« Des hallucinations ? Un peu de fatigue, probablement, vous vous surmenez. »
En même temps, il ne préférait pas avouer aux médecins qu'il croyait avoir été transporté jusqu'en France en une milliseconde un beau matin de janvier. C'était un coup à se faire interner. Et pourtant tout était normal. Aucun court-circuitage du cerveau, aucune chimie bizarre pour expliquer le phénomène. Aucun dysfonctionnement. Autrement dit, il avait la lumière à tous les étages et il fallait s'efforcer de croire à ce qui lui arrivait – parce que cela lui arrivait. Pour de vrai.

Coinçant sa mallette noire entre ses pieds, Nathan ouvre sèchement son journal qu'il avait à peine eu le temps de parcourir ce matin-là, quand il l'avait acheté au kiosque. Pas question de se laisser encore empoisonner par ces histoires. Le ventre lourd, il se plonge dans la lecture minutieuse de quelques articles insipides sur les dernières esclandres politiques, en se promettant qu'il emporterait un roman avec lui la prochaine fois qu'il renoncerait à aller au travail en vélo.
Il peuple les longues minutes qui le séparent de son arrêt d'un ennui mortel, à peine trompé par cette espèce de ruse bon marché qu'il a transportée avec lui toute la journée. Il finit par visser ses écouteurs dans ses oreilles, comme tout le monde, et se laisse flotter dans le courant lancinant de la voix de David Bowie, en pliant négligemment son journal en deux.
Il y a devant ses yeux la photographie de deux camions emboutis et entièrement calcinés, devant la bâtisse en tôles blanches d'un abattoir. Il renifle un peu, surpris, et repousse ses lunettes sur son nez. L'article titre un « Scandale à l'abattoir de Korsakov en Russie », sur lequel il lève un sourcil sceptique. Forcément, les scandales, que ce soit en matière agroalimentaire ou humanitaire, ça avait beaucoup plus de retentissement quand ça n'arrivait pas chez soi, en particulier quand on habitait aux États-Unis. Il parcourt sans grand intérêt le haut-fait d'hypocrisie de cette page ; il est question de mauvais traitements infligés au bétail que les Américains importent depuis l'île Sakhaline, d'ONG en colère, de manifestations qui débordent et d'activistes qui se hasardent aux incendies criminels. Bref, un roman-feuilleton vegan façon guerre froide qui aura au moins passionné son auteur.

Et Nathan aussi, un peu – il devait au moins le concéder puisque s'apprêtant à descendre à son arrêt, tandis que la rame de métro ralentit dans un grand crissement de freins, il se lève et continue de considérer la photo de l'article d'un regard amusé.
A la sortie du tunnel, la lumière jaune des néons baisse d'intensité pendant quelques secondes et vacille sur le plafond du wagon. Nathan s'accroche à une barre pour éviter de déraper sous une secousse, son journal se froisse. Il fait parfaitement nuit le temps d'un battement de cils.
Et puis il est pris d'un puissant sentiment de vertige – comme lorsque, grimpant dans la pénombre l'escalier pour rejoindre sa chambre, il lance son pied dans le vide en croyant le poser sur une dernière marche, mais qu'il n'y en a en réalité aucune de plus. Sauf que quand il se trouve effectivement dans cet escalier, la surprise est de courte durée : une fois qu'il l'a confrontée, il se rétablit aussitôt et finit par atteindre son lit sans d'autre forme de procès.
Ici, le vertige se dissipe, mais la lumière qui revient faiblement est sale et grisâtre. Les soubresauts du métro sur le chemin de fer s'évaporent sous ses appuis. Le sol est stable et solide, mais en l'occurrence ce n'est pas une très bonne nouvelle.

L'angoisse défonce de nouveau la cage thoracique de Nathan alors qu'il réalise qu'il n'est plus dans le métro de Philadelphie qui le ramenait sagement à son appartement. Cloué sur place, il lâche une exclamation étouffée et un souffle blanc s'échappe de sa bouche, errant devant lui comme un spectre dans l'air glacial. Il tire ses écouteurs de ses oreilles. Sa mallette tombe par terre dans un bruit sourd. Il manque de tomber, se rattrape, ses yeux agrandis de terreur s'égarent dans la salle immense, à peine éclairée par quelques petites lucarnes ouvertes dans la tôle lointaine du toit.

« Non non non non, pas encore... »

Il plonge une main tremblante dans la poche de son manteau et il tâtonne longtemps, dans un grand silence, lourd, grave, si froid qu'il lui engourdit les doigts et lui gèle même le sang. Il respire vite et fort, une odeur très âcre, organique, mêlée à des relents d'eau de Javel, lui torpille les narines et s'enfonce dans sa poitrine. Il extrait son téléphone portable de sa poche et pianote fébrilement sur l'écran, déclenchant bientôt une option qui fait jaillir un filet de lumière depuis l'appareil droit à travers la salle. Il braque sa lampe tout autour de lui, ses semelles dérapent sur le lino, et découvre en un éclair une mécanique colossale qui dort dans la semi-obscurité. Des crochets sont suspendus en ligne, au fond, derrière lui, partout, et au milieu d'un enchevêtrement de bras métalliques, il y a une immense machine qu'il identifie instinctivement à un dispositif de travail à la chaîne.
Brusquement, la connexion se fait dans son esprit.

« Mais ce n'est pas possible ! »

D'un geste sec, il ramène son journal devant ses yeux et éclaire l'article qu'il parcourait tout à l'heure d'un petit jet de lumière. L'abattoir sur l'île Sakhaline. L'endroit était désert, que ce soit d'employés ou de carcasses sanguinolentes, mais le doute s'estompe de sa cervelle dans un bruissement de nerfs à vif. Il était en Russie.


Dernière édition par Nathan Weathers le Mer 26 Avr - 21:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Panic, Shear Bloody Panic [Hiyori]   Sam 11 Fév - 20:22

Ok. Cette fois c’est le grand jour… enfin, la grande matinée… Je dois représenter la section « animes » d’un des magazines pour lesquels je bosse. En fait, mon chef est malade, du coup on m’a refourgué le bébé… j’suis nerveuse de chez nerveuse… déjà que j’ai horreur des apparitions publiques, là en plus je suis supposée parler devant tout le monde, répondre à des questions et tout. Tout ça pour une « journée anniversaire » du magazine en question. AAAAH ça m’fait chier !!!!

Mais bon… rien qu’avec cette journée à la con je vais me faire un mois de salaire… Le boss sait comment me parler, ça c’est certain. Connard.

Hisao a passé quelque chose comme une grosse heure à me transformer en femelle digne de ce nom. Il m’a coiffée, il a fouillé dans les fringues qu’Iwai m’achète et que je roule en boule au fond de mon armoire derrière les joggings, les culottes parachute et les vieux t-shirt de mes frères, et en a tiré une robe bleue avec des petites dentelles blanches au niveau de l’ourlet. Ça me chatouille les genoux quand je marche et dès qu’il y a un coup de vent j’ai l’impression qu’on essaye de me congeler la chatte. J’ai même pas eu le droit de porter une vraie culotte digne de ce nom, le genre de truc qui remonte jusqu’au-dessus du nombril… soi-disant « ça se voit à travers »… du coup j’ai l’impression de me faire violer la raie par une ficelle à chaque pas. Insupportable… Il m’a même forcée à mettre un soutif « push-up » comme il dit… en gros, ça fait semblant que j’ai des seins qui remontent et qui se compriment l’un contre l’autre de manière parfaitement naturelle… c’est débile mais il dit que sinon personne ne verra « à quel point elle est trop bonne ma p’tite sœur ». Comme si j’avais envie qu’on me trouve « bonne »… qu’est ce qu’ils ont les mecs à penser que nous dire qu’on est « bonne » nous fait plaisir hein ? C’est genre « Putain toi quand j’te regarde j’ai la teub qui se dresse toute seule meuf »… ah ouais… super compliment… et puis surtout, vachement romantique ! Viens on se marie direct ! … Pathétique… Enfin bref.

C’est donc moulée dans ma robe bleue, violée par mon string et torturée par mes chaussures à talons que je débarque à la fête. Mon boss est ravi. Il m’inonde de compliments qui sonnent faux alors que j’ai l’impression d’avoir essayé de manger une dune de sable au p'tit déj'. J’ai envie d’être partout, sauf ici. Tiens, pour une fois j’aimerais bien que l’univers se foute de ma gueule et me téléporte va savoir ou. Chez-moi de préférence… mais même en Allemagne chez Yoko ça serait bien. Elle est cool Yoko, c’est calme chez-elle… Ou alors en Afrique, chez Aloïs… j’aime pas trop l’endroit où il bosse mais lui il est gentil. Et au moins y’aura autre chose que du champagne à boire… J’aime pas le champagne… C’est une boisson de riches faite par des riches et bue par des riches pour bien montrer qu’ils sont pétés de thunes. Bah moi j’ai pas les moyens de nager dans ces bulles-là, j’me contente d’une bonne binouse et c’est vachement plus efficace pour se mettre à l’envers. Bref… Je fais la fille sociable et souriante, je ris bêtement quand les bourges qui financent nos projets sortent des vannes vaseuses, je dis « oulala voyons vous êtes un coquin flatteur » quand des abrutis me palpent le cul en me sortant des compliments dégueulasses, j’indique les chiottes quand on me demande le chemin et tout et tout. J’suis assez fière de ma performance quand même, j’ai giflé personne, j’ai pas sorti le moindre gros mot, j’ai été respectueuse… même mon boss est impressionné. En même temps… le salaire d’un mois en une seule journée, excuse-moi mais perso, j’me défonce pour une somme pareille… ça va me permettre d’offrir autre chose que des ramen instantanées à mon frère pendant quelques temps. Peut-être même des trucs frais que je cuisinerai moi-même… si j’ai la foi… mouais… j’vais l’inviter au resto, moins chiant. Le reste servira pour les factures en retard en fait…

Et puis c’est mon tour… je dois me tenir toute seule devant tout le monde sous une lumière éclatante qui me donne trop chaud et fait ressortir mon string à travers ma robe. Merveilleux… Je raconte d’un ton incertain les prochains projets sur lesquels l’équipe de mon supérieur va bosser, j’explique pourquoi on en a viré certains pour en mettre d’autres en avant, je montre quelques photos, je réponds aux questions qu’on me pose avec un sourire et même un peu d’humour poli et délicieusement féminin… bref… j’me gave ma race ! J’suis putain de fière de moi sur ce coup… j’espère même que ça va être filmé et posté quelque part histoire de pouvoir montrer à mon frère comment sa petite sœur chérie s’en est trop bien sortie aujourd'hui. SO STRONG ! Bon… je frôle la catastrophe en glissant quand je quitte l’estrade, mais j’ai réussi à me rattraper et pratiquement personne n’a vu la scène. Donc c’est bon.

Mon boss me traine devant les photographes en me glissant à l’oreille que pour une fois que je suis bonne (encore ce putain de faux compliment merdique) il a envie de montrer ça à tout le monde. Je me tiens debout à côté de lui devant les flashs… au bout d’un moment, je sens comme un coup de vent glacial. Je ferme les yeux une seconde pour que les lumières arrêtent de m’éblouir… et quand je les ouvre, rien n’a changé. Y’a toujours une lumière qui me torture la rétine… mais j’ai froid. Très froid… et j’ai mal au cœur… et j’ai la tête qui tourne… c’est le champagne ? Je regarde autour de moi, prise d’un doute affreux… plus de boss, plus d’invités, plus de lumières… celle qui m’éblouit vient du portable d’un type qui se tient debout devant moi. Un mec que j’ai jamais vu, un lieu dans lequel j’ai jamais foutu les pieds… Oh putain… encore…

Je reste là, comme ça, debout devant ce type et sa lumière, sans bouger… pendant au moins dix secondes. En fait c’est le temps qu’il me faut pour réaliser que je me les gèle vraiment. Du coup j’émerge de ma torpeur et me frotte les bras. D’expérience, je me doute qu’il va rien biter si je parle dans ma langue maternelle du coup j’enclenche directement la version anglaise de mon cerveau. J’suis à peine étonnée, presque pas choquée. En fait je suis presque blasée. Je pousse un soupir, repousse mes cheveux en arrière et plisse les yeux en les levant vers l’inconnu.


- Euh… salut…

J’ai parlé en anglais hein, j’ai précisé un peu plus haut.

- Tu veux pas baisser ta lumière ? J’ai mal aux yeux…


Le pauvre. Une fille apparait devant lui et elle a presque l’air de trouver ça normal. J’aurais envie de me secouer comme un prunier pour me demander ce qui se passe si j’étais lui… En tout cas cette fois l’univers s’est pas foutu de ma gueule… un vrai décors de film d’horreur… glauque…
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MessageSujet: Re: Panic, Shear Bloody Panic [Hiyori]   Jeu 16 Fév - 0:31

Et soudain, dans le halo blême de sa lampe surgit une ombre. Elle grandit, s'étire à toute vitesse, et monte d'un bond jusqu'au plafond comme une araignée court se réfugier dans les combles. Nathan se hérisse des pieds à la tête.

Mais en fait, ce n'est qu'une fille qu'il découvre sous la clarté éblouissante de son téléphone. Ce n'est qu'une fille. Une fille en robe légère et en escarpins. Elle a l'air d'une pauvre clubbeuse, d'après ce qu'il peut en juger, échouée d'une boîte de nuit d'où les lois capricieuses de l'univers semblent l'avoir extraite sans lui laisser le temps de consommer sa soirée.
Nathan reste un bon moment frappé par son apparition comme par la foudre, incapable d'esquisser un geste, la respiration suspendue à un battement de cœur qui ne vient pas. Après tout, ce n'était que la deuxième fois de son existence qu'une asiatique sortait d'un gouffre d'air pour se présenter sous son nez comme dans un tour de David Copperfield – sans David Copperfield. Il lui fallait encore un temps d'adaptation.
La voix de la nouvelle venue lui parvient finalement, à peine voilée d'émotion. Elle parle anglais. Mais sa remarque lui fait immédiatement piquer un fard.

« Je... Vous.. m'avez fait peur... Pardon. »

Confus, il baisse aussitôt sa lumière. La fille cesse de cligner des yeux comme un hibou égaré en plein soleil mais elle ne se départit pas de cette espèce de fatigue ou de nonchalance qui fait un masque morne à son visage.
De son côté, Nathan a la nuque trempée d'une sueur glaciale et son esprit affolé se démène comme un beau diable pour remettre de l'ordre dans ses idées. Il dévisage la jeune femme un bon moment et avec beaucoup de stupeur, sans très bien comprendre comment il est possible de rester de marbre dans pareille situation – même à supposer que ces téléportations soient devenues une habitude.
Parce que... Salut... ?
Elle aurait probablement pu être bombardée en plein Sahara, au beau milieu de l'Amazonie ou même entre les murs en béton armé du Pentagone... En fait, elle venait présentement d'apparaître dans un abattoir désert, mais passablement sinistre – ça méritait quand même un peu plus d'émoi qu'un simple « salut », il lui semblait. En tout cas, c'est une amère injustice qu'il éprouve à rester ainsi transi de terreur sur ses guibolles là où sa nouvelle comparse de mésaventure ne jette aux alentours qu'une moue et un regard ennuyés. Il aurait aimé avoir un peu de ce sang-froid-là lui aussi.
Il en aurait fait bon usage. Pour prendre le large, tiens, par exemple.
Alors allez, Nathie, du nerf !

Parce que maintenant qu'il commence à amortir le choc, cela lui laisse à penser que deux étrangers comme eux recevraient certainement un accueil un peu froid si le propriétaire des lieux leur mettait la main dessus.
Il prend une très profonde inspiration, comme un plongeur en apnée qui remonterait à la surface d'une eau trouble. Puis raclant sa gorge trop serrée dans le silence sépulcral de l'endroit, il agite nerveusement son portable en l'air, froisse son journal dans sa main et cherche ses mots avec un embarras qui lui est peu coutumier.

« Je... je m'appelle Nathan. »

C'était un début comme un autre.
Et puis, ça commence à fourmiller dans son cerveau, comme si la ruche d'habitude impatiente de ses idées, brièvement assommée, se réveillait peu à peu de sa torpeur.

« On... on ne devrait pas rester là. »

Sa respiration est pénible, il a l'impression qu'on lui appuie une plaque de fonte sur la poitrine, et maintenant les idées se bousculent sérieusement dans sa tête. Coinçant le journal sous son bras, il vérifie fébrilement la présence de son portefeuille dans la poche intérieure de son manteau – et surtout celle de son passeport, qu'il gardait avec lui en toute circonstance depuis sa rencontre avec Yoko. Une mauvaise bile lui monte dans la gorge, jusqu'à ce que ses doigts moites rencontrent et reconnaissent la couverture en cuir du document. Il est là, tout contre lui. Il est là.
Nouvelle inspiration. Il ferme un peu les yeux. Chaque pulsation de son cœur fait palpiter un sceau de lumière brûlant contre ses paupières. Tirant une grande bouffée d'air pour soulager ses poumons, il lance un nouveau coup d’œil hagard sur la jeune femme et s'encourage à parler d'un hochement de tête pour lui-même :

« Parce que l'endroit est sûrement surveillé et il ne vaudrait mieux pas tomber sur qui que ce soit... »

Sa voix est monocorde, mais son explication tient la route et cette conclusion, simple, mais consolatrice, a le pouvoir secret de le mettre en jambes. Il se penche pour attraper la poignée de sa mallette et la soulève d'un geste pressé. Sa lumière fait méticuleusement le tour de la salle, rebondissant sur les crochets de boucher et miroitant sur la structure métallique des machines, jusqu'à s'arrêter sur une porte à deux battants, tout au fond. En même temps qu'il inspectait les alentours, la mine très soucieuse, il a trouvé assez d'assurance pour se rapprocher de la jeune clubbeuse aux traits asiatiques, pour qui il esquisse un petit sourire gêné, mais conciliant.

« Et puis... moi, en tout cas, je ne parle pas russe... et je... je n'ai pas non plus envie de négocier avec eux en garde-à-vue... » Surtout s'ils se trouvaient bien dans l'abattoir auquel il pensait. On allait les prendre pour des terroristes vegans, comme ces gens qui avaient mis le feu à ces deux camions, la veille, et les faire croupir longtemps dans une cellule avant que leurs pays respectifs n'aient vent de leurs traces... Il se mord la lèvre, le ventre noué d'inquiétude. « En fait, je ne sais pas bien comment ça marche, ce truc là, à vrai dire... Mais je crois... Je crois qu'on est sur l'île Sakhaline, vous savez, tout à l'est de la Russie... »

Il soupire un bon coup. Cela, il ne le déduisait que de l'étrange coïncidence qui l'avait fait apparaître ici. Mais maintenant qu'il y réfléchissait, cette fois où il avait été transporté chez Aline, en France, il lui semblait qu'il avait également été aspiré par un appel de ce genre – voilà, en fait, il était apparu là-bas au moment où il avait reçu un message de son grand-père depuis Paris. Il fronce les sourcils, surpris en lui-même par cette pensée.
Et puis, un grelottement passe sur les épaules nues de la jeune femme et il réalise soudainement l'incommodité majeure de sa tenue, tout au large de la Sibérie et pas si loin de la banquise. Ses yeux s'arrondissent de surprise et il la détaille de la tête aux pieds, un peu honteux de ne pas l'avoir tout de suite remarqué.

« Vous... vous devez avoir froid, comme ça, vous voulez... ? »

Il repose rapidement son attaché-case – comme on le voit, toujours très prompt à répondre aux premières priorités... – et se défait de sa large écharpe en laine écossaise pour la lui tendre avec insistance, en la houspillant un peu du regard pour qu'elle s'empresse de se couvrir. Et puis, il faudrait peut-être définitivement penser à trouver une sortie et fuir au plus vite ce funeste endroit qui avait surtout la particularité d'être privé et interdit d'entrée...
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MessageSujet: Re: Panic, Shear Bloody Panic [Hiyori]   Mer 26 Avr - 21:17

Je prends son écharpe après avoir hésité quelques secondes, va savoir pourquoi… peut-être parce que mon cerveau a essayé de réfléchir et s’est mis en pause… en Russie il a dit ? Je soupire et un nuage de vapeur sort de ma bouche… j’enroule l’écharpe du mec autour de mon cou avec une expression de reconnaissance éternelle. Sa chaleur et son odeur se sont imprégnés dans la fibre… la chaleur est cool et il pue pas, au contraire, du coup c’est vachement agréable. Je regarde encore un coup autour de moi.

- En Russie ?

L’île de Chose, je connais pas. Ça me dit vaguement un truc, j’ai peut-être lu un article dessus un jour, mais je lis tellement de machins sur la toile tous les jours que je ne retiens que ce qui m’intéresse vraiment… pas grand-chose du coup au final.

- Je sais pas parler russe non plus moi…

Je me gratte la tête et un courant d’air glacé fait virevolter ma jupe en me congelant la chatte… ah ouais… je suis habillée en fille qui a envie de se faire secouer la rondelle en faisant mine de ne jamais laisser qui que ce soit la frôler. Du coup, mon attitude habituelle colle pas avec ma dégaine. Merde. Je dois me comporter comme pendant la fête sinon il va se demander quel genre de travlo je suis… du coup je fais ce que je suppose être la réaction normale de toute gentille-fille-en-string-qui-se-respecte et je lève vers lui un regard brillant, lèvre tremblotante de la fille qui va se mettre à chialer, mains jointes nerveusement et tout et tout.

- Tu… tu vas pas me violer hein ? Promis ?

Comme si c’était possible… le mec a l’air de tout, sauf d’un violeur psychotique, mais bon… je suis une fille. Une fille en détresse ça se fait aider et sauver vachement plus facilement qu’une grosse geek qui attend de crever le plus vite possible. J’peux pas crever ici, j’ai pas rangé mon vibro et je veux pas que mon frère tombe dessus en rentrant. Rien que d’y penser, ça me panique vraiment en fait… j’ai plus besoin de simuler, j’ai vraiment l’air d’avoir peur. Pratique.

- Je peux pas rester en Russie !

Je lui agrippe le poignet en oubliant que je viens de lui demander de ne pas me violer et je plante mon regard dans le sien.


- Je veux rentrer chez moi !

Ma voix ressemble plus à un couinement plaintif qu’à autre chose.

- Tu vas m’aider à rentrer chez moi hein ? S’il te plait !
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MessageSujet: Re: Panic, Shear Bloody Panic [Hiyori]   Mer 10 Mai - 19:25

Le visage pâlot de la jeune femme passe assez brutalement de la mollesse la plus négligente aux convulsions terribles des enfants sur le point de piquer une crise de larmes. Interdit devant ce revirement à cent quatre-vingt degrés, Nathan s'immobilise d'appréhension et assiste à cette brusque escalade émotionnelle sans y comprendre quoi que ce soit. Est-ce que c'est de savoir soudain qu'elle se trouve en Russie qui la terrasse à ce point... ? Il ne pouvait quand même pas lui avoir échappé tout à l'heure qu'ils avaient mis les pieds au beau milieu d'un abattoir, pas vrai ? Et concernant le fait de la téléportation lui-même, elle n'avait pas l'air de s'en émouvoir à peine deux minutes plus tôt ! Qu'est-ce qui lui prend tout à coup ??
Les larmoiements lui grimpent tout à coup dans la gorge et elle commence à pleurnicher comme un petit chien qui s'apprête à se ramasser une volée de coups de bâton. Ce qui sort de sa bouche percute Nathan de plein fouet.

« Excusez-moi... ?? » L'exclamation lui échappe avec la force de la stupeur. Ses prunelles s'écarquillent. La violer... ? « Mais... mais jamais de la vie, non mais ça va pas ?! »

Il réalise aussitôt qu'il a réagi peut-être trop vivement mais il accuse en même temps un violent coup de sang qui lui donne le vertige et lui colle un bourdonnement insistant dans les oreilles. Il suspend son souffle, craint presque de respirer et recule d'un pas vacillant, mais la fille le rattrape par le poignet et continue de s'énerver d'une voix geignarde.

« Lâchez-moi, s'il vous plaît. »

Son ton à lui est ferme et sévère, son regard d'une dureté absolue. Il a cette désagréable d'impression d'avaler les battements de son cœur à chaque seconde, tant son pouls cogne dur dans son cou. D'un geste sec, il arrache sa main à la sienne et la ramène contre sa poitrine en la dévisageant d'un regard rempli de méfiance. Celle-là, elle lui mettait le trouillomètre à zéro. Il en avait rencontrés, des dingues et des fous furieux, mais généralement ils étaient menottés à une table d'interrogatoire ou bien barricadés de l'autre côté d'un double vitrage au parloir. Il ne les croisait pas en train de péter leur boulon du jour dans une obscure salle d'abattage du fin fond de la Russie.
Et pourtant, quelque chose en lui résistait encore à son instinct de conservation qui, pour une fois, tirait clairement la sonnette d'alarme et affichait tous les voyants destinés à lui faire prendre la fuite. Il en avait très envie, présentement, alors qu'un peu plus tôt, la simple présence de cette personne avec lui dans cet affreux endroit lui avait inspiré l'élan de solidarité le plus naturel qui soit. Si, à un moment dans le processus, celui-ci avait dû fondre comme neige au soleil, il lui restait ses principes qui lui interdisaient de tourner le dos à la détresse d'un autre être humain... quel qu'il soit...
Visiblement tiraillé, il se racle la gorge et réprime un frisson en examinant cette fille, dont le regard de petit chien ne va pas tarder à déborder de grosses larmes lourdes de désolation. C'était peut-être le cadre, mais d'ici, il a la surprise de constater que ça ne lui fait ni chaud ni froid. Tout du moins ne donne-t-elle pas l'impression de vouloir lui sauter à la gorge, et cela seul achève de le convaincre, bon gré, mal gré, de faire un effort pour elle.

Dans une très profonde inspiration, il ferme brièvement les yeux et lève doucement ses deux mains en l'air pour l'interrompre au milieu de ses jérémiades, tout en manifestant de la façon la plus universelle du monde que ses intentions ne sont pas hostiles.

« Oh mon Dieu, écoutez, Mademoiselle, maintenant il faut vous calmer. » Il la crible d'un regard catégorique, puis en vient à soupirer dans le silence glacial qui resserre de nouveau sa gangue autour d'eux. « C'est inutile de vous agiter et de crier comme ça. Je ne suis pas Marraine la Bonne Fée, je ne peux pas vous réexpédier chez vous d'un coup de baguette magique. Tout ce que vous réussirez à faire, c'est alerter la sécurité. Et nous ne voulons sûrement pas que les gardiens rappliquent, n'est-ce pas ? »

Il appuie la fine rhétorique de sa question d'un coup d’œil insistant et, alerté lui-même par son propre propos, il dresse l'oreille de peur d'entendre venir des pas. Quelques secondes passent sans un bruit. Il pousse un soupir minuscule et relève une mine un peu plus engageante vers la clubbeuse en robe bleue. Après une hésitation, il finit par s'approcher d'elle et il pose prudemment ses mains sur ses épaules qu'il tapote gentiment, à travers les grosses mailles de son écharpe écossaise, dans l'espoir de lui prodiguer un peu de réconfort.

« Alors on respire à fond. »

Il l'invite à l'imiter en gonflant bien fort sa poitrine, puis relâche la jeune femme en douceur, en lui faisant signe de poursuivre par elle-même. Il avait assez fréquenté de yogi et de sophrologues dans sa vie pour pouvoir prodiguer lui-même des cours de respiration ventrale, d'autres techniques de méditation, et surtout de relaxation. Et cet outil lui était redevenu bien précieux, ces derniers temps...

« Je suis dans la même galère que vous aujourd'hui et on ne s'en tirera que si on fait front ensemble, d'accord ? Respirez bien et quand vous vous serez prête, on va commencer par essayer de sortir de cet endroit. »

Il retrouve peu à peu sa patience ordinaire, en chassant méticuleusement les crispations qui lui tiennent la nuque en étau, un souffle après l'autre. D'un geste de la main, très posé, il imite le lent va-et-vient de sa respiration, et engage la fille à expirer longuement le contenu de ses poumons, avant de prendre une nouvelle inspiration qui soulève tout son abdomen. Pendant un certain temps, il la surveille avec toute l'autorité dont son regard est capable, jusqu'à ce qu'il estime pouvoir lui donner une seconde chance d'ouvrir la bouche.

« Bon... Je pourrais savoir comment vous vous appelez, pour commencer ? »
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Panic, Shear Bloody Panic [Hiyori]

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