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 L'avènement du Rien... [Ignas]

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MessageSujet: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 20 Jan - 16:44

Les yeux s’ouvrent, encore. Rien… encore… pas vraiment de lumière, juste cette espèce de lueur blafarde et mourante qui permet à peine de voir à quelques centimètres devant soi. Le métal, partout… le froid… toujours le froid, seulement le froid. La mort ? Comment ? La faim ? Elle n’existe plus… la soif ? Le souvenir de ces choses pourtant vitales a disparu. Juste le rien, le froid et le métal. Un sentiment ? Oui, un seul… la solitude, lourde, pesante, écrasante, qui suinte à travers tous les pores de la peau. Celle qui prend toute la place et qui remplace tout le reste, qui occupe tout l’espace, qui glace le cœur et les entrailles… celle qui dure depuis trop longtemps, qui a tout emporté sur son passage.

La solitude, encore, toujours… uniquement. Les yeux se ferment, encore… ils s’ouvrent à nouveau. Le corps se redresse et les jambes commencent à le faire avancer… encore… la mécanique automatique du corps qui ne se lie plus vraiment à l’esprit. La conscience ? Partie… elle erre quelque part entre le métal, le froid et le néant. Le corps avance, les mains frôlent le métal, avides de contact, quel qu’il soit… encore… et puis elles touchent les joues. Humides. Les yeux pleurent… encore… pourquoi ? L’esprit ne s’en souvient pas. L’esprit ne s’en souvient plus. Il y a eu tellement de larmes qu’il en a oublié l’origine. Pourquoi s’en souvenir ? Pour recommencer ? Et recommencer quoi exactement ?

Pas besoin… le corps bouge tout seul, il avance. Vers où ? Nulle part. Il avance quand même, comme si c’était un réflexe… comme si c’était la seule chose qui comptait encore. Avancer. Fermer les yeux, les ouvrir, avancer, pleurer, écouter le silence qui vibre, qui résonne contre le métal et qui occupe toute la place dans les oreilles et dans la tête, qui repousse l’esprit de plus en plus loin jusqu’à l’éteindre complètement. Regarder. Regarder le rien qui bouge, immobile au milieu du métal… écouter l’absence de son autour des vibrations… Juste ça, ce « brrvvv » qui recouvre tout, même les câbles, même les tuyaux, même les murs de métal… tout… L’esprit s’est posé des questions là-dessus, il a imaginé d’immenses moteurs qui fonctionnent en permanence autour des couloirs… et puis il a arrêté d’y penser. Il a imaginé un labyrinthe élaboré pour expliquer tous ces couloirs, toutes ces intersections… cette absence de portes… et puis il a oublié. A quoi bon ? Quelle que soit la chose sur laquelle se pose l’œil, il l’a déjà vue. Quel que soit le son qui se glisse dans l’oreille… elle l’a déjà entendu. L’esprit a arrêté d’imaginer, de réfléchir… ça fait longtemps déjà. Combien de temps ? L’esprit n’a jamais pu compter, même quand il essayait encore. Ouvrir les yeux, fermer les yeux, bouger, avancer, toucher… encore. Et quand c’est terminé, recommencer… encore…

La douleur ? Elle n’existe pas. Elle était présente au début, dans le cœur, sous les pieds, dans la tête à cause du vrombissement silencieux et bruyant à la fois… maintenant il n’y a plus rien. Tout est écrasé par la solitude et pas le rien. Le rien qui a fini par devenir un tout, le rien qui rassure… tant qu’il n’y a rien, le corps peut continuer d’avancer. Tant que rien ne bouge, les yeux peuvent continuer à s’ouvrir et à se fermer… tant qu’on n’entend rien, les oreilles peuvent continuer à exister pour rien. L’esprit peut rester loin, pas besoin de penser, pas besoin de réfléchir, pas besoin d’exister réellement… rien. Juste rien. Parfois il revient, il fait couler les yeux et battre le cœur, il immobilise le corps et le recroqueville dans un coin, il fait hurler la voix en brûlant la gorge, il fait sangloter et supplier, il fait crier et ordonner… mais ça ne sert jamais à rien, alors il repart.

Et puis le corps s’arrête… les yeux se fixent… la respiration s’accélère et les poils se hérissent… Il reste là, figé, immobile au milieu du rien qui a changé. D’un coup, sans prévenir, sans signe avant-coureur… sans bruit… il a changé. Alors l’esprit revient, et il cherche, il cherche ce qui a bien pu faire réagir le corps. D’abord les yeux… ils regardent un morceau du rien qui n’est pas pareil que d’habitude… un pan de mur sans câbles, sans tuyaux… avec une poignée. L’esprit sait qu’il connait ça, il cherche… une porte… les lèvres forment le mot sans que la voix ne sorte. Une porte. Le corps recule. C’est ce que l’esprit a cherché au début. Une porte. Un changement… Mais maintenant, l’esprit a peur… Pourquoi ? Pourquoi ce changement ? Pourquoi cette porte ? Pourquoi ? L’esprit ne se souvient pas de la dernière fois qu’il s’est posé une question… une question… ça aussi il avait oublié. Les yeux se ferment. L’esprit se souvient que se questionner ne sert à rien. Alors pourquoi ?

Le corps tout entier est attiré par cette chose, cette… porte, ce changement… mais il recule encore parce que l’esprit a peur. Peur du changement, peur du rien qui l’entoure mais qui pourrait disparaitre. Peur du rien qui pourrait se trouver derrière cette porte. Peur du changement qui pourrait changer les choses… peur que ça ne change rien. Les yeux s’ouvrent. La porte est toujours là. Elle ne grandit pas, mais l’esprit a l’impression qu’elle prend toute la place, qu’il n’y a plus qu’elle. La main s’avance, elle tremble… elle s’arrête, s’avance, recule, hésite… l’esprit n’a plus l’habitude… alors il repart et laisse le corps s’occuper du reste. C’est plus facile. Il est épuisé.

Le corps recommence à bouger, il avance vers la porte, il tremble… la main se pose sur la poignée et le corps sursaute. C’est aussi froid que le reste du rien. Pas de changement… les poumons soupirent de soulagement. La main continue son exploration, elle caresse cette excroissance de métal mobile qui peut tourner si elle le souhaite. La main accentue la pression et la serre… la tourne… un déclic, un grincement… le corps recule brusquement. La porte peut s’ouvrir… donc il y a un « derrière », il y a un « autre chose »… un « ailleurs »… l’esprit reste muet, obstinément… il a trop peur de ce « derrière ». Alors le corps réagit. Les poumons se remplissent et se bloquent, les dents se serrent, les lèvres se crispent, les sourcils se froncent… les jambes avancent, la main attrapent la poignée et tirent dessus.

Rien. L’obscurité. Encore moins de lumière… juste un noir sans fond… un autre rien. L’esprit est un peu rassuré… un autre rien, ça reste un rien. Rien, c’est bien. Alors le corps avance et s’enfonce dans le noir complet… plus de son, plus de vibrations… juste rien, rien du tout. Le corps s’arrête, les oreilles entendent la porte se refermer… les yeux se ferment. Et là, le rien disparait, remplacé par une sorte de brise qui caresse le visage et fait bouger les cheveux… une pression dans la nuque… l’esprit se souvient d’avoir déjà vécu ça, mais il a oublié… Et puis brusquement, une sensation de vide, terrible, monstrueux, un vide immense qui remplace le rien, une chute silencieuse et sans direction. Est-ce que le corps tombe ? Est-ce qu’il monte ? L’esprit ne sait pas. Il ne veut pas savoir…

Et puis les pieds sentent une surface sous leur peau nue… une surface chaude qui ne vibre pas. L’air aussi est chaud. Les yeux restent fermés, mais même comme ça, ils voient de la lumière à travers leurs paupières. La respiration et les battements du cœur s’accélèrent quand le nez commence à sentir quelque chose. Des odeurs… Le rien n’avait pas d’odeur… ici il y en a. Pourquoi ?  Le corps recule… et se retrouve bloqué par… un mur ? L’esprit force les yeux à s’ouvrir. Le rien a disparu, remplacé par un tout. Un tout beaucoup trop complet, beaucoup trop fournit. Il y a de la lumière, des objets, des murs, de la couleur… pas de câbles, pas de tuyaux, pas de froid. Le corps se recroqueville sur lui-même. Il y a un autre corps… juste là… presque à portée de main. L’esprit revient. Ce corps, c’est quelqu’un… quelqu’un d’autre… il réalise brusquement : si il y a quelqu’un d’autre, c’est qu’il est « quelqu’un aussi »… le corps et l’esprit se lient à nouveau. Un lien fragile, ténu, faible… mais un lien quand même. Ils deviennent un seul, ils deviennent quelqu’un, ils deviennent… moi…

Je protège mon visage à l’aide de mes bras. Trop de choses à voir, à entendre, à sentir, à comprendre… j’ai envie de retourner dans le rien rassurant. Mais mon cœur vibre à nouveau d’une sensation que j’avais oubliée depuis très longtemps. Je ne sais pas ce que c’est, mais ça a remplacé la solitude. Il y a quelqu’un… j’ai peur et je suis soulagée en  même temps sans même comprendre pourquoi. J’essaye de reprendre un mode de fonctionnement normal… normal ? Non, pas normal… le normal c’est le rien et le froid… alors quoi ? Un mode de fonctionnement comme avant… comme avant le rien, le métal et le vrombissement… j’ai du mal à m’en souvenir. Avant le rien ? Je secoue la tête, les souvenirs font mal, il ne faut pas les laisser revenir. Je couvre mon visage de mes mains. Mes yeux ne coulent pas, ne pleurent pas. Je respire vite, j’ai peur. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Le changement ?

Trop de questions, je ne peux pas faire le point. Je me concentre et reprends doucement conscience de mon propre corps. Sous mes pieds, le sol est chaud. Je sens l’air mouvant qui caresse mes jambes nues et qui fait pression sur le long t-shirt grisâtre que je porte. Mes cheveux qui pèsent sur ma nuque et sur mes épaules… mes mains qui couvrent mes yeux et le reste de mon visage… Est-ce que je rêve ? Non… les rêves aussi ont disparus depuis longtemps… alors qu’est-ce que c’est ? Mes mains s’écartent et je risque un nouveau regard sur ce « quelqu’un d’autre »… Des cheveux blonds, le crâne rasé d’un côté, grand… un homme… pourquoi ? Où ? …….. Quand ?
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Lun 22 Jan - 22:39

Ce mois de janvier 2018 n'a pas été de tout repos pour Ignas. D'abord, il y avait eu une première expérience de téléportation inattendue, qui l'avait emmené tout droit à Stockholm. Là, il y avait rencontré Mona, une Islandaise qui avait tenté tant bien que mal de répondre à ses multiples interrogations. Ils avaient été confrontés à une zone de traduction universelle, et avait tenté de chercher des explications à ce phénomène qu'on nomme "effet Davis". Puis il y avait eu Erynn. Le Lituanien avait rencontré le docteur coréen dans un bar de Philadelphie, et les choses avaient tournées au vinaigre. Enfin, il y avait eu Ike. Avec lui, ça avait été encore autre chose. Ignas n'était même pas certain de l'endroit où il avait atterri, mais la gravité y était inversée, et il y avait de la cocaïne dans les faux-plafonds. Et pourtant, le premier mois de l'année n'était toujours pas fini.

Une partie de lui espérait que ce mauvais rêve cesserait avec l'arrivée de février. La téléportation, le surnaturel, le complot, la paranoïa, l'inattendu... tout cela représentait autant d'éléments sur lesquels Ignas n'avait aucun contrôle. La situation lui avait échappé à chaque fois, et le danger, bien qu'abstrait, était réel. Pire, c'était le genre de danger que l'ancien soldat ne pouvait pas combattre seul, à la seule force de ses muscles bien entretenus. C'était effrayant, en un sens.

Mais une autre partie de lui en voulait plus. Cette partie souhaitait s'immerger dans ce mystère, apporter la lumière sur cette zone sombre de sa vie. L'inconnu avait quelque chose de grisant, briser la routine était excitant. Sa vie de garde du corps était intéressante, mais assez monotone et ces derniers temps, ses aventures aux quatre coins du monde lui avaient offert ce regain d'adrénaline dont il avait besoin.

Il hésitait sur la marche à suivre. Tenter d'oublier, quitte à être rattrapé par cette nouvelle réalité à laquelle il n'arrivait pas encore à croire totalement ? Ou plonger dans cette folie mystérieuse, sans possibilité de faire demi-tour ? Ce n'était pas une décision à prendre à la légère, il devait y réfléchir, peser le pour et le contre... Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui il voulait se relaxer. Alors pour une fois il était resté au lit un peu plus longtemps que d'habitude. Jusqu'à 9h. Puis il s'était entraîné. Il avait toujours un petit moment d'appréhension au moment de passer la porte d'entrée de son immeuble. Mais plus de téléportation intempestive depuis cette fameuse soirée qu'il avait terminé en Suède.

Après son entraînement, il avait déjeuné chez lui. Une bonne dose de riz, une belle escalope de dinde, repas classique du sportif, mais il aimait ça. Et puis, il avait eu droit aux rations de survie de l'armée pendant des années, alors tout lui semblait meilleur après ça. Après le repas, il s'était remis au lit, le temps d'une petite sieste. Il avait fait gris sur Boston depuis quelque jours, mais le soleil avait fait son grand retour dans l'après-midi. Ce furent ses rayons qui réveillèrent Ignas. Vêtu d'un t-shirt blanc immaculé, cheveux décoiffés, survêtement gris ample, le barbu s'extirpa de ses draps en s'étirant. Un petit détour par les toilettes adjacentes...

Quand il revint dans sa chambre, il n'était plus seul.

Elle était apparu devant lui, il l'avait vu de ses propres yeux. Pas pendant qu'il était dans la salle de bain, pas pendant sa sieste, non, elle était apparue à l'instant. Une femme. Pas très grande, visiblement pas préparée à se retrouver ici. Large t-shirt gris, si large qu'il laissait entrevoir une épaule. De longs cheveux noirs, décoiffés. Pas de pantalon, mais le haut était si grand qu'il arrivait jusqu'à ses genoux. Pieds nus. Ignas eut un mouvement de recul. Comment était-elle arrivée ici ?

Au fond, il le savait. Il l'avait vécu. L'effet Davis, c'était ça, sans l'ombre d'un doute. Mais pourquoi chez lui ? Pourquoi dans sa chambre, à cet instant ? Le Lituanien restait figé sur place, incapable de faire quoi que ce soit. L'inconnue, une asiatique, était pâle à faire peur. La scène avait un faux air de ce film d'horreur dont Ignas ne se souvenait plus du nom. Mais dans sa chambre, il y avait juste deux êtres humains tout aussi surpris et décontenancés l'un que l'autre.

La jeune femme se recroquevillait sur elle-même, reculait jusqu'à être bloquée contre le mur. Un instant, Ignas avait craint qu'elle ne traverse celui-ci. Elle était si pâle, on aurait dit un fantôme... Mais il n'en fut rien. L'asiatique était simplement recroquevillée contre le mur de la chambre du garde du corps. Que faire ? Que dire ? Les mots ne lui venait pas. Tout ce qui réussit à passer ses lèvres fut un mince bégaiement.

Je... euh...

Même dans les pires situations à l'armée, il avait eu des mots plus rassurants que ça...
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Mar 23 Jan - 21:30

Et puis un son déchire le silence. C’est tellement inattendu que je me bouche frénétiquement les oreilles en me tassant davantage sur moi-même et en refermant les yeux le plus fort possible. Moi-même… j’ai encore du mal à réaliser que je suis un tout, et pas seulement un corps qui déambule et un esprit qui dort. Le son, c’est sa voix. Il me faut un moment pour réaliser que c’est juste le « quelqu’un d’autre », l’homme blond à la demi-chevelure, qui parle. Une voix… ça fait longtemps que je n’en avais pas entendu. Au fil du temps, je pense que le bruit de moteur que j’entendais me faisait penser à une voix sans fin qui vrombissait des mots que j’étais incapable de comprendre… mais une vraie voix ? Non. Pas depuis… avant. C’est à la fois terrifiant et extraordinairement réconfortant. Pourtant il n’a presque rien dit… rien de compréhensible en tout cas.

Je me racle la gorge en ouvrant timidement les yeux et en retirant lentement mes mains de mes oreilles… aucun cataclysme ne s’est produit après qu’il ait parlé… je ne risque rien… je crois… J’ouvre lentement la bouche, et ma voix sort… rauque, éraillée… la voix les gens qui ne s’en sont pas servi depuis longtemps, ou de ceux qui n’ont fait que hurler pendant des jours et des jours…


- 我々はどこかですか?

Le son de ma propre voix me fait sursauter. Je me racle à nouveau la gorge et recommence, plus pour moi que pour lui.

- 我々はどこかですか?


Sans attendre de réponse, je me redresse prudemment en me tenant au mur comme si j’étais prête à me propulser sur le côté pour éviter une attaque.

- あなたである誰ですか ?

Les questions me viennent toutes seules maintenant, comme si le simple fait d’être restée silencieuse si longtemps me donnait envie de faire travailler mes cordes vocales. D’ailleurs, au fur et à mesure que je parle, ma voix devient plus claire, plus nette, plus aigüe… elle reprend lentement sa tonalité d’origine, même si j’ai l’air d’avoir à peu près autant d’assurance qu’une luciole enfermée avec une grenouille dans un bocal sans la moindre cachette.

- 私がここにいる理由?

Et puis la question la plus importante finalement :


- 私を救ったのはあなたですか?


C’est en posant à nouveau mes yeux sur lui que je me rends compte qu’il ne comprend pas un mot de ce que je raconte. Je fronce légèrement les sourcils. Je sais que je savais parler d’autres langues, elles sont là, quelque part dans ma tête. Je me creuse les méninges un moment pour me souvenir de la langue la plus susceptible d’être comprise par la plupart des gens… l’anglais… ah oui… Comment on fait déjà ?

- Who…

Ah oui, c’est ça.

- Who are you ?


Pour des raisons évidente de compréhension du texte par tous, même les boulets qui ne bitent rien à l’anglais, je vais continuer de raconter ça en mettant les dialogues anglais en français. Je reprends.

- Qui… Qui êtes-vous ?


J’avale difficilement ma salive, ma gorge est plus sèche que du papier de verre et le simple fait de respirer de l’air aussi chaud me fait souffrir le martyre…


- Où est-ce qu’on est ?

Ça vient presque naturellement. Je suppose que je parlais bien l’anglais.

- Qu’est-ce que je fais ici ?

Le simple fait de parler autant m’essouffle mais je ne peux pas m’empêcher de continuer.

- Est-ce que… est-ce que c’est vous qui m’avez sauvée ?

« Sauvée » c’est un grand mot… je n’ai pas encore décidé si je suis heureuse ou non d’être sortie du Rien. Trop de choses à gérer en même temps, trop de choses que j’avais oubliées… ne serait-ce que les émotions contradictoires qui se battent en moi. Est-ce que j’ai peur ? Est-ce que je suis soulagée ? Et tant d’autres…
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Mer 24 Jan - 21:56

Le son de la voix d'Ignas l'effraie. Elle se tasse encore plus, se recroqueville, plaque ses mains contre ses oreilles. La jeune femme semble perdue, sans doute espère-t-elle encore que tout ça n'est qu'un mauvais rêve. Malheureusement pour elle, c'est la réalité, incompréhensible, effrayante. Le Lituanien est lui aussi figé sur place, il ne sait pas comment réagir. Ni l'armée, ni son métier actuel de garde du corps ne lui ont appris à gérer ce genre de situation. Comment expliquer à une inconnue qu'elle vient d'être téléportée, probablement à des milliers de kilomètres de chez elle, chez un illustre inconnu ? Que dire, que faire ? La jeune femme est tellement déboussolée, Ignas n'ose même pas faire un pas dans sa direction. Il veut lui montrer qu'il n'est pas une menace, qu'elle est en sécurité. Mais dans les circonstances actuelles, il allait sans doute devoir attendre qu'elle se calme un petit peu.

Elle lui pose une première question. C'est une langue que le tatoué ne comprends pas. Mais maintenant, la jeune femme se redresse. Elle redemande, exactement la même chose. Elle se tient au mur, elle reste plus que méfiante. Trois autres questions arrivent, alors que la voix qui lui parle passe d'un ton éraillé à une sonorité plus assuré. Mais Ignas, lui, est toujours dans l'incompréhension la plus totale.

Je... je suis désolé, je ne comprends pas ce que tu dis...

L'anglais, elle semble comprendre. Ouf ! Cette fois ci, ce ne serait pas comme avec Mona, il n'y aurait pas de traducteurs universels pour aider la discussion. Mieux, l'anglais, elle semble le maîtriser. Les questions, probablement les mêmes que précédemment, fusent à nouveau. Toutefois, parler demande visiblement un effort à l'inconnue. Et sa dernière question interpelle le Lituanien. Comment ça, "sauvée" ? Dans quelle situation se trouvait-elle avant d'arriver ici ? Tout cela ne lui disait rien qui vaille, mais pour l'heure, il choisit de prendre les choses une à une, et de répondre aux questions.

Je m'appelle Ignas. Ignas Astrauskas. On est chez moi, à Boston, aux États-Unis. Comment tu t'es retrouvée là... et pourquoi... c'est assez difficile à expliquer. Mais quel que soit l'endroit où tu te trouvais il y a quelque secondes, sache que tu es en sécurité ici.

Le ton du Lituanien est calme, chaleureux, rassurant. Il n'initie toujours pas de mouvement vers son invitée surprise, de peur de l'effrayer. Mais il lui demande tout de même :

Et toi, quel es ton nom ? Tu veux peut-être un verre d'eau ? Ou un pantalon ?

Ignas n'avait pas forcément prévu de recevoir aujourd'hui, mais tant qu'à faire, il pouvait tout de même essayer d'être un hôte convenable.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Jeu 25 Jan - 14:24

- En sécurité…

Je répète ce qu’il a dit. Ça me semble tellement irréel… en sécurité. J’étais en danger ? Je me creuse la tête. Je crois que même si j’ai ressenti beaucoup de choses que je suis encore incapable de m’expliquer quand j’étais dans le Rien, je ne me suis jamais vraiment sentie « en danger ». Maintenant oui… mais pas à cause du demi-blond. A cause… de tout en fait, comme si j’allais faire une surcharge d’informations sensorielles à tout moment. Il y a des centaines de choses à voir, à entendre, à sentir… rien que le contact entre mon dos et le mur m’a envoyé des milliers d’informations dans le cerveau et j’ai mis un temps monstre à comprendre que c’était une sensation tactile, tout simplement.

- En sécurité… d’accord… en sécurité…

Je regarde autour de moi en tournant la tête fébrilement, je me sens mal… quelque chose me fait mal dans ma gorge, dans mon ventre aussi, et j’ai l’impression que ma vision se rétrécit et s’assombrit progressivement. Comme si j’allais m’évanouir brusquement sans savoir pourquoi alors que mon corps me hurle des informations que je n’entends pas. Que je ne comprends pas… J’en suis toujours à analyser ce qu’il m’a dit.

- Boston ? Je suis… en Amérique ?


Je grimace légèrement en laissant échapper un petit gémissement.

- Encore ? J’ai déjà été… euh…

Je me creuse la tête. C’était quoi déjà le terme que j’utilisais pour parler de ces blagues que balance l’univers sur des gens qui ne lui ont rien fait ?

- Téléportée ? A un moment je suis chez-moi… et puis pouf… en Allemagne… en Afrique… en Amérique… C’est ça ? Téléportée ?

Je ne suis pas très sûre que c’est le bon mot. Dans ma langue natale il m’est revenu, l’anglais me vient presque naturellement… mais là je ne suis pas sûre. Je m’appuie à nouveau contre le mur, essoufflée.

- En sécurité…chez toi… à Boston. D’accord.

Je hoche doucement la tête, les informations commencent à s’imprimer dans ma tête. Je visualise un globe, les Etats-Unis, Boston. Ok. Je préfère ne pas me demander « pourquoi » pour le moment… trop compliqué. Je ferme les yeux quand il recommence à parler, quelque chose tambourine dans ma tête, les battements de mon cœur ? C’est rapide, non ? Je ne sais plus…


- Hiyori… mon prénom c’est Hiyori…


Ça m’est venu tout seul et maintenant je m’en souviens. Un vague sourire apparait sur mes lèvres. Kurosaki Hiyori… c’est mon nom. Le nom de cet assemblage de corps et d’esprit qui va encore mal ensemble mais qui commence à s’habituer à n’être qu’Un. Brusquement mes yeux s’ouvrent et ma bouche forme un « Oh ! » sans le prononcer. Un verre d’eau… quand ces mots ont finit par atteindre mon cerveau, j’ai compris ce que me hurlait mon corps. Je hoche vigoureusement la tête.

- Oui… un verre d’eau. Grand, avec beaucoup d’eau dedans. Beaucoup beaucoup.


C’est ça en fait. J’ai soif… j’ai affreusement soif. Seulement je n’avais pas ressenti ça depuis… euh… avant. J’vais quand même pas mourir de soif juste parce que j’ai quitté le Rien, hein ?
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Ven 26 Jan - 19:05

Il lui faut du temps pour assimiler les informations. Mais le plus important, c'est qu'elle comprenne qu'elle n'a rien à craindre d'Ignas. Le Lituanien reste statique, mais il voit bien que la jeune femme n'est pas au mieux. Elle semble si frêle, il a l'impression qu'elle peut s'écrouler à tout moment. Mais elle répète plusieurs fois "en sécurité". Elle ne doit pas forcément être rassurée de se retrouver chez un inconnu, dans un pays qui n'est pas le sien. Où pouvait-elle se trouver avant ?

Tu n'as rien à craindre ici. Poursuit le garde du corps d'une voix chaleureuse.

L'asiatique s'étonne de se retrouver aux États-Unis. Mais plus surprenant, elle relie immédiatement cette situation à l'effet Davis. Téléportée, elle l'a déjà été. Plusieurs fois. Elle sait ce que c'est. En un sens, ça facilite la tâche d'Ignas, qui n'aura pas besoin de se confondre en longue explications pour lui faire accepter le fait que la téléportation existe réellement. Mais d'un autre côté, si elle connaît ce phénomène, comment se fait-il qu'elle soit si effrayée lorsque celui-ci survient ? Il était possible qu'elle ait eu une mauvaise expérience dans le passé, qui justifierais ses craintes à chaque nouvelles téléportations. Ou alors c'est la téléportation qui l'avait extirpé d'une situation de danger immédiat, auquel cas sa méfiance était largement compréhensible, tout comme son incompréhension.

Oui, c'est ça. Tu as été téléportée. Je sais ce que ça fait, ça m'est déjà arrivé à moi aussi. Voulut la rassurer Ignas. Où étais-tu avant d'arriver ici ?

Si le lieu de départ de la jeune femme n'était pas trop hostile, alors Ignas pouvait toujours l'aider à y retourner. Il n'émettait pas cette possibilité à voix haute, la possibilité que son hôte se soit sortie d'un mauvais pas grâce à l'effet Davis demeurait forte.

Elle s'appelait Hiyori. De l'avis d'Ignas, c'était un prénom qui sonnait japonais, mais il ne voulait pas présumer à tort. Lorsque l'ancien soldat mentionne un verre d'eau, c'est comme si elle réalise qu'elle a en effet très soif. Elle réclame un grand verre. Sa gorge doit être desséchée. D'un pas calme, il se dirige vers la jeune femme, lui tends une main amicale. De l'autre, il ouvre la porte de sa chambre, donnant sur la pièce à vivre. La lumière du soleil s'engouffre dans la pièce : la chambre du Lituanien fait face à la grande baie vitrée donnant sur l'océan. Une vue magnifique.

Tu as besoin d'aide pour marcher ? Tu n'as pas l'air d'aller bien... L'ancien soldat s'inquiète. Il ne voudrait pas qu'elle s'évanouisse maintenant.

Il la soutient pour parcourir les quelques mètres qui la sépare de l’ilot central de la cuisine, et la fait asseoir sur une chaise haute. Il doit la porter pour l'aider à se hisser. Puis il se déplace vers l'évier. Il ne va pas lui donner de l'eau du frigo. Dans les cas de déshydratation, l'eau très froide est déconseillée. Ignas attrape son plus grand verre, ouvre le robinet, passe sa main pour s'assurer que l'eau n'est pas chaude... et se fige.

Ses doigts sont couverts de sang.

Ignas a un mouvement de recul. Il lève sa main à hauteur de visage, mais la rabaisse immédiatement. Il ne veut pas qu'Hiyori remarque le rouge sur ses doigts. L'incompréhension est de mise. Ses mains ne présentent aucune blessure, il ne ressent aucune douleur, alors pourquoi sa main est-elle couverte de sang ? Il scrute l'eau qui continue de s'écouler : elle est cristalline, pure. Pas le moindre soupçon d'hémoglobine. Fébrilement, il se tourne vers la jeune femme, qui attend son verre d'eau, et la scrute intensément :

Tu es blessée ?

Sa voix trahit à nouveau son inquiétude, mais cette fois, ce n'est pas à cause de l'état de la japonaise. Ignas n'a rien remarqué quand il a aidé la jeune femme à marcher. Bien qu'elle semble fébrile, elle ne semble pas souffrir de blessure ouverte. Mais alors d'où vient le sang ? L'ancien soldat repasse sa main sous l'eau : cette fois, les traînées d'hémoglobine quittent sa peau pour se mêler à l'eau. Quelque peu rassuré, mais toujours incrédule, le tatoué remplit aux trois-quart le verre, et l'apporte à Hiyori.

Voilà. Essaye de ne pas le vider d'une traite. Quand on reste un long moment sans boire, il vaut mieux y aller à petites gorgées, même si on a l'impression de pouvoir boire des litres et des litres.

C'était un soldat français, déployé avec lui sur l'opération Sophia, qui lui avait donné l'astuce. Un bon gars, qui avait fait le Mali et l'Afghanistan. Les fortes températures et les milieux arides, il avait bien connu ça. Boire beaucoup après une longue période sans eau donnait de gros maux de ventres. Le genre qui te cloue au sol pendant une ou deux bonnes heures, sans possibilité de bouger. Une situation qu'il vaut mieux éviter quand des ennemis embusqués peuvent débarquer à tout moment.

Mais pour l'heure, le barbu ne se préoccupait plus trop des conseils d'un collège soldat. Il avait pris place sur une chaise haute, en face de Hiyori, et se tâtait frénétiquement le visage et le cuir chevelu, à la recherche d'une coupure quelconque qu'il n'aurait pas remarqué. Il n'avait rien. Ses mains restaient inlassablement vierge de sang. Qu'est-ce que c'était que ce délire ? Est-ce qu'il avait halluciné sa main ensanglanté ? Il se rendit soudainement compte qu'il avait laissé un long silence s'installer, et que son inquiétude était comme inscrite sur son front. Tentant vainement de donner le change, Ignas demanda :

Alors euh... Hiyori... Tu... euh, comment ça se fait que tu sois assoiffée comme ça ?
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Ven 26 Jan - 20:13

J’en suis à peine à réaliser qu’il sait ce que c’est que cette histoire de téléportation quand je sens sa main prendre la mienne. C’est doux, presque tendre, on voit bien qu’il cherche à ne surtout pas me brusquer… mais ça me brusque quand même. Pas dans le sens où je commence à paniquer brusquement en mordant tout ce qui passe à portée de bouche, non. Ça aurait pu… mais en fait c’est presque l’inverse. Sur le coup, j’ai envie de retirer ma main et j’ai un mouvement de recul… et puis mon corps m’arrête. C’est le corps de quelqu’un d’autre… La solitude disparait d’un seul coup, c’est si brutal que j’ai le vertige… et je me cramponne à son bras comme si ma vie en dépendait. La sensation est presque électrisante. La chaleur de son corps se répand dans le mien à travers sa peau, ça me fait des fourmis dans les doigts, la main et le poignet. C’est loin d’être désagréable…

Il m’entraine jusqu’à une porte… je ressers mon étreinte sur son bras… une porte. Comme dans le Rien… encore un changement… j’ai peur… et puis ça s’ouvre sur une autre pièce, avec tellement de luminosité que je suis obligée de mettre ma main libre devant mes yeux pour ne pas avoir l’impression qu’ils brûlent. C’est vraiment désagréable comme sensation, comme si quelqu’un versait de la lave en fusion jusqu’au fond de mes orbites… Du coup, pendant qu’il me force à le suivre en douceur, je me concentre sur ce qu’il a dit avant. Il a déjà subi cette blague de l’univers… cette… téléportation complètement random… Est-ce qu’Aloïs a expérimenté ça lui aussi ?

Aloïs… je me souviens de lui. Le presque Black de jesaisplusoù en Afrique. Le Barman… Le demi-blond, Ignas… il a dit qu’il s’appelait Ignas, me soulève comme si je ne pesais rien et me pose sur une chaise avant de s’éloigner pour aller faire autre chose. Son départ me plonge brutalement dans une sorte de bain glacé. Sa chaleur a disparu, son contact s’est évaporé… même le souvenir de la sensation de sa peau contre la mienne semble s’éloigner lentement. J’ai envie de sauter de ma chaise, de contourner le truc sombre qui est entre nous et d’aller lui attraper le bras à nouveau, mais je sens que si je fais ça, d’abord je vais m’écrouler avant même d’atteindre le sol, mais en plus c’est lui qui va prendre peur.

Je lève les yeux vers lui… et malgré la lumière exagérément violente qui passe à travers les grandes vitres derrière lui, je vois clairement une expression effarée sur son visage… et puis il lève la main. Sa main est couverte d’un liquide sombre… « Du sang » me hurle mon esprit… mais mon corps hausse les épaules. Surtout que ça a tellement l’air de le choquer que ça ne doit pas être normal. Quand il me demande si je suis blessée, je me contente de faire « non » de la tête, lentement, avant de couvrir à nouveau mes yeux de ma main. La lumière me fait toujours aussi mal, et ça me donne la migraine. Mon champs de vision se rétrécit de plus en plus mais je me force à rester réveillée… parce que si je m’endors, peut-être que je me réveillerais dans le Rien… le simple fait d’y penser me fait frémir. Je n’en ai pas envie.


Je sursaute. Je n’en ai pas envie… ça veut dire que je suis déjà plus rassurée chez ce parfait inconnu que dans des couloirs que j’ai parcourus pendant… euh… longtemps ?

Quand il me donne le verre d’eau, sa main frôle la mienne et ça me fait tout bizarre à nouveau. J’ai presque envie de le retenir, de glisser ma main dans la sienne et de lui demander de ne plus jamais me lâcher. J’ai pas envie de me retrouver seule à nouveau. Pas seule comme ça… avait, être seule, j’aimais ça… je pouvais faire ce que je voulais et j’étais seule sans vraiment l’être. Dans le monde normal, on est jamais tout à fait seul, il y a toujours quelqu’un quelque part… dans le Rien, il n’y a personne… jamais… ni loin, ni près… juste rien, et personne.

Il s’installe en face de moi et se tripote le visage fébrilement. Je regarde mon verre d’eau, c’est plus important. J’ai envie de me l’enfiler d’un coup, mais je décide de lui obéir sagement, et j’avale l’eau toute petite gorgée après toute petite gorgée. Un immense soulagement s’empare de moi quand je sens le liquide frais réveiller ma langue, mon palais, ma gorge… je le sens glisser le long de mon œsophage, jusqu’à mon estomac. Ça me fait à la fois froid et chaud dans tout le corps et, sans que je m’en aperçoive, un sourire éclaire timidement mon visage. Je fais une pause et lève les yeux vers lui en mettant ma main en visière au-dessus de mes yeux. J’ai les sourcils froncés à cause de la lumière et on voit bien que j’évite à tout prix de regarde l’extérieur, mais au moins j’arrive à le détailler un peu mieux que tout à l’heure.


- Je ne sais pas…

Ma voix est un peu moins rauque. L’eau me fait du bien, beaucoup de bien.

- La dernière fois que j’ai bu c’était… avant.

Avant quoi ? Le Rien ? Comment expliquer un truc pareil à quelqu’un qui n’a probablement jamais entendu parler de ça ? La téléportation c’est une chose… ça c’est… je ne sais pas… quelque chose d’autre. Un long frisson me secoue et je pose le verre pour ne pas le faire tomber.

- Tout est bizarre… anormal. On se téléporte et ça ne nous choque plus… parce que c’est toujours « déjà arrivé » à quelqu’un. Je… c’est… c’était…


Je me mordille la lèvre, pas certaine de savoir comment expliquer un truc pareil.

- Encore plus bizarre.

Je bois une gorgée d’eau et repose le verre.


- T’as pas de blessures… ça venait pas de toi. De moi non plus. Encore un truc bizarre...

J’avale encore un peu d’eau, prévoyant de lui demander s'il a sauvagement assassiné quelqu'un dans sa baignoire avant que je fasse "pop coucou" dans sa chambre... et mon ventre se met à gronder. Je ne m’y attendais pas du tout et je sursaute si violemment que le verre m’échappe des mains et va s’écraser sur le sol en même temps que moi. Je reste là, les fesses sur le sol, regardant les débris de verre et la flaque d’eau avec des yeux ronds. Ça m’a fait mal… c’est la première fois que j’ai mal depuis… depuis quand ? Avant ? C’est presque rassurant. Je ressens à nouveau… enfin…

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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Ven 26 Jan - 21:59

Au moment où Ignas prend la main d'Hiyori, celle-ci a un mouvement de recul, compréhensible. Mais un instant plus tard, elle s'accroche à son bras avec une vigueur insoupçonnée. Le Lituanien progresse lentement, laissant presque son invitée dicter le rythme de leurs pas. Lorsqu'il ouvre la porte de sa chambre, la poigne de l'asiatique se resserre encore. Sans doute la luminosité qui la dérange.

Et puis il y eu le sang. Ce sang qui venait de nulle part et qui plongeait Ignas dans le doute. Hiyori n'était pas blessée, elle venait de le confirmer. Pas de sang sur ses vêtements, pas d'hématomes visibles qui auraient pu suggérer une autre blessure cachée. Rien. Rien qui ne justifie que le garde du corps se retrouve avec la main en sang.

La luminosité dérange vraiment Hiyori. Plus que de raison. Elle est arrivée depuis déjà plusieurs minutes, ses yeux auraient du s'accommoder à la lumière. Cette observation renforce la théorie selon laquelle elle était en danger avant d'atterrir à Boston. Ignas finit par se lever pour aller tirer un rideau, le plus proche de la japonaise. La pièce resterait suffisamment éclairer pour que les deux puissent voir distinctement, mais au moins la jeune femme ne serait pas gênée par le soleil. Quand même, c'était inquiétant cette affaire.

Ce qui était encore plus inquiétant, c'est la manière dont elle explique qu'elle n'a pas bu d'eau depuis longtemps. Et puis, elle ironise, en quelque sorte, sur le fait que la téléportation leur semble "normale". Non, ce n'était pas normal, c'était juste une chose avec laquelle Ignas, Mona et les autres acceptaient de vivre. Mais même s'ils se préparaient mentalement à se retrouver à l'autre bout du monde à tout instant, ce n'était pas pour autant qu'ils considéraient ça comme normal.

D'un autre côté, c'est rassurant de savoir qu'on est pas le seul à qui ça arrive. Au moins, on a pas l'impression d'être fou à lier. Commenta Ignas, avec une pointe d'amusement. Quand il s'était retrouvé à Stockholm comme par magie, il avait bien cru qu'il devenait fou.

Mais Hiyori semblait être allée encore plus loin que la "simple" téléportation. Elle décrivait sa situation comme "encore plus bizarre".

Tu te souviens de comment c'était... avant que tu ne te retrouve ici ?

Toujours aussi préventif, Ignas souhaitait tirer cette histoire au clair au plus vite. Si Hiyori se trouvait bel et bien dans une situation problématique avant d'être "sauvée" par l'effet Davis, il fallait trouver un moyen d'empêcher le phénomène de s'inverser. Si jamais, en passant une simple porte, elle se retrouvait de nouveau dans un lieu où elle n'avait pas accès à l'eau potable, ni à un moyen de communication... Ignas pourrait peut-être faire quelque chose. Mais si elle ne savait pas où elle se trouvait auparavant... Le Lituanien préféra écarter cette hypothèse, provisoirement. Le plus important était que la jeune femme se porte bien. En tout cas, elle avait remarqué pour sa main.

Ah... donc tu l'as vu aussi. Soupira l'ancien soldat. Comme tu dis, encore un truc bizarre. C'est parti aussi vite que c'est arrivé...

Soudainement, le ventre d'Hiyori se met à gargouiller. Tout se passe ensuite très vite. La jeune femme sursaute, perd l'équilibre, tombe de sa chaise, le verre toujours en main. Éclats de verre, flaque d'eau. Ignas bondit de sa chaise, se précipite vers son invitée. Il s'agenouille, vérifie qu'elle ne s'est pas coupée sur un bout de verre.

On dira qu'en plus d'avoir été privée d'eau, tu as aussi été privée de nourriture... Bordel mais t'étais où avant ? S'enquit-il ?

Doucement, en faisant attention à ne pas se couper lui-même, le Lituanien passa ses bras sous le corps de la jeune femme, et la souleva délicatement. Quelques pas lui suffirent pour l'amener jusqu'à son canapé, où il l'allongea, tout en ramenant sur elle le plaid qu'il possédait, roulé en boule à une extrémité du canapé.

Je vais te cuisiner un truc. Essaye de rester éveillée.

Puis il se détourna, et retourna vers le plan de travail. Il fallait quelque chose de rapide. Un sandwich, pensa-il tout de suite. Ce n'était pas très élaboré, mais ça ferait largement l'affaire. Il attrapa tout le nécessaire. Pain de mie, tranche de dinde, tomate, salade. Il omit volontairement l'assaisonnement. Le repas tiendrait mieux au ventre comme ça. Deux minutes plus tard, il déposait la nourriture sur la table basse, en souhaitant bon appétit à la jeune asiatique. Puis, il se détourna à nouveau pour nettoyer la flaque d'eau et les débris de verre. Avant de commencer, il s'agenouilla, crispé. Il posa sa main dans l'eau.

Pas de sang. Mais le liquide prenait une teinte jaunâtre, devenait visqueux. De l'huile. Qu'est-ce que c'était que ce bordel... Retirant sa main, Ignas entreprit de retirer les bouts de verre de son parquet, puis d'essuyer l'eau et l'huile. Sa tâche accomplie, il vint prendre place sur le canapé, sur la gauche d'Hiyori. Vu l'état dans lequel la jeune femme se trouvait depuis son arrivée, le Lituanien préféra ne pas lui dire tout de suite qu'il était soudainement devenu un sorcier capable de changer l'eau en huile. Ou en sang...
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Ven 26 Jan - 22:32

Si je me souviens de comment c’était avant ? La question prend toute la place. Elle passe au-dessus de la douleur, au-dessus de la lumière, au-dessus de l’absente du rien et du retour du tout. Elle tourne dans ma tête et résonne dans tous les sens. J’ai envie que ça s’arrête, que ça disparaisse, que le rien revienne et surtout qu’il ne revienne jamais, c’est trop et pas assez en même temps… et puis la chaleur revient, sous mes jambes et dans mon dos… je regarde. Ce sont ses bras. Il m’a prise dans ses bras et m’a soulevée… encore une fois j’ai l’impression que je ne pèse rien, que le poids de mon corps a disparu, aspiré par la force de ces deux bras qui me transportent là où ils veulent. La question a disparu, il ne reste plus que la chaleur, que le contact... c’est rassurant. Plaisant.

Il a parlé avant de me soulever, je sais qu’il a parlé. Il m’a posé une question… c’était quoi déjà ? Je ne sais pas, je ne sais plus… aucune importance. Il envoie la solitude rouler au loin. Et puis il me dépose sur quelque chose de mou et de confortable. Je cherche le nom de cette chose… un canapé. Il m’allonge dessus… est-ce qu’il va me lâcher ? Oui. C’est fait. Il a repris sa chaleur et l’a remplacée par une couverture. C’est chaud aussi, mais c’est différent. C’est chaud et froid à la fois… ce n’est pas la même chose… la solitude revient pendant qu’il part faire quelque chose là où on était juste avant.

Avant… c’était ça sa question. Où j’étais avant… Je reste silencieuse longtemps. Il pose quelque chose devant moi… à manger. Mon ventre grogne à nouveau. C’est ça… j’ai faim… horriblement faim. Aussi faim que j’avais soif tout à l’heure… j’ai toujours soif, mais j’ai surtout faim maintenant. Je me redresse et passe en position assise. Trop vite… je vois des étoiles noires qui explosent devant mes yeux et toute la pièce se met à tourner autour de moi, mais je ne prête attention qu’à la nourriture devant mes yeux.

Je me saisis du sandwich d’une main tremblante et le porte à mes lèvres. J’hésite. Je finis par mordre dedans… une toute petite bouchée, à peine une mienne… et le goût explose dans ma bouche. Des douzaines de sensations reviennent en même temps. C’est doux, moelleux, salé et sucré en même temps… ma mémoire me dit que c’est parce que c’est du pain de mie et que le pain de mie c’est sucré. J’ignore comment je fais pour me souvenir de quelque chose qui me semble venir d’une autre vie… d’une vie qui n’est pas la mienne… mais peu importe. Je prends une autre bouchée, à peine plus grosse… je mâche lentement en fermant les yeux, savourant le goût le plus complexe qu’il m’est été donné d’expérimenter depuis des lustres… j’ai presque l’impression de sentir mes papilles gustatives de réveiller après un long, très long sommeil… encore une bouchée…

J’ai à peine entamé le sandwich, mais je le repose. J’ai l’impression d’avoir assez mangé pour les trois prochaines décennies. C’est seulement à ce moment-là que je réalise qu’il s’est installé à côté de moi sur le canapé. Je sursaute légèrement en le voyant, mais je ne pars pas en courant. Je le regarde… longuement. Je passe plusieurs minutes à le regarder sans rien dire, le détaillant, enregistrant la couleur de ses cheveux, de ses yeux, la forme de son visage, de sa bouche, de son nez, la couleur de sa peau, de ses vêtements, les morceaux de tatouages qui dépassent sous le tissus. Je veux me souvenir de tout ça pour pouvoir m’accrocher à quelque chose quand le Rien sera revenu et aura tout emporté avec lui.

Je frémis et me mord la lèvre. Je ne veux pas qu’il revienne… je veux rester dans le tout, même si ça fait peur… quelque chose, c’est toujours mieux que rien du tout, c’est plus rassurant même si ça change. Le lien entre le corps et l’esprit est un peu plus fort, j’ai l’impression de retrouver une existence plus réelle, plus palpable.

Il est juste à côté de moi… trop loin pour que je sente sa chaleur, trop près pour que je puisse l’ignorer. Je détourne le regard et fixe un pli de la couverture avec une expression lointaine.


- Je n’étais nulle part… nulle part, et il n’y avait rien. Rien d’autre que le froid, le silence, le vrombissement et le fer… c’est tout. Personne… rien… jamais.


Je ressers la couverture autour de mon corps tout en remontant mes jambes sur le canapé comme si je voulais devenir encore plus petite. Invisible. Je tremble de tout mon être et je ne m’en rends même pas compte.


- Des couloirs… pas de lumière, pas de portes… personne, jamais personne… pas de faim, pas de soif, pas de douleur, pas de chaleur… rien, aucune sensation, aucune impression, aucune couleur, aucune saveur… le froid, la solitude, le fer.

Je me tais un moment avant de lever vers lui un regard à la fois effrayé et rassuré.


- Seulement le Rien… tout le temps. Jamais rien d’autre jusqu’au changement. Et là, une porte… une porte faite de fer et de rien, comme le reste, sauf que c’était une porte. La toute première et la dernière en même temps… et de l’autre côté… tout. Le changement qui arrive d’un seul coup et qui emporte tout sur son passage, la lumière qui brûle comme de la lave qui s’écoule, la chaleur qui caresse et qui griffe… Et puis au milieu de tout ça, quelqu’un, quelqu’un d’autre qui permet à l’esprit et au corps de fonctionner ensembles pour la toute première fois depuis avant… toi.

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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Ven 26 Jan - 23:09

Il s'est assis sur le canapé, le regard dans le vide. C'est une journée bien étrange. Lui qui se demandait s'il devait plonger dans cette vie faite de zones d'ombre et d'incompréhension... on dirait bien que le choix lui avait été imposé. Voir Hiyori apparaître devant lui lui avait fait prendre conscience qu'il n'était pas seul dans cette histoire. Plus encore qu'avec Mona, Ike ou Erynn, l'irruption de la japonaise dans sa chambre démontrait qu'il pouvait apporter son aide face à l'effet Davis. Auparavant, il avait toujours subis le phénomène, et été pris de court par les événements. Cette dernière partie était encore vraie aujourd'hui, mais cette fois, le Lituanien avait le rôle de Mona : c'était à lui d'aider Hiyori à remettre de l'ordre dans ses idées. C'était aussi un moyen de ne pas penser à ses mains, qui étaient subitement capables de transformer l'eau en d'autres liquides.

La jeune femme mange très lentement son sandwich. Peut-être applique-t-elle sur la nourriture le conseil qu'il lui avait prodigué pour l'eau. C'était une bonne idée, même si dans le cas présent, il suffisait juste de bien mâcher pour éviter les maux de ventre. Elle a reposé la nourriture dans l'assiette. Peut-être que son sandwich n'est tout simplement pas bon. Désormais, Hiyori le regarde, le scrute sous toutes les coutures, comme si c'était la première fois qu'elle rencontrait un autre être humain. L'ancien soldat remarque ce petit manège, mais il n'y prête pas vraiment attention. Son regard fixe un point invisible, son esprit est ailleurs. Lorsque son invitée prends la parole, il est comme ramené dans l'instant. Il secoue la tête, se concentre sur la voix de la jeune femme.

La description qu'elle fait de l'endroit où elle se trouvait lui donne froid dans le dos. Leurs donnent froid dans le dos même. Hiyori tremble autant qu'Ignas blêmit. Ce qu'elle décrit, ça va au-delà des pires geôles qu'il a trouvé chez les pirates libyens, ou dans les planques des dealers de Vilnius. Des otages, il en a vu, mais il n'a jamais pu faire mieux que s'imaginer leurs conditions de vie. Il n'avait jamais rien pu faire d'autre que compatir avec leurs malheurs, tout en constatant leur traumatisme. Hiyori avait subis un tel traumatisme. Ce qu'elle décrivait était irréel. Le "Rien", comme elle le nommait, ressemblait fort à un sous-sol. Mais pas de chaleur, pas d'odeur... rien. Une sorte de néant, couplé à une enveloppe physique de ce dernier. C'était si invraisemblable... Ignas envisageait de plus en plus sérieusement l'hypothèse d'un kidnapping. Enfermée dans une cave, suffisamment vaste pour lui donner l'impression d'un labyrinthe. Droguée, assurément, pour qu'elle soit dans un état où faim et soif n'existe plus. Quelques mixtures sont capables de désorienter un humain à une vitesse hallucinante. Violée... non, pas violée, sinon son corps se serait crispé à son contact. Mécanisme de défense développé par l'organisme qui a subis des sévices. Là ça n'avait pas été le cas. Silencieusement, Ignas remercia le ciel pour ça. Hiyori semblait avoir subis assez de traumatismes pour en plus devoir gérer ça.

Il y avait beaucoup de zones d'ombres. Des parties du récit qui ne collaient pas ensembles, des pièces du puzzle qui ne s'emboîtaient pas. Le tatoué savait qu'il n'aurait pas une réponse immédiate. Le souvenir de sa captivité était encore trop récent pour que la lucidité ne retrouve sa route dans l'esprit embrouillée d'Hiyori. Passant une main sur son visage, le garde du corps se tourna pour faire face à son invitée.

Ce "Rien" que tu me décris... ce n'est pas loin de ma définition de l'enfer. Je ne te demande pas de te souvenir tout de suite, je ne veux pas te forcer à revivre des souvenirs douloureux. Mais... est-ce que tu aurais une idée d'où se trouve ce "Rien" ? Il marqua une pause, incertain sur la marche à suivre. Il inspira un grand coup, se lança : Tant que tu seras ici, tu seras en sécurité. Mais si tu as déjà été téléportée auparavant... tu sais que parfois, le phénomène s'inverse. Et si tu venais à disparaître pour retourner dans ce "Rien"... savoir où il se trouve me permettrais d'alerter les secours, pour te permettre d'en sortir le plus vite possible.

C'était... pas trop mal, comme explication, jugea-t-il. Bien sûr, il y avait le risque d'effrayer Hiyori quand à la perspective de retrouver l'endroit austère qu'elle venait de quitter, mais l'assurance de recevoir de l'aide, pouvait contribuer à la rassurer. Toutefois, le Lituanien décida de reprendre la main de la japonaise dans la sienne, et de lui assurer à nouveau, chaleureusement :

Sois-en certaine en tout cas : ici, tu es en sécurité. Si tu n'as nulle part où aller, tu peux rester tant que tu veux. Et si jamais tu venais à disparaître, à retourner sans prévenir dans le "Rien", je ne te laisserais pas tomber.

Rares étaient ceux qui étaient frappés par l'effet Davis, et qui avaient la chance de rencontrer d'autres victimes. Pour Ignas, c'était comme revenir dans les Forces Spéciales. Avec ses camarades, dans la même galère, il était prêt à se serrer les coudes, et à faire n'importe quoi pour s'assurer que chacun rentre chez lui en vie.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Ven 26 Jan - 23:58

Il parle et je fronce les sourcils, j’ai du mal à mettre tous les mots qu’il prononce ensembles pour faire des phrases pleines de sens… jusqu’à ce qu’il prononce ceux qui me glacent brutalement, comme ça, sans prévenir. Retourner dans ce « rien ». J’ai l’impression de me liquéfier vivante… je palis tellement qu’on dirait presque que ma peau est translucide… et puis il prend ma main. Je m’agrippe à la sienne comme si j’avais peur qu’il s’envole.

- Non… je ne veux pas y retourner ! Non !


Je plante un regard affolé dans le sien en secouant vigoureusement la tête même si ça me donne l’impression de peser une tonne et de m’enfoncer dans l’obscurité.

- C’est pas l’enfer ! L’enfer c’est brulant et bruyant, ça fait mal et c’est tout le temps différent ! Le Rien c’est pire ! C’est juste rien, ça te coupe en deux, ça te fait hurler même si tu sais que personne ne t’entendra jamais, ça te fait marcher même si tu n’arriveras jamais nulle part ! Ça ne change pas, jamais !


L’effet de ce coup de stress sur mon corps est violent. Je ferme les yeux et dodeline de la tête comme si j’allais m’effondrer, inconsciente, là sur le canapé… mais finalement je respire et ça passe lentement. Je serre toujours sa main, mais mes ongles ne se plantent plus dans sa peau. Je tremble toujours, mais pas comme si j’allais exploser… je me suis un peu calmée.


- Et je ne sais pas où c’était. C’était nulle part, et partout en même temps. En-dessous, au-dessus, à l’intérieur et à l’extérieur. J’avais… j’avais un… euh…


Je cherche mes mots.

- Un téléphone, oui c’est ça, un téléphone… pas de réseau, pas de connexion. Je l’ai perdu en marchant et je ne l’ai jamais retrouvé. C’était au début avant… avant que j’arrête de me poser des questions, avant que j’arrête de penser et d’essayer de trouver un sens, une raison…

J’ouvre les yeux, je sens une boule dans ma gorge, comme si je voulais pleurer mais que j’en étais incapable.


- Un endroit où tu veux oublier tout ce qui fait de toi une personne vivante, pensante… parce que si tu penses… tu deviens fou. Si tu vis… ça n’a pas de sens. Je suis désolée, ce que je dis ne veut rien dire… je ne sais pas. Je ne sais plus… je crois que je n’ai jamais su.

J’avale difficilement ma salive.

- Je ne veux pas savoir, parce que si je sais… peut-être qu’on me renverra là-bas… peut-être que je ne devrais même pas te raconter ça. Peut-être qu’ils vont t’y envoyer aussi… Je suis désolée, tellement désolée !

Je le regarde à nouveau et je penche la tête sur le côté avec une expression intriguée avant de lever ma main libre pour lui toucher la joue.

- Pourquoi ta peau est si blanche ? Elle ne l’était pas tout à l’heure… tu as mal quelque part ? Tu as faim ? Il reste du sandwich… il est bon tu sais…

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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 0:28

D'un seul coup, exposer l'hypothèse qu'elle va peut-être retourner dans le "Rien" n'apparaît plus comme une si bonne idée. Mais il fallait bien la prévenir, passer par cette étape douloureuse -à la fois pour le moral de son invitée et pour sa main- pour mieux avancer ensuite. Bien sûr que l'idée de retourner là où elle semble avoir passé beaucoup trop de temps ne l'enchante pas. Mais sa justification est encore plus glaçante. Elle décrit sa prison comme un lieu vide, si vide que le concept même d'existence devenait abstrait. C'était similaire à ses pièces si insonorisées qu'elles permettaient d'entendre son propre sang couler dans ses veines. Sauf que là, il n'y avait pas de chercheurs pour arrêter l'expérience, et il n'y avait pas de limite de temps.

Le plus dur, c'est qu'elle ne savait pas où ce trouvait ce "Rien". Elle le décrivait comme un espace à la fois restreint et infini. Si Ignas pensait rationnellement, il déduirais que la captivité prolongé avait fini par lui faire oublier la localisation de sa prison. Mais la téléportation, le complot mentionné par Mona à Stockholm... tout cela faisait que le "rationnel" n'avait plus grand intérêt dans ce contexte. Hiyori semble d'ailleurs s'en rendre compte, alors qu'elle se confonds en excuse.

Tu n'as pas à t'excuser. Lui dit-il d'une voix chaleureuse. Dire que tu as vécu une expérience traumatisante est un euphémisme. Je ne sais pas combien de temps tu as passé dans... ce "Rien". Je ne sais pas si tu vas y retourner, si je vais y être amené, mais pour l'heure, je pense qu'il vaut mieux ne pas y penser. C'est inutile de vivre dans la crainte.

Il sourit. Même si cette description du "Rien" est la chose la plus terrifiante qu'il ait entendu, il tente encore de se montrer rassurant. Mais il sent que sa peau est blême, il sent le frisson lui parcourir l'échine. Hiyori se calme peu à peu, mais c'est comme si elle transférait ses craintes au garde du corps. "Ils". Elle aussi mentionnait un ennemi réel, tangible. Elle aussi croyait que des hommes, ou des entités bien réelles étaient derrière l'effet Davis, et non pas un bouleversement des lois de l'univers.

Est-ce que tu sais qui t'as envoyé dans le "Rien" ? Comment tu y es arrivé ?

C'était très peu probable. Aucune des victimes de téléportation qu'il avait croisé ne savait rien. Mais il y avait plus que la téléportation. Il y avait ceux qui la contrôlait. Et alors qu'Ignas pensait avoir vu le pire, voilà que ce "Rien" apparaissait comme une nouvelle menace, à la fois invisible et omniprésente.

La main d'Hiyori se pose sur sa joue, sans prévenir. Elle est douce, chaude. C'est elle qui s'inquiète pour lui maintenant. Ignas plonge son regard dans celui de la jeune femme :

Ce n'est rien... C'est juste que... je ne peux qu'imaginer ce que tu as vécu. Et la possibilité d'y être confronté moi-même... me fait peur.

L'armée lui avait appris qu'il n'y avait rien de honteux à avouer ses peurs. Que c'était le meilleur moyen de les identifier, pour mieux les surmonter. Le jeune soldat qu'il avait été craignait de mourir, plus que tout. C'était toujours le cas, mais même lors de ses missions les plus périlleuses, la présence de ses camarades, et les certitudes amenées par l'entraînement intensif réduisaient cette crainte. Désormais, le tatoué était face à une situation qui le terrifiait. Il savait ce qu'il avait à faire. Mais il ne savait pas comment le faire. Alors qu'il n'est qu'un pion sur un immense échiquier, comment peut-il se constituer des certitudes qui réduiront sa crainte du "Rien" ? C'était des réponses qu'il allait devoir trouver. Sa main libre vint trouver celle d'Hiyori, posée sur sa joue. Il gratifia la jeune femme d'un nouveau sourire.

Mais comme j'ai dit, c'est inutile de vivre dans la crainte. Pour l'heure, je préfère me concentrer sur ce que je peux contrôler. Et dans l'immédiat, je peux m'assurer que tu ne manques de rien. Si tu as besoin de quoi que ce soit, dis-le moi.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 0:49

- Besoin ?

Je me concentre un moment… mais je ne trouve rien. Non, je n’ai besoin de rien. J’ai soif, mais il y a de l’eau à proximité. J’ai faim mais je suis rassasiée pour le moment. C’est bizarre. Mais tout est bizarre… la chaleur de ses mains sur les miennes est bizarre. Finalement, c’est peut-être ça qui est rassurant.

- Non. J’avais besoin de quelqu’un, n’importe qui… je crois. Et tu es là. J’avais besoin de ressentir… et j’ai ressenti. J’ai besoin de rien.


Je sursaute.

- « De » rien hein… pas « du » Rien…

Je dis ça plus pour moi que pour lui, je sais qu’il a compris. Je le dis comme pour me persuader que je suis mieux ici. Je suis littéralement terrifiée à l’idée d’y retourner, mais en même temps les changements brutaux me donnent envie de ne plus rien voir à nouveau… c’est très troublant.


- Arrête d’imaginer. Imaginer ça fait peur parce qu’on ne sait pas vraiment. L’inconnu ça fait plus peur que le vécu.

Il a demandé « qui » m’avait envoyé là-bas. Cette question me dérange. Je sais qu’il a demandé ça plus tôt mais c’est maintenant que ça me revient. Tout est en désordre… c’est le bordel dans ma tête. Mon expression redevient interrogative.

- Qui ?

Au lieu de lâcher ses mains, je m’y accroche à nouveau. Pas parce que j’ai peur, pas parce que je veux qu’il m’écoute bien… juste parce que je touche quelqu’un, une autre entité vivante et pensante, chaude et dont le sang coule dans ses veines… une autre personne. Enfin.

- C’est l’univers qui s’amuse.


C’est comme ça que j’ai toujours vu les téléportations aléatoires qui m’ont transportée dans ces endroits si différents et ont amené une vieille française bourrée dans mon appartement.

- Des blagues de l’univers, peut-être pour nous punir ? Je ne sais pas… des blagues aléatoires qui…

Je m’arrête brusquement.

- Aléatoires ?


J’avais rencontré Yoko, qui faisait des recherches sur les trucs bizarres et semblait avoir un genre de pouvoir… Nathan avait été téléporté au même endroit que moi… J’avais été littéralement envoyée sur Aloïs quand le taré qui avait été envoyé en Amérique avec moi le menaçait d’un flingue…

- Non, pas aléatoires… jamais des coïncidences. J’ai toujours été envoyée quelque part où quelqu’un comprenait ou allait comprendre. J'ai rencontré Aloïs, qui a rencontré le fou au flingue, comme moi... et j'ai rencontré Yoko… Yoko savait des choses… Et il y a eu Nathan… et la vieille… et…

Je grimace légèrement, ça me donne mal à la tête.

- Non c'est stupide… juste une blague de l'univers et des coïncidences bizarres... je deviens parano c'est tout...

Et puis je me souviens d’un détail de ce qu’il a dit « combien de temps »… c’est vrai… combien de temps ai-je été dans le Rien ? Dans un endroit pareil, les jours ressemblent probablement à des semaines, à des mois ou des années…


- Attends… quand est-ce qu’on est ? Je veux dire… quel jour on est ?
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 1:23

Elle n'avait besoin de rien. Elle avait bu, elle avait mangé. Et la présence d'un autre être humain à ses côtés, après une longue période de solitude, lui faisait du bien. Alors tout ce qu'Ignas pouvait faire, c'était garer les mains d'Hiyori dans les siennes, et la laisser se réadapter au monde qui l'entourait. Il sourit lorsqu'elle précise qu'elle n'a besoin "de" rien et pas "du" Rien. Un sourire qui laisse place à une mine pensive lorsqu'elle lui dit d'arrêter d'imaginer. Pour une jeune femme qui revient littéralement du néant, elle a une lucidité impressionnante.

Tu as raison. Admet Ignas. Autant ne pas y penser.

Finalement, la japonaise ne croyait pas à la théorie du complot. Seulement à une farce de l'univers. Une anomalie spatio-temporelle. Ou peut-être pas. Elle mentionne des noms, indique qu'à chaque fois qu'elle a été téléportée, elle avait rencontré quelqu'un qui n'était pas étranger au phénomène. Ignas observe la jeune femme avec intérêt.

Est-ce que tu sais où sont ces gens ? Comment les contacter ? Ce serait sans doute très constructif de réunir plusieurs victimes de l'univers pour en parler.

L'opportunité d'échanger les découvertes, les théories sur le pourquoi du comment... tout ça permettrais de faire avancer les choses. Peut-être... il restait encore tellement de mystères à élucider, tellement de processus inexplicables de manière scientifiques. Et puis la barrière de la langue bien sûr. Ce serait très compliqué de mettre en place une telle rencontre. Et si la théorie de Mona était la bonne, si des gens étaient vraiment derrière tout ça... alors ce serait offrir à ces derniers l'occasion rêvée de faire un magnifique tir groupé, et de tous les supprimer d'un seul coup.

Ce n'est pas de la paranoïa. Moi aussi, j'ai été téléporté plusieurs fois. Moi aussi, je suis toujours tombé sur quelqu'un qui connaissait le phénomène, et l'avait expérimenté avant moi. C'est trop gros pour être une coïncidence. Et certains pensent que ce n'est pas juste l'univers qui perd la raison aléatoirement.

Forcément, ça semble farfelu de poser comme ça une théorie de complot mondial. Qui, pourquoi, comment, dans quel but ? Autant de questions auxquelles il était littéralement impossible de répondre. Aucun média n'allait donner de la visibilité à une poignée de victimes, qui seraient considérés comme des illuminés notoires. Même chose pour la police, la recherche scientifique... Les victimes de l'effet Davis étaient indubitablement livrées à elle-même. D'où la nécessité de communiquer entre eux, avec transparence. En attendant de pouvoir le faire à un niveau global, Ignas pouvait déjà le faire avec Hiyori.

C'est compliqué à expliquer, à justifier, mais je suis de ceux qui pensent que des gens sont derrière toutes ces téléportations. Et je sais que ça semble étrange, mais je trouve plus rassurant de penser qu'un groupe d'individu à mis au point une technologie capable de téléporter d'autres individus, plutôt que de penser que c'est un phénomène "naturel". L'univers qui change ses lois pour créer un lien immatériel entre un point A et un point B, sans point d'entrée ou de sortie visible, capable de transporter une masse moléculaire humaine en moins d'une seconde sans limitation de kilomètres ou de fuseaux horaires, le tout de manière aléatoires... c'est contredire 2000 ans de rationalité universelle...

Le garde du corps se stoppa net, leva un sourcil. Elle lui avait demandé la date du jour.

Je... pardon, je m'emporte en hypothèses qui relève plus du film de science-fiction. On est le 25 janvier. 2018.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 1:50

Il parle beaucoup cette fois. J’ai beaucoup de mal à suivre et je fronce les sourcils en le regardant d’un air très concentré. Je parle bien l’anglais, je le comprends aussi plutôt bien… mais quand ça va trop vite ou que c’est trop compliqué, j’ai du mal. Peut-être que j’en avais moins avant… c’est possible… peut-être que j’ai seulement encore du mal à faire le point. Peut-être que c’est les deux en même temps qui se mélangent et qui m’empêchent de réussir à vraiment le suivre complètement. Peu importe… je pense que je saisis l’essentiel quand même.

- Euh… je… je crois que je peux en contacter certains oui… euh… Aloïs… Yoko… peut-être Nathan… j’ai… j’avais leurs adresses e-mail dans mon ordinateur…

Je m’en souviens parce que j’avais envoyé une photo de moi à Tokyo pour prouver à Aloïs que je disais la vérité… je me souviens aussi que Yoko voulait que je la tienne au courant… pour Nathan… je ne sais plus. Cette aventure avec lui dans cet abattoir russe glauquissime en pleine nuit, je préfèrerais l’oublier. Trop de choses étranges sont arrivées cette nuit-là. Rien que d’y penser j’en ai des frissons désagréables.

Et puis il m’explique ce qu’il suppose… et j’ai un mouvement de recul. Je lâche ses mains sans le vouloir.


- Des… des gens ? Des gens qui feraient ça ? Volontairement ?


Cette idée est extrêmement dérangeante… ça voudrait dire que tout ce que j’ai subi pendant tout ce temps, ces… téléportations, ce… ce Rien… ça voudrait dire que tout ça m’aurait été infligé volontairement par quelqu’un, par des personnes avec une intention spécifique… je me sens mal.

- Mais… mais non, c’est impossible, comment ? Et pourquoi ? Je veux dire… c’est encore pire si on pense comme ça tu ne crois pas ? Ça voudrait dire qu’on nous fait ça, pas juste que ça arrive parce que ça arrive, non… que quelqu’un nous fait tout ça, nous fait du mal, volontairement !

Il continue sur sa lancée et je secoue la tête.

- Tu… c’est trop compliqué… l’anglais c’est pas ma langue maternelle, c’est des mots que je ne comprends pas…

Je suis terriblement désolée de lui dire ça, il a l’air tellement prit par son discours, tellement enflammé… il a dû y réfléchir pendant des heures, se creuser la tête pour trouver une explication à la fois logique et rationnelle… et moi je ne comprends rien… J’en suis toujours à culpabiliser à cause de ça quand il me donne la date du jour.

- Ah d’accord, oui… le 25 janvier… oui bien sûr c’est… Attends… QUOI ?!

Je me redresse vivement, sautant quasiment sur mes pieds en ayant dans l’idée de commencer à faire les cent pas et à tourner en rond dans la pièce en poussant des gémissements aigus de désespoir… mais mon corps n’est pas prêt et je retombe lourdement sur le canapé.

- 25… 25 janvier 2018… c’est impossible… c’est… c’est impossible…

Je continue de marmonner ça en boucle en regardant dans le vide jusqu’au moment où je me retourne vers lui. Je voulais prendre sa main pour m’accrocher à nouveau à quelque chose de réel, de vivant… à une présence rassurante… mais finalement je m’accroche à lui tout court. Je me rapproche jusqu’à être quasiment juchée sur ses genoux et j’entoure son cou de mes bras en le serrant probablement assez fort pour qu’il sente mon cœur qui bat à tout rompre dans ma poitrine. J’ai du mal à respirer.

- Me laisse pas y retourner… j’t’en supplie… je veux pas…

Et c’est là que la boule dans ma gorge éclate, et que mes larmes commencent à couler silencieusement sur mes jours tandis que je continue, d’une voix à peine audible.

- Dix mois… j’y suis restée dix mois… je veux pas y retourner… s’il te plaît…

Je m'accroche à lui comme s'il était le point d'ancrage de ma nouvelle normalité, comme si le simple fait de sentir sa présence physique pouvait m'empêcher d'être renvoyée dans ce Rien. Dix mois... c'est presque un an !

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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 2:20

Il avait trop parlé, il s'était trop laissé emporté par ses théories. Lorsqu'elle lui explique qu'elle peut contacter, potentiellement, ses anciennes rencontres, Ignas a de nouveau envie de se laisser aller à des hypothétiques stratégies de communication entre les victimes de l'effet Davis, l'instigation d'un réseau crypté, la mise au point de stratégie de lutte, d'appels au secours en cas de téléportations inopinés... mais il se retient.

Hiyori n'est pas rassurée par l'idée que quelqu'un se cache derrière les phénomènes paranormaux. Point de vue compréhensible quand on vient à peine de sortir du "Rien", quoi que ce soit. Son opinion fit réfléchir Ignas. C'est vrai que de son côté, à part la fois où il s'était retrouvé la tête à l'envers à cause d'un décentrage de gravité, les téléportations ne lui avait jamais fait "de mal" à proprement parler. Elles avaient toujours été malvenues, pour de nombreuses raisons. Mais il n'en avait pas souffert physiquement. Mentalement... il restait à peu près sain d'esprit. Mais Hiyori, elle, avait de son propre aveu perdu la tête dans ce qu'elle nommait le "Rien". Dans son cas, ça dépassait le simple cadre de la mauvaise blague.

Comment, pourquoi, je ne sais pas. Est-ce que c'est un seul homme ou une organisation, pareil, aucune idée. Je n'ai aucune preuve, aucun moyen de vérifier ma théorie. Mais les coïncidences sont trop énormes pour penser que c'est aléatoire. Et entre comprendre les motivations d'humains, ou les motivations de l'univers, je trouve ça moins dur dans le premier cas.

Lorsqu'il lui donne la date du jour, Hiyori est soudainement prise d'un regain d'énergie. Elle bondit hors du canapé, mais retombe aussi sec. Une nouvelle vague de panique semble l'envahir. Elle répète la date, répète que ce n'est pas possible. Devant cette réaction, c'est au tour d'Ignas de ressentir une nouvelle montée d'inquiétude. Il reste pétrifié face à la jeune femme, incapable de réagir. Qu'est-ce qu'il doit faire ? Qu'est-ce qu'il doit dire ? Soudainement, son invitée se rapproche de lui, se place quasiment sur ses genoux. Elle a les larmes aux yeux, mais cela le barbu ne le remarque que très brièvement. En effet, la jeune femme passe ses deux bras autour de son cou, et le serra aussi fort que son corps affaibli le lui permet. Pris de court, Ignas met quelques secondes avant de répondre à cette étreinte. Il place la japonaise à califourchon sur lui, et la laisse sangloter, tout en lui offrant une étreinte rassurante et protectrice. Finalement, il se dégage légèrement. Il prend le visage d'Hiyori entre ses mains, colle son front contre le sien.

Tu ne vas pas y retourner. Je te le promets. Tant que tu es chez moi, tu ne risques pas de retourner dans le "Rien". Tu es en sécurité, ce que tu as vécu dans le "Rien" n'est plus qu'un mauvais souvenir. Tu n'y retourneras pas.

Il essuie doucement les larmes de la japonaise. A cet instant précis, il est prêt à lui jurer qu'elle ne retournera pas dans le "Rien". Mais au fond, comment en être certain ? L'effet Davis frappe si vite... il suffit de passer une porte, de s'asseoir dans un canapé, pour basculer en un dixième de seconde à l'autre bout de la Terre. Comment être certain qu'elle ne finira pas par regagner sa prison ? Ce lieu qui terrifie tant Hiyori, comment l'empêcher d'y retourner ? Incapable de répondre à cette question, Ignas attire de nouveau son invitée contre lui.

Son cœur manque un battement lorsqu'elle révèle le temps passé dans le "Rien". Dix mois... comment peut-elle encore être en vie ? Comment peut-elle encore être lucide ? Dix mois passés, sans eau ni nourriture ? Qu'est-ce que c'était que ça ? Ça dépassait les pires cauchemars du garde du corps. Le "Rien" ne pouvait pas exister. Pas dans ce monde, même pas dans leur réalité qui incluait la possibilité de la téléportation. Dix mois... dix mois qu'elle avait disparu, donc ?

Tu as de la famille ? Quelque part ? Elle doit s'inquiéter...

Passer dix mois coupé du monde, sans aucune possibilité de savoir si sa famille se porte bien, sans savoir comment se porte le monde. Hiyori avait une force mentale phénoménale pour ne pas avoir sombré dans la folie, pour avoir réussi à s'extirper de la torpeur intellectuelle dans laquelle le "Rien" l'avait plongée pendant dix longs mois. Désormais, Ignas s'accrochait à Hiyori autant que l'inverse. La jeune femme ne voulait pas retourner dans le "Rien", et lui comptait bien tenir sa promesse.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 4:23

Ce n’est que quand je sens ses bras se refermer autour de moi que je réalise que je viens littéralement de me jeter à son cou. Quelque part au fond de moi, quelque chose me dit que ce n’est pas dans mes habitudes, et très loin d’être quelque chose de normal ou d’habituel là d’où je viens. Mais je m’en fiche… j’en ai besoin. Besoin de sentir que je suis en sécurité, besoin de savoir que quelque chose me retient ici, physiquement… besoin de réaliser encore une fois qu’il y a quelqu’un d’autre, que je ne suis pas toute seule en train de errer dans le Rien. Il a beau m’assurer que c’est le cas, que je ne retournerais pas là-bas et que tant que je suis avec lui, je suis protégée… ce ne sont que des mots, comment peut-il en être aussi sûr ? J’ai déjà été téléportée alors que j’étais en pleine conversation avec quelqu’un… une fois, cette fameuse fois où je me suis retrouvée en Russie avec Nathan, j’étais devant une foule sous une pluie de flashs et de compliments, en pleine vue… quand brusquement je me suis retrouvée aveuglée par la lumière du téléphone de Nathan, alors encore un parfait inconnu, dans la froide obscurité de la nuit russe, en plein milieu d’un abattoir tout droit sorti d’un film d’horreur… J’en frémis… c’est pas mon souvenir le plus agréable. Ceci dit, après tous ces… mois… dans le Rien, je peux dire que j’ai vécu pire. Putain… dix mois… c’est affreusement long…

Il essuie mes larmes, c’est là que je remarque qu’il m’a fait changer de position. Je suis sur ses genoux… quelque part dans un coin de ma tête, le même coin au fond de moi que tout à l’heure, je me dis que ce n’est pas très approprié… et puis, une fois encore, je m’en fiche. Je renifle et m’essuie les yeux comme une gamine de quatre ans après un gros chagrin, et je le regarde comme si j’avais vu un fantôme…


- Famille ?

Oui… famille… les seules personnes au monde qui soient réellement chères à mon cœur. Ils ont été les premiers à disparaitre de mon esprit, parce que leur souvenir était le plus douloureux.

- Ma famille !

Je sursaute à nouveau tellement fort, et de manière tellement inattendue, que je tombe en arrière. Encore une fois se sont mes fesses qui prennent. Décidément, un jour, si je m’en souviens, je pourrais dire que c’est une journée qui m’a fait mal au cul, dans tous les sens du terme… mais là tout de suite, je ne réalise pas du tout le comique de la situation. Je me redresse en tremblant, et me hisse jusqu’à m’assoir sur la table basse, juste à côté du sandwich si gentiment préparé et si rapidement oublié. Mon cœur bat à toute vitesse et j’ai à nouveau du mal à respirer.

- J’ai… oui, j’ai de la famille… J’ai… il y a mes parents… et puis… et puis Iwao, mon frère… il travaille dans… euh dans… dans l’immobilier ! Et Iwai, ma sœur… c’est la jumelle d’Iwao… elle est comptable. Masahiro… il est musicien, toujours en tournée… peut-être qu’il est en Amérique lui aussi… et puis il y a Tetsuo, il danse… et puis…


Mes larmes recommencent à couler sur mes joues mais je ne m’en rends même pas compte. Comment ai-je pu les oublier… comment ai-je pu les repousser aussi loin dans le simple but d’avoir moins mal ? Alors qu’ils sont les seuls personnes pour qui j’ai accepté de vivre tout ce temps les seules que je n’ai jamais eu envie de faire souffrir…

- Et Hisao… Hisao c’est mon frère jumeau… c’est la personne que j’aime le plus au monde…

Et puis je réalise. Oh putain… Peut-être que ma famille a cru que j’avais fini par passer à l’acte et par me suicider dans un coin sombre… s’il ont cru ça c’est bien, ils m’ont pleurée un moment et ont recommencé à vivre en allant de l’avant… pas facilement, je sais qu’ils m’aiment tous sincèrement… mais quand même, comme on le fait quand quelqu’un meurt… mais pas Hisao. Hisao a dû passer ces dix mois à m’attendre, à me chercher, à supplier tous les dieux et tous les esprits possibles et imaginables de lui rendre sa sœur adorée… Hisao a toujours refusé de voir l’obscurité qui me ronge, il considère que je suis la fille la plus parfaite du monde, la plus belle, la plus gentille, la plus douce… il a toujours eu de la merde dans les yeux quand il était question de moi. L’amour rend aveugle nan ? Après tout… je pense plus ou moins la même chose de lui… mon frère est parfait, c’est tout.

Est-ce que je dois leur dire que je suis vivante ? Que je suis revenue ? Et comment je leur expliquerais ces mois d’absences, sans nouvelles ? Je ne peux pas leur parler de téléportation et autres couloirs sans fin, ils vont penser que je suis devenue complètement cinglée et me feront enfermer dans un hôpital psychiatrique tellement bien gardé que je ne reverrais plus jamais la lumière du jour… comme dans le Rien…


- Mais qu’est-ce que je vais leur dire ? Et si… et si je leur dis que je vais bien, et que je suis à nouveau balancée dans le Rien pendant des mois ? Et… et si je leur raconte tout et qu’ils disparaissent à leur tour ? Non !


Je secoue vigoureusement la tête d’un air décidé alors que mes mains tremblent encore plus que tout à l’heure.


- Je peux pas leur raconter… je dois trouver autre chose, une histoire… un… un mensonge… Hisao saura mais c’est pas grave, il ne me posera pas de questions… je…

Je regarde à nouveau Ignas à travers mes larmes en me mordillant la lèvre.


- Qu’est-ce que je vais leur dire ?
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 14:15

La joie de se souvenir de sa famille semble submerger Hiyori. Elle cite des noms en rafales. Ça fait beaucoup de frères et sœurs, s'amuse Ignas. Et puis deux paires de jumeaux en plus. Mais la jeune femme déchante vite. Dix mois sans nouvelles, dix mois qu'elle a disparu, aussi soudainement qu'elle vient de réapparaître. Elle s'en rend bien compte elle-même, elle ne peut pas juste débarquer comme ça, et faire comme si de rien n'était. Elle ne pouvait pas leur raconter la vérité, car personne ne voudrait y croire. La situation était compliquée, et ce n'était que maintenant que le Lituanien prenait toute la mesure des avertissements de Mona. Si lui venait à passer des mois dans le "Rien", puis à en sortir sans prévenir, comment pourrait-il expliquer à sa famille ?

Ne pas y penser. Se concentrer sur l'instant présent. Comment Hiyori allait pouvoir gérer la situation, et comment Ignas pouvait l'y aider. La jeune femme s'était assise sur la table basse, après avoir bondit hors de ses genoux. Tout d'abord, il allait continuer à la rassurer, à lui dire que tout irait bien. C'était un peu hypocrite de sa part de faire ça, car il n'avait aucune idée de si les choses allaient bien se passer, ni de comment elles allaient évoluer. Mais pour le bien de leur santé mentale, à tout les deux, il voulait se persuader que le pire était derrière la jeune femme.

Personne ne va retourner dans le Rien. De la façon dont tu me l'as décris, ce n'est nulle part sur Terre. C'est... ailleurs. La téléportation, de ce qu'on en sait, transporte les gens d'un endroit sur Terre à un autre. Donc... théoriquement, tu ne peux pas retourner dans le Rien. Je ne sais pas comment tu t'es retrouvée là-bas. Mais tu en es sortie, après dix mois, et tu es encore saine d'esprit. Peut-être que c'est ton subconscient qui a fini par trouver une issue sans que tu t'en rendes compte ?

Il sortait cette hypothèse de nulle part, mais l'explication lui paraissait presque plausible à ce stade. Si le "Rien" n'était pas su Terre, alors les règles de la téléportation telles qu'il les avait expérimenté ne s'appliquaient pas à lui. A partir de là, on pouvait imaginer tout un tas de possibilité quant à comment entrer où sortir de là. Une bataille entre le Néant et l'Esprit, en plus d'être assez épique sur le papier, n'était plus improbable qu'autre chose.

Si tu as disparu pendant dix mois, sans laisser de traces, ta famille t'as sans doute cherché. Peut-être même qu'ils te cherchent encore. Ils ont sans doute alerté la police, comme quoi tu avais disparu. Il existe sans doute un avis de recherche, quelque chose.

Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir raconter ? Un kidnapping, c'était l'histoire la plus "plausible" pour justifier dix mois de disparition. C'était le genre d'histoire qui allait terroriser les parents. Il y avait la possibilité de la fugue, mais c'était peut-être encore pire. Une idylle secrète avec un parfait inconnu, c'était envisageable aussi, mais ça occasionnerait trop de questions. Dans le cas d'un kidnapping, au moins dans un premier temps, les proches s'abstiennent de poser des questions, de peur de plonger la victime à peine sauvée dans des souvenirs atroces.

Tu peux dire... que tu as été kidnappée ? Osa finalement le garde du corps, avant d'élaborer. On peut monter toute une histoire de mecs masqués qui t'ont emportés sans explications, transporté de pays en pays pour brouiller les pistes. Je ne sais pas... ça fera sûrement très peur à tout le monde, et il y a d'autres possibilités de mensonge à inventer... mais c'est peut-être la plus facile pour justifier une absence aussi longue.

Bordel, qu'est-ce qu'il n'aimerait pas être à la place de la jeune femme...
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Sam 27 Jan - 17:41

Je le regarde avec des yeux ronds, sans réagir pendant un moment. Un quoi ? Un kidnapping ? Au bout de plusieurs secondes qui ressemblent à des morceaux d’éternité, j’éclate de rire. Ça me surprend moi-même, je ne m’y attendais pas du tout. Je ne peux pas m’en empêcher. Je ris tellement que les larmes qui inondent mon visage sont désormais dues à ce fou-rire incontrôlable qui me fait déjà mal aux abdominaux. Ça prend un moment avant que je réussisse à nouveau à parler.

- Un kidnapping ? Avec des types masqués qui prennent la peine de brouiller les pistes ?

J’en peux plus, c’est trop drôle. On dirait un film à petit budget rangé dans la catégorie des navets classiques à voir absolument.


- Mais enfin, ça marcherait s’il y avait eu une demande de rançon… ou si j’étais quelqu’un d’important, mais j’suis personne moi !

Je ris encore.

- Je suis désolée, mais c'est tellement illogique !


Le rire se calme mais je souris toujours. Étrangement, rire comme ça semble m’avoir un peu plus rendu mon humanité. J’essuie mes joues humides et je regarde autour de moi, j’arrive plus facilement à faire le point. La lumière me blesse toujours, mais comme il y en a un peu moins et qu’en plus le soleil est en train de se coucher, ça me brûle pas autant que tout à l’heure.

- Non, faut un truc plausible… si je sors quelque chose d’aussi gros ça va me demander beaucoup d’efforts et d’imagination pour répondre à toutes leurs questions… rien que d’y penser ça m’épuise.

Je réfléchis un peu puis grimace légèrement avant de soupirer.

- Faudra que je leur dise que j’ai fait une tentative de suicide, loin pour pas qu’on me trouve… et que quelqu’un m’a amenée à l’hôpital… et que là on m’a envoyée en hôpital psychiatrique le temps d’écarter tout risque de récidive… un truc dans ce genre là… j’avais pas mes papiers ni rien et j’ai pas voulu dire d’où je venais, c’est pour ça qu’on les a pas prévenus…


Je sais qu’ils vont détester cette histoire, plus que n’importe quelle autre, qu’ils m’en voudront à mort… mais ils croiront ça beaucoup plus facilement que quoi que ce soit d’autre. C’est pas comme si j’en étais à ma première tentative non plus.

- De toute façon je suis plus à un jour près…

Et puis j’ai pas envie de partir, pas maintenant, rien que l’idée de quitter l’appartement d’Ignas me fait peur. C’est la seule vision de normalité » que j’ai eu depuis dix mois, j’en ai besoin.


- Je pourrais toujours réfléchir à une manière de ficeler ça correctement plus tard… ou alors je pourrais leur envoyer un mail, que je sois partie faire ça dans un autre pays ne les choquera pas plus que ça je pense… surtout que j’avais raconté à Hisao ces histoires de téléportation… j’habite avec lui, alors il m’a peut-être vue disparaitre la dernière fois… on était en train de… je sais plus… de manger ?

Mon esprit s’embrume à nouveau. Creuser ma mémoire n’est pas une bonne idée. Cela dit, penser à des choses aussi réelle, rend le reste davantage tangible, et je prends conscience de ma situation actuelle. Je suis là, assise devant un presque-inconnu, avec un vieux t-shirt de mon frère et une culotte des jours « je sors pas le nez de l’appart » pour seuls vêtements. Au final, même si j’ai ni mangé, ni bu, ni transpiré ni rien pendant dix mois… j’me suis pas lavée non plus. Même pour moi ça fait longtemps là quand même…


- Est-ce que… est ce que je peux prendre une douche ?

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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Dim 28 Jan - 0:49

L'idée d'élaborer une histoire de kidnapping n'est semble-t-il pas la meilleure qu'Ignas ait eu aujourd'hui. Lorsque Hiyori éclate de rire, le Lituanien lève un sourcil circonspect. A défaut d'être pris au sérieux, sa proposition aura au moins eu le mérite de lui rendre le sourire. Bon, le sourire sous la forme d'un fou-rire très long, mais c'était au moins ça de pris. Lorsqu'elle explique pourquoi l'histoire ne fonctionnerait pas, Ignas ne put que s'avouer vaincu. Des innocents, des inconnus kidnappés, il y en avait tous les jours, malheureusement. Il le savait, les jeunes africains retenus sur les bateaux pirates de la Méditerranée étaient rarement des fils de présidents. Mais les pirates avaient des revendications. Argent, armes, libertés... ils voulaient toujours négocier quelque chose en échange de la vie d'un des otages.

Cela dit, l'alternative proposée par Hiyori n'est pas beaucoup plus plausible. En plus d'être encore plus glauque. Aller faire une tentative de suicide à l'autre bout du monde, ça allait être compliqué à faire avaler ça à sa famille, non ? Et puis, il faudrait bien qu'elle dise où elle avait été retrouvée, par qui, où avait-elle été internée... et à partir de là, le moindre appel envers l'hôpital en question ferait voler en éclat toute la petite histoire.

Ça risque d'être dur à avaler pour ta famille. Mais si tu penses que c'est la meilleure solution... je ne connais pas ta vie, donc soit. Fait attention quand même, c'est assez facile de savoir si quelqu'un a séjourné dans un établissement médical.

C'était une anecdote qu'on lui avait raconté dans ses premières années à l'armée. Un type qui avait fait croire qu'il avait subis une blessure, tout ça pour être renvoyé chez lui deux semaines et partir en vacances du côté de Palanga, la station balnéaire lituanienne. Rapidement démasqué, il avait été dégradé et avait dégusté sévère à chaque entraînements. Tout ça parce que son supérieur hiérarchique, soucieux du bien-être de ses hommes, avait appelé le docteur pour savoir comment se déroulait la guérison.

Au pire, si Hiyori avait besoin d'aide pour élaborer son mensonge, Ignas pourrait toujours essayer d'aider. Même si sa dernière tentative s'était avéré... maladroite. Lorsqu'elle demanda si elle pouvait prendre une douche, le barbu lui offrit une mine circonspecte, le temps d'une seconde. La Japonaise avait l'air propre, bien que pas coiffée ni habillée, mais... oh. Dix mois dans le "Rien".

Oh ! Bien sûr, bien sûr, fais comme chez toi ! Je vais te montrer où c'est.

Même si elle semblait propre et qu'elle ne sentait pas mauvais, c'était sans doute difficile à assumer mentalement de ne pas s'être lavé pendant dix mois. Ignas pouvait comprendre ça. Sur certaines périodes de mission, les soldats passaient parfois plus d'une semaine sans se doucher. La cohabitation devenait généralement très difficile après quatre ou cinq jours.

Il mena Hiyori vers sa chambre. Là où la jeune femme était apparue, quelques minutes plus tôt. La salle de bain était attenante. Elle n'avait rien de spécial : du carrelage blanc, bien entretenu. Un grand miroir, avec un évier, autour duquel trônait brosse à dent, dentifrice et autre produits cosmétiques. Ignas n'avait pas grand-chose, juste le strict nécessaire. Et puis dans le coin de la pièce, la douche. Assez spacieuse, pour qu'Ignas puisse ne pas s'y sentir à l'étroit. Autant dire qu'avec la différence de gabarit, son invitée devrait se sentir à l'aise.

Ok, alors je vais te montrer comment marche la douche...
Ignas je suis nue...
Tu tournes là pour l'eau chaude. Là c'est le pommeau de douche, mais il y a aussi un jet en hauteur si tu préfères. Là ce sont tes seins.
IGNAS JE SUIS NUE !

Il ne l'avait pas entendue la première fois, mais soudainement ça venait de le frapper. Hiyori était en effet nue devant lui. Dans sa volonté d'être un bon hôte, il se retrouvait soudainement dans une situation embarrassante. Pour lui comme pour la jeune femme. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait une femme nue, mais là, les circonstances faisaient que ce n'était pas le moment d'avoir ce genre de pensées.

Oui je... je... en effet. Donc. Je suis à côté. Si tu as besoin de quoi que ce soit... euh, voilà... tu sauras où je suis.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Dim 28 Jan - 2:38

Si je m’en réfère aux standards de comparaison que j’avais avant, je dirais que sa salle de bain est… normale. En gros, rien à voir avec celle que je partageais avec Nii-chan… j’ai une vague image de ce à quoi ça ressemblait : un amas de serviettes humides, des fringues sales ou propres dans tous les coins, des cendriers pleins à craquer, un miroir tellement plein de traces de dentifrice et de buée qu’on se voyait rarement à travers, des brosses à dents partout, des bouteilles vides, des bouquins abandonnés par terre… Mouais… bref passons.

Il me montre la douche et, pensant qu’il s’en va, je me déshabille tranquillement et pénètre dans la cage vitrée pour me laver… c’est là qu’il revient et m’explique, sans se démonter, comment ça marche. La première fois que je lui signale que je suis à poil, il ne relève pas… il continue de me montrer le fonctionnement de sa douche en me montrant différentes choses… et ma poitrine… du coup je lui répète que je suis toute nue, plus fort… ça y est, il réalise. Je ne sais pas si je dois être vexée qu’il n’ait pas vraiment capté le bizarre de la situation, ou flattée qu’il ait été troublé par mes formes au milieu d’une explication banale… mais cette réflexion ainsi que ce qu’il ajoute ensuite, disparaissent dans le flou de mon esprit au moment où je remarque les tuyaux.

Des tuyaux, des murs unis… un long frisson par de mes pieds pour aller mourir au sommet de mon crâne. C’est différent des couloirs du Rien, mais ça y ressemble beaucoup trop pour me laisser de marbre. Je réussi, au prix d’un effort colossal, à ne pas bondit sur son dos en couinant comme une souris sur laquelle on aurait marché… parce que bon, ça fait un peu folle psychopathe quand même… par contre je ne peux pas m’empêcher de me tourner vivement en sortant de la douche, oubliant même ma nudité, pour le rattraper en agrippant le dos de son t-shirt.


- Est-ce que… euh…

Ah ouais merde… nue… c’est vrai. J’ai chaud aux joues, très chaud… rougir, ça s’appelle rougir. Donc oui, je rougis brutalement et bégaie bêtement.


- Est-ce que tu… tu… euh… tu pourrais r… rester ? J… je veux dire… hum… de dos hein mais… euh… enfin dans la pièce quoi…


Je baisse la tête et réussi à marmonner quelque chose qui ressemble à :

- Je veux pas rester toute seule…

Si j’étais capable d’analyser clairement ce qui vient de se passer, je dirais que je suis complètement traumatisée par ces mois de solitude. Bon, ça c’est évident… mais qu’il me reste quand même des résidus de pudeur de ma vie d’avant. Alors qu’en soi… ben je m’en fiche complètement qu’il me voit à poil ou pas. Il m’a déjà vue y’a pas deux minutes en plus et il n’est pas parti en hurlant, c’est que ça va, non ? Mais bon… à l’heure actuelle je ne suis pas en état de pousser la réflexion aussi loin. Je pense juste « pas toute seule… tuyaux… le Rien… mais envie de me doucher ». C’est déjà pas mal je trouve étant donné les circonstances plus qu’anormales.

Je m’assure qu’il reste bien dans la pièce, sans m’attarder sur des détails comme « le miroir est immense, même tourné il peut me voir autant qu’il veut, je suis complètement conne », et je retourne dans la douche pour me laver. Je me sens comme une proie acculée par un prédateur invisible. J’allume l’eau, la règle tellement tiède qu’elle est presque froide, et je me lave le plus rapidement possible en prenant bien soin de ne pas regarder les tuyaux et de vérifier qu’il est toujours là toutes les deux secondes. Quand j’ai fini, j’ai l’impression de revivre. Je pense que c’est la première fois de ma vie que me laver me fait ça… si je me souviens bien, avant c’était une corvée… aujourd’hui, si on enlève cette sensation désagréable d’être dans un ascenseur en partance pour le Rien, c’était très agréable. Stressant… mais agréable.

J’attrape une serviette qui pend près de la cabine de douche et m’enroule dedans avant d’aller dégouliner sur le carrelage pour lui tapoter sur l’épaule et lui signifier que j’ai terminé et qu’il peut se tourner. Ensuite, je me plante devant le miroir qui n’a pas eu le temps de s’embuer, et je m’observe un moment. J’ai l’impression de contempler une parfaite étrangère. Je sais que c’est moi, mais ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas vue… ça fait bizarre. Je prends, plus par réflexe qu’autre chose, une brosse à cheveux, et coiffe mollement mes cheveux trempés en mettant plein d’eau par terre.

J’ai maigris. Pas beaucoup… pourtant j’ai rien bouffé pendant presque un an. J’ai dû perdre quoi… dans les quatre ou cinq kilos maximum… pile ceux que j’avais en trop en fait. J’imagine que je devrais voir ça comme un point positif, mais c’est trop étrange… je devrais n’avoir que la peau sur les os à ce stade, avoir le visage creusé et des cernes de deux mètres de long, les lèvres crevassées et les yeux enfoncés dans leurs orbites… et en fait non. Je suis… pratiquement la même qu’avant. Ce qui me dérange le plus en fait c’est cette lueur de peur que je vois au fond de mon regard. J’ai l’air d’un animal apeuré dans la lumière des phares d’une voiture…

Et puis, dans le reflet du miroir, je vois les tuyaux à nouveau. Je les vois même bouger, se diriger vers moi comme pour m’attraper et me ramener d’où je viens… une fois encore, si j’avais été capable de réfléchir correctement, j’aurais trouvé une explication rationnelle… genre « mais non Hiyori, t’hallucine parce que tout ça t’a rendue cinglée, c’est pas grave, fais comme si t’avais rien vu »… mais je ne peux pas. Alors je fais la première chose qui me vient à l’esprit : je ferme les yeux le plus fort possible en me mettant à trembler comme une feuille, j’attrape le bras de mon protecteur humain vivant et pensant, et je fuse hors de la salle de bain avant de claquer la porte derrière lui avec beaucoup plus de force que nécessaire, essoufflée comme si j’avais sprinté sur deux kilomètres.


- Les, les tuyaux ! Ils… ils ont…

Et paf, je réalise que c’est complètement idiot. Il les aurait vus… pas vrai ?

- Euh… non rien… oublie… désolée…

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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Dim 28 Jan - 23:17

Ignas sent le rouge lui monter aux joues. Ce n'est pas dans ses habitudes de se trouver nerveux devant une femme nue, mais encore une fois, les circonstances ne sont pas propices à ce genre d'intimité. Le plus dignement possible, il se détourne, bégaye qu'il sera dans la pièce d'à côté et se dirige vers la sortie. Mais une main le retiens. Il se retourne, constate qu'Hiyori est toujours nue. Il ne devrait pas, mais il ne peut s'empêcher de la regarder plus en détail. Pour une jeune femme qui a passé dix mois sans manger ni boire elle est... normale. Pas bien épaisse, mais elle n'a pas la peau sur les os. Pas de blessures apparentes, juste... un corps féminin, tout ce qu'il y a de plus normal. Et bien fait. Cette pensée lui traverse l'esprit, alors que la jeune femme lui demande de rester, expliquant qu'elle ne veut pas rester seule.

Euh... oui, oui bien sûr. Si tu veux.

C'est assez incongru comme proposition, mais au fond, ça peut se comprendre. Elle ne veut pas rester seule après tant de temps passé. Le Lituanien se retourne à nouveau, et se place... comme il le ferait en tant que garde du corps. Droit, face à la porte, dos à la douche. Comme si derrière lui se trouvait une star que personne ne devait approcher sans autorisation. Sauf que derrière lui, c'était une jeune femme sauvée miraculeusement d'une situation cauchemardesque. Et elle était nue, sous sa douche. Ignas voulut rester stoïque, mais à deux reprises, il se risqua à jeter un coup d’œil dans le miroir, suffisamment grand pour lui laisser voir la totalité de la cabine. La jeune femme lui tournait le dos, laissant au barbu la possibilité de poser son regard sur ses fesses... Il se reprit, les deux fois. Ce n'était pas le moment.

Le bruit de l'eau finit par s'interrompre, la jeune femme arrivant quelques secondes plus tard pour lui signaler qu'il pouvait de nouveau se retourner. Il s'exécuta, observa Hiyori se regarder dans le miroir, puis se brosser les cheveux. Pas de doute, elle était très jolie, mais le tatoué persistait à chasser ses pensées inopportunes. Soudain, Hiyori fut frappée par une nouvelle crise de panique. Elle se crispe, attrape le bras d'Ignas et le tire hors de la salle de bain, avant de claquer la porte. Un nouvel élan d'inquiétude monte dans l'esprit d'Ignas, qui interroge la japonaise du regard.

Comment ça les tuyaux ? Bouge pas, je vais voir.

Prudemment, Ignas baisse la poignée de la salle de bain, jette un premier coup d’œil. Tout semble normal. Il ouvre la porte un peu plus grand, passe la tête. Toujours rien. Cette fois, il ouvre en grand, rentre dans la salle de bain, observe sa douche, scrute les tuyaux dans les moindres détails. Quelques gouttes d'eau ruissellent le long des tubes, mais sinon, rien d'anormal. Rassuré, l'ancien soldat referme la porte, avec plus de douceur qu'Hiyori ne l'avait fait. Il se retourne vers elle, les cheveux toujours humide, enveloppée dans une serviette blanche.

Ce n'était rien. Il n'y a rien d'anormal. Tout va bien.

A nouveau, le Lituanien sourit chaleureusement à son invitée.

Tu veux peut-être t'habiller. Je... si tu veux, tu peux prendre des trucs à moi. L'armoire est juste derrière toi. Je... je ne regarde pas, promis.

Cette dernière phrase, il l'avait prononcé avec légèrement moins de conviction. Mais pendant qu'elle s'habillait, lui pouvait toujours aller récupérer les autres vêtements d'Hiyori, pour les mettre dans la machine à laver. Oui, il allait faire ça. C'était une bonne idée.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Dim 28 Jan - 23:54

Je lui refais signe que ce n’était rien. Je ne vais pas en plus l’emmerder avec des visions à la con quand même. En plus, il a beau être tout gentil, tout protecteur et tout rassurant… je sais ce que j’ai vu. Les tuyaux bougeaient… pas pour m’attaquer comme je l’ai cru au début, mais pour se placer de manière différente… comme s’ils voulaient (avec leur petite volonté de tuyaux) se placer dans la même position que ceux du Rien. Je me dis ça parce qu’en y repensant, je me dis que je n’ai pas ressenti la moindre agressivité… Du tout… ni rien d’autre… comme les tuyaux du Rien. Là sans l’être, sans poser de problème mais sans aider non plus, ne changeant jamais…

Je me secoue un peu et hoche la tête pour le remercier tout en allant farfouiller dans son armoire. Des vêtements… oui, bonne idée. Bon, forcément il n’a que des fringues de mec, mais j’avais l’habitude de taper dans les frusques de mon frère quand je n’avais plus de linge propre… Je ne regarde même pas et attrape un caleçon et une chemise. J’enfile le premier, puis je boutonne vaguement la chemise, lundi avec mercredi. On dirait que je porte un mini-short et… ben une chemise. Une chemise ça ressemble à une chemise, on peut rien y faire. En fait on dirait une fille qui a passé la nuit chez son mec et qui se réveille difficilement. Je hausse les épaules… y’a pire comme ressemblance.

Je soupire et me retourne vers Ignas, mais mon regard est capturé par un mur de la chambre… c’est là que je suis apparue. Pile à cet endroit… brusquement, ce morceau de mur parfaitement normal m’attire irrésistiblement et je m’en approche avec prudence. Les yeux dans le vague et l’air complètement ailleurs, je caresse le mur du bout des doigts avant de poser ma main à plat contre lui. Pourquoi cette porte était subitement apparue ? Pourquoi avais-je passé tout ce temps enfermée dans ces couloirs… pour être ensuite brutalement jetée dehors ?

Alors que je ne devrais ressentir que soulagement et reconnaissance pour être enfin sortie de ce merdier… c’est une pointe de déception qui se met à prendre toute la place. De la déception et de la frustration. Attends, tu me prends pendant des mois sans la moindre explication… et puis d’un coup tu me largues chez un parfait inconnu comme si rien ne s’était passé ? Vu le temps que j’y ai passé, et vues les réactions de mon corps quand j’en suis sortie, j’aurais dû crever des dizaines de fois à cause du manque d’eau et de nourriture…

Là je me crispe. Je me souviens que je suis déjà morte en fait… une fois dans ma baignoire, et une fois au fin fond de la Russie en compagnie de Nathan. Je suis morte deux fois… et je me suis réveillée avec un goût bizarre dans la bouche et des souvenirs flous qui ne m’appartenaient pas. Et ces deux visages qui flottent encore dans ma tête de temps en temps… et si j’étais morte en fait dans le Rien, régulièrement ? Et si tout ça était lié ?

Je m’appuie contre le mur comme si je voulais passer à travers. Ça m’attire… je n’ai aucune envie d’y retourner, mais c’est comme si, brusquement, j’en ressentais le besoin violent et impératif. J’entends un bruit ou une voix derrière moi, probablement Ignas. Je cligne des yeux d’un air ahuri… j’ai l’impression de revenir de loin, très loin.


- Hein ? Quoi ? Tu m’as parlé ?


Je me laisse tomber sur son lit en soupirant, repoussant une mèche de cheveux mouillés derrière mon épaule d’un geste distrait, le regard encore un peu voilé.


- Excuse moi j’étais perdue dans mes pensées…

C’est vraiment étrange… je n’ai aucune envie de retourner dans le Rien, ça me terrifie plus que n’importe quoi d’autre au monde… et en même temps…… je sais pas… j’en ai besoin…
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Lun 29 Jan - 0:39

Sans conviction, Hiyori refait signe que tout va bien, que c'est elle qui a du halluciner. Le traumatisme qu'elle a subit est tellement énorme, c'est largement compréhensible de voir des crises de paniques se déclencher à partir d'éléments anodins. Les gens qui restent des mois en captivité peuvent vite être terrorisés par le moindre détail leur rappelant leur prison. Si la Japonaise a vécu dix mois dans une sorte de labyrinthe mécanique, il pourrait s'écouler un long moment avant qu'elle ne soit plus terrifiée par de la plomberie.

Elle se détourne, et Ignas fait de même. Cette fois, pas question de craquer, il laisse son invitée choisir ce qu'elle veut se mettre. Il ne se retourne que lorsqu'il l'entend faire quelque pas sur le plancher. Elle a opté pour une chemise et un caleçon. Ignas se demanda si c'était fait exprès. Pourquoi chez un homme, les filles mettaient toujours la chemise ? Il décida de ne pas se poser la question.

Hiyori semblait comme déconnectée. Son regard était porté vers le mur adjacent à la porte de la chambre. C'était là qu'elle était apparu, à peine une heure plus tôt. Sortie de nulle part après un calvaire interminable, et réapparut dans le monde réel, dans un pays qui n'était pas le sien, chez un homme qu'elle n'avait jamais rencontré. Dans cette situation plus qu'inhabituelle, le Lituanien trouvait qu'ils s'en sortaient pas trop mal, tout les deux. Mais là, la jeune femme posait sa main sur le mur. Comme si elle cherchait à retrouver la sensation qu'elle avait ressenti en arrivant. Ignas savait ce qu'il se passait. Après leur libération, et malgré le fait qu'ils aient conscience de l'atrocité de leur captivité, les otages ressentent souvent une sorte de vide. Malgré tout, ils se sont habitués à l'obscurité, à la maltraitance et aux privations. Alors, lorsqu'ils retrouvent une vie normale, un temps d'adaptation est nécessaire, et sa durée est variable selon les cas.

Hiyori... c'est terminé. Tu ne risques pas de retrouver le Rien en t'appuyant sur le mur.

De ça, Ignas en était quasiment certain. A chaque fois qu'il avait été téléporté, revenir sur son lieu d'arrivée n'avait strictement rien changé. Mais la japonaise ne l'écoutait même pas. Si, maintenant la voilà qui réagissait. Elle s'arrache finalement au mur, va s'asseoir sur le lit. Celui-ci est encore en désordre. En même temps, Ignas venait de sortir de sa sieste lorsque la jeune femme était apparue sous son nez. Le tatoué vint s'asseoir à côté d'elle. Il se demandait bien ce qui pouvait lui passer par la tête. Cependant, maintenant qu'il l'observait de plus près, il remarquait qu'elle avait mal boutonné sa chemise. Sans réfléchir, le Lituanien le lui fit remarquer.

Attends, tu as... mal boutonné ça. Laisse, je m'en occupe.

Il se lève, s'accroupit à la hauteur de la Japonaise, et entreprends de défaire un à un les boutons de la chemise. Sans qu'il ne se l'explique, ses doigts tremblent légèrement. Il finit d'ouvrir entièrement le vêtement, avant de commencer à la reboutonner, de bas en haut. Il rate une première fois son coup, dès le premier bouton. Pourquoi est-il si nerveux, bordel ? Il inspire, boutonne un premier bouton et passe au suivant. Son regard croise alors celui d'Hiyori, à qui il adresse un énième sourire.
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MessageSujet: Re: L'avènement du Rien... [Ignas]   Lun 29 Jan - 1:01

Je le regarde se placer devant moi sans réagir, je suis encore perdue dans mes pensées. J’en suis à me demander si je préfère rester ici ou retourner là-bas. Ici, il y a Ignas qui a l’air d’être en mesure de me protéger, de s’occuper de moi le temps que je retrouve mes marques et que je reprenne pied… là-bas… là-bas il y a des réponses. Quelque chose qui pourrait expliqué tout ce que j’ai subis jusqu’à présent, quelque chose qui pourrait peut-être même justifier ces souffrances, cette solitude, et tous ces trucs bizarres qui ne cessent de m’arriver depuis quelques temps… ce qui a commencé avec mon arrivée brutale dans le bar d’Aloïs, et qui s’est terminé ici, dans cette chambre.

Je lève les yeux vers Ignas. Il a défait toute la boutonnière de ma chemise et n’a refermé qu’un bouton, celui du bas. Normalement je me serais dit « Eh ben… y perd pas de temps celui-là, il me déshabille déjà alors qu’on a même pas échangé nos numéros et des shooters de vodka… ». Mais là, la seule chose qui me traverse l’esprit c’est « heureusement qu’il est là »… heureusement que je ne suis pas toute seule, seule avec mes pensées, seule avec ce besoin étrange de retourner d’où je viens… s’il n’était pas là, j’aurais probablement tout fait pour y retourner en fait, mais dès le début en plus, dès l’instant où je suis apparue ici, j’ai trouvé le Rien dont je sortais, plus rassurant que le monde normal.

C’est la transition brutale entre « seule au monde » et « avec quelqu’un » qui a complètement changé la donne… Nos regards se croisent, il a l’air de ne pas savoir ce qu’il fait ni comment réagir avec moi… et en même temps il me sourit quand même. J’ai fait irruption dans sa vie avec mes traumatismes, mon histoire « plus bizarre tu meurs », ma folie et mes visions… et lui il me sourit, comme si tout ça était parfaitement logique, et que le fait qu’il veille ainsi sur moi soit tout à fait naturel. Non, c’est pas naturel, ça l’est pas du tout… t’es juste incroyablement gentil… J’avais oublié que les humains pouvaient se montrer gentils sans rien attendre en retour parfois… faut dire qu’ils sont rares ceux-là.

Alors je lui rend son sourire… un vrai sourire cette fois, pas un rire nerveux ou une ombre de sourire timide et torturé… un vrai sourire, le genre qui sert à dire « merci, merci d’avoir été placé sur mon chemin, merci d’exister. ». Jamais je ne dirais un truc pareil, on dirait que ça sort d’un mauvais film cliché… mais c’est à ça que mon sourire ressemble.

Je me penche en avant et pose mon front contre le sien en poussant un petit soupir tremblant. J’ignore de quoi seront faites les prochaines minutes, les prochaines heures, les prochains jours… j’ignore si je vais rester là longtemps, ou si l’univers va encore se foutre de moi en m’envoyant va savoir ou avant que j’ai le temps de dire ouf. Alors je ferme les yeux et je profite de la chaleur de sa peau, de sa présence, du bruit de sa respiration et de son odeur… une autre personne, pas seulement moi… pas seulement mon corps d’une part et mon esprit de l’autre…


- Merci…

Je pose mes mains sur ses avant-bras et les serre doucement.

- Merci pour tout ce que tu fais pour moi… tu ne me connais même pas en plus…

J’espère qu’il n’aura pas de problèmes à cause de moi… j’espère que le rien ne va pas l’engloutir comme il l’a fait avec moi… si ça arrivé à cause de moi, je crois que je ne me le pardonnerai jamais.

La chaleur de ses bras en contact avec le froid polaire de mes mains me fait comme des petites décharges électriques dans le bout des doigts… ça chatouille, ça réchauffe… je reste comme ça, touchant quelqu’un d’autre, ancrant sa présence dans ma réalité… essayant de ne penser qu’à ça et de me sortir ces envies de retourner dans le Rien du crâne…

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