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 Au détour de la rivière [Yoko]

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MessageSujet: Au détour de la rivière [Yoko]   Jeu 29 Déc - 15:28

Te Urewera. Aux alentours de 20h30, heure locale.


Noël était passé en famille. Joyeusement, dans les festivités de ce début d’été, où près d’Auckland les températures sont douces et les mentalités sereines. Ce laps de temps se situe exactement au début de l’été. C’est à peu près la cohue à cette époque, c’est le début des vacances scolaires, ces périodes sont dédiées au travail, et c’est là que je dois l’après-midi travailler en tant que garde nature et guide touristique. J’aime beaucoup ce travail, mais combiné à tout ce qu’il y a autour, c’est une période de stress et de surmenage intense. C’est pourquoi entre les deux fêtes de Noël et du jour de l’an, j’ai décidé de poser un congé pour partir loin. Je m’écarte toujours au moins à quatre heure de route, le plus souvent je passais sur l’île Sud, là il y avait bien plus de massifs montagneux.


Mon dévolu s’est porté sur Te Urewera, au Nord, où il fait bon la nature et la forêt sur plus de 2000km². Il y a forcément de quoi se retrouver seule ici. Y venir est rapide en voiture, c’est après qu’il faut avancer à pied dans la forêt. J’en ai profité toute la journée pour repérer des endroits à faire visiter, les cours d’eau à longer sans aucun danger.


Je marche depuis l’après midi, mon paquetage commence à me lacérer doucement les épaules. J’ai de la chance, le soleil est au rendez-vous, je me dis sans mal que la pluie aurait pu gâcher mon expédition. Alors que le soleil s’éteint insensiblement et éclaire la cime de cette forêt primitive toujours verte, les hauteurs des rimu, des totara, des hêtres ou bien des volumineux et majestueux kauri. Sous les arbres, se trouve une végétation assez dense et luxuriante, avec d'innombrables arbustes, différentes fougères qui surplombent lichens et mousses. Je pose mon sac près d’une rivière qui chancelle sous la force d’une petite cascade, qui profite et luit des derniers éclats du soleil à travers les feuillages. Je m’installe toujours près d’un cours d’eau, son gazouillis me pénètre et me calme, et sa course laisse une percée de lumière toujours enchanteresse.


Je sors de mon massif sac à dos une tente que je déplie en moins de deux, je connais ses recoins par cœur, je l’ai reprisé tant de fois. Je sors en même temps un petit pull bleu assez fin, les températures descendent assez rapidement quand le soleil disparaît. Les nuits sont fraîches, un peu au dessous de la barre des dix degré. Les oiseaux chantent encore, dans une mélodieuse cacophonie, due à ses perroquets, il faut le dire. La forêt en regorge de toutes espèces qui cohabitent avec les reptiles, surtout des insectes. Avant que les dernières lueurs ne se dissipent, je cherche des yeux des fantails, petits oiseaux sombres dont je raffole. En apercevant un de l’autre côté du ruisseau, je le prends en photo. Je me décide alors à préparer le réchaud à alcool pour manger quelque chose, je l’allume et mets une pauvre boîte à réchauffer, les grands repas gastronomiques c’était pas mon truc. Une flamme bleue éclaire vaguement le sol face à la tente. En attendant, j’enlève mon pantalon de randonnée pour revêtir quelque chose de plus confortable, inconsciemment, je fredonne un air tahitien, sûre de ma complète solitude :

« Te ‘oto ‘oto nei, te manu o te ra’i »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Ven 6 Jan - 2:13

La lumière est toujours si éclatante, à cette heure, le matin, elle m’en met plein les yeux, et je dois les plisser alors qu’elle rebondit joyeusement sur le tapis de neige pour venir m’éblouir. Je me protège doucement de mon bras, toute embarrassée dans mes mouvements, par cette grosse doudoune qui m’isole du froid, et cligne rapidement des cils dans une tentative de me réhabituer à la soudaine et éclatante luminosité. Je fais quelques pas dans la neige, mes bottes crissant désagréablement en s’enfonçant à travers la légère croûte de glace qui s’était formé sur son manteau, et mon haleine laisse échapper un petit nuage de condensation. Tout ça ne va pas être de la tarte.

J’aurais pu rester au lit, ce matin, comme tous les matins depuis le jour de Noël – est-ce ma faute si mon rythme de sommeil est aussi fragile et perturbable qu’un enfant de quinze mois ? – et à vrai dire, rien ne m’empêchait vraiment d’y retourner, mais… Maintenant que j’avais enfin rassemblé la détermination de me mettre en route, il n’était plus question d’abandonner. Je retournerai me blottir près du poêle de mamie quand je serais victorieuse de ma noble quête.

En l’occurrence : aller cueillir des branches du gui que j’avais aperçu dans le pommier du voisin.

Mais les jardins sont vastes, dans cette partie du village. Vaste et recouverts de cinquante bons centimètres de poudreuse. Mère nature avait été très généreuse, cette année. Tant mieux pour les enfants, tant pis pour mes pauvres bottes. Car la neige est une sale petite vicieuse, qui sait très bien trouver les interstices entre la chaussure et le pantalon, même de ski. Et je peux sentir mes chaussettes se tremper de seconde en seconde. Fichu traditions.

Mais d’un autre côté, et je tente de me le répéter alors que je brave les éléments – j’exagère, le ciel est tout bleu, c’est juste moi qui n’ait pas pensé à prendre des bottes assez longues – ça va faire tellement plaisir à ma grand-mère… Avant, c’était mon grand-père, qui s’en occupait, d’aller chercher le gui. Et le sapin. Alors pour ce dernier, c’était Klaudia, la gentille fermière d’à côté, avec ses bras tout costauds de femme du Nord, qui s’était chargée de prendre le relais. Mais pour le gui, la pauvre femme m’avait confié qu’elle n’en avait plus vu au-dessus de sa porte depuis la mort de papy.

« Oh et puis de toute façon, je n’avais plus personne à embrasser, alors… » qu’elle m’avait sorti. Non mais. C’était parfaitement triste, et inadmissible.

Alors cette année, quid de la neige, j’m’en vais le couper, ce gui, et j’lui ferai un bisou par année où j’étais pas là. Minimum.

A force de tempêter toute seule dans mon champ de poudreuse, je finis par arriver à la petite clôture de bois qui sépare le terrain de mes grands-parents de celui des voisins. Je l’escalade comme je peux, me disant qu’à la réflexion, se mettre en doudoune pour grimper aux arbres, même des p’tits pommiers riquiquis, c’était pas forcément la meilleure idée du monde. Mais j’étais un être de confort, quand arrivait la morsure douloureuse de l’hiver, alors tant pis. Au pire, la neige amortirait ma chute.

Je prends mon courage à deux mains, arrivé au niveau du tronc, je grimpe.

Les branches sont assez basses, car heureusement pour moi c’est un arbre de pré, qui a choisi, le brave, de s’étaler à l’horizontale, plutôt que de faire la course vers le ciel avec les copains. Les branches sont épaisses, aussi, et solides. C’est un très vieux pommier. Il me faut plusieurs minutes pour manœuvrer, les jambes serrées comme des petites mandibules sur leur appui, et ramener à moi la branche sur laquelle s’est installé le petit parasite. Je sors une paire de cisaille, de ma poche, et l’amène au niveau de la plante pour me couper d’un coup trois belles branches de gui, que je tiens fermement de mon autre main.

Et là… disons que les choses vont un peu vite pour moi.

La branche fouette l’air, alors que je la relâche de la traction que je lui infligeais, celle sur laquelle j’étais assise se met à onduler un peu, sous l’impulsion, et comme mes deux mains sont prises, une par la tenaille, l’autre par le gui, je n’ai rien pour me rattraper alors que je glisse lamentablement.

Là où la chose est particulièrement drôle, c’est que la poudreuse n’est plus là, en bas, pour amortir la chute. A la place c’est un sol tout dur, et tout nu, qui m’accueille d’un violent coup dans l’arrière de la tête. Heureusement pour le reste de ma colonne, j’ai encore ma doudoune, qui fait de son mieux pour accuser le reste du coup. Le gui, lui, est toujours solidement serré par ma main, contre ma poitrine. Drôle de sens des priorités, décidément, ce corps...

J’ai à peine le temps de me dire qu’il fait vachement chaud, tout à coup, un petit gémissement de douleur s’échappant involontairement de ma gorge, et puis tout devient noir. Vraiment très noir. Pendant au moins… plusieurs longues – et angoissantes – secondes.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Dim 22 Jan - 22:58

La nuit tombe pour de bon, il ne reste du ciel crépusculaire que quelques scintillements qui apparaissent au coin des feuilles perchées à la cime des arbres. Je finis de m’emmitoufler dans mon confortable pantalon, après avoir regardé si ma tente était bel et bien prête à l’emploi. Je chantonne encore, ça me donne toujours du baume au cœur quand j’ai un surplus d’énergie à dépenser, on trouve bien ce que l’on peut pour se défouler. Il n’y a que peu de bruits aux alentours, si ce n’est le bruissement des feuilles des arbres et les oiseaux qui terminent leurs chants du jour, je me plais à penser que je leur succède joyeusement. Ayant plus que faim, et n’en pouvant plus d’attendre que ma boîte chauffe, je la mets de côté, je sors de mon sac une boîte spécialement faite pour une seule et unique occasion que je ne raterais pour rien au monde. Hâtivement, je vais chercher une branche que je glane au sol. Je sors de ma boîte un marshmallow, que j’enfile sur la branche, et que je fais cuire sur le feu, attendant patiemment que le tout brunisse, assise au pied du réchaud.

Pourtant, dans ce calme idyllique à tous ceux qui cherchent le repos et le dépaysement total près d’un réconfortant s’more, j’entends un bruit sourd et terreux, comme un poids qui tombe au sol ; mon esprit pense aussitôt aux poids que je soulève dans le parc et que je lance tous les jours sur l’herbe verte qui n’a jamais demandé à recevoir des dizaines et des dizaines de kilos sur le coin de la tige, et régulièrement en plus. Je me demande ce que c’est, un oiseau ? Non, bien trop lourd au bruit. Un animal ? Ce serait étrange tout de même. Je me lève, avec une once d’intrigue papillonnant dans mes pensées, et saisis une lampe de poche tout en me dirigeant vers l’endroit où j’ai entendu le bruit.
C’est quelques mètres plus loin, je distingue au sol, facilement, un cops recouvert d’une doudoune jaune poussin. Si elle n’avait pas été jaune pas sûr que je l’aurais vu du premier coup. Effrayée, je regarde aux alentours avant de me m’avancer doucement.

« - Monsieur ? S’il vous plaît ?? Vous allez bien ??? »

Suis-je soudainement propulsée dans ces films d’horreur où un corps se jette sur vous sans prévenir ? Impossible, je suis déjà venue de nombreuses fois dans cette forêt et ça s’est -toujours- bien passé. Il ne peut pas en être autrement, et pourquoi aujourd’hui autrement qu’une autre fois ? Je m’approche encore, j’aperçois alors le visage de ce qui venait être une jeune femme d’origine asiatique.

« - Mademoiselle ? »

Toujours sans réponse, mon cerveau part alors au quart de tour, et j’essaie de me souvenir de mes gestes de premiers secours. A priori elle a chuté, peut-être est-elle étourdie ? Je pose rapidement mes doigts sur sa jugulaire, tout va bien, le pouls est normal. Je dois m’assurer qu’elle est consciente, un tant soit peu, je saisis sa main et lui parle, en anglais tout d’abord :

« - S’il vous plaît, réveillez-vouuus ! »

Là je commence à paniquer. Sévèrement.

Par sécurité, en me souvenant toujours des mêmes gestes de secours, je desserre le col de sa doudoune poussin, et en respirant un bon coup je déboutonne son pantalon pour qu’elle respire plus aisément. Posant une main sur son buste, je bascule alors prudemment sa tête en élevant son menton, je perçois un souffle d'air et sa poitrine se lève et se baisse. Ce réflexe, si ma mémoire est bonne, me prouve qu’elle n’est pas totalement inconsciente. Pour éviter tout problème, je mets calmement sa tête sur mes genoux et je me mets à l’appeler dans la seule langue asiatique que je connais à peu près, les larmes presque au bord des yeux :

« - Mademoiseeeelle »

Je panique, je regarde partout autour de moi. Je lui serre la main une nouvelle fois, un peu plus fort, pour voir si elle se réveille. Si elle peut se réveiller ce serait merveilleux, appeler les gardes forestiers en début de soirée, de nuit, serait long, et ce n’est pas tout prêt. Mais enfin, d’où tu sors toi ?! Comment peux tu atterrir ici en pleine forêt ? Y’a bien un camps à quoi ? Une heure de marche... comment es-tu arrivée ici... Tu es un nouveau gabarit d’ange-poussin venu m’annoncer une glorieuse et belle nouvelle mais il a fallu que tu tombes, c’est ça ?

Je respire profondément afin de me calmer, mais je perds mes esprits, tout en me rappelant qu’il est bon de parler à une personne pour qu’elle se réveille :

« - Réveille toi, mignon petit poussin. Vite, tu as une bonne nouvelle à m’annoncer... Vite, vite. Te réveiller serait déjà une très bonne nouvelle en soi, tu le sais ça ? Tu vas te réveiller, hein, mon petit poussin. »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Mer 1 Fév - 22:49

Il y a des cloches qui sonnent, dans mon crâne. Des cloches remplies d’abeilles, et de gros bourdons. Ça clinque, ça vrombit, et ça se déplace, entre mes deux oreilles, de gauche à droite, puis de droite à gauche, nourrissant un grand sentiment de vertige dans ma poitrine. Je ne suis pas certaine de savoir mesurer le temps qui s’écoule entre ma chute, la disparition de la lumière, et les premiers battements de mes paupières, confuses et aveuglées comme celles d’un petit animal aux abois. Tout ce que je sais c’est que le monde existe à nouveau, et que ces retrouvailles sont… douloureuses.

Mon visage se plisse, alors qu’irradie depuis l’arrière de ma tête une douleur sourde, et vivante. Qui palpite sous mon scalp avec une sensation chaude, presque mouillée, comme un petit océan, répandant et retirant tour à tour sa marée brûlante sur la peau de mon crâne. Je dois avoir une bosse immense… ou bien…

Je papillonne des cils, encore très sonnée, et bercée par le vrombissement de mon propre sang, à mes oreilles. Quelque chose est bizarre.

Enfin non. Beaucoup de choses sont bizarres, maintenant que j’y réfléchis un peu.

Déjà, la neige a disparu. Sous moi, il n’y a ni froid terrible, ni humidité tentant de s’infiltrer par tous les interstices de mes vêtements. Quelque chose en moi essaie d’objecter que ce n’est pas si mal, en fait, que je ne sois pas en train de geler sous un gros tas de poudreuse, mais je lui rappelle aimablement que, si poudreuse il y avait eu, je ne me serais pas cognée si fort. D’ailleurs, la neige n’est pas la seule à s’être fait la malle. Le pommier aussi n’est plus là. Et le ciel. Ou du moins le soleil matinal qui y séjournait.

Peut-être que je suis restée inconsciente jusqu’à la nuit. Ou jusqu’à une nuit, quelque part, au printemps, puisque l’hivers semble s’être retiré… Non. Ça c’est bien proprement absurde…

Pourtant, au-dessus de moi, il fait nuit. Ou presque nuit. Et la seule chose que je peux distinguer, de là où je suis étendue, ce sont les quelques lueurs crépitante d’un feu, quelque part sur ma droite. Un mystère de plus sur ma liste d’étrangeté. On se croirait dans une très mauvaise partie du jeu des sept erreurs. J’essaie de bouger ma tête pour l’observer un peu mieux, ce feu impossible, mais c’est beaucoup trop douloureux, et je m’arrête aussitôt.

« O-ow… »

Ma voix est un peu rocailleuse, et je me rends compte que l’air a du déserter mes poumons un moment, expulsé par la chute. Il les remplit à nouveau, mais les mouvements appuient sur l’arrière de mes côtes, elles aussi endolories par la chute. Oh, comme je vais me faire disputer par mamie…

Mais j’ai d’autres priorités, pour le moment. Je crois.

A la réflexion, je réalise qu’à peu près tout mon corps me fait mal. Avec peut-être une concentration de douleur au niveau de ma tête, mes épaules et mon bassin. En cet instant, je me sens une empathie profonde pour ces animaux forestier qui se font renverser régulièrement par les automobilistes imprudents. J’ai l’impression étrange que tout mon monde vient d’être percuté par un camion, et je ne peux que regarder le ciel, de mes grands yeux de biche, étendue sur le goudron d’une quelconque nationale.

Enfin, n’exagérons rien. Contrairement aux pauvres petites biches qui rencontrent les carrosseries des chauffards, moi, je vais vivre. Et le goudron n’est pas si… inconfortable. Il m’a même aimablement surélevé ma tête, et… il me berce ?

Tout ça est décidément…

Non, attendez. Ce n’est pas une berceuse. Ce sont des mots. On me parle. Quelqu’un me parle. Quelqu’un. Ce n’est, évidemment, pas le sol, qui me tient gentiment la tête. C’est une personne. Et d’ailleurs, si je plisse un peu mes yeux, je peux apercevoir un visage, là, dessiné en un puzzle d’ombres et de petites plaines dorées par la lueur des flammes. Et ce visage-là, il me parle. Même qu’il doit me parler en japonais, un peu, parce que je le comprends. Enfin je crois. C’est difficile de lui attribuer une expression, surtout dans mon présent état de confusion, mais je ne crois pas qu’il soit particulièrement menaçant. La voix, elle, a l’air… heureuse. Soulagée, presque. Je tente de sourire, en pressant prudemment ma joue contre une main, qui passe par là. Elle est rugueuse, mais fraîche, et ça me fait beaucoup de bien.

« Je suis pas un poussin… Je suis Yoko… »

Dans un gros effort physique, j’entreprends de lever ma main vers le gentil visage, assez aimable pour cesser un instant de se dédoubler, et d’onduler bizarrement dans la nuit, au-dessus de moi, pour lui montrer que je dis la vérité. J’agite mes petits doigts, comme si c’était là la preuve irréfutable de mon identité. Mais les poussins n’avaient pas de doigts, pas vrai ?

« Tu vois… ? »

Je suis particulièrement contente de mon résultat, en cet instant, mais à force d’agiter ma main vide sous ce que je crois être le nez de la jolie voix, je me rends compte d’une chose tout à fait essentielle.

Ma petite main est vide.

Or elle ne devrait pas être vide, voyez-vous ?

« Oh… » Une petite moue de dépit se peint sur mon visage, jusque-là pas tout à fait décidé sur la meilleure expression à adopter, mais la nouvelle est grave. Car elle pourrait signifier que je me suis fait si mal pour rien. « J’ai perdu mon gui… »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Ven 17 Fév - 19:26

Des mots se perdent dans le fond de ma gorge, elle respire mais ne donne pas vraiment signe de conscience. Je panique, mon ventre se serre indéfinissablement, une pierre s’y enfonce insidieusement et je n’arrive pas à la retenir.
Quand soudain la petite ouvre lentement les yeux -petite, mais en soi elle n’est pas bien plus grande que moi-, ses prunelles apparaissent derrière des paupières qui papillonnent et cherchent où elles se trouvent. Mon visage s’illumine d’une large sourire qui vient le fendre de part et d’autre, des larmes de soulagement viennent caresser le creux de mes yeux. Je trépigne de joie. La jeune femme s’essaie alors à un sourire assez gauche que j’estime comme un sourire radieux tant mon enthousiasme est débordant. Elle pose sa joue contre ma main, cette dernière est moite et encore un peu tremblante, mais ce contact arrive à me rassurer. Je me retiens de la serrer dans mes bras alors que mon cœur pulse encore forcément au sein de ma poitrine et ne réussit pas à retrouver sa place originelle, mais je sens qu’il y parvient peu à peu.

La réponse qu’elle me fait me rassure encore. Elle est en japonais, heureusement j’ai été chanceuse que ce soit sa langue, mais je me concentre alors pour comprendre ce qu’elle pourrait me dire, mais elle  ne dit pas grand chose. Elle reprends un peu de ses esprits et se rappelle de son nom au moins -en espérant que ce soit bien le sien-, néanmoins avec une amnésie aucun nom n’aurait passé le seuil de ses lèvres, c’est effectivement rassurant. Elle agite sa main doucement sous mes yeux, je ne suis alors pas certaine de comprendre ce qu’elle souhaite me dire, encore moins lorsque son explication semble irréfutable et que je ne la saisis pas du tout. J’imagine qu’elle n’a pas totalement recouvré ses esprits, mais ça ne saurait tarder, hein ? Pour l’aider je lui réponds sans la brusquer, en continuant dans le simple japonais d’accueil que je connais :

« - Enchanté Yoko ! Oui oui je vois... tu n’es pas un poussin… mais avec ta doudoune jaune tu es mignonne quand même ! »

Alors une moue tout à faire incrédule et étonnée se dessine sur le visage de Yoko, comme démunie. Elle a perdu... Quoi ? Je me trouve bête devant elle, je ne comprends absolument pas le dernier mot. Autant j’entends souvent des hôtes dans mon hôtel venir me voir pour me dire « j’ai perdu mes clefs », mais ça... Je ne sais pas ce que c’est ! Je me pince les lèvres et tout en tenant encre sa tête d’une main délicate, j’ose lui demander ce que signifie ce mot :

« - Euh... Excuse-moi... tu as perdu quoi ? Je ne connais pas ce mot, tu as peut-être en anglais ? » (Aucun mérite pour cette phrase, vraiment, je l’utilise souvent auprès de mes hôtes)

Instinctivement, je regarde autour de nous, il commence à faire bien nuit et je ne vois rien qui ne choque dans le décor et qui ne soit pas là habituel et qui ait une tête de « gui ». Je me répète le mot dans ma tête, non, il ne s’agit pas de « carte » ou « porte-feuille » ou de quoique ce soit qui se trouve dans mon service d’hôtel. Ah ? Peut-être qu’elle a perdu son « chemin » ?!. Je me concentre encore pour utiliser les rares mots japonais que je connais pour ne pas la perdre encore plus :

« - Tu es perdue ? Tu viens d’un camps forestier ? Peut-être d’un camps près du... hm... Lac Waikaremoana ? » Je fais une pause et me dis qu’il serait mieux de se mettre près de mon feu de fortune. « - Attention, je vais nous mettre près du... (le mot ne me venait plus) campfire. » Je la saisis dans mes bras avec une délicatesse extrême et la soulève comme une plume. Je lui souris pour lui faire comprendre qu’elle ne risque pas de tomber avec moi. Soupirant en route, je lui glisse un « Désolée pour mon pas bon japonais, basique juste. »

Je la dépose en face du feu près de moi, un peu navrée de l’accueillir dans des conditions aussi rustres, à peu de choses près elle pourrait penser que je suis une femme des cavernes en expédition dans la forêt... Je me dis alors qu’elle a peut-être faim et que de toute façon du chocolat fait toujours du bien pour retrouver ses esprits. Prenant le marshmallow qui avait refroidi, je le remets un peu en contact de la flamme, et sortant un gâteau sec que je coupe en deux, j’insère le marshmallow chaud sur du chocolat pour finir le tout, je le tends alors fièrement à Yoko, en souriant :

« - Tu aimes le chocolat ? Tu connais le s’more ? »

Tandis qu’elle se saisit de ce qui pouvait peut-être être un ovni culinaire pour elle, je sors de mon sac une carte des lieux, et la regardant un peu inquiète, je scrute le nombre de camps qui se trouve dans le coin. Aucun qui ne soit vraiment près en tout cas. J’attends qu’elle me donne quelques indications, si elle était effectivement près du lac Waikaremoana ou non, j’affinerai les recherches après pour la ramener dans le bon camps, sinon je serai contrainte d’appeler les gardes forestiers ou du moins de veiller sur elle toute la nuit.


Dernière édition par Atéa Whakaue le Lun 27 Fév - 13:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Sam 25 Fév - 11:48

L’anglais, hein ?

Tiens, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas pointé le nez dans une de mes conversations. Il a du avoir peur que je m’ennuie. Ou alors c’est un complot du monde entier pour me forcer à pratiquer régulièrement mon expression orale, je ne sais pas. Ce serait une drôle de théorie, ça, et pourtant…

Pourtant, et c’est bien le pire dans tout ça, pourtant peut-être que c’est efficace. Après mon séjour à Philadelphie, j’avais drôlement pris confiance dans ma capacité à communiquer – ou du moins improviser une certaine forme de communication – dans cette langue, et je trouvais que, lorsque je devais m’en servir, sur le net, ou pour envoyer des messages à Nathan, les mots cessaient de se dérober sous mes doigts. Bien sûr, le langage écrit n’avait pas grand-chose avec l’expérience de devoir trouver les mots au fur et à mesure que notre langue nous les demande, dans une véritable conversation orale, mais c’était tout de même un petit pas que j’avais fait, là, vers une véritable prise de confiance.
Je souris, timidement, et sur mon visage encore sonné vient se peindre une expression plus déterminée.

L’anglais, je devais pouvoir faire.

« C’est… heum. Le gui. C’est une plante. Qui vit dans les arbres. En faisant des… des boules. »

Bon, ce qui est sûr, c’est que la chose n’a pas l’air de beaucoup l’éclairer. Pas découragée pour un sou, je la laisse réessayer le japonais, contente, secrètement, de ne pas être la seule à trouver quelques difficultés à ce jeu des langues, et des charades, qui est celui des gens dans ma situation. Le simple fait de la sentir aussi perdue que moi, se dépatouillant dans une langue qui n’était pas la sienne, juste pour mon confort, cela me faisait naître de grands élans d’empathie au fond de la poitrine.
Cette fille m’est vraiment tout à fait inconnue, mais déjà elle m’est sympathique, rien que pour cette raison.

« Du Campf… ooh ?! »

J’essaie de me concentrer sur ce qu’elle me dit, mais c’est dur, parce que tout d’un coup elle m’emmène faire un tour dans le ciel, et ça met un grand tournis au fond de ma poitrine. Par instinct, je m’accroche, de toutes mes petites forces d’oiseau tombé du nid, et ma doudoune fait un bruit de plastique alors que je m’agite un peu dans ses bras. J’ai peur de retomber, forcément. J’ai encore mal de la première chute, et puis, même sans ça, le mouvement est suffisamment soudain pour venir chatouiller, quelque part dans mon cerveau, des instincts de vieux primates oubliés là par l’évolution. Tomber ça n’est pas agréable.
Mais mon inconnue, elle, tient bon. Elle me porte mieux que les vieilles branches du pommier du voisin, et dans ces bras il n’y a rien qui craque pour me précipiter au sol. C’est même confortable, comme étreinte. Rassurant. Et quand on redescend pour qu’elle me pose par terre, près de ce que je comprends maintenant être le campfire – mais oui, en plus, c’est tout bête, comme mot – je viens chercher son sourire pour y répondre de toutes mes dents, drôlement impressionnée. Je consens alors à lâcher ses vêtements pour me laisser asseoir sur le sol, et j’essaie d’étirer un peu mon dos tout endoloris.

« Ow… J’ai fait une grosse chute… » Je marque une pause, me demandant soudain dans quelle langue il vaudrait mieux m’exprimer, finalement, au milieu de toutes ces bases qui flottaient entre nous deux, et je fronce doucement les sourcils. « Toi tu préfères si je parle japonais ? Je sais aussi l’Allemand très bien. Et l’Anglais… un peu. »

Fière de mon effet, j’ai prononcé chaque phrase dans la langue qu’elle référençait, et je gonfle ma poitrine comme si cela faisait de moi une grande linguiste acclamée de tous. En récompense, très certainement, pour mon prodigieux effort, on me glisse quelque chose entre les mains, en me disant que c’est un S’more, et à défaut d’être une réponse à ma question c’est une distraction très sympathique pour mon petit cerveau tout secoué, alors j’y referme mes dents sans poser plus de question, manquant de me brûler le bord des lèvres sur le marshmallow encore très fuyant.

Je tapote mes pieds dans la poussière, secouant le bout de mon nez en l’air pour signaler mon contentement, comme un petit chien ravi de se faire gratouiller derrière les oreilles. Aussitôt, je m’empresse de mâcher, pour mieux pouvoir faire disparaître l’autre moitié du s'more entre mes dents, et je hoche vigoureusement ma tête en signe d’approbation.

Comme je trouve que ma doudoune et mes bottes commencent à me gêner dans mes mouvements – et aussi à me coller fichtrement chaud, depuis que je me suis rapprochée du feu – je m’en débarrasse, dévoilant un petit pyjama fleuri qui se prête mieux au climat local. Même de nuit, bien que le feu y soit pour beaucoup, en cet instant. Puis, la poitrine tout remplie d’une vaillance nouvelle, j’essuies mes doigts dans mon pantalon et je me retourne vers elle pour me présenter, saluant très poliment, par réflexe, de la tête alors que je reprends la parole.

« Moi… Tu sais je ne suis pas dans un camp. Moi. Pas d’ici. » Je plisse mes sourcils pour réfléchir au meilleur moyen d’amener la situation. Parce que ça commence doucement à me revenir, tout ça, et que si moi je commence à comprendre, elle, visiblement, comme elle sort ses cartes et qu’elle me demande si je suis perdue, ce n’est probablement pas le cas. Il faut que je fasse bien les choses. Que je réussisse à lui expliquer. Je choisis l’anglais, par défaut, pas très sûre qu’elle arrivera à me suivre si je me lance dans une tirade en japonais ou en allemand. Là au moins je ne peux utiliser que des mots simples, à défaut de connaître les autres, alors peut-être que ce sera plus accessible… « Je viens de… l’Allemagne. En Europe. Tu vois j’avais… la doudoune de poussin. Parce que chez moi. C’est très froid. Et c’est la journée. Et aussi j’étais dans un arbre. Pour couper du gui. »

Encore ce mot. Je grimace, creusant ma soupière à la recherche d’une explication un peu plus utile à lui fournir.

« On accroche le gui pour. Comment… L’année de nouvelle. Premier janvier. La fête. Et on fait des bisous dessous. »

Je n’ai jamais été une championne de charades, mais ce matin… enfin ce soir, je me sens particulièrement d’attaque pour relever le défi. Dans un élan explicatif particulièrement inspiré, je ramasse une branche sèche à mes pieds, encore couverte de quelques feuilles, et je la soulève au-dessus de ma tête, avant de mimer du bout des lèvres le bruit d’un pudique petit bisou. Je ris, aussitôt, pour ne pas me sentir trop embarrassée, puis je ramène ma branche à hauteur de mes yeux pour jouer doucement avec.

« Moi je suis Yoko. Et je suis pas de ici. Je viens ici avec… » J’agite ma branche de plus belle, prenant un petit air mystérieux. « La magie. Pouf ! »

Je repose enfin ma trouvaille, pour ramasser un marshmallow dans le paquet dont elle se sert pour cuisiner, et l’enfourner discrètement entre mes lèvres sans le faire cuire. Par pure gourmandise. Puis, lorsque j’estime qu’elle a eu assez de temps pour digérer la petite bombe que je viens certainement de lui jeter sur les genoux, je relève la tête dans sa direction, et tente un large sourire au sucre glace.

« C’est bien. Que t’es là. Sinon j’aurais eu des ennuis. Parce que. La magie, c’est …compliqué… » Sans perdre mon sourire, ni me décontenancer de sa mine visiblement confuse – après tout, moi, ce genre de surprises, je commençais à y retrouver quelques marques, mais ce n’était probablement pas son cas – je poursuis, indulgente, mais tout de même désireuse d’en savoir un peu plus sur l’endroit où j’avais atterri. Littéralement. Je pointe mon petit index dans sa direction. « Toi… c’est qui ? Et ici, c’est où ? Tu peux me le dire ? »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Lun 27 Fév - 15:19

Suite à mon incompréhension sur ce qu’elle avait perdu, la jeune femme essaie de m’expliquer qu’elle a perdu du « gui », et que ce dernier se trouve dans les arbres et est en forme de boules. Je ne saisis pas de suite de quoi il s’agit.

Le feu est la seule chose qui arrive à nous donner de la lumière à présent. En été les nuits ne sont pas particulièrement sombres mais en pleine forêt dense, ça ne paraît guère. La lumière vacille sur les pupilles de mon invité, intriguées face à ce que je lui ai donné. Elle secoue les pieds vivement de contentement, son visage ravi et vraiment à croquer me font sourire, peut-être plus que de raison, mais la joie des autres a toujours su faire la mienne.

Après cette délectation, et vu la bonne volonté qu’elle mettait pour m’expliquer les choses, sa gentillesse me met bien en confiance, et c’est avec une détermination que je m’applique à parler en japonais avec toutes les ressources dont je dispose :

« - Hm... Je parle surtout anglais ! Après, je parle, avec des notions touristiques, pour renseigner les gens, le japonais et oh ! L’allemand ! Cette dernière intonation était assez enthousiaste, mais je me rends vite compte, dans une moue désappointée, que ça ne va pas énormément m’aider, j’ajuste mes propos en expliquant : Il ne faut juste pas utiliser des mots très compliqués aussi bien en allemand qu’en japonais »

Ayant sans aucun doute chaud dans sa doudoune, elle la retire et dévoile un pyjama ; sur le coup, je m’amuse une nouvelle fois de nous voir toutes deux en tenues de soirée, en pleine forêt, jusqu’à ce que je me réalise vraiment que cette fille est en doudoune et pyjama ! Je commence à m’inquiéter pour elle. C’est assez étrange... On ne quitte pas un camps, en tout début de soirée, en pyjama surmonté d’une doudoune... Peut-être est-ce une personne échappée d’un centre psychiatrique ??? Mais je n’en connais aucun dans le coin.

Elle s’adresse de nouveau à moi, m’expliquant qu’elle ne vient pas d’ici. J’hausse un sourcil de stupéfaction, en l’écoutant attentivement. Elle semble à la fois gênée et perturbée, cherchant ses mots. Elle fait l’effort de parler en anglais, pour ma commodité. Hm, elle vient d’allemagne, il fait très froid chez elle et c’est pourquoi elle a une doudoune, qu’il fait jour chez elle, et qu’elle a dû aller chercher son fameux gui... J’essaie de lui sourire aimablement autant que possible, autant sa personne était mignonne à croquer et ses efforts étaient adorables, mais rien de tout cela n’avait de sens ! Elle s’est quand même pas instantanément retrouvée ici, c’est de la pure folie !

Mon esprit perdu cherche une explication, il peine. La seule idée qui arrive à perçer dans ce sombre chaos est qu’elle est tombée un peu trop fort sur la tête et qu’elle a dû subir une amnésie, et que, touriste, elle a oublié son voyage en nouvelle Zélande. Mais cette théorie n’explique en rien pourquoi elle a une doudoune et un pyjama. Par réflexe je me masse la tempe pour dissiper ma gène grandissante, je déguise aussitôt cela en un frottement. Je ne sais pas où me mettre ; pourquoi ne dit-elle rien de censé ?

Et comme pour me contredire, elle arrive enfin à me faire comprendre ce qu’est le gui, elle l’explique, elle me mime : l’image me vient aussitôt. Je ne peux m’empêcher de sourire tant l’imitation est choue. Je hoche la tête pour le faire définitivement comprendre que j’ai compris ce qu’était le gui. Cela explique l’Allemagne et l’Europe, on ne faisait pas ça ici, en Nouvelle Zélande.

Elle me dit son nom, et c’est avec un sourire identique que je m’apprête à lui dévoiler le mien jusqu’à ce qu’elle me dise qu’elle n’est pas d’ici et qu’elle est venue par magie. Je euh, ne sais plus où me mettre. La bonne foi, l’immense bonne foi dont elle fait preuve me déstabilise, comme si elle pensait vraiment tout ce qu’elle était en train de dire. Je suis tiraillée entre l’idée de la croire et de la prendre pour une folle. Je n’ai envie que de prendre ce poussin perdu sous mon aile et de l’aider, de l’installer sous une aile chaleureuse, contre moi -mais qu’elle arrête de dire des bêtises-. Je ne sais décrire si c’est la peur ou l’inconnu qui me noue à présent le ventre, la malaise sans doute.

Dans tous les cas, je ne peux que l’aider, cette petite fille perdue, qui ne sait plus où elle se trouve, alors qu’elle vient de l’autre bout de la planète ! Je la regarde, elle joue avec sa bout de bois, adorablement, je n’arrive pas à lui en vouloir, d’une quelconque manière, je ne la connais pas, je ne comprends pas, mais une envie irrésistible me pousse à l’aide. Sa bonne volonté, mon optimiste sans limite, je ne peux décemment pas lui refuser mon secours ! La magie... La magie... C’est quoi ce délire ? Elle vient directement du monde de Harry Potter et elle a transplané de l’école de magie de Berlin jusqu’au beau milieu d’une forêt perdue de Nouvelle Zélande ?

J’essaie de garder mon calme au possible, je respire un grand coup discrètement. Je lâche mes cartes que je triturais nerveusement depuis tout à l’heure etp ar sollicitude envers Yoko, je marche un peu à quatre pattes dans sa direction, je m’assis près d’elle et lui prend une main que je sers entre les miennes, pour lui montrer que je suis là pour l’accompagner, et qu’elle ne doit pas avoir peur, même pour ce que je vais lui annoncer sur le moment. J’hésite à parler en allemand ou en japonais pour la conforter, mais je continue en Japonais car j’y suis un peu plus à l’aise. Je lui souris ouvertement :

« - Je suis enchantée de connaître toi Yoko, ce prénom est aussi adorable que toi ! Moi je suis Atéa. Et pour l’endroit où on est... Mes yeux se fixent dans les siens comme pour guetter sa réaction. On est en Nouvelle Zélande, dans une grande forêt... Et euh, dis-moi, tu es sûre que tu vas bien ? Ta tête va mieux ? Tu ne te rappelles vraiment pas quand est-ce que tu es arrivée ici en Nouvelle Zélande, -par hm jet plane- et non pas par magie ? je fais une pause, j’ai vraiment peur de la vexer, que ce soit une amnésie ou qu’elle soit folle, je ne voudrais pas qu’elle s’énerve et m’abandonne ici à grand coup d’Avada Kedavra. Il est vrai que j’ai envie de l’aider tant elle semble irrésistiblement gentille, mais je ne la connais pas du tout... Je pense que tu as dû tomber d’un peu trop haut, tu... as oublié ton arrivée ici... Tu es sûre qu’aucun des endroits, des campfire, que je t’ai indiqué sur la carte, ne te dit quelque chose ? »

La seule chose qui me fait peur, c’est qu’elle se dise que je suis en train de la prendre pour une folle, et comme pour renouer un lien qui s’était délité dans cette paranoïa ambiante, je me lève prestement, ayant une idée soudaine, en lui adressant un sourire sincère :

« - Attends un instant, je reviens ! »

Je quitte le feu du camps et me dirige dans l’ombre de la forêt vers des broussailles épaisses. Dans un bruit de fouille méthodique, j’examine le plus beau à prendre, et j’enlève un pied de fougère très jeune. Fière de ma trouvaille, je m’avance vers Yoko et me met à genoux près elle. La pousse que je lui monte est bien ronde, et décrit de nombreuses petites spirales vertes :

« - Tiens, ceci est un peu comme le gui chez mon peuple, je te le donne ; c’est ce que l’on appelle un koru. Malheureusement avec lui on ne fait pas de bisou, mais c’est un symbole qui montre la façon par laquelle la vie évolue et revient, comme dans un mouvement de vague, de roulement, il symbolise une vie nouvelle, la force, et surtout l’harmonie et la paix. Je te l’offre. »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Mar 14 Mar - 0:04

« Oh. » Le sourire sur mes lèvres se charge doucement de déception, alors que je réalise que, bien évidemment, Atéa ne croit pas un mot de mon histoire. C’était à prévoir, bien évidemment, mais tout de même, je ne peux m’empêcher d’avoir le cœur un peu pincé par cette confirmation. Il est rare qu’on me croie, lorsque je m’exprime au sujet du surnaturel, alors peut-être que je devrais m’y faire, un jour. Finir par m’habituer à ce que me petits sauts dans l’inconnu se terminent par un plat à la surface de l’incrédulité des autres.

Mais il semblerait que je n’aie pas encore atteint un tel point de résignation, et je retire tout de même un petit pincement dans la poitrine à l’idée de passer pour quelqu’un de dérangé.

« Tu me crois pas, hein ? » Elle a l’air embêtée. Je hausse doucement les épaules, mes yeux remontant se poser dans les ondulations envoutantes des flammes, tandis que je cherche les mots les plus simples possibles pour exprimer ce que j’ai à dire. « C’est pas grave. C’est dur de croire, quand on n’a jamais vu. C’est nous les… humains. On est comme ça. On a très peur d’être trompé. »

Je secoue doucement la tête, acceptant son cadeau avec une respectueuse inclinaison de la tête, serrant le bébé fougère contre mon cœur. Le reste de mon discours a glissé sans que je le réalise vraiment vers le japonais. Je baisse mon regard pour examiner les spirales qui décorent la petite pousse, en les suivant du bout de mon index, me laissant absorber par leur délicate complexité.

Tourne, et tourne, et tourne…

C’est un joli symbole, pour une jolie philosophie. Douce et pleine d’espoir…
Ça me plait beaucoup. Retrouvant un sourire un peu plus enthousiaste, et repoussant mes quelques instants de peine tout au fond de mon ventre, pour mieux les ignorer jusqu’à plus tard, je viens glisser son cadeau derrière mon oreille, emmêlant ses spirales à mes cheveux, dans une drôle de décoration.

« Tu sais ? Ce qu’on peut faire. » Je remonte affronter son regard, un peu plus confiante, cette fois. C’est à nouveau l’anglais qui revient à la charge, alors que ma mélancolie s’estompe, dans l’espoir que ma syntaxe, quoique plus laborieuse, pour moi, lui sera plus accessible. « Ce soir, c’être la nuit. Alors s’inquiéter ça sert de rien. Oui ? Tu es pas obligée de croire. La magie. Mais on peut attendre demain, le matin. Si je suis pas repartie, ‘pouf’ avec la magie ? Alors tu as le droit de tu peux t’inquiéter. »

Et si, comme je l’espères très fort – je n’ai absolument pas envie de répéter un autre fiasco comme celui de Philadelphie – je suis bien rentrée chez moi avant le lever du jour, et bien, autant dire qu’il n’y aura plus vraiment de problème à régler. Elle se dira qu’elle a rêvé, ou bien elle essaiera de me contacter. C’est là qu’on saurait véritablement si elle était prête à croire ou non.

Il y en a que ça inquiète, que ça rend curieux, comme Nathan. D’autres, comme mon père, ou bien même Stephen

« Deal ? » Je souris, timidement, avançant ma main dans sa direction, l’auriculaire tendu dans sa direction. « Tu connais ? Avec le petit doigt ? On fait ça au japon. C’est ma mamie qui m’a appris. Fais comme moi. »

Je lui montre comment lier nos auriculaires, et la silhouette de nos mains à présent jointes lance une ombre impressionnante sur le sol de la clairière, étirée et secouée, de temps à autre, par la danse paisible des flammes, un peu plus loin. Le cœur plein d’un enthousiasme presque enfantin, je chante brièvement la petite strophe qui accompagne l’échange ; un poème à base d’aiguilles, de mensonges et de doigts coupés, étrangement adouci par les notes enjouées de la chanson.

« T’inquiète pas. On doit pas vraiment se couper le doigt si on ment. C’est juste… la comptine qui est un peu effrayante. Pour apprendre aux enfants que mentir c’est mal… »

J’esquisse un petit sourire d’embarras, appréhendant soudain qu’elle ait la même réaction que Stephen, quand je lui avais fait démonstration de la petite comptine. Mais je suis d’avis que toutes les cultures ont leur lot de petites choses morbides à destination des enfants. Ça n’était pas si traumatisant, chanté, comme ça, et surtout quand on comprenait que le sens qui a un jour été derrière les mots est depuis longtemps tombé en désuétude.

Ça n’a pas empêché Stephen de faire une sale tête, ce jour-là. Ça ne l’a pas empêché de me mentir, d’ailleurs, maintenant que j’y pense…

Mais peut-être que je ferais bien de ne pas y penser.

Reportant mon attention sur la jolie jeune femme, et nos mains, qui à présent se séparent avec délicatesse, je m’assure de lui offrir mon sourire le plus paisible, avant de poursuivre.

« Mais je mens pas. Tu verras. Si tu veux, même, je peux écrire quelque part mon adresse Youtube. Quand je rentrerai en Allemagne, demain, je ferais une vidéo. Tu pourras voir, et ça sera la preuve. Et sinon… » Je grimace doucement, pas très enthousiaste à l’idée de me confronter à cette perspective là tout de suite. « Sinon demain, tu pourras t’inquiéter. D’accord ? Mais ce soir… »

Une petite moue de réflexion intense vient plisser mon front, et je reste un instant interdite, tandis que mon esprit passe en revue les activités usuelles qui nous occupaient, moi, mon père, et mon grand-père, à l’époque où je fréquentais avec eux les terrains de camping de Müggelspree.

« Ce soir on peut regarder les étoiles ! Ou bien se raconter des histoires. Et manger des… des s’mores. C’est l’heure du petit déjeuner, pour moi, tu sais ? »

Mon estomac semble se réveiller, à cette idée-là, et accompagne mon argument d’un petit gargouillement joyeux. Je ris, de bon cœur, lorgnant la boîte où attend sagement le reste des biscuits. Ça n’est ni très conventionnel, ni très diététique, comme petit déjeuner, mais ça semble remplir l’enfant en moi d’un enthousiasme sans précédent. Ça fait résonner quelques cordes nostalgiques, au fond de mon ventre, me rappelant les fois où ma mère me laissait avoir des tartines et du chocolat chaud pour le souper, quand l’orage grondait au dehors ou que j’avais besoin d’être réconfortée.

Mon énumération continue, pourtant, toujours dans le japonais le plus simple que je peux conjurer. Parfois, quand un mot me semble vraiment trop spécifique, je tente de le répéter une fois en anglais, ou en allemand, me guidant dans mes cheminements linguistiques à l’aide des petites moues d’incompréhension que je peux regarder fleurir sur le visage de mon interlocutrice. Dès que je la sens paniquer, où froncer légèrement ses sourcils en signe de confusion, je ralentis mon propos, et je hasarde quelques synonymes, ou des traductions, jusqu’à ce que son visage s’illumine à nouveau de compréhension. C’est un jeu auquel je me découvre un certain intérêt, avec tout autant de surprise que d’excitation, et dès lors que je ne suis plus retenue par la crainte de n’être pas comprise, je retombe sans m’en rendre compte dans ma tendance presque pathologiques aux petits babillages d’oiseau bavard.

« Oh, et sinon, et bien, on peut… Qu’est-ce que tu fais, toi, quand tu dors près du feu, toute seule, comme ça ? Moi j’aime bien écouter de la musique. Ou faire de la musique. J’ai un Ukulélé, chez moi, j’apprends des chansons en anglais et je les mets sur internet, parfois, aussi. Les gens aiment bien. Je peux chanter, si tu veux ? » Mon sourire s’élargit, tout brillant d’un mélange d’enthousiasme et de bienveillance. « Mais c’est ton feu de camp, alors c’est toi qui doit décider ! C’est la règle du camping. »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Mer 26 Avr - 17:02

D’après elle, je ne la crois pas. J’efface un sourire sarcastique de mes lèvres. Évidemment, qui pourrait, de but en blanc, croire de pareilles choses ! Je me rends bien compte qu’elle a l’air de l’être le plus sincère qui soit sur cette terre en ce moment même, mais les fous ne sont pas moins sincères quand ils sont persuadés de leurs compulsives démences. Je n’ose pas vraiment lui répondre, de peur de la blesser davantage, et je suis heureuse constater que le brin de koru que je lui ai donné ait pu la soulager du moins un peu de ma compassion envers elle. Cette pousse de fougère est tout à fait mignonne au creux de son oreille.

Avec un sursaut de courage, elle essaie tant bien que mal de me réconforter. Néanmoins, dans tous les cas qu’elle présentait, rien, à mon avis, ne saurait me rassurer ou m’éviter de m’inquiéter. Si elle venait à rester ici, que ferais-je d’elle ? Si elle venait effectivement à disparaître, devrais-je aussi m’inquiéter pour ma propre santé mentale ?
Massant ma nuque d’une main hésitante, j’ose lui répondre :

« - Euh... Hm... Oui.... je suppose... La magie, hein... » en essayant de grimacer le moins possible et de faire disparaître ma gène. « On verra si tu ne ‘pouf’ pas. »

Elle me tend alors son auriculaire, et commence à chantonner en japonais quelque chose, qui, à l’oreille, n’est pas désagréable, mais qui, dans les brefs mots que j’arrive à capter, ne m’enchante pas plus que cela. Je me demande à ce moment si je ne viens pas de partager un échange d’un quelconque ordre satanique, mais quitte à ne pas croire aux phénoménaux poufs de téléportations, autant ne pas penser davantage aux rites occultes. Une fois cette cérémonie de deal accompli, non sans que je sache vraiment si je voulais vraiment y participer ou non, elle essaie de nouveau de me convaincre que ça va réellement se passer. Pour éviter de la perturber, je vais, à genoux, à mon sac pour en sortir un calepin et un stylo où elle peut me donner tous les contacts qui lui viennent pour que je puisse la joindre au (grand) cas où.

Sa dernière affirmation éveille mon cerveau qui se heurte aux non-sens. Et c’est à voix basse que je m’entends dire :

« - Quoi ? Le petit déjeuner chez toi ? Ah. Ah oui oui, évidemment... » mon sourire est gauche, mes codes de pensées sont troublés.

Je respire doucement, je tente difficilement de ne penser à rien, comme si tout ce qui se passait autour de moi à l’instant était absolument normal dans le meilleur des mondes. Je l’écoute, ses paroles, pas toujours assurées, ont quelque chose de réconfortant tout de même. En fait, si ce n’est sa lubie pour les téléportations, Yoko est assez adorable. J’essaie de l’écouter autant que je le peux, de même de la comprendre, alors que le ciel de la nuit est de plus en plus sombre, et qu’une lueur intimiste nous enveloppe, Yoko et moi.


« - Quand je suis toute seule devant un feu ? » la question arrive à m’étonner, alors que cette situation m’est familière. Je recherche juste la sérénité, à recharger les batteries, loin de tout. « Hm, oui, moi aussi je chantonne. Même si je ne sais pas du tout jouer de quelque instrument de musique que ce soit. » Mes yeux se posent sur le cours d’eau non loin de nous, un sourire amusé illumine mon visage : « Quand je suis seule et qu’il fait chaud aussi il m’arrive d’aller me baigner dans la rivière » j’émets un rire sonore et cristallin, presque fière de mon invitation saugrenue et stupide qui suit juste mon fil de pensée. « Sinon oui, on peut chanter, ou bien je peux te raconter des choses sur la Nouvelle Zélande ou bien sur la culture Maori ? Je suis moi-même la descendante d’une tribu Maori ! » avec fierté et naïveté, remontant mes manches jusqu’en haut de mes épaules, je lève mes bras au ciel et je comprime mes muscles, comme si ma musculature ou la force venaient directement de mes ancêtres. C’est ostensiblement idiot. Ah, la fatigue. « Tiens, tu aimes les histoires ? Je peux te raconter la création de la Nouvelle Zélande selon les Maoris si tu veux ». Je me saisis de nouveau de la carte qui était resté aux pieds de Yoko, et je la déplie complètement pour montrer l’étendue de toute l’île, et sur un ton solennel de narrateur (qui avait surtout bien appris ses speechs touristiques), je commence mon récit : « Ici, nous avons un demi-dieu, qui se nomme Maui. Ah bah tiens ! Comme dans le dernier film de Disney, Moana, tu l’as vu ? Ce demi-dieu vivait à  Hawaiiki, c’est l’île où viennent originellement tous les peuples polynésiens. Un jour, grand pêcheur, Maui pêchait dans l’océan, loin de tout, grâce à son grand hameçon magique, sur son waka, son canoé. Il sentit une grosse prise au bout de son hameçon, il tira de toutes ses forces et sortit de l’eau Te Ika a Maui, le poisson de Maui. Il découpa le poisson, et ce poisson devint l’île nord. Maui pêcha ensuite l'île Sud, connue sous le nom de Te Waka a Maui, le canoë de Maui. Il y a aussi tout au sud de la Nouvelle Zélande l'île Stewart, ici, on l’appelle Te Puna a Maui : c'est l'’ancre de Maui’ qui a retenu son waka alors qu’il pêchait le poisson géant. Ainsi fut créée Aotearoa, la Nouvelle-Zélande. »

D’aise, et contente de mon récit, j’arbore à Yoko un sourire enjoué et je m’assis en tailleur en face d’elle, tout en espérant ne pas l’avoir déçu, mais apparemment, écouter des histoires n’était pas pour lui déplaire.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Mar 16 Mai - 1:54

Ce n’est pas facile, pour Atéa, de lâcher prise. De simplement accepter ma présence ici, avec elle, sans chercher à l’expliquer. Je peux sentir qu’elle se bagarre un peu, à l’intérieur d’elle-même, probablement contre l’intransigeante voix de sa propre rationalité, mais chaque seconde qui passe voit sa lutte couronnée d’un succès plus franc. Pour une raison dont je ne suis pas certaine, elle semble déterminée à m’éviter de souffrir de son incertitude. Qu’il s’agisse d’affection ou simplement d’un respect sincère et louable pour le confort d’autrui, la bienveillance d’Atéa, et l’effort qu’elle déploie pour aller dans mon sens me touchent profondément.

Les mains occupées à griffonner sur le petit calepin qu’elle m’a confié, je me laisse bercer par le son de sa voix, un sourire bien plus léger au bord des lèvres. J’ai inscrit là l’adresse de ma chaîne Youtube, en haut d’une page, mais avant que j’aie le temps de penser à y ajouter mon mail ou mon numéro de téléphone, ma concentration a de nouveau été happée par mon hôte. Du coup, délaissant le milieu de la page, la pointe de mon crayon s’en est allée griffonner pensivement dans la marge.

Et puis…

Il y a un rire, soudain, dans sa gorge, et c’est un rire si joli que je m’arrête aussitôt pour l’écouter. Il s’accorde parfaitement avec les crépitements du feu, et le murmure du vent dans les feuilles, au loin. On dirait presque que c’est lui qui les a convoqués. Je relève les yeux vers la jeune femme, le cœur tout intrigué, et me retrouve nez à nez avec un biceps fièrement dressé vers les étoiles.
Surpris, mes yeux en suivent les contours, tracés finement – et oserais-je le dire : très joliment – sur sa peau. Je remonte leur piste, habillée d’or par la lueur douce des flammes, et chemine jusqu’à la petite moue de fierté amusée qui s’est installé sur les lèvres d’Atéa. C’est si intriguant…

Ses yeux sont comme ceux d’un chat, pendant une seconde, alors que le feu s’y reflète aussi, et quelque chose de magique se produit.

Je rougis, brusquement, et bat en retraite presque aussitôt après. Mon regard, cherchant où se poser, finit par atterrir au milieu des petites spirales que j’ai commencé à gribouiller sur le bord de la page, dans le carnet d’Atéa. Mon sourire, lui, n’a pas quitté mes lèvres, malgré la surprise. En revanche, il s’est tout légèrement teinté d’un mélange d’embarras et de satisfaction.
C’est comme si j’avais trouvé un trésor, juste là, dans le sourire de la jeune femme. Une petite seconde en or, précieuse et électrique. Rien qu’à moi. À moi et à elle. Et à cette nuit au-dessus de nous.

« Ouah… »

Je pouffe, à mon tour, la poitrine remplie de bonne humeur, et la laisse s’installer près de moi, abandonnant le carnet un peu plus loin pour me pencher avec elle sur la carte.

Guidé par ses mots, je voyage, sautant d’île en île comme si j’habitait le bout de son doigt, et son enthousiasme semble me porter aussi facilement que ses bras pourraient le faire… s’ils le décidaient. Je fronce les sourcils. Ça c’était une pensée… un peu inhabituelle. Je la laisse filer, sans y prêter trop d’attention, distraite, de tout façon, par la fin du récit de mon hôte. Levant les mains, j’applaudit doucement, laissant mes dents briller à la lueur du feu, dans un sourire très large, et alors qu’Atéa lève sur moi des grands yeux pleins d’attentes, je m’efforce de trouver dans mes souvenirs une histoire digne de suivre la sienne.

« Mmmh…  Mon grand-père il me racontait beaucoup d’histoires, mais c’était plutôt des trucs sur, hm… la Guerre. Des batailles, et des généraux corrompus. » J’esquisse une petite grimace à ce souvenir ; ce n’était pas vraiment ce que je préférais me rappeler de lui, en général. Quand on l’avait lancé dans ce genre de récits, il ne pouvait plus s’arrêter et pendant des heures il peignait avec ses mots des tableaux sanglants et durs, remplis de monstres au visages beaucoup trop humains pour le cœur de sa petite fille. « C’était son travail. Il faisait des livres. »

J’arrête là ce sommaire portrait de mon grand-père, laissant mon esprit voguer le long de son courant, à la recherche d’un conteur un peu plus habile. Evidemment, il ne met pas longtemps à le trouver, et c’est le visage bienveillant de ma mère, qui m’apparait, enveloppée de douceur et de nostalgie.

« Ma maman elle… »

Aussitôt que les mots ont quitté mes lèvres, une petite bille de marbre monte faire son nid dans ma gorge, et une ombre passe dans mon regard. Ce n’est pas un mauvais souvenir que je convoque, pourtant, mais malgré les années et l’allégresse du moment que je partage avec Atéa, un petit peu de ma tristesse d’enfant trouve un chemin jusqu’à mon sourire.

« On avait un rituel. Je venais m’asseoir à côté d’elle, au piano. Et elle racontait une histoire, et avec sa musique elle faisait tous les bruits, et des petits thèmes différents pour chaque personnage… » La gorge encombrée d’un petit soupir nostalgique, je remonte mes jambes devant moi pour m’y enrouler, soudain pensive. « Elle est plus là maintenant mais… »

Ma gorge se serre un peu, et je secoue la tête, doucement, refusant de m'attarder sur le pincement qui saisit mon coeur.

« Je ne connais pas toutes les légendes sur le japon, mais quand j’étais petite, il y en a une que j’aimais beaucoup qu’elle me raconte. Elle disait que le Japon repose sur une pierre très dense et très dure, et que cette pierre est posée sur le dos d’un poisson chat : le Namazu . On dit qu’il vit dans les profondeurs, caché dans la vase tout au centre de la terre, et que chacun de ses sursauts provoquent des catastrophes à la surface de la terre. Comme les séismes. Heureusement le plus fort des dieux du sanctuaire de Kashima, Takemikazuchi, lui maintient la tête avec son épée pour qu’il reste tranquille. » Mes mains se rassemblent devant moi dans une tentative de mime, mais je ne suis pas tout à fait sûre de comment on tient une épée, alors je finis par les laisser retomber à côté d moi. Un sourire au bord des lèvres, je relève les yeux vers la jeune femme, avant de prendre ma grosse voix spéciale histoires. « Mais chaque fois qu’il relâche sa vigilance le poisson remue et la terre se met à trembleeer... Hm. Voilà.»

Je tapote doucement de mes pieds sur le sol, le petit élan de tristesse presque dilué au fond de ma poitrine. Mon regard se perd encore quelques instants sur les traits du visage d’Atéa, puis je rassemble mon courage, et quelques mots d’anglais, remarquant que ce dernier m’avait complètement déserté depuis quelques minutes.

« Mais tu sais ce que j’aimerai bien entendre ? Une histoire sur toi. » Camouflées par les reflets orangés que projettent les flammes, mes joues se colorent discrètement. « Enfin… Comme tu veux comme histoire. Si tu as envie. Sinon c’est pas grave ? »
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Jeu 27 Juil - 19:27

Le sourire que j’ai réussi à donner à Yoko me gorge davantage d’enthousiasme. L’intérêt qu’elle a pour mon histoire m’amuse moi aussi, je ne pensais pas qu’elle serait aussi captivée ; après tout, je raconte cette histoire à tous les touristes tout l’été, je n’ai pas beaucoup de mérite à la raconter encore et encore, mais je dois avouer que cette prestation à huis-clos, en cette soirée naissante, juste pour Yoko, avait un charme singulier. J’arrive presque à me dire qu’il serait dommage qu’elle se mette à ‘pouf’ tout de suite, si elle devait vraiment ‘poufer’. Je m’étonne sur le moment du calme dont elle fait preuve, si elle est véritablement si loin de chez elle, ou si elle est vraiment... folle ? Mais cette pensée me fait de la peine et je ne peux me résoudre à la valider.
Même la grimace, que croque brièvement Yoko sur son pâle visage, au sujet de son grand-père, me fait un doux pincement au cœur. Ca me rappelle à moi aussi mon grand-père, qui me racontait les histoires de la seconde guerre mondiale qu’avait vécu son propre père. Ces histoires sont par ailleurs connues de tous les néo-zélandais, le 28ème bataillon Maori avait le mérite d’être réputé pour leurs hauts-faits, en Grèce, en Crète, en Afrique du Nord, en Italie, on m’avait tant vanté ces mérites et ces horreurs que je connaissais l’itinéraire par cœur.  

A entendre la voix de Yoko, un malaise s’installe ; je sens qu’elle parle de sa mère à regret. Une peine sourde arrive à poindre au creux de mon ventre, et remonte doucement jusqu’à ma gorge. Sur le coup je me sens un peu désemparée, je connais à peine Yoko, et la perte d’un proche est vécue différemment par chacun de nous ; sur l’instant, j’ai envie de la prendre dans mes bras et de la serrer fort contre moi pour la réconforter, mais je me ravise, comprenant bien que ça ferait bien plus de mal encore, et qu’il fallait penser à autre chose. Je me contente donc de croquer dans un morceau de chocolat et de lui tendre le reste au bout de mes doigts, tel quel. Juste après, je lui passe une main délicate sur sa nuque et la masse doucement, et avec un positivisme à tout épreuve, comme pour ne garder que le meilleur de ce qui se fait sur terre, je lui dis d’une façon chaleureuse :

« - Ta mère devait être adorable pour avoir un tel rituel avec sa fille. Je sais de qui tu tiens à présent. » Je me permets un sourire timide et apaisant, comme pour dissiper sa propre gène et surtout sa peine.

J’écoute sa nouvelle histoire avec des lueurs avides dans les yeux, dès ses premiers mots, je sais qu’elle réussira à m’étonner. Suivant la droite ligne de mon conte maori sur la naissance de la Nouvelle Zélande, elle tisse le fil de l’histoire du Japon. A chaque nouveau nom propre qui apparaît, je me permets de le murmurer consciencieusement pour le retenir ; je tique un peu sur Takemikazuchi, convaincue que je l’oublierai demain.

A la fin de son conte, j’applaudis à mon tour, une joie non dissimulée sur les lèvres : « Eh bien, ça fait un sacrée poisson chat ça, ce Namazu ! Il va vraiment falloir que Takumike... » je fronce ostensiblement les yeux de déconvenue, le nom ne sonne décidément pas comme dans la bouche de Yoko, je respire un bon coup et continue comme si de rien n’était ! « que... qu’il fasse bien attention, ce dieu ! » Avec humour, je saisis le bras droit de Yoko le long de mon bras gauche, symétriquement, comme dans un nouveau geste de force musculaire « Ce n’est pas grave sinon, à nous deux on ira l’aider, ce Takumi ! » J’en profite, dans un rire cristallin, pour ironiser sur ma faute. Dans la droite ligne de ce que j’ai toujours fait, j’amuse la galerie.

« - Entendre une histoire sur moi ? » la requête m’étonne un peu, et me plonge dans une courte perplexité, qui s’ancre dans un profond « mais pourquoi ? ». Sur le moment je ne sais pas vraiment à quoi elle s’attend, que je lui dise ce que je fais dans la vie ? Dans quelle galère je me trouve ? Les études que j’ai abandonnées lâchement pour faire du sport à temps complet, entre les sous-boulots, entre gardienne de nuit et garde nature ? Pour ne pas trop la faire attendre, je continue la réflexion en murmurant à  Yoko, mes yeux attendris droits dans les siens : « Hmmm, une histoire sur moi... » La difficile simplicité de la demande me bloque un peu, je réfléchis à ce que j’ai pu réaliser dans ma vie qui soit digne d’être raconté et qui soit en même temps divertissant pour ma compagne de feu de camps. L’embarras doit sans doute se lire sur mon visage, je réalise soudain que je ne parle que très peu de moi, et que j’ai plus le tempérament d’écouter les autres. J’essaie alors de meubler avec ce qui me vient à l’esprit : « Qu’est ce que je pourrais te raconter ? Hm... Tu as déjà été à Rio de Janeiro ? » Je prends une petite pause. Figure toi que j’y ai été un peu cet été pour les Jeux Olympiques. » J’émets un léger rire sarcastique en entendant ma propre phrase et me reprend « Rassure toi, je n’étais que visiteur, mais je suis allée voir l’haltérophilie surtout » Je lance un regard rêveur vers la cime des arbres, peut-être que j’irai pour ceux de 2020... « Eh bien figure toi que pendant le séjour, j’ai passé la majeure partie de mon temps dans la parc national de Tijuca. Je m’y suis un peu perdue... Enfin, perdue... Oui et non. » une certaine malice se dessine sur mes joues « J’étais tellement absorbée dans ma visite, et surtout je me suis tellement éloignée des sentiers guidés, que je n’ai pas retrouvé la sortie avant 17h, seulement c’est l’heure où le parc ferme, et le soleil en cette période se couchait à 17h30... et il s’avère qu’il ne rouvre qu’à 8h le lendemain... Pour ne pas faire de vague j’ai fait la morte toute la nuit et n’ai dit à personne que j’étais à l’intérieur... Mais en pleine nuit, dans une forêt tropicale, tu te doutes... Puis ce n’est pas comme ici... Ici c’est assez paisible à côté, là-bas y’a des serpents, j’ai vu un de ces bothrops, un serpent venimeux, il faisait au moins deux mètres, je pense, heureusement j’ai réussi à m’en écarter... Une fois là dedans je ne faisais pas trop la fière, je n’ai quasi pas dormi de la nuit, entre quelques souches d’arbres qui traînaient... Le lendemain matin à l’ouverture, je suis ressortie, j’étais dans un état lamentable, sale, un peu boueuse, je me suis blessée à la jambe aussi je montre à Yoko la cicatrice qu’il en reste sur mon molet en levant un pan de mon pantalon,   « les gens me regardaient dans la rue avec de ces yeux, ils se disaient sans doute que j’étais une pouilleuse de Rio, à croire que j’étais un monstre hideux ! » dans une pantomime assez burlesque, je fais une grimace des plus terrifiantes et drôles, et je commence à mimer les gens et leurs têtes ahuries. Après une pause, je reprends : « Sauf que le souci, tu te doutes, c’est que je ne suis pas partie là-bas toute seule, que j’y suis allée avec mon entraîneur, Bubble que je l’appelle ; avant de rentrer à l’hôtel, je suis passée rapidement en catimini sur les plages de Rio, où il y a des douches pour se rincer, il était encore très tôt, il y avait un peu de monde mais pas tant que ça vu que c’était les jeux, puis le soleil était levé depuis 6h quasiment, donc bon, j’ai rincé rapidement mes affaires bourbeuses aux yeux de tous, j’avais de la poussière et de la boue qui s’étaient immiscées partout ! » j’étouffe un rire, en me mimant, gênée sous la douche « Quand je suis rentrée, vers 10h, après avoir marché toute la matinée, les jambes lourdes, je te dis pas comment mon entraîneur m’a accueilli alors que je n’avais pas répondu au téléphone de toute la nuit... J’ai dû lui faire croire que j’avais croisé un groupe de jeunes brésiliens sur la plage et qu’on avait fait la fête toute la nuit, et que j’avais perdu mon téléphone, ce qui, dans ce tissu de mensonge, était vrai, puisqu’il doit encore être dans la forêt à l’heure qu’il est...  »

Après cette tirade improvisée et sans forcément queue-ni-tête, je me permets de reprendre mon souffle, tapotant sur mes joues pour tenter de les refroidir alors qu’elles se sont échauffées sous l’effort et sous l’embarras de ce moment gênant, qui aujourd’hui me fait beaucoup rire, alors que personne n’a jamais été au courant, sauf Yoko.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Dim 13 Aoû - 0:40

Accrochée à ses lèvres, je me suis tue, à nouveau, pour la laisser dévoiler, rien que pour moi, un morceau de son passé tout aussi captivant qu’il est insolite. Je peux voir se dessiner la jungle, dans les lueurs vives et dansantes des flammes, et imaginer la jeune femme errer parmi elles, à la fois inquiète et terriblement courageuse. On dirait une héroïne de roman, Atéa. Avec ses bras gonflés de force, son cœur empli de bonté, et ses yeux brillants de rires. Pas étonnant que je la trouve, aujourd’hui, à camper dans la jungle sauvage comme une aventurière intrépide. C’était tout juste le genre de péripétie qu’on pourrait s’attendre à y trouver, au détour d’un chapitre.

Les deux mains enroulées autour de mes chevilles, et les jambes nouées dans un tailleur élégant, je penche, dans sa direction, m’inclinant de plus en plus pour me rapprocher d’elle, à chaque mot qu’elle prononce. J’ai envie de lui poser mille questions. Et de la laisser me répondre pendant la nuit entière. Qu’elle me dévoile chaque repli chatoyant de cette vie – sa vie – pour que je puisse m’envoler et m’y promener comme dans un grand rêve plein de couleurs.

Mais alors que son récit semble toucher à sa fin, et que mes lèvres s’entrouvrent pour réclamer un ‘encore’, quelque chose nous interrompt, l’une et l’autre, particulièrement grossièrement. Je sursaute.

C’est un bourdonnement. Un son feutré et frémissant, comme le ronronnement d’un chat, ou le grondement d’une abeille en colère. Ça vient de la gauche. De l’obscurité. D’une bête tapie sous les feuilles, peut-être ? Un insecte mécontent de notre intrusion, ou le soupir d’un fauve mal réveillé, tenu à distance par le seul feu d’Atéa ?

Mes yeux, à force de fouiller les ombres dont la nuit a recouvert le campement, finissent par trouver les reflets jaunes de ma doudoune, juste là, près de mes pieds, et alors la lumière se fait dans ma tête. Il n’y a nulle bête, là-dessous. Juste mon téléphone portable. Et ce bourdon inquiétant qui a résonné n’est autre qu’une de ses vibrations capricieuses.
Une sincère expression de surprise se peignant sur mes traits, je me précipite, et m’empresse de démêler les replis épais du vêtement pour en extirper l’appareil. L’écran s’illumine d’une lueur blanchâtre, qui m’aveugle un peu, mais en plissant les cils je parviens à distinguer les premières lignes d’un sms.

Citation :
Vodafone vous accompagne en Nouvelle-Zélande.
Pour savoir si votre forfait inclut de crédit de communication hors zone Europe consulter l'appli MyVodafone (gratuit à l'étranger) ou votre espace client.

A la suite, une liste de tarifs – assez impressionnants – s’affichent, listant différentes options d’appel, d’envoi, ou de réception de sms, et sur lesquels je louche quelques secondes, en essayant de calculer combien il pouvait rester sur mon forfait, et si cela suffisait pour un appel à ma grand-mère. Je ne savais pas trop à quelle heure se ferait mon voyage de retour, après tout, alors peut-être qu’ainsi je lui éviterais de s’inquiéter. Il y avait, évidemment, aussi l’option que le voyage de retour ne s’effectue pas, mais celle-là, je préférais l’ignorer de toutes mes forces pour l’instant. Ça avait marché pour Hiyori, ça marcherait pour moi. Avec Nathan, j’avais probablement simplement fait l’erreur de trop m’éloigner de mon point de téléportation, voilà tout…

Mais je n’ai pas le temps de m’étendre plus longtemps en théories, rassurantes et tirées par les cheveux ou non, car le petit appareil entre mes mains me prend de vitesse, et m’interrompt d’une nouvelle et vigoureuse vibration. C’est un appel, cette fois, et le portrait digital de mon père surgit au milieu de l’écran, pour me fusiller de ses petits yeux rieurs. Ma respiration se coince dans ma gorge, et avec un petit geste paniqué, je fais glisser vers la droite l’icône tactile qui me permet de décrocher, et porte le téléphone jusqu’à mon oreille pour y balbutier, dans un japonais plus naturel.

« A-allo… ?
- Yoko ? Et bah enfin ! Ça fait environ une demie heure que j’essaie de te joindre. Le réseau est si mauvais chez ta grand-mère… ?
- Euh… Bah je… Oui ? Je-J’suis pas chez mamie là, c’est pour ça, hm.
- Tu es hors de ton lit à cette heure ? Ma parole, c’est un miracle de Noël en retard !
- Ha ha…
- Et qu’est-ce que tu es partie faire de beau ? Tu seras là pour nous accueillir, au moins ?
- Vous accueillir ?
- Et bien pour nouvel an !
- Mais…
- Mamie ne t’as pas prévenue ?
- Je… Si mais…
- On devrait arriver vers midi, Janet s’est foulé le poignet hier, elle a dû annuler sa classe de Yoga. Du coup on a pu partir plus tôt, et ta grand-mère nous a invité à déjeuner.
- D’accord, hm…
- Tu pourras la prévenir qu’on ramène le dessert ? Je ramène un Weihnachtsstollen, tout frais d’hier soir.
- Oh…
- J’ai… J’ai mis beaucoup de pâte d’amande, comme tu aimes, et Janet l’a décoré.
- C’est gentil…
- Tu préviendras mamie, alors ?
- Je… Oui. Si je reviens à temps, je lui dirais.
- Si tu… »


La voix de mon père s’éteint, un moment, dans un sursaut qui me serre la poitrine. C’est dit. C’est parti. Le pavé est jeté dans la marre, et les ridules à sa surface vont bientôt arriver jusqu’à son lanceur. Jusqu’à moi. La question vient, lentement, et je n’ai pas d’autre choix que de l’attendre, les lèvres pincées.

« Qu’est-ce que tu es allée fabriquer qui te demande autant de temps, au juste… ?
- Bah… J’suis allée chercher du gui… »


Je déteste mentir. En particulier aux gens qui comptent, qui me sont cher. Ils ne méritent pas que je leur dissimule la vérité, mais c’est de mon père qu’il s’agit. De mon père, et de Janet. Ces choses-là, ils n’y ont jamais cru, et ça ressemblera trop à la mauvaise excuse d’une enfant dérangée, si je leur dis ce qui s’est véritablement passé. Alors le mensonge, aujourd’hui, et comme à chaque fois que le surnaturel a fait incursion dans ma vie, ces dernières années, c’est encore le moindre mal.

« Et après la voisine m’a… invitée à me réchauffer… et… elle m’a demandé de venir l’aider, euh… à… »

Le vrai souci, dans cet histoire, c’est que le mensonge est un art dans lequel je n’excelle absolument pas. Ma voix vacille, et faiblit, comme la flamme d’une bougie prise dans les caprices d’un courant d’air. Dans la petite soupière qui me sert de boîte crânienne, ça siffle et ça bouillonne, tandis que j’y cherche désespérément l’inspiration ?

« Faire des sablés avec les enfants… Pour les occuper. Comme… pendant qu’elle prépare le repas, hm. Et y’a beaucoup de sablés. Et d’enfants… Alors… je sais pas quand j’aurais fini… »

Ma voix s’éteint, écrasée par la culpabilité, tandis que le silence, de l’autre côté de la ligne, se fait épais et plein de jugement. Je ne peux pas apercevoir le visage de mon père, à cet instant précis, mais je devine au son du soupir long et crispé qui lui échappe, l’expression précise de son visage. Il est déçu. Je le déçois. Et il m’en veut, mais fait tout les efforts du monde pour ne pas le laisser transparaître dans sa voix.

Ce soupir, je l’ai entendu mille et mille fois, quand je me cassais encore les dents sur les examens universitaires. Le poids de l’amertume, dans ses mots, alors qu’il reprend la parole, fait aussi mal que si on avait versé de l’eau glacée à l’intérieur de mon estomac.

« Bon, je vais réessayer d’appeler chez elle, dans ce cas.
- Papa, je…
- Non, ça n’est pas grave. Tu ne pouvais pas deviner. Essaie d’être là pour le dessert au moins. Janet s’est donné du m… »


Le silence tombe comme un couperet. La ligne grésille, puis s’éteint, alors que la petite barre de réseau finit par rendre l’âme, ou bien que mon crédit de téléphone finit par s’épuiser, et je me retrouve complètement seule avec les crépitements du feu. J’ai la gorge serrée, et le ventre lourd d’un indescriptible fardeau. Encore une conversation terminée dans l’amertume paternelle. Une déception de plus sur l’interminable pile de celle que je lui ai déjà causées. La maigre réconciliation qu’avait offert les fêtes de Noël foulée au pied par les stupides aléas cosmiques qui régissent ma vie. Juste quand je pensais que les choses allaient en s’arrangeant. Juste quand je commençais à trouver un certain goût à ces incursions surnaturelles dans mon quotidien. Mais visiblement, même ça, je ne pouvais pas l’avoir.

Et puis lui, aussi, qu’est-ce qu’il a besoin de ramener Janet là-dedans ? De faire tout reposer sur moi comme si c’était ma faute, si Janet n’était pas très à l’aise en présence de ma grand-mère ? C’est lui qui a claqué la porte, toutes ces années en arrière. Lui qui a mis près de cinq ans à reprendre contact.  Lui qui a manqué le réveillon de Noël et annoncé la grossesse de sa nouvelle femme à sa mère par un coup de téléphone. Lui, encore, qui passait systématiquement par sa fille quand il avait quelque chose à lui dire. Me mettre ce poids-là sur les épaules, c’était franchement injuste de sa part…

Je serre mon téléphone dans mes mains, sans un regard pour cette pauvre Atéa qui doit commencer à se poser des questions. Je n’ai pas le courage de l’affronter pour le moment. J’ai la tête pleine de mauvaises pensées, qui ont profité de la brèche ouverte par mon père pour s’y infiltrer en masse. Maintenant, elles vrombissent sous mon crâne comme une troupe de sinistres chauves-souris, et chacun de leurs battements d’ailes me laisse l’âme toute griffée de peine et de confusion.
Qu’allait-il se passer, à présent ? Je ne pouvais pas contrôler l’heure à laquelle les courants instables de l’univers me ramèneraient à Spreenhagen. Si ils me ramenaient. Qu’allait-il se passer si je ne rentrais pas à temps ? Si le reste de ma famille était forcé de déjeuner sans moi ? D’attendre avec inquiétude mon retour, et de téléphoner à la voisine pour découvrir que je n’y suis pas ? De s’imaginer que je me suis sauvée, que j’ai fui loin d’eux pour ne pas les voir ? Et si mamie se sent abandonnée ? Si l’absence de sa petite fille lui fait mal, et qu’il n’y a personne, sous le gui, ce soir, pour lui faire tous les bisous qu’elle mérite ?

Mes yeux se chargent de grosses larmes, et les lueurs du feu, devant moi, se mettent à onduler et se dédoubler dans un océan flou et salé. L’écran de mon téléphone n’est plus qu’un petit point lumineux, et les ombres alentours se mélangent en une masse noire et informe, qui refuse de se mélanger aux flammes comme l’encre à la surface d’une huile. Un grand hoquet me noue la gorge, et, les doigts serrés sur le petit appareil inutile, je me met à sangloter pour de bon. Dans un élan incompréhensible, je jette le portable aussi loin que je le peux – pas très loin, en réalité – dans les fougères, sous les yeux atterrés de mon hôte, mais je ne me sens pas beaucoup mieux après ça.

Je renifle, le cœur gros et lourd, imbibé de peine comme une grosse éponge, et lorsque je relève enfin mes yeux brillants, et mes joues humides en direction de la jeune guide, c’est pour mieux rougir de l’état dans lequel je me laisse voir. [/i]Tout allait si bien, il y a quelques minutes, comment est-ce que tout à pu se détraquer si vite ?[/i]

J’aimerai juste que quelqu’un me prenne dans ses bras, et me dise que tout va bien aller. Et si cela se produit, j’aimerai, plus que tout le reste, croire avec sincérité en chacune de ses paroles.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Jeu 17 Aoû - 1:13

Le visage de Yoko a quelque chose de resplendissant à travers l’écoute attentive qu’elle m’offre. L’effet captivant que j’ai sur elle me captive d’autant plus sur sa propre personne. On a beau avoir toute la place de la forêt pour échanger, elle s’approche de plus en plus. Mon récit fini, et pour me mettre davantage à mon aise, je m’assois en tailleur près du feu, requinquée et étrangement électrisée par ce récit qui tournait mon inattention et mon goût du risque au ridicule.

Pourtant, alors que j’attends d’éventuelles questions sur des détails, -ce put être sur n’importe quoi, j’aurais pu dérouler le fil de la discussion pendant de longues minutes sans en perdre le moindre monceau-, un téléphone vibre dans la doudoune poussin laissée à terre. Sur le coup je suis contente de constater qu’elle n’est pas si perdue dans cette forêt et que sans doute quelqu’un la cherche non loin d’ici. La jeune femme contemple un instant son écran, je ne sais ce qu’elle y découvre, mais à l’évidence l’engin se met à vibrer de plus belle, tandis que le visage de Yoko s’ouvre d’étonnement et qu’elle répond en japonais à son interlocuteur dont je ne perçois que les maigres intonations.

Si je ne comprends pas tellement ce qu’il s’y raconte, et ce dont il s’agit, ma face tournée vers le feu, je la regarde du coin des yeux. Son visage, insensiblement, se décompose pendant que sa voix se brise contre des remparts d’incertitudes. Je lui souris quelques fois, arrêtant sur elle mes yeux, quelques longues secondes, alors je sens mon regard presque pénétrer son âme, comme de doux rayons de soleil qui descendent jusqu’au fond de l’eau, pour y déceler son désarroi avec une juste pudeur, comme pour l’aider, mais elle est trop perdue pour m’apercevoir.
Pourtant un pincement d’empathie me serre vivement la poitrine. Je sens la gène de mon hôte s’accroître, j’ai l’irrésistible envie de lui saisir la main, et de la lui caresser doucement pour la soutenir directement dans ce moment délicat. Dans le fil de la conversation, où Yoko ne peut placer que quelques rares mots, j’arrive enfin à comprendre que celui qui est au bout du fil n’est autre que son père. La communication s’interrompt soudainement pour laisser place au silence. Je ne sais pas si la conversation a coupé, ce qui est possible ici en forêt, ou s’il a raccroché, mais l’air tétanisé qu’arbore l’être entier de Yoko me refroidit instantanément et arrive à cristalliser l’ardeur que j’avais il y a quelques minutes à peine en une lourde masse qui me pèse au fond du ventre. Je ne sais trop où me mettre lorsque de lourdes larmes de déchirement s’abattent sur ses joues, lorsqu’elle lance son téléphone non loin, et que nos regards se croisent enfin, là où je contemple les tréfonds de son âme, agitée par une tempête intérieure, et criant brutalement à l’aide.

Mais, lassée, gorgée de désirs contradictoires de pudeur et de réconfort et ne sachant même plus ce que je veux réellement, j’éprouve une tristesse et un désœuvrement démesurés, une envie de me perdre et de m’abandonner à Yoko. Les flots d’une infinie tendresse me submergent alors.

Couvrant le peu de distance qui nous séparait en me déplaçant sur mes poings, très près d’elle maintenant, je pose la paume de ma main sur sa joue, et viens baiser délicatement et longuement sa tempe que je guide dans le creux de mon épaule. Passant avec précaution ses jambes au dessus des miennes, je la serre contre moi avec bienveillance, serrant ses doigts entre les miens et caressant ses cheveux de ma main nouvellement libre avec un rythme calme et mesuré pour l’aider à réprimer les tremblements de son corps.

Je ne sais absolument pas ce qui se cache derrière tout cela, et je ne connais en fin de compte quasiment rien de Yoko qui puisse réellement m’aider à la réconforter. Sur le coup, j’ai honte d’avoir pensé qu’elle ait pu être folle, en parlant de ses téléportations à l’autre bout du monde ; ce à quoi je venais d’assister balaie tout le reste, prise de tendresse devant cette tristesse mise à nue. N’étant au courant d’aucun élément de ce qui chagrine Yoko, j’ose pourtant me mettre à l’eau, pensant résolument le moindre des mots que je lui prononce dans un anglais simple, convaincue qu’un tourment aussi profond ne saurait trouver une solution.

« Ca va aller Yoko, il n’y a aucune raison que ça n’aille pas, ça va s’arranger. »

Je ne sais pas ce que Yoko attend en soi, ce que je peux faire pour elle, quels soucis elle a en particulier avec son père, si ça a un lien direct avec « pouf la magie » ; j’en viens presque à souhaiter, dans un élan de compassion, qu’effectivement pouf-la-magie vienne la rechercher. La jeune femme dans les bras,, et plongeant mon regard à travers le feu, une évidence me vient à l’esprit ; au pied de ma tente se trouve mon sac à dos avec mon téléphone de sécurité de garde-nature à l’intérieur. Je ne sais absolument pas à quoi mènerait tout cela, mais me renseigner pour trouver un gîte qui loge un père qui recherche sa fille, ou bien appeler un hélicoptère pour faire sortir rapidement Yoko de la forêt, c’est faisable.

Frottant doucement mon visage contre le sien et en apposant de nouveau un baiser sur ta tempe, je relâche mon étreinte et lui dis :

« Attends-moi là, je vais voir ce que je peux faire, d’accord ? »

Me levant délicatement, je pars d’un pas résolu vers mon sac. Au passage, je remarque le téléphone de Yoko, je le lui remets près d’elle, câlinant ses mains, comme pour lui dire que je reviens de suite. Je retourne à mon sac, le fouille et trouve mon propre téléphone. Un dernier instant je caresse Yoko du regard en lui envoyant un sourire affectueux. Saisissant un numéro sur l’écran, et par réflexe plus qu’autre chose, à la discrétion d’un appel, je me mets dos à mon invité ; le numéro met un certain temps à répondre, mais quelqu’un décroche finalement :

« Ah ! Brad ! Bonsoir, c’est Atéa, tu vas bien ?… Dis-moi, est-ce que tu pourrais me rendre un service ?
- Oui bien sûr.
- Super ! J’aurais voulu savoir si vous aviez reçu au poste de sécurité un appel comme quoi une jeune femme avait disparu près de Te Urewera, signalée par son père ?
-Euh non non, rien de ce genre
-Ah… Bah euh… tant pis » je me retourne vers Yoko, arborant une mine songeuse et triste, et reste bouche bée, je raccroche aussitôt.

Il n’y avait plus personne de l’autre côté du feu. Je regarde dans tous les sens, jusqu’à ne remarquer, au sol, qu’une doudoune jaune.
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Jeu 24 Aoû - 1:01

La tempête fait encore bruyamment rage, dans ma poitrine, alors qu’Atéa se risque à s’approcher de moi. Je me tends, instinctivement, mes réflexes trop imprégnés de nervosités ne sachant pas très bien quoi faire de cette intrusion dans mon espace personnel, mais la main qui vient entourer ma joue n’est que douceur, et précaution, et bien vite, sous les doigts sereins de la jeune femme, mes défenses naturelles s’écroulent les unes après les autres. Son baiser pose quelque chose de très chaud, et précieux, à la surface de ma peau, et cette chaleur-là navigue à travers moi, en apaisant mes nerfs réveillés sur son passage. C’est presque maternel, et profondément envoûtant, et je me laisse conduire dans son étreinte comme un enfant prêt à être consolée.

Elle ne peut rien, la pauvre Atéa, à ma délicate situation, tout comme Nathan ne pouvait rien, lui non plus, à mon réveil ce matin-là, mais lui comme elle, dans ont visiblement su trouver une solution à leur manière. La plus douce, la plus instinctive, et la plus étrangement efficace des solutions.
Le contact humain, bien que très agréable, surtout pour moi qui n’ait pas l’occasion d’en réclamer souvent, ce contact-là, donc, évidemment, ne suffit pas à tout arranger. La chose est plus subtile et ancestrale que ça. Par leur sérénité, et leur confiance, ils raniment ma sérénité et ma confiance. C’est comme s’il y avait en moi quelque chose qui depuis le début savait que tout irait bien, mais que celle-ci avait simplement besoin qu’on le lui rappelle avec un câlin.

Sa voix s’enroule, tout autour de moi, comme la laine confortable d’une grosse écharpe, au milieu d’une frissonnante soirée hivernale. C’est un basson très clair, aux mots choisis, et chaque mot résonne d’un accent plein de charme. Leur signification n’a que peu d’importance, d’ailleurs. Le ton sur lequel ils sont prononcés en dit déjà suffisamment. Mes yeux embués remontent chercher, là-haut, la compagnie du regard d’Atéa, mais il se perdent un peu en route, restant accrochés sur la forme floue se ses lèvres.

Elle est vraiment jolie.

Je ne sais pas bien pourquoi c’est important, à cet instant précis, mais mon cerveau semble sauter sur l’occasion de se distraire de ses noires agitations. Lui et moi nous nous laissons absorber par la contemplation, par en dessous, et à travers la buée de mes larmes, que mes doigts viennent écraser maladroitement sur mes joues, du visage d’Atéa. Sous cet angle, elle est toute en mâchoire, et en lignes solides. Protectrices. Elle ressemble encore plus à une super héroïne, surtout maintenant qu’elle a enroulé ses bras autour de moi. Je me sens comme… une drôle de petite princesse, réconfortée par le chevalier qui vient la libérer d’un terrible dragon. Sauf que le dragon est carrément métaphorique, et qu’Atéa est probablement mille fois plus cool qu’un bête chevalier de conte de fée. Elle est bien plus jolie, en tout cas, si je devais donner mon avis sur la question.

« Merci… »

Je réalise que mes larmes se sont arrêtées, envolées aussi vite qu’elles étaient venues, me laissant avec le nez encombré et les yeux un peu rougis. Je dois avoir une drôle de tête, maintenant… Ma voix, elle, en tout cas, garde encore en elle les ombres d’un sanglot pas tout à fait éteint, et tremblote, alors que la détresse de sentir Atéa se dérober si tôt vient l’étreindre à son tour. J’aurais voulu qu’elle reste, moi. Qu’elle reste, et qu’elle pose encore d’autres bisous sur mon front. Maintenant qu’elle s’en va j’ai l’impression d’avoir… terriblement et inexplicablement froid.
Je récupère mon téléphone, levant sur elle un regard entre l’incompréhension et la gratitude, puis alors qu’elle s’en retourne en direction de son sac, je tente de me rapprocher du feu, pour éteindre sous ma peau les frissons qui commencent à m’assaillir.

« C’est b… »

Le froid fait comme une grosse claque en plein sur ma poitrine, et me coupe presque la respiration. Presque, parce qu’en fait, ce qui me coupe vraiment la respiration, alors que je perds l’équilibre en tentant de me relever, c’est l’épaisse couche de neige dans laquelle je retombe, et qui remplit très désagréablement ma bouche grande ouverte. Mon cœur rate un battement, et aussitôt se précipite à toute allure pour essayer de compenser, me laissant parfaitement affolée, comme un oisillon tombé de son nid – et droit dans une congère – agitant mes ailes en tout sens pour essayer de me dépêtrer de là.
Ma doudoune, elle, est restée en arrière, avec mes bottes pour compagnie. La neige s’infiltre partout dans mon pyjama, qui s’imbibe aussitôt, et je piaille, en me redressant, perdue au milieu du nuage vaporeux de ma propre respiration. Le sol glacé brûle la peau de mes pieds, s’infiltrant à travers mes chaussettes trempées pour me mordre les orteils, et me force à sautiller maladroitement sur place. Mes yeux errent dans la blancheur hivernalt, mais je peine à reconnaître la campagne qui m’entoure, saisie et tremblante d’un mélange de froid et de confusion.

« A-Atéa… ? »

Mais Atéa est loin, maintenant, et avec elle son étreinte de chaleur et de sûreté Seul témoin de sa présence, et de notre rencontre : je remarque dans la neige à mes pieds que le petit brin de fougère m’a suivi, lui, et qu’il est en train de geler, tout comme moi, au milieu de la poudreuse. Je le ramasse, de mes doigts frigorifiés, et le garde serré contre ma poitrine, comme pour le protéger à mon tour des éléments.  

La pauvre petite Yoko est seule avec ses ennuis, à présent.

Au loin, je finis par apercevoir un morceau de barrière, et juste derrière, la silhouette malingre du vieux pommier des voisins. Malgré le froid, la douleur et la panique, qui palpite encore sous ma peau tandis que je fais un premier pas dans cette direction, quelque chose au fond de ma poitrine se serre de soulagement. Je sais où je suis, à présent. Tout va bien aller.
Il reste encore un peu de marche, pour retrouver le chemin de la maison, et je vais devoir rentrer là bas sans doudoune ni chaussures, c’est à peu près certain que je tomberai malade. En plus de ça, j’ai bel et bien perdu mon gui. Mais au moins… au moins…

Je serais là à temps pour dîner. Je fêterai la nouvelle année avec ma grand-mère, et je ne verrais pas la déception se peindre sur son vieux visage. Elle sera contente, ce soir, et la fête réchauffera ma petite carcasse, tout autant que son cœur de mamie.

Traînant les pieds dans l’épais manteau de neige, le morceau de koru serré précieusement contre moi, j’ai une pensée inquiète pour la pauvre Atéa, tout là bas, à l’autre bout de cette immense planète, qui doit se demander ce qui a bien pu m’arriver. C’est elle, qui sera inquiète, ce soir, et cette pensée suffit à assombrir les miennes. Alors que j’arrive enfin en vue de la maison, la poitrine et les bras rougis, sous mon pyjama trempé, je me fais la promesse solennelle d’essayer de la retrouver, en cherchant sur des sites de garde nature, là bas, pour pouvoir lui dire que je vais bien, ne serait-ce que dans un mail.

Et puis, si je ne parviens pas à la joindre… alors peut-être qu’elle verra ma vidéo. A ce moment-là, peut-être aussi qu’elle me croira, qui sait… ?
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MessageSujet: Re: Au détour de la rivière [Yoko]   Jeu 31 Aoû - 18:29

Un frisson désagréable me parcourt l’échine de part en part. Je reste bouche-bée. Alors que le vent traverse la cime des arbres, que le flot continu de la rivière suit son cours, que les brindilles ploient et cèdent sous mes pas désordonnés et errants, je ne perçois plus la flamme qui dansait sur la joue de Yoko. Mon visage, tout d’un coup, s’embrume, pâlit. Le sourire de bien être qu’il pouvait avoir il y a un instant, lorsque Yoko était dans mes bras, s’est pétrifié en une moue désarticulée. Il arrive à se fendre pour laisser échapper son nom, alors que mes yeux esquissent de longs mouvements erratiques entre la doudoune et les bottes de Yoko.

« Yoko ? Yoko ?? »

Je m’approche des reliques restées au sol, espérant une fois proche, que Yoko sortirait de derrière un arbre ; qu’elle ait une envie pressante ou bien envie de faire une blague. Je m’approche encore un peu, mais rien ne bouge, rien ne sort de quoi que ce soit, et personne ne me répond. Une sensation de froid parcourt mes jambes, mes bras, comme un engourdissement sourd qui fourmille sans discontinuer, dans un sentiment de mal être. Je l’appelle de nouveau, ne sachant que faire d’autre, mais rien ne change. Avec précipitation, je me mets à courir près des arbres alentours, j’en fais le tour désespérément, appelant encore et encore Yoko avec une voix disloquée. Mais rien, j’arrive à faire peur à des oiseaux dans la canopée, effarouchés par ma conduite. Sans vraiment savoir où je vais, je repars, écrasant le cours de la rivière, là où la visibilité est meilleure, du moins un peu, car vu l’heure qu’il est je ne vois quasiment rien, si ce n’est les reflets de la lune sur l’eau ondoyante. Je pense fugacement à appeler des secours, mais la forêt est immense, elle pourrait être partout, et je viens d’appeler Brad, et il m’a bel et bien soutenu qu’il n’y avait pas de disparition. Au fil de ma longue et pénible recherche, je suis surprise, car au loin, très loin, j’entends des feux d’artifices qui sonnent minuit, des pétards aux différents campements, ponctués de cris de liesse. J’espère fugacement que Yoko a trouvé refuge dans l’un d’eux, mais c’est impossible, ils sont trop éloignés pour qu’elle en ait rejoint un, encore plus au hasard.
Je prends alors mon courage à deux mains, oubliant les feux et les pétards, et je remonte petit à petit le ruisseau, appelant encore Yoko inlassablement, encore persuadée qu’elle ne devait pas être partie bien loin, qu’il y avait une raison à son petit départ précipité, et qu’au détour d’un sentier, d’un tronc d’arbre ou de quoi que ce soit d’autre, j’apercevrai son visage.
Au bout d’une longue recherche, dépitée, et fatiguée, au cœur de la nuit, je redescends, le pantalon trempé, boueux, commençant à perdre tout espoir de retrouver ma petite allemande-japonaise. Je ne comprends pas. J’ai froid, autant dedans que dehors.

Me revoilà, sans vraiment le vouloir, au gré de ma course, de retour près du camps, du côté de la doudoune. Je m’avance vers elle machinalement, me baisse, en regardant partout ailleurs, espérant toujours à une farce, qu’elle sortirait de quelque part, du haut d’un arbre peut-être, même si les chutes n’avaient pas l’air d’être son fort. Rien. Lorsque je me saisis de la doudoune, seul reliquat avec les bottes du passage de la jeune femme, un vide effroyable gonfle dans mon ventre.
Si je m’étais retournée, et qu’il n’y avait eu ni bottes, ni veste, je me serais peut-être dit au bout d’un temps que je me suis assoupie et que cette curieuse rencontre n’avait eu lieu que dans ma tête. Mais la doudoune que je serre de plus en plus fort contre ma poitrine me fait prendre conscience de la gravité de la situation. De lourdes larmes s’accumulent au bord de mes paupières, je les réprime du dos de ma main, mais une cascade d’autres viennent inonder mes joues sans cesse.

« Yoko... »

Je m’écroule au sol, dos contre un arbre. Je distingue à peine le feu qui est en face de moi, plus loin, mes yeux noyés de larmes ne me font que distinguer des perles dorées. Je renifle lourdement, honteuse de ma mégarde, j’aurais dû garder un œil sur Yoko après tout... Demain matin, dès le lever du soleil, je lancerai un avis de recherche une fois rentré au camps principal. Séchant mes larmes dans mon t-shirt, mes yeux s’arrêtent sur le feu, et sur la boite de biscuits et de marshmallow que j’avais sortis. Je serre d’autant plus la doudoune contre moi. Le s’more... Je la revois sourire en mangeant sa première bouchée, ça me rend triste et me réchauffe le cœur en même temps. Soudain me revient l’accord que l’on a passé, tout ce qu’elle a pu me dire sur ‘pouf’ la magie, le deal qui stipulait que je ne devais pas m’inquiéter si elle disparaissait, et que c’était le fait qu’elle reste jusqu’au matin qui était inquiétant... En tant que tel, c’était paradoxal. Mes yeux s’ouvrent d’effarement, fixant les diverses boites. Mais non, ça ne peut pas être possible. Pas une chose pareille.. Non, ce n’est pas possible. Quand tout à coup, me revient en tête ce que Yoko avait dit au sujet du deal.

« Mais je mens pas. Tu verras. Si tu veux, même, je peux écrire quelque part mon adresse Youtube. Quand je rentrerai en Allemagne, demain, je ferais une vidéo. »

Je ne bouge pas, mon cerveau semble à la fois perdu et en ébullition, souhaitant ardemment rejeter toutes ces bêtises et espérant que ce soit vrai en même temps. Il n’y a pas trente-six solutions. Si ce sont des sornettes, Yoko est quelque part, ici, égarée en pleine nuit. Si c’est vrai, elle est rentrée chez elle, en Allemagne ; ce qui, des deux, est la solution la plus enviable pour elle. En attendant, j’ai le dilemme de rester ici, et de la chercher à travers la forêt encore toute la nuit, ou de rentrer chez moi, et de ne pas m’inquiéter, en attendant une vidéo sur internet. La raison me pousse à rester, et à continuer les recherches, mais au fond de moi, j’ai envie de faire confiance à Yoko, même si niveau inquiétude, le pari est déjà perdu.
Près des boites disposées un peu partout, j’aperçois le calepin que j’avais prêté à Yoko pour qu’elle  y mette ses coordonnées et la branche de gui qu’elle avait perdu. Avec une énergie nouvelle, les yeux encore rougis, je me lève pour le ramasser, j’y vois une adresse Youtube. J’enlève la page du calepin, je la glisse avec le gui dans la poche de la doudoune que je tiens encore contre moi, et je range au plus vite toutes les affaires, je prends le temps de me rhabiller plus chaudement. Je plie la tente, et je me mets en marche pour 2h30 avant de retrouver ma voiture, à l’orée nord de la forêt. Il fait nuit, un peu claire pour ce début d’été heureusement, et à la lumière d’une lampe torche, j’avance, les jambes rapidement lourdes, déjà affaiblies par une longue journée de marche. Mais, déterminée par la promesse de Yoko, j’espère trouver une bonne nouvelle au bout du chemin, sachant qu’il me reste près de 350km à faire, soit 4h30 de route après coup.

Au bout de trois heures de route, fatiguée, sur le coup de 6h30 du matin, je m’arrête au premier McDonald que je croise, celui de Matamata, j’y bois un café allongé. Je n’ai pas d’appareil connecté sur moi pour regarder sur youtube, mais il faut me faire une raison, je ne sais pas du tout quelle heure il peut être en Allemagne, si c’est « demain » pour elle, ou encore si elle a pris ou eu le temps de faire ce qu’elle avait dit. Par chance, et cela me soulage, une personne présente a une tablette. Je lui demande de me la prêter un instant pour regarder quelque chose, sans doute, en voyant la profondeur de mes cernes, cette personne a-t-elle été prise de pitié. Je l’en remercie. Mon premier réflexe est de regarder le lien Youtube, mais rien ne s’y trouve. J’ai un pincement au cœur en la voyant et en l’écoutant sur sa dernière vidéo. Ensuite, pour savoir quelle heure il est chez elle, je regarde le décalage horaire et réalise qu’il y a dix heures de différence, il est donc chez elle 20h30... Ah. Si elle est bien là-bas, elle n’a pas encore fêté le Nouvelle An.

Soupirant à l’idée continuer la route, je me résous tout de même à la finir en deux heures. Je ne rentre pas chez moi, peu importe, je vais sonner chez Riley. A sa porte, j’ai une allure affreuse, et je porte encore la doudoune au creux de mes bras. Je sonne, aux alentours de 8h30, et elle m’ouvre la porte, en longue chemise de nuit, frottant ses cheveux blonds en bataille, à la limite du baillement :

« Atéa, c’est toi ? Tu as vu la tête que tu te fais là ?
-  Euh oui, c’est moi... Écoute, je peux rentrer ?
- Oui oui évidemment, entre. Viens. »
Je me dirige sans plus de cérémonie dans le salon de Riley, elle me regarde avec une mine intriguée, je suis rarement arrivée chez elle à cette heure-ci, et sous le coup de la fatigue, je ne pense même pas à lui expliquer les raisons de ma venue. Je m’affale dans le canapé, exténuée, la doudoune dans les mains.
« Il y a un souci Atéa ? … C’est quoi cette doudoune ?
-  Hm, je ne sais pas vraiment... Je... dois m’assurer de quelque chose qui me trouble beaucoup... Enormement même. Je peux t’emprunter ton ordinateur ?
Riley s’assit près de moi, inquiète, me posant une main sur le genou :
« Il s’est passé quelque chose, qu’est ce qu’il y a ?
Je réprime difficilement un sanglot rien qu’à l’idée de ce que j’allais énoncer :
-  Je... J’ai perdu quelqu’un en forêt. Cette doudoune lui appartient... »
Sous le regard effaré de Riley, je saisis l’ordinateur portable de Riley sous la table basse, puis le mot de passe que j’ai utilisé maintes fois.
« Tu as perdu quelqu’un ? Et tu as appelé les secours ??
-  Euh... Non, ça fait sept heures en fait, le temps que je revienne...
- Sept heures ?? Pourquoi tu n’as prévenu personne ?
-  Hmm, j’ai promis de ne pas m’inquiéter si ça devait arriver... Dis-moi, ça te dérange si je dors un peu ici... »
Mon amie reste interloquée, bouche-bée, tout en hochant la tête pour me faire comprendre que oui, je pouvais dormir sur le canapé. Je lui donne raison, absolument, car je n’en comprends pas plus qu’elle. Sur l’ordinateur, rien de nouveau, rien de plus. Mais je regarde une de ces anciennes vidéos. La veste de Yoko, comme le gage de l’existence de cette situation compliqué, est encore dans mes mains, et je m’endors sur le canapé.

Je me réveille à sursaut. Mon téléphone que j’avais laissé sur la table basse sonne à tue-tête. Mes yeux sont pesants d’une nuit trop courte, je vois sur l’horloge qu’il est 10h à peine. Je saute dessus dans l’espoir que ce soit Yoko, qui, par je ne sais quel miracle, aurait trouvé mon numéro. Je décroche, toussant pour avoir une voix correcte :

« Allo, Atéa ?
- Oui ?
- C’est Brad.
- Ah, salut Brad.
- Euh dis-moi, un mail m’a été transféré ce matin de l’administration forestière, et y’a un message qui t’est adressé. Comme je sais que tu n’as pas toujours internet, je préfère t’appeler.
- Ah ? Ils me veulent quoi ?
- En fait c’est pas tellement qu’ils te veulent quelque chose, ils ont simplement transféré un mail extérieur. On a reçu vers 8h ce mail, qui vient d’Allemagne et qui est pour toi, ça m’a l’air assez compliqué, je me suis dit que tu pourrais m’éclairer, ça a sans doute un lien avec la fille que tu cherchais hier ? Déjà c’est signé d’une dite Yoko. C’est dans un anglais approximatif mais je pense comprendre l’essentiel, elle dit qu’elle ne sait pas si c'est le bon endroit pour envoyer ça mne sachant pas trop où s'adresser, qu’elle a rencontré une Ranger prénommée Atéa  hier soir dans la forêt, donc toi, et qu’elle a dû partir sans prévenir. Apparemment elle veut simplement te faire savoir qu’elle va bien, pour que tu ne t’inquiète pas, en somme. Elle ajoute en post-scriptum que sa prochaine vidéo devrait être mise en ligne demain « chez elle », insiste-elle. Tu y comprends quelque chose ?

Un sentiment de bien être et de soulagement infini m’envahit et j’arrive enfin à sourire depuis le départ de Yoko, tandis que Riley sort de sa chambre, toujours dans le même état que précédemment ; elle aussi est soulagée, en me voyant plutôt radieuse.
«  Oui Brad, c’est parfait. Merci infiniment, ta nouvelle illumine déjà ma journée.
- Tant mieux écoute... A bientôt alors.
- A bientôt !
Je regarde l’heure à nouveau, il est 10h13. Et pensant au décalage horaire, je souhaite intérieurement une bonne année à Yoko, espérant qu’elle ait résolu son affaire de gui. Je sors par la même occasion le gui resté dans la poche de la doudoune, et je souris. J’ai totalement oublié cette histoire effarante de téléportation à l’autre bout du monde, je suis juste allégée à l’idée que Yoko n’est pas perdue au beau milieu de la forêt. Le reste, j’y penserai plus tard.
J’entends la voix de Riley, qui est venue près de moi dans le canapé :
« Alors, ça va mieux Atéa ?
-  Oui, bien bien mieux ! Juste fatiguée..., tout sourire.
- Tsss, y’a vraiment que toi pour sortir des histoires pareilles ! J’ai entendu. Alors, elle s’est retrouvée où la fille ?
-  Euh, ça va te sembler compliqué mais... en Allemagne... »


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