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 Une étape à Figeac

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MessageSujet: Une étape à Figeac   Sam 13 Jan - 2:02

Après quelques jours de fête modérée aux Rousses et une significative baisse de fréquentation des pistes depuis la fin des vacances scolaires, j'ai posé mon petit congé de quelques jours pour aller me réchauffer à Saint Sébastien en Espagne où j'ai rendez-vous avec un ami. A la station, une collègue très sympa qui partait le même jour que moi à proposé de me conduire jusqu'à Clermont où elle se rend chez sa soeur. Ca tombe bien.
On a donc roulé quelques heures ensemble et parlé de nos vies respectives avant qu'elle me jette près de la cathédrale, en me filant ce qui lui restait de titres pour les transports en commun. On s'est vite fait parlé de faire le retour ensemble, et on a échangé nos numéros.  

Il se trouve que je n'avais jamais été à Clermont avant et je m'attarde un peu. Naturellement, je fais quelques photos. Je regarde les gens dans le zoum ... Je pense qu'il va falloir que je me remette en route si je veux arriver un jour, puis je finis par aborder un groupe de personnes qui contemplent et prennent des photos, comme moi. Je leur pose quelques questions et j'apprends notamment qu'à l'origine Clermont-Ferrand se composait de deux villes : Clermont et Montferrand, qui étaient rivales, et dont l'unification fut imposée par Louis XIII et son edit de Troyes. Je papote un moment avec ces gens qui sont en fait des passionnés d'histoire et plus précisément d'histoire ésotérique. Je ne comprends pas tout de leur discussion très référencée et je finis par leur dire au revoir après qu'ils m'aient expliqué comment rejoindre l'autoroute.


Après une bonne marche, je me poste avant l'entrée de l'A75 ; et je commence à lever le pouce. Quelques personnes s'arrêtent pour demander où je vais, ah dommage c'est pas vraiment ma route ! bonne chance. Je poireaute comme ça un moment, de toute façon c'est pas comme si j'allais plus vite à pieds, puis j'y crois de toute façon. Au bout d'une bonne heure c'est un papi qui s'arrête avec sa camionnette, qui me demande où je vais. Je lui dis peu importe, parce que j'en ai un peu marre. Je lui dis, du moment qu'on va au sud. Il me dit que lui il va à Figeac, qu'il peut me déposer où je veux. Je suis touché par son attention, son air d'avoir besoin de discuter ... Après une brève hésitation, j'écarte en grand sa portière et me laisse tomber sur le siège usé du passager. Pendant que nous roulons je regarde la carte mais il n'a pas besoin que je lui indique les directions. Je fais mon petit calcul, il faudra surement que je fasse une étape, lorsque nous arriverons il commencera à être tard ; et demain je pourrai surement prendre un train et être à la frontière avant midi.

Alors je fais la route avec Patrick qui est un Monsieur très sympathique. Il me pose des tas de questions, on dirait que je l'amuse. Il me dit, tu vas faire quoi à Figeac, je lui réponds je ne sais pas trop, surement trouver quelque chose à faire jusqu'à demain et de fil en aiguille il me propose de manger chez lui, et puis de rester dormir, demain il m'emmènera à la gare, il y a des trains qui vont jusqu'à Biarritz. Génial ... !

Après plus de trois heures à écouter les deux seuls CD existants dans cette voiture, nous arrivons enfin à Figeac. C'est mignon et avec Patrick on fait un peu le tour, il me montre certains endroits ; nous finissons par arriver chez lui. Très accueillant, il me montre le canapé où je vais dormir cette nuit (il n'a pas peur, c'est vrai, en même temps je m'aperçois que sa maison est tres encombrée mais que rien ne semble avoir aucune valeur), ainsi que le reste de sa tanière et m'explique où trouver ce dont je pourrais avoir besoin. Puis nous nous posons pour boire un café, chacun respectant le silence de l'autre. La route a été longue et nous sommes fatigués. Après quelques minutes Patrick m'annonce qu'il va regarder la télévision et peut être faire une sieste, j'en profite pour manifester mon besoin d'aller marcher dehors et précise que je rentrerai plus tard. Patrick approuve, et nous nous quittons là pour le moment.


Une fois dehors je me rends compte que j'ai encore la nausée à cause de la voiture, accompagnée d'un léger mal de crane. Je me promène un peu et inspire longuement l'air frais de la fin d'après midi. Je traverse le Célé mon appareil photo devant les yeux et je continue ma route touristique jusqu'à croiser le musée Champollion. Je serais curieux d'entrer mais ... pas le courage d'être enfermé.
Je fais un tour sur moi-même pour me situer, je repère un banc et j'y vais m'assoir à califourchon, pose mon sac à dos devant moi. Je sors mon ordi et insère la carte mémoire de mon appareil photo. Tandis que je regarde distraitement les clichés qui défilent, je roule un petit joint en essayant de me cacher derrière mon écran. Quelques instants plus tard je l'allume avec satisfaction et commence à recadrer quelques images.
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MessageSujet: Re: Une étape à Figeac   Sam 13 Jan - 8:21

Ca m’arrive de plus en plus souvent depuis les araignées. Je ne sais jamais où me mettre. J’ai l’impression que je n’ai rien à faire ici sauf aller au cabinet vétérinaire. Laurence est toujours aussi gentille. Elle se demande juste ce qu’une gamine de mon âge peut bien trouver à rester fourrée avec des animaux malades et des gens qui leur ressemblent souvent un peu trop. Elle m’a expliqué que les gens et les animaux avaient une drôle façon de s’accorder. Il est difficile de savoir si c’est l’animal qui s’accorde à son maître ou l’inverse mais c’est vrai qu’elle ma déjà fait remarquer des similitudes physiques et spikologiques entre les deux. Alors forcément, lorsque l’animal est malade, le maître ne va pas très bien non plus, mais je me dis que c’est sûrement comme les parents avec leurs enfants… Je vois de moins en moins Nolan. Ça me fout les boules, mais c’est ma faute. Chaque fois qu’il veut qu’on fasse quelque chose, j’ai autre chose à faire. En fait je sais qu’il me trouve bizarre depuis ce dernier mois et j’ai peur qu’il me pose des questions. J’ai pas envie de lui mentir et en plus je saurais pas bien, je suis sûre.

Mentir pour couvrir une bêtise ou même pour aller en faire une, c’est facile, mais là, y a trop de choses à dissimuler trop de petits mensonges qu’en entraîneraient de plus gros. Comment lui dire que je me suis faite enlever par des extra-terrestres, que je me suis faite découper par des araignées mécaniques mais que ça se voit pas, même si au moins une fois par jour j’ai l’impression de perdre une partie de moi qui se déchire. Je peux pas lui dire non plus qu’à cause de moi quelqu’un s’est fait tuer et qu’en fin de compte, non elle est pas morte et que je le sais parce que je me suis téléporter sans le vouloir dans un chalet où j’ai retrouvé un avocat américain qui était avec les araignées aussi et qu’on s’est retrouvées sur Skype. Je savais même pas que ça existait Skype. Alors, à l’école, je joue plus trop au foot à la récré, je joue plus trop du tout d’ailleurs à part toute seule avec les glands qui restent sous les chênes du fond du terrain de la cours. Faut dire qu’elle est grande la cour de l’école !

C’est dimanche et quand y a pas école et que le cabinet est fermé, je traine les pieds et mes guiboles abîmées et j'explorais mon quartier, tout Figeac même. Des endroits où j’allais jamais avant parce que je sentais que j’avais rien à y faire. C’est bizarre comme certains endroits arrive à te crier à la figure que tu devrais pas être là. Alors je grimpe un peu partout pour voir la rue d’après ou dans les jardins dissimulés Je me vautre aussi mais j’m’en fous. Alors écorché mon visage, écorchés mes genoux, écorché mon p'tit cœur tout mou. J’ai entendu cette chanson par hasard dans la rue pendant les fêtes de décembre, crachée par les haut-parleurs qu’ils accrochent dans les platanes ou sur les murs. Avant je remarquais jamais ça mais depuis, je sursaute en pensant à la voix dans le train. Si c’est une chanson et une voix de femme ça va, mais si c’est un homme qui cause, je cherche une cachette de yeux, et puis je me moque de moi avec le visage de Yoko qui revient me sourire.

J’ai mis mon manteau déchiré à l’intérieur à cause de Yoko. Koko la chouette. Il a pas encore été lavé alors je me suis pas encore fait engueuler. Du coup, avec toutes mes excursions il commence à plus être très net. Le principal c’est qu’il me tienne chaud assez pour me balader.

La place Champollion c’est pas mon quartier, mais aujourd’hui c’est là que je suis arrivée, je sais pas trop comment. Elle est plutôt mignonne cette place même si c’est l’hiver et que y a aucune fleur. Les portes du musée Champollion sont un peu effrayantes quand elles sont fermées et elles vont bien avec mon humeur alors je me plante tout près pour faire genre elles vont ouvrir leurs mâchoires et m’engloutir. Aujourd’hui, c’est ouvert alors c’est pas pareil. Je reste de l’autre côté de la place appuyée contre une arche à regarder les hiéroglyphes de la porte tes des fenêtres. Je reste plantée à leur pied sans trop savoir ce que je vais faire. Je regarde les gens passer. Ils sont pressés. C’est normal c’est l’hiver et il fait pas chaud même si j’ai connu pire. D’ailleurs preuve qu’il fait pas trop froid, le jeune qui s’est assis sur le banc. Il doit se peler les miches quand même.

Ici tout le monde connait ce Musée et Champollion. On y est allés avec la maîtresse bien sûr. Il est pas très grand, elle nous a dit, mais moi je l’ai trouvé intéressant. Au moins peut être qu’avec cette écriture, j’aurais pas eu besoin d’aller chez l’orthophoniste… Cinq euros, c’est pas cher, mais j’ai pas ça. D’ailleurs j’ai jamais d’argent sur moi sauf quand j’en tchoure à maman. Mais c’est pas grave parce que le plus beau ici est accessible sans payer.

Oups ! La directrice de l’école traverse la place. J’ai failli pas la reconnaître. Elle a pas son uniforme de directrice. Je me retourne vers la vitrine du café restaurant et je regarde son reflet disparaître dans la rue qui mène aux halles.  Le garçon a sorti un ordinateur en plus de son appareil photo. Quelque chose tombe sous le banc. Je me retourne, dans le reflet c’est pas facile de savoir ce que c’est un truc qui ressemble je sais pas trop à quoi. Un porte-monnaie ou un portefeuille ? En tout cas c’est un truc où pourrait y avoir des sous. S’il partait et que j’arrivais à mettre la main dessus… Je l’observe que si de rien et fais semblant aussi de m’intéresser aux autres passants. Une maman traine sa fille par la main. Elle est pas dans mon école celle-ci. Elle doit sûrement aller à Jeanne d’Arc. Je devine qu’il regarde ses photos sur son ordi et que la mère est pressée. Je ne sais pas trop quelle heure il est. Je suis partie après le repas. Timéo était en train de brailler et ça m’a soulé. Je suis mal de penser ça. Avant j’adorais mon p’tit frère mais là j’ai juste envie de le jeter par le fenêtre. Quand il est né, j’ai pas eu le droit d’aller le voir à la maternité pourtant je sais où c’est la maternité. Maintenant il est à la maison et il dort avec maman et Kevin. Le garçon à l’ordinateur se frotte un peu les mains. Il a oublié ses gants ou qu’on était en hiver.

Il finit par se relever. Ca va être le moment.

« Monsieur ! Monsieur ! Vous avez fait tomber quelque chose ! »

Je sais pas pourquoi j’ai crié ça. Je cours pour traverser les quelques mètres de la place en montrant du doigt l’objet sous le banc.

« Je crois que c’est à vous… »

Me voilà toute hésitante et un peu stupide, me demandant encore pourquoi j’ai pas attendu qu’il se tire.
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MessageSujet: Re: Une étape à Figeac   Dim 14 Jan - 19:25

Le fait que mon cul congèle sur ce banc et que mes doigts engourdis naviguent laborieusement sur le pavé tactile est totalement secondaire. Je crois être absorbé par ce que je fais tandis que je rêvasse à ma journée et me repasse les moments forts que me rappellent certaines photos. Peu importe le nombre de gens qui circulent sur cette place, je ne remarque rien des mouvements ou du bruit qui m'environnent, depuis plus d'une demi-heure d'après mon estime personnelle. Quelqu'un aurait pu s'asseoir à côté de moi, je ne suis pas sur que je l'aurai senti. Je sors gentiment de cet état distant, me resituant dans l'espace, visualisant le chemin ;

Je veux tirer encore une fois sur mon pétard mais je me rends compte qu'il est éteint. C'est la fin. Je me rends compte aussi que j'ai froid, et qu'il fait bien plus sombre. Lorsque je lance un regard autour de moi, il me faut un temps dérangeant pour faire la mise au point et je distingue enfin quelques silhouettes. Pas grand monde. Je me frictionne vaguement, plus pour me donner de l'énergie et je commence à plier mes affaires dans mon sac. Ca serait bien de faire une course pour ramener quelque chose de consommable à mon hôte. Je pars, me dirigeant vers là où il semble y avoir le plus d'animation. Je suis à fond dans cette idée et je commence à tracer, et en même temps j'entends une petite voix interpeler vivement quelqu'un ; Monsieur ; je ne me sens pas tellement concerné mais je me retourne par instinct pour regarder, et avec étonnement je vois une petite fille qui court vers moi. Je jette brièvement un oeil derrière, mais c'est bien à moi qu'elle montre quelque chose sous le banc ; mon porte-cartes.

- Oh, je lui dis, oui on dirait bien.
Je lui souris en même temps que je reviens sur mes pas. Puis je me baisse, je me contorsionne, pour récupérer mon bien sous le banc. C'est un porte-carte en cuir qu'une amie m'a fabriqué. Il est à peine plus gros qu'un seule carte, lorsqu'il est replié, et le cuir brun s'est éclairci à la pliure et au bord des coutures, patiné par le frottement. Je l'ouvre machinalement ; il contient plusieurs rangées de cartes d'abonnement ou de fidélité.

- Ca m'aurait bien embêté de l'avoir perdu ! Il y a toute ma vie là dedans mais il a surtout une valeur sentimentale ...
Je la regarde mieux en lui parlant, je regarde ses yeux, derrière ses petites lunettes. C'est bizarre de parler aux enfants parfois.
Je le remets dans la poche de mon jean,
d'où il n'était jamais tombé auparavant.

- Tu es drôlement observatrice de l'avoir remarqué. Comment tu t'appelles ?

Je me dis que c'est un peu bizarre, quand même. Je réalise qu'en général les petits enfants, ne sont pas censés se balader seuls dehors quand il fait presque nuit, et j'ai une petite pique d'inquiétude.

- Tu vas où comme ça ?
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MessageSujet: Re: Une étape à Figeac   Lun 15 Jan - 21:02

Je reste à distance de l’homme à l’ordinateur. C’est pas parce que je l’ai prévenu de ce qu’il a perdu que je vais lui faire confiance à priori. Je sais trop bien que les adultes, question confiance c’est pas ça qui est ça. Il faut vraiment apprendre à les connaitre. Ils disent un truc et puis ils tiennent pas leur promesses ou alors ils vous trahissent. Des fois, même, ils comprennent rien à rien. Il me fait une drôle d’impression. Il a un appareil photo et un ordi et en même temps, il ne semble pas rouler sur l’or. Mon frère il dit que c’est les geeks qui sont comme ça. Genre ils mettent tous leurs sous dans leur matos et il se foutent de leurs fringues et même de leur bouffe.

Après l’avoir observé un bon moment je crois que je commence à comprendre le principe. Parce que plus concentré que ça sur son écran, tu meurs. Et puis, sa drôle de cigarette lui donne un air de poète inspiré ou de je sais pas trop de quelqu’un qui est sur le point de créer un truc dément ; enfin, c’est comme ça que je m’imagine les gens qui vont inventer le truc qui va tout révolutionner. Révolutionner, c’est un mot que j’aime bien. Il sonne bien dans la bouche et en plus si j’ai bien compris ça veut dire que tout va changer et des choses à changer, y en a pas mal, les papas qui vont en prisons, les amies qui se font tuer pour vous. Je sais bien qu’elle est pas morte pour de vrai, mais j’arrive pas à me dire que si ça avait été le cas ça aurait été pareil, elle l’aurait fait quand même et ça, ça devrait pas devoir se produire.

Puis, ça m’a fait presque rire de le voir plisser son nez pour revenir parmi les vivants. C’est p’têt pour ça que j’ai pas voulu lui faire la crasse de le laisser partir sans ce qu’il avait perdu. En fait je crois que j’aurais pu aller lui tchourav son truc sous son banc sans qu’il me voie, mais bon maintenant c’est trop tard et j’ai pas trop compris pourquoi je l’ai pas fait. En fait il a un air cool du mec un peu perdu dans son trip, mais pas ronchon, genre vous me faites chier si vous me dérangez. Bref il a l’air sympa.

Je le rejoins alors qu’il met la main sur son porte cartes. Ah ! Oui c’est bien ça ! Barf ! Du coup, moins de regrets de le lui avoir laissé. Je sais pas trop ce que j’aurais pu en faire à part peut-être… Mais j’ai pas d’ordi pour faire des achats sur le net et puis, j’avoue que j’aurais eu une vache de mauvaise conscience et sans doute plein d’ennuis. Et puis il a un bon sourire. J’ai de moins en moins de regrets du coup. Je lui rends son sourire. Je suis contente au bout du compte de lui avoir rendu ce service. En tout cas, il n’a pas l’air bien souple pour passer sous le banc.

Observatrice c’est clair ! Les maîtresses le disent. C’est fou, les grands des fois ils parlent de nous devant nous en pensant qu’on n’entend pas ce qu’ils racontent. Après j’ai pas à me plaindre. Maîtresse et Maîtresse Véronique elles disent pas de vacherie sur moi. Des fois pas des trucs très valorisants, mais bon quand je fais des conneries je le mérite bien…

Je le regarde droit dans les yeux, les bras croisés dans le dos, avant de répondre

« Tizzie. Et toi ? »

Certains le prenait ce retour de question pour de l’insolence de demander son nom à un adulte lorsqu’on est une petite comme moi mais après tout, pourquoi serait-on obligé de répondre à la question quand on est un gosse et pas quand on est un adulte ? Dans ce cas j’avais droit à un « Tizzie ! » réprobateur et un regard furibond de la personne à qui je m’adressais. Parfois par contre, cela faisait rire. Je n’ai jamais bien su si c’était parce que ça ne se fait pas d’ordinaire et que le grand avait décidé d’être bon prince avec moi ou que c’était par simple étonnement et bienveillance. Je préférais toujours qu’il réponde simplement comme moi. Est-ce que j’explosais de rire au visage des adultes pour me présenter ?

Sa deuxième question par contre ma parut bizarre. Pourquoi s’intéressait-il à ma destination ? De toute façon, je ne le savais pas trop moi-même. C’est vrai qu’il commence à faire nuit mais c’est normal en cette saison. Elle tombe vite mais on n’est pas obligé de rentrer dés qu’il commence à faire noir. De toute façon, personne ne s’inquiète de là où je suis, c’est encore trop tôt. Papi et mamie doivent commencer à dormir devant le télé et maman en profite pour penser au bain de Timéo. Kevin doit être le seul à regarder pour de vrai la télé. Stade 2 sûrement. Y a rien de plus chiant qu’une émission de sport !
Je hausse les épaules en guise de réponse.

« J’me promène… »

J’aurais pu demander le pourquoi, de sa curiosité mais bon… Je regarde dans la direction vers laquelle il se dirigeait en me penchant sur le côté pour esquiver sa silhouette.

« Tu vas aux halles ? »
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MessageSujet: Re: Une étape à Figeac   Mar 16 Jan - 23:52

Tizzie. Elle me retourne la question, je ne me fais pas la réflexion que rien au monde ne me parait plus naturel.
- Marcus

J'aime bien, quelque soit l'âge ou l'expérience qu'on a, ce moment où on en revient aux balbutiements de la vie sociale ; comment tu t'appelles. Echanger deux prénoms, j'ai l'impression de vivre chaque fois quelques secondes solennelles et ce moment ne se reproduira jamais avec cette même personne. Et c'est là que j'ai réalisé que Tizzie (quel joli petit nom) était une toute jeune fillette, et que je me suis inquiété qu'il puisse lui arriver quelque chose. Je lui ai demandé où tu vas comme ça, mais en fait elle se promenait c'est tout. Je continue de trouver ça fou, mais je me dis aussi pourquoi pas ; et puis ça ne sert à rien de vouloir interférer avec la vie des gens. Ce qui doit arriver arrive.

- ...tu vas aux Halles ?
J'ai posé un regard devant moi dans la direction que je voulais prendre tout à l'heure quand j'étais sur le point de partir. L'espace d'une seconde j'y suis projeté intensément, au bout de la rue, j'en perçois plus nettement le bruit et les odeurs ; la fraicheur qui est tombée sur la place s'insinue  à travers mes vêtements. J'ai envie d'y aller.

- oui !
je ne sais pas.  
- enfin non. j'en sais rien en fait ... ça me semblait animé par là, et je voudrais acheter quelque chose à manger.

Ajustant les sangles de mon sac et fermant mon blouson, j'ai commencé à faire quelques pas sans perdre Tizzie des yeux et et sans quitter le champs de son attention. Au fond je ne peux pas m'empêcher de penser que si jamais le moindre truc arrive à cette gamine ce soir, je serai peut être la dernière personne auprès de qui on l'aura vue. Mais bon je continue d'y aller, et puis je lui demande

- Je vais trouver ça, par ici, tu connais bien ?
Evidemment si elle est du coin, et on dirait clairement que c'est le cas. J'entends de plus en plus le brouhaha de la rue adjacente, tandis que je m'en rapproche poussé au dos par un vent froid.


Dernière édition par Marcus Cormoran le Jeu 18 Jan - 2:11, édité 1 fois (Raison : petite modif)
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